Reprendre son patronyme juif, la fin du non français
C’est un fait relativement méconnu qui vaut d’être rappelé. Après-guerre, de nombreux Juifs ont francisé leur nom ou en ont carrément adopté un autre dans l’ombre portée de la Shoah et un climat d’antisémitisme persistant. Des décrets de circonstance qui facilitaient les changements de nom « à consonance israélite » les y ont encouragés. Ainsi, dans la France des années 50 - 60, des Rozenkopf devinrent des Rosent, des Frankenstein des Franier, des Wolkowicz des Volcot, des Rubinstein des Raimbaud, des Fuks des Forest, etc. Des décennies durant, le Conseil d’Etat s’est opposé au retour au patronyme d’origine, réclamé par certains intéressés qui se sentaient finalement étrangers à leur nouveau nom, au double motif de l’immutabilité du nom et de l’absence de fondement à reprendre un nom « à consonance étrangère ». Certains ont alors eu recours à l’artifice du pseudonyme, ou au nom d’usage pour faire vivre leur « vrai nom », celui de leur père ou de leur grand-père, sans toutefois pouvoir le transmettre.
Article mis en ligne le 1er mars 2013