Parvenus, parias, souverains
L’identité du Juif moderne, selon Hannah Arendt, n’a été reconnue au départ par l’Europe qu’à titre d’"exception". Les Juifs que les salons des Lumières fétaient n’étaient en effet reçus qu’à titre de "Juifs d’exception", c’est à dire parce qu’ils se détachaient du "reste" des Juifs, supposés n’être que des "Juifs de ghetto". Ces Juifs, en général brillants intellectuels, prenaient eux mêmes un grand soin à se démarquer de leurs congénères pour se faire reconnaître et accéder à l’égalité : non pas donc en vertu d’un droit mais d’un privilège, d’une exception. Ce que ne voit pas Arendt c’est qu’il fallait prouver que l’on méritait de devenir citoyen car cette condition n’était pas impliquée dans la condition d’homme.
Plus exactement, c’est parce que les Juifs n’étaient pas censés être naturellement des "hommes" qu’ils devaient prouver qu’ils pouvaient être des citoyens en cessant d’être des Juifs pour redevnir des "hommes". Les femmes, elles, eurent moins de chance : en 1789 elles ne furent pas alors reconnues comme des "hommes" et ne devinrent pas citoyennes. Le contrat de l’émancipation obligeait les Juifs à une condition individuelle et (…)
Article mis en ligne le 24 juin 2016