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Les envoyés spéciaux de FR2 tombent sur un gros os aux USA, suite et fin

Par Serge Farnel © Metula News Agency

jeudi 7 juillet 2005
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(...) contrairement à l’affaire Al Dura, celle de Dan Rather « n’a pas provoqué la mort de nombreuses personnes ». Il note cependant des similitudes entre la réaction de France 2 et celle de CBS qui consiste « d’abord à essayer de cacher, puis nier et diffamer (...) Ludovic Monnerat

La rétroaction positive

 

L’article précédent se terminait sur une note plutôt optimiste concernant la perspective de l’après Dan Rather : la tentative d’édification, par CBS, d’une nouvelle réputation, s’appuyant sur des journalistes plus consciencieux. Est-ce cependant bien cette direction que va prendre la chaîne américaine ?

 





Stanley Kurtz

 

Ce n’est pas l’avis de Stanley Kurtz, chercheur au Hoover Institution et spécialiste de l’anthropologie sociale. S’exprimant le 15 janvier dernier dans le National Review Online (NRO), il prétendait, au contraire que, lorsqu’un media, du fait de sa partialité, était rejeté par une partie de son lectorat, il devait, afin de ne pas perdre son carré de lecteurs, épouser leurs attentes, quitte pour cela à accroître encore la partialité à l’origine de la perte d’un grand nombre d’entre-eux.

 

Ce phénomène d’emballement, connu sous le nom de rétroaction positive, est le même que celui qui contribue au réchauffement sans fin de notre planète, connu lui sous le nom d’effet de serre. Nous serions ainsi embarqués dans une spirale infernale qui, dans le cas de l’effet de serre s’opère par une augmentation du taux de dioxyde de carbone et se traduit par une augmentation sans fin de la température. Dans le cas des medias, la rétroaction positive se produirait par une critique systématique à leur encontre et se concrétiserait, selon Stanley Kurtz, par un accroissement sans fin de leur partialité.

 

Kurtz s’appuie sur l’exemple des années 60 pour expliquer le mécanisme par lequel le processus de division du paysage médiatique américain s’est progressivement auto renforcé. Il démontre que les principaux medias, alors acquis aux idées de la gauche libérale, ont forcé les conservateurs à créer des médias alternatifs. Ainsi, alors que s’exprimaient de plus en plus de critiques à l’encontre des médias libéraux (gauche aux Etats-Unis, par opposition bipolaire aux conservateurs), ces derniers, soumis à l’évolution de plus en plus libérale de leurs lectorats, ne pouvaient faire autrement qu’accompagner leur détermination politique. C’est ce qui pourrait bien arriver aujourd’hui à CBS News dont la réputation d’impartialité lui importerait moins que son adhésion au libéralisme qu’il lui faut à tout prix préserver au risque d’hypothéquer sa survivance financière.

 





Randall Parker

 

Pour le chercheur en éducation Randall Parker, la pertinence de la théorie de Kurtz ne fait aucun doute : ce qu’il définit comme étant un « cycle de division » conduit à renforcer les différents communautarismes, c’est-à-dire à favoriser la dynamique consistant à ce qu’un individu se regroupe autour d’autres individus avec lesquels il se reconnaît à partager des valeurs semblables. La tendance à l’explosion des canaux de diffusion serait, en partie au moins, un reflet de cette dynamique.

 

 

La toque de fourrure de la vérité

 

C’est, selon Parker, ce qui expliquerait l’évolution du New York Times (NYT), qui fit, le 7 février dernier, une démonstration éclatante de la désinformation qu’il pratique dans son traitement de l’actualité proche-orientale. L’incident survint lorsque, reprenant dans ses colonnes un article du Herald Tribune [1], quotidien qu’il filialise, le New York Times s’autorisa à amputer ledit article d’un paragraphe qui ne cadrait pas avec sa politique éditoriale.

 

Ce paragraphe révélait le flagrant délit de mensonge de l’envoyé permanent de la chaîne publique française FR2 en Israël, Charles Enderlin, en relatant le fait que le rédacteur en chef de l’Express, Denis Jeambar, avait écrit dans le Figaro qu'il n'y avait pas d'images de l’agonie de l'enfant dans les rushes en possession de France Télévisions. Ce même paragraphe, jeté aux oubliettes du New York Times, indiquait également que les rushes contenaient de nombreuses scènes dans lesquelles les Palestiniens « jouaient » à la guerre contre les Israéliens en simulant, dans la plupart des cas, des blessures imaginaires.

 

Les lecteurs du New York Times durent donc se passer de cette information, quitte à consulter la version longue de l’article qui était disponible dans le Herald Tribune.

 

L’absence de ce paragraphe restera comme une tache indélébile dans le paysage des archives de la presse américaine. Elle nous ramène, aux première lignes écrites par l’auteur d’origine tchèque Milan Kundera dans Le livre du rire et de l’oubli [Folio ; Mai 1987 ; 6,20 €] :

 

« En février 1948, le dirigeant communiste Klement Gottwald se mit au balcon d’un palais baroque de Prague pour haranguer les centaines de milliers de citoyens placés sur la place de la vieille ville. Ce fut un grand tournant dans l’histoire de la Bohême. Un moment fatidique comme il y en a un ou deux par millénaire.

 

Gottwald était flanqué de ses camarades, et à côté de lui, tout près, se tenait Clementis. Il neigeait, il faisait froid et Gottwald était nu-tête. Clementis, plein de sollicitude, a enlevé sa toque de fourrure et l’a posée sur la tête de Gottwald.

 

La section de propagande a reproduit à des centaines de milliers d’exemplaires la photographie du balcon d’où Gottwald, coiffé d’une toque de fourrure et entouré de ses camarades, parle au peuple. C’est sur ce balcon qu’a commencé l’histoire de la Bohême communiste. Tous les enfants connaissaient cette photographie pour l’avoir vue sur les affiches, dans les manuels ou dans les musées.

 

Quatre ans plus tard, Clementis fut accusé de trahison et pendu. La section de propagande le fit immédiatement disparaître de l’Histoire et, bien entendu de toutes les photographies. Depuis, Gottwald est seul sur le balcon. Là où il y avait Clementis, il n’y a plus que le mur vide du palais. De Clementis, il ne restait que la toque de fourrure sur la tête de Gottwald. »

 

La section du New York Times en charge du respect de l’adéquation orthodoxe à la ligne éditoriale du quotidien a, à l’instar des responsables de la propagande du parti communiste tchèque, fait disparaître de ses colonnes le paragraphe qui contredisait son message habituel ; un paragraphe dont l’absence brille en comparaison de sa présence dans le Herald Tribune. Elle se présente à l’observateur en négatif (par son absence), comme la toque de fourrure de Clementis se livre à nous en positif (par sa visibilité).

 

Ce sont des taches de ce genre qui serviront aux futures générations à mieux lire l’époque que nous vivons actuellement, tout comme aujourd’hui la disparition de Clementis sur la photo décrite par Kundera nous aide à comprendre la dynamique médiatique des années du communisme soviétique.

 

 

Un peu d’optimisme

 





Peggy Noonan

 

Peggy Noonan, journaliste au Wall Street Journal, faisait, quant à elle, le 13 janvier dernier, le constat que l’affaire Rather avait mis un terme au monopole qu’ont exercé, pendant le dernier demi-siècle « les trois gros réseaux, la demi-douzaine de grands journaux ainsi que la poignée de magazines hebdomadaires », autrement dénommés MSM pour Mainstream Media, ou de façon plus acerbe Methyl Sufonyl Methane par les linguistes du parti conservateur.

 

Noonan ne partage pas le point de vue du directeur du département politique de NewsWeek,  Howard Fineman, qu’elle décrit volontiers comme « l’idéal platonique de la galaxie MSM » : point de vue selon lequel le courant MSM serait né à l’issue de la seconde guerre mondiale dans la mouvance du consensus modéré qui gouvernait alors le pays. Selon ma consoeur, c’est la perte de son monopole qui entraîna le MSM à sa propre perte. Elle explique d’ailleurs cette idée le plus simplement du monde : « lorsque l’on donne des alternatives aux Américains, ils les saisissent. »

 

Peggy Noonan ne cache pas son optimisme et constate que cette crise est susceptible de donner naissance à autre chose : une réalité cacophonique, mais « une cacophonie au sein de laquelle la vérité a plus de chance de se faire entendre ». C’est de ce progrès qu’elle parle lorsqu’elle constate que « plus aucun groupe individuel ne contrôle l’information ». Pour reprendre sa métaphore, c’est ainsi que les bloggers, tels Little Green Footballs (LGF), ont désormais « leurs bureaux dans les murs de ce château dont les portes ont été forcées, citadelle jusque-là réservée aux quelques centaines de bobos de la 57e avenue qui, de leur île de Manhattan, ont longtemps matraqué le continent américain de leur propre façon de percevoir l’actualité ».

 

Le temps de la mainmise d’un clan sur l’information lui paraît révolu. Place au citoyen en mesure désormais d’impacter l’Histoire, comme ce fut le cas de l’influence de la blogosphère sur le RatherGate.

 

L’évolution du MSM semble aller aujourd’hui dans le sens d’un coming out libéral. Peu à peu, les Newsweek et autres New York Times sont amenés à afficher, sans complexe, leur partisanisme, ce qui, du point de vue de Peggy Noonan, est loin d’être un inconvénient : le monde médiatique ne gagne-t-il pas, en effet, à abattre ses cartes ?

 

Quelqu’un a-t-il dit « guerre civile » ?

 





Ludovic Monnerat

 

D’autres points de vue se tiennent résolument à l’écart de l’optimisme affiché par la journaliste du Wall Street Journal. C’est le cas de Ludovic Monnerat, par exemple, officier de l’armée suisse, expert militaire pour un certain nombre de médias dont Le Temps genevois. Dans un article diffusé sur le site Evoweb, média consacré à l’évolutionnisme et à la société, Monnerat s’appuie en effet sur le raisonnement de Stanley Kurtz, considérant qu’il « permet aussi de prévoir quelle orientation va choisir France 2 pour se sortir de l'affaire Mohammed Al Dura ». Après avoir noté les « différences essentielles entre cette affaire et le Rathergate, l’officier helvète nous rappelle que, contrairement à l’affaire Al Dura, celle de Dan Rather « n'a pas provoqué la mort de nombreuses personnes ». Il note cependant des similitudes entre la réaction de France 2 et celle de CBS qui consiste « d'abord à essayer de cacher, puis nier et diffamer ». Et Monnerat d’en conclure que « les combats de la Metula News Agency et de Serge Farnel (votre humble serviteur) pour la déontologie journalistique ne mèneront à rien ».

 

Il est à espérer que le raisonnement de Stanley Kurtz ne soit pas applicable à l’affaire Al Dura : l’espoir réside en ce que les analystes américains que je mentionne dans cet article traitent de l’évolution naturelle de médias privés, dont la pérennité dépend du nombre de leurs clients ; dans le cas de France 2, chaîne sous contrôle gouvernemental, l’attitude du média répond aux directions politiques dictées par le pouvoir français. Il s’agit de deux modus operandi fort différents, que les Américains n’ont pas envisagés, vu qu’il n’existe pas de service public d’information aux USA. En France, l’exposition de France 2 – face notamment à la critique et à la justice internationales – est en définitive celle de l’Etat et du gouvernement. Les obligations du service public sont en effet codifiées par des chartes, par des lois nationales et par des directives européennes, ce qui permettra, en principe, d’obliger France Télévisions à avouer ses fautes et à rétablir la vérité.

 

La distinction qui précède vaut son pesant d’or surtout lorsque l’on prend connaissance de ce que l’hypothèse formulée par Kurtz quant à la direction que pourrait prendre notre société suite à la simple expression de la critique d’un média pourrait avoir des conséquences extraordinaires. Stanley Kurtz n’affirme-t-il pas : « À l’extrême, de telles critiques pourraient conduire à une guerre civile » ?

 

 

 

Notes :

 

[1] http://www.iht.com/articles/2005/02/06/business/video07.html


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