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Antisémitisme et antisionisme main dans la main à Montréal

Hélène Keller-Lind

vendredi 23 novembre 2012
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Au Québec quelques incidents montrent que sous un antisionisme affiché, qui, de manière générale, ne serait qu’une opinion mais ce qui l’est plus encore au pays de la liberté d’expression, l’antisémitisme est évident. Les répliques israéliennes aux tirs nourris de roquettes et autres missiles sur les populations civiles d’Israël auront été prétexte à des manifestations anti-israéliennes, des attaques de personnalités juives, des imprécations radiophoniques inouïes, le tout entaché de dérapages clairement antisémites.

Être anti-sioniste ne serait qu’une opinion comme les autres, ayant droit de cité et étant éminemment respectable. Si ce n’était que cette opinion, d’ailleurs étonnante en soi car l’existence de quel autre pays appartenant au concert des nations est-elle ainsi constamment remise en cause, est fortement matinée d’antisémitisme.

Une journaliste ose des questions : c’est une « sioniste », une « sale juive »

Une série d’incidents enregistrés des jours derniers à Montréal le démontre à loisir. Ainsi, lors de la grande manifestation du 18 novembre censée être de soutien au peuple gazaoui, mais de fait de soutien au Hamas, une journaliste tentant d’engager la conversation avec un membre des Netureï Karta est traitée, entre autres, de « sioniste », « provocatrice », « sale Juive ». Ces mêmes Netureï Karta qui appellent à l’éradication d’Israël au motif que le pays ne serait pas peuplé de Juifs mais de « sionistes », évoquant un paradis disparu fait de cohabitation angélique n’ayant aune existence réelle.

Surdité et cécité de la plupart des médias, avec de rares exceptions

Un des aspects qui étonne ici est la surdité de la plupart des journalistes ayant couvert l’événement : ils n’entendirent aucun des slogans hostiles, voire violemment hostiles à Israël, État juif présenté comme raciste, assassin, à détruire, ne rapportant que « la tristesse et la colère » des manifestants, pour reprendre l’un des titres lus. Il est rare, d’ailleurs, que les raisons de ce qui est décrit de lanière générale comme « des bombardements intensifs sur la Bande de Gaza depuis le 14 novembre », apparus sans doute ex nihilo, soit évoquées, même en allusion.

On trouve pourtant, comme une bouffée d’air frais, des chroniques comme celle de Joseph Facal qui, justement, ironise sur cette cécité générale dans le Journal de Montréal et écrit le 18 novembre : « Vous allez, cher lecteur, m’aider à comprendre quelque chose qui ne me rentre pas dans la tête.

Depuis le début de l’année, les islamistes du Hamas ont, à partir de Gaza, tiré plus de 800 roquettes et obus de mortier sur les populations civiles qui vivent dans le Sud d’Israël.

En aviez-vous entendu parler ? Avez-vous vu beaucoup d’articles ou de reportages télévisés à ce sujet ?

Finalement, Israël décide que cela suffit. Dites-moi : accepteriez-vous que votre gouvernement reste les bras croisés pendant que vous recevez des explosifs sur la tête tirés à partir d’un territoire voisin ? »

Il poursuit en expliquant que s’il y a des morts dans la population, c’est que le Hamas s’y cache, rappelant que « la vraie guerre n’est pas un jeu vidéo de PS3 ». Ajoutant : « Et là, soudainement, « divin miracle », les médias du monde entier se réveillent. On en parle en long et en large, on s’inquiète de « l’escalade » et, bien sûr, on nous montre des images, évidemment atroces, d’enfants palestiniens blessés ou tués.

Où étaient ces journalistes depuis un an ? Pourquoi ce regain d’intérêt professionnel et ce sursaut de conscience morale ? » Et de conclure : « Les pires ennemis des Palestiniens et des peuples arabes sont la corruption de leurs dirigeants, l’absence de liberté, le mépris pour les droits humains et l’ignorance, tout cela entretenu par des despotes enrichis par les pétrodollars. Pour ces derniers, Israël n’est qu’un prétexte ».

Un antisémitisme haineux d’une intervenante et de l’animateur dans une libre antenne de Radio Ego

Tonalité bien différente sur Radio Ego lors d’une ligne ouverte de Jacques Fabi, un journaliste très apprécié, notamment pour ce qui est décrit comme son « bon sens ». L’éditeur Daniel Laprès - il a publié l’enquête de Pierre K.Malouf, « les Faces cachées d’Amir Khadir », personnage politique qui soutenait ces manifestations et soutient la campagne BDS, ou « Le devoir à l’éducation » de Jean Laberge, un enseignant à contre-courant - réagit aussitôt aux propos entendus en ce 21 novembre en envoyant ce message à la radio : « L’animateur Jacques Fabi, de 98,5fm, fait preuve d’une ignoble complaisance à l’égard d’une antisémite fielleuse qui l’appelle pour dire publiquement qu’elle approuve le génocide des Juifs et qu’Hitler était un grand homme.
Non seulement Fabi n’a pas désapprouvé cette semeuse de haine qui appelle à tuer les Juifs, mais par les préjugés grossiers et méprisants (et aussi imbéciles) qu’il a tenus à l’égard des Juifs, Fabi est tout aussi condamnable que cette folle raciste.
Je ne suis pas Juif, je suis seulement un Québécois qui croit en la décence humaine et qui refuse que notre société soit souillée par un antisémite raciste comme Jacques Fabi, Il doit être banni des ondes car il ne devrait pas y avoir de place au Québec pour l’antisémitisme et la complaisance à l’égard de ceux qui prône le génocide des Juifs et qui vantent les mérites d’Hitler ».

Il est vrai que l’écoute de l’extrait incriminé est insupportable. Il tomberait à coup sûr sous le coup de la loi en France. Cette « Maria » qui se dit arabe se réjouissant, en effet, de « l’Holocauste » et le journaliste déplorant qu’on ne puisse, selon lui, et en dépit de la liberté d’expression pourtant inscrite dans la loi canadienne, critiquer comme il se doit les comportements qu’il impute aux Juifs de Montréal, sauf à pouvoir le faire anonymement comme son auditrice...

Tag antisémite sur la porte du bureau d’un Professeur de sciences politiques

Cet antisémitisme a également trouvé son expression dans un graffiti trouvé sur la porte du bureau d’un Professeur de sciences politiques de l’Université de Montréal, signalé par le CRIF Le lien entre antisionisme et antisémitisme est clair, le tag se terminant par ces mots « Heil Israël ». Le professeur Bauer est connu pour ses positions en faveur d’Israël. Des positions étayées, argumentées. Auteur de plusieurs « Que sais-je » ? et donc habitué à la concision il vient d’ailleurs de sortir un petit ouvrage très riche intitulé « Sept années à Jérusalem » , en référence à la prière millénaire « l’an prochain à Jérusalem », où il décrit avec humour une succession de séjours. C’est l’occasion pour lui de livrer une réflexion en profondeur, déclinée en quatre saisons, sur une multitude de thèmes propres à Jérusalem, « celle d’en haut et celle » d’en bas et Israël. On y trouve des vignettes sur, entre autres, laïcs religieux et ultra-religieux, la bureaucratie, les transports, l’éducation, le Knesset, la mendicité, la politique, ses liens avec le commerce, la sécurité. On est à des années lumières des slogans monosyllabiques simplistes criés et repris en chœur lors des récentes manifestations. Ou même ce « Heil Israël » si significatif.

La réaction du département de sciences politiques de l’Université a été clair. On lit dans un courriel qu’il a envoyé : « Des propos haineux et racistes ont été inscrits sur la porte du professeur Julien Bauer dans la nuit de mardi à mercredi. Ces méfaits ont déjà été rapportés au Service de la sécurité et de la prévention de l’UQAM et une enquête est en cours. Les tentatives d’intimider et réduire au silence des membres de la communauté universitaire, quelle que soit leur position, sont inacceptables. Je tiens à souligner que le département de science politique ne saura tolérer en aucun moment ce genre de comportement ».

Ce qui a provoqué cette attaque contre le Professeur Bauer, ce sont sans doute les déclarations qu’il faisait à cette même Radio Ego, alors qu’il était interviewé à propos des frappes israéliennes sur la Bande de Gaza en réplique aux tirs incessants du Hamas sur les populations israéliennes. Un discours explicatif, mesuré, sans langue de bois, rarement entendu et qui, de toute évidence, n’a guère plu. On notera d’ailleurs que le site de la radio intitule cet extrait : « Julien Bauer nous beurre sa propagande sur Israël »...


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