Le 19 juillet a eu lieu à Tours la cérémonie commémorative du 19 juillet​ comme dans toutes les Préfectures en France et au Vel HIV à Paris
A cette occasion, pour la première fois en France un arrière petit-fils de Juste parmi les nations a été amené à prendre la parole avec un discours qui est à conserver et à publier de toute évidence.
Il s’agit de Benjamin DUHAMEL, petit fils de Jean MEUNIER ancien Maire de Tours et ancien Ministre, Juste parmi les Nations.​ Benjamin est le fils de Patrice DUHAMEL et de Nathalie SAINT-CRICQ journalistes bien connus. et petit-fils de Mireille et Jacques SAINT-CRICQ
Monsieur le Préfet,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs les représentants des Armées, des Cultes, des Elus et des associations,
Mesdames, Messieurs les Justes parmi les Nations,
Mesdames, Messieurs,
La cérémonie d’aujourd’hui commémore les innombrables rafles qui ont eu lieu en France, sous la responsabilité de l’Etat français les 16 et 17 juillet 1942, et particulièrement ici même à Tours où plus de 200 personnes ont été arrêtées et transférées à l’ancienne école normale de jeunes filles de Tours Nord pour la seule faute impardonnable de leur vie : être nés de religion juive.
La France a sa part de responsabilité dans ces arrestations qui ont abouti à la déportation innommable d’innocentes victimes. Le Président Jacques CHIRAC en 1995 et tous ses successeurs ont enfin reconnu cette responsabilité que nous n’oublierons jamais.
Cette reconnaissance est fondamentale, nous le savons, nous en sommes plus que conscients.
Cette reconnaissance n’efface en aucun cas l’horreur du passé, ni la responsabilité aujourd’hui et demain de nos élus, de nos hauts fonctionnaires et de la société civile toute entière face aux développements incessants des actes racistes et antisémites que connait notre pays, et l’Europe.
Je vous en dirai quelques mots tout à l’heure.
Si nous rappelons la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’Etat français, nous sommes ici aussi pour honorer la mémoire des « Justes  » de France, « ceux qui ont été des lumières dans la nuit de la Shoah, comme il est écrit au Panthéon, ces « Justes parmi les Nations  » selon la dénomination officielle de l’état d’Israë l.
Aussi je souhaite au nom du Comité français pour Yad Vashem, rappeler combien ce travail de reconnaissance envers les Justes est au cœur de notre mission, il est au cœur de tous ceux qui, hier comme aujourd’hui, admirent leur courage et leur générosité quand la barbarie était monnaie courante.
Qui étaient-ils ? Paysans, instituteurs, religieux, ouvriers, grands bourgeois, hauts ou petits fonctionnaires, gendarmes, cheminots…. tous ont pris l’immense risque de n’écouter que leur conscience, au péril de leur propre vie, pour protéger, cacher, nourrir, loger et sauver ces êtres, ces milliers d’hommes, de femmes et d’enfants traqués, pourchassés par les nazis et le gouvernement de Vichy, pour la seule raison d’être nés de religion juive.
Chaque année nous rencontrons des enfants ou des petits enfants juifs qui en France, en Israë l, au Canada, en Australie, découvrent les enfants et petits-enfants des Français qui sauvèrent leurs parents et grands-parents.
L’an passé nous avons écouté avec émotion l’une d’entre elles, Emilie LOUAULT, petite fille de Mme Jeanne LOUAULT et de son époux Bernard, justes parmi les Nations de cette belle commune de CHEDIGNY.
Aujourd’hui nous venons d’entendre avec beaucoup d’émotion Benjamin DUHAMEL, arrière petit-fils de Jean et Raymonde MEUNIER, personnalité oh combien symbolique de la résistance et de la ville de Tours. Jean MEUNIER fut un des rares Justes parmi les nations de la ville de Tours.
Benjamin est en France le premier arrière petit fils de Juste parmi les Nations a avoir pris la parole lors de cette cérémonie et vous ne pouvez imaginer combien cette couroi de transmission qui ne se brise pas avec le temps a d’importance pour tous ceux qui osent, malgré les vicissitudes de la vie, croire encore en l’homme et en son honneur.
Que Benjamin aie pu parler devant vous tous, Monsieur le Préfet, Mesdames et Messieurs les élus et en particulier devant ses parents, ses grands-parents, amis de toujours qui ont connu cette lamentable période de notre nation est un moment fort pour la famille, pour la ville, pour la nation et pour tous les Justes parmi les Nations.
Il y a moins d’un an, en présence de Monsieur Yossi GAL Ambassadeur d’Israë l et de nombreuses personnalités, nous avons inauguré cette Esplanade des justes parmi les Nations, merci chère Brigitte GARANGER ROUSSEAU de bien vouloir renouveler à Monsieur le Maire tous nos remerciements pour avoir soutenu notre initiative ; je sais que depuis, des milliers de personnes sont déjà passées devant cette stèle qui honore comme il se doit celles et ceux qui ont eu un comportement exemplaire, au péril de leurs vies, pendant cette honte du XXème siècle que fut la guerre de 1939/1945.
Merci à la Ville de Tours de bien vouloir rejoindre le Réseau Villes et Villages des justes de France que nous avons créé et qui mois après mois reçoit l’adhésion de nombreuses communes de France de toutes tailles, toutes motivées par la nécessaire mémoire de l’action des Justes parmi les Nations.
L’année 2015 a débuté dans le sang trois attentats terroristes sont commis en France les 7, 8 et 9 janvier. L’attentat du 9 janvier a pour mobile l’antisémitisme. 28 personnes sont prises en otage
De janvier à mai, les actes antisémites ont augmenté de 84% en 2015 comparativement à 2014 et de 161% comparativement à 2013.
Soit 508 actes antisémites commis en France en 2015 contre 276 en 2014 et 195 en 2013 sur la période.

Monsieur le Préfet, Mesdames et Messieurs les élus, soyez assurés et conscients que nous sommes plus qu’inquiets sur l’avenir de la démocratie dans notre pays, la France.
Monsieur le Préfet, Mesdames et Messieurs les élus, vous le savez, de nombreux juifs sont si inquiets et désespérés qu’ils ont décidé de quitter leur pays, celui des droits de l’homme auquel ils tenaient tant pour laisser la place à d’autres qui n’accordent aucun droit à l’homme et rejettent toute idée de démocratie.
Nous savons que les pouvoirs publics sont plus que mobilisés pour traquer, chasser et poursuivre ces nouveaux démons qui, non seulement sont antisémites, mais comme tous les antisémites, sont anti démocratiques, intolérants, racistes et xénophobes.
L’antisionisme, qui cache un réel antisémitisme, les campagnes de boycot, la guerre qu’a déclarée l’Etat Islamique à toutes les démocraties du monde ne sont pas à ce jour suffisamment condamnés ;
France, saches parler clair : tu es en guerre, et en période de guerre, les mots et les actes ont leur importance ; pas de langue de bois, de grâce, ne serait-ce qu’en souvenir des millions de victimes du XXème siècle.
France, n’oublie pas la responsabilité que tu as eue en 1939/1945 en collaborant avec l’ennemi nazi.
France, n’oublie pas qu’aujourd’hui, tout se sait, et que tu ne pourras pas demain faire croire que tu ne savais pas.
France nous le savons et tu le sais, nous sommes tous en danger.
Alors France, prends exemple sur les Justes parmi les Nations, et saches, quel qu’en soit le prix, dire non face aux nouveaux nazis du XXIème siècle, ils veulent ta destruction et celle des tous les hommes libres.
France n’oublie jamais tes Justes parmi les Nations, et fais en sorte qu’au XXIème siècle tu te comportes toi-même en Juste fà »t-ce au détriment de tes intérêts à court terme.
François GUGUENHEIM
Vice président du Comité Français pour Yad Vashem, délégué régional du CRIF,
19 JUILLET 2015
Mesdames et Messieurs,
Il y a 21 ans, presque jour pour jour, mon arrière grand-père, Jean Meunier, devenait à titre posthume Juste parmi les Nations. Il rejoignait alors ces près de 3000 Justes français reconnus par Israë l, ainsi que tous les Justes méconnus, qui s’étaient illustrés pendant la seconde guerre mondiale, pour leur courage et leur sens du devoir. Juste parmi les Nations, parce qu’il avait sauvé des Juifs menacés par l’occupant nazi et l’Etat français, au péril de sa vie.
C’est un véritable honneur pour moi d’être aujourd’hui invité devant vous à célébrer la mémoire de mon arrière grand-père. Un honneur d’abord, car si je n’ai pas eu la chance de le connaître, il est émouvant pour moi de lui rendre hommage ici, à Tours, dans la ville où il a vécu, ville dont il a été député puis maire ; ville également où a grandi et où vit encore une partie de ma famille.
Ma grand-mère, Mireille Meunier Saint-Cricq, m’a souvent parlé de lui ; mais en l’évoquant ici avec vous, c’est comme si je le découvrais une seconde fois.
C’est un honneur ensuite, car je veux porter ici la voix de ma génération, sans considérer pour autant en être le représentant ou le porte-parole ; je souhaite délivrer un message d’espoir et de responsabilité. Je veux vous dire ici que nous, petits enfants ou arrière petits-enfants de Justes, nous comprenons leur message et l’impérieuse nécessité de le transmettre.
Pour Jean Meunier, l’engagement au service de son pays et le combat pour défendre ses valeurs était une évidence. Député SFIO, il Å“uvre et milite pour l’égalité et la justice. Maire de Tours à la Libération, puis trois fois Ministre après la deuxième guerre mondiale, il agit avec détermination pour reconstruire son pays et sa ville, fracturés par cinq années de combats et d’occupation.
Dès le début de la guerre, Jean Meunier est révolté par la capitulation française, par la collaboration et par la traque des Juifs qui se met en place. Mais, pour reprendre les mots d’Hugo, "il ne s’agit pas d’être ému, il s’agit de faire face". Mon arrière grand-père va donc agir selon sa conscience. Il est accompagné par sa femme, Raymonde Meunier, qui partage et mène les mêmes combats et à qui je veux aussi rendre hommage aujourd’hui.
Dès les premières années du conflit, il s’engage dans la résistance et fédère, en Touraine, des mouvements déterminés à combattre l’occupant. C’est dans ce cadre qu’il va contribuer à sauver la vie de trois Juifs, menacés par la traque organisée sur le territoire. Avec Odette Blanchet, 17 ans à l’époque et elle aussi Juste parmi les Nations, Jean Meunier va permettre à Mme Moscovici et à ses deux enfants en bas âge, Jean-Claude et Liliane, d’obtenir des faux papiers pour échapper à l’occupant nazi.
Il les accueillera même quelques temps, dans son imprimerie clandestine, afin de les protéger, le temps qu’ils trouvent un endroit où se réfugier. Au péril de sa vie, il aura donc contribué à sauver la mère et ses deux enfants, dont la famille sera décimée. Parce qu’il se refusait à ce que son pays, la France, traite ainsi une partie de la population au nom d’une politique raciste ; parce que sa conscience le lui dictait ; parce que pour lui, la générosité était une conduite normale.
76 000 Juifs de France furent déportés vers les camps. Seulement 2 500 en réchappèrent. Mais c’eà »t été bien plus, si des Français comme mon arrière grand-père ne s’étaient pas levés pour refuser l’ordre des choses.
Son héritage nous honore et nous oblige. Jean Meunier, et tous les Justes qui ont risqué leur vie, ont fait renaître les valeurs d’une France qui vacillait. Par le statut des Juifs, par la politique de collaboration du maréchal Pétain et de ses affidés, la France était déconsidérée, salie, honteuse. Mais les Justes ont montré le chemin. Ils ont permis aux Juifs de France de voir que dans ce pays qu’ils croyaient être celui des droits de l’homme, il restait encore une lueur d’espoir.
Face à la barbarie, ils ont fait vivre une certaine idée de l’homme et de la dignité qui leur fait honneur. Ils ne voulaient pas être des héros ; mais ils furent héroïques, presque malgré eux, simplement pour être en accord avec leur conscience. Au-delà de tout clivage partisan, idéologique, les Justes ont su se mobiliser pour l’essentiel. Le Juste Jean Meunier n’était pas député SFIO ; il n’était pas non plus militant socialiste. Il était avant tout porteur d’humanisme et de tolérance.
Le combat des Justes nous montre aussi quels doivent être nos exigences et nos repères moraux quand un vent mauvais souffle sur notre pays. Leur message est fort, simple : la résignation n’est pas un choix, c’est un abandon. Il existe toujours une autre voie. Personne, même seul, n’est jamais sans devoir. Et nos valeurs, nos convictions doivent toujours guider nos actes.
Cette exigence est toujours d’actualité. Chaque situation est spécifique et rien n’est, heureusement, comparable à la période où les Justes se sont illustrés. Mais être digne de leur héritage, c’est lutter au quotidien contre le repli sur soi, contre la haine et l’exclusion. Contre tout ce qui peut diviser, fracturer, opposer les communautés entre elles.
Les Justes, aujourd’hui, s’alarmeraient des actes antisémites qui ne cessent d’augmenter, près de 84% entre l’année dernière et cette année ; ils s’élèveraient contre le massacre des Chrétiens d’Orient par les barbares de Daesh ; ils s’inquièteraient du sort des migrants qui échouent sur nos côtes pour échapper à la misère et à la dictature, et que nous européens sommes trop souvent incapables d’aider.
Porter leur exigence, c’est comprendre que les nationalismes, les extrémismes ne peuvent mener qu’à des catastrophes. Et se souvenir du combat des Justes, c’est savoir que quand on s’en prend aux Juifs, on attaque la nation toute entière.
Pour que ce combat demeure intemporel, la mémoire doit faire office de boussole, de phare pour les nouvelles générations. Et je sais votre inquiétude : quand vous ne serez plus là , continueront-ils à se souvenir ? Se rappelleront-ils du courage des Justes et de l’horreur de la Shoah ?
Je connais les travers de l’époque, qui séduisent parfois une partie de ma génération : c’est l’émergence de Dieudonné, d’Alain Soral, de Renaud Camus et autres entrepreneurs de la haine. J’imagine votre effroi, votre angoisse que les thèses complotistes, négationnistes, antisémites, finissent par triompher. Mais ce n’est pas une fatalité. Si certains cèdent à ces dérives abjectes, je sais aussi que la jeunesse peut se mobiliser, se dresser pour défendre avec ardeur la mémoire des Justes et de la Shoah.
Cette jeunesse, c’est celle qui se lève le 11 janvier pour défendre une certaine idée de la France quand des journalistes, des policiers et des Juifs sont attaqués ; cette jeunesse, c’est celle qui tous les ans participe au concours national de la résistance et de la déportation ; cette jeunesse, c’est celle qui en voyageant, en étudiant, en s’ouvrant à l’autre, Å“uvre pour la concorde et la tolérance entre les peuples, quelles que soient leurs origines ou leurs confessions.
Pour que cette jeunesse triomphe, il faut lutter pied à pied pour que tous se sentent mobilisés, pour que l’esprit de résistance des Justes soit transmis aux générations futures. "Si l’écho de leur voix faiblit, nous périrons", disait Eluard. Plus que jamais, la mémoire doit être un engagement contre toutes les haines.
Jamais nous ne devons oublier le sacrifice des résistants, ni le courage des Justes face à la barbarie nazie ; jamais nous ne devons oublier qu’il n’y a que 70 ans, les alliés découvraient les camps de concentration et d’extermination, où près de 6 millions de Juifs avaient péri.
Je garderai toujours en mémoire l’engagement de mon arrière grand-père, Jean Meunier, et son éthique personnelle. Mais cela ne doit pas concerner que les descendants de Justes. Nous devons tous être portés par la même exigence, par le même sens des responsabilités. Patrick Modiano, dans son livre dédié à Dora Bruder, juive déportée et exterminée, écrit "qu’il faut longtemps, très longtemps pour que resurgisse à la lumière ce qui a été effacé". Grâce à des cérémonies comme celle-ci et à votre travail à tous, la lumière est revenue. A nous de faire en sorte qu’elle ne s’éteigne jamais.
Je vous remercie.
Benjamin DUHAMEL,