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Qu’as-tu fait de Jérusalem ? 2ème partie

Par Gérard Huber, correspondant permanent à Paris © Metula News Agency

dimanche 18 janvier 2004
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Face aux « tiédeurs romaines » devant la Shoah, je me rappelle le récit de mes parents, un moment cachés par un prêtre. Droit et courageux.

Comme cet Alexandre Glasberg (1902-1981), défunt prêtre français d’origine juive, et son frère Vila, auxquels l’institut Yad Vashem de Jérusalem a remis, ce 11 janvier 2004, la médaille des « Justes parmi les Nations », en présence de Gérard Araud, l’ambassadeur de France en Israël.

L’abbé Glasberg est ainsi devenu l’un de ces 2262 Français qui se sont vus attribuer cette haute distinction. Depuis son ordination en 1938, l’abbé Glasberg s’était, en effet, consacré au sauvetage et au reclassement des réprouvés et sans-patrie, et notamment des Juifs fuyant les persécutions des nazis. Il fonda à Lyon l’Amitié Chrétienne qui allait offrir asile aux réfugiés pendant l’occupation nazie (1940-1944), dans le cadre de la Résistance, en leur donnant de faux papiers et en leur trouvant des familles d’accueil. En août 1943, son frère, qui participait à ces activités, fut arrêté, déporté et assassiné par les Allemands. Après la guerre, l’abbé Glasberg aida des Juifs à immigrer clandestinement en Israël, en particulier ceux des pays arabes. Personnage haut en couleur, l’abbé Glasberg avait été successivement délégué du Primat des Gaules, maquisard, émissaire du Mossad israélien, bâtisseur de centres de réadaptation fonctionnelle et de maisons de retraite, et enfin, promoteur de rencontres entre Israéliens et Palestiniens non-violents.

Tout y est. Je décrirai et analyserai plus tard comment le Saint Siège a lui aussi réussi à sortir d’une certaine ambivalence vis-à-vis d’Israël.

Mais comment analyser ce qu’a fait l’Eglise catholique, à propos d’Israël depuis quarante ans, sans revisiter d’abord ce qu’on appelle l’esprit de la Résistance, un de ces termes absolus de comparaison, à propos duquel la plus grande confusion règne encore aujourd’hui dans les entendements ?

Notamment en France. Quand le mot « Résistance » y est utilisé pour décrire l’attitude du peuple palestinien qui fait face à la présence israélienne dans des Territoires encore disputés aujourd’hui.

Mot d’une gravité exceptionnelle, au regard de l’histoire du peuple français qui devait faire face à l’occupation allemande, mot auquel on a recours pour convoquer un univers de significations totalement étranger à celui qui se présente.

Tentative idéologique qui repose sur deux opérations intellectuelles : d’abord, reconstruire une histoire telle qu’en elle-même, elle serait coupée de son actualité passée, ensuite, formuler l’actualité présente telle qu’en elle-même, elle serait conforme à la fausse - vraie histoire présentée.

Ce n’est tout de même pas un hasard si l’écrivain et journaliste Albert Camus s’est battu, pendant l’occupation allemande, pour écrire l’histoire au présent au sein du journal clandestin Combat, et s’il s’est battu, pendant la guerre d’Algérie, contre le soutien aux attentats du FLN contre les civils.

En effet, aucune pratique logico politique ne peut se soutenir d’une forme qui ferait abstraction de son contenu, ni d’un moyen qui ne jugerait en aucune manière de son rapport à la fin dont il est porteur.

Yasser Arafat, chef de la Résistance palestinienne ? Me revient alors en mémoire le discours qu’il tint le 6 août 1995, lors d’une réception en l’honneur de la naissance de sa fille : « Les Israéliens se trompent, s’ils pensent que nous n’avons pas d’alternative aux négociations. Par Allah, je jure qu’ils ont tort. Le peuple palestinien est préparé à sacrifier le dernier garçon et la dernière fille pour que le drapeau palestinien flotte au-dessus des murs, des églises, des mosquées de Jérusalem » (in The Jerusalem Post, 7 septembre 1995).

Pire que Franco, « prêt à sacrifier la moitié de l’Espagne », s’il le fallait !

Tout personne, c’est-à-dire tout être humain animé d’une conscience morale, ne peut accepter que le contenu meurtrier et suicidaire de cette auto affirmation puisse être consubstantiel au contenu politique du droit du peuple palestinien à l’autodétermination.

Il y a le niveau du débat politique. Accepte-t-on, ou pas, que la création de l’OLP soit constitutive de l’existence d’un peuple palestinien dont le territoire se situerait en Cisjordanie et à Gaza, au lendemain de la Guerre des Six Jours ? Accepte-t-on ou pas que le projet politique du futur Etat palestinien soit construit sur le modèle brejnévien de l’Etat-Parti, adapté à la Shari’a ? Accepte-t-on ou pas que ce projet politique se traduise nécessairement par la reproduction à l’identique du refus de la création de l’Etat juif en 1947 par l’ONU ? Accepte-t-on ou pas que la lutte du peuple palestinien soit jalonnée depuis au moins 37 ans d’échecs, de destructions et d’autodestructions au Liban, en Jordanie et, à présent, dans les Territoires palestiniens ?

Toutes ces questions, un historien du temps présent doit se les poser, à propos de la lutte du peuple palestinien, et il se doit d’y répondre.

Comme il doit se poser tout un volet de questions à propos du bien-fondé ou pas de la « politique palestinienne » de l’Etat d’Israël. Accepte-t-on ou pas que le projet démocratique d’Israël se soit transformé, du fait même que son armée ne s’est pas retirée instantanément de la Cisjordanie et de Gaza, au lendemain de la guerre des Six Jours ? Accepte-t-on ou pas qu’Israël ait, dans le passé, délibérément gâché plusieurs opportunités pour contribuer à l’établissement de l’Etat de la Palestine ? Accepte-t-on ou pas qu’Israël continue de confondre la volonté des terroristes palestiniens d’exterminer ses citoyens comme Juifs avec la soi-disant menace que l’Autorité Palestinienne ferait peser contre l’existence d’un des Etats, non seulement reconnu par l’ONU, mais développant une réelle puissance sur le plan militaire ? Accepte-t-on ou pas que la légitime logique de l’autodéfense soit en passe de devenir le seul référent de la posture politique israélienne, au lendemain de la rupture des négociations de Camp David, programmée par l’Autorité Palestinienne et depuis la Seconde Intifada ?

Et je n’entrerai pas ici dans la forêt de questions qu’il faut se poser autour des responsabilités prises par un protagoniste et ou par l’autre pour que les Accords d’Oslo soient violés, voire périclitent.

Mais, une fois admise l’hypothèse - totalement irréaliste - d’un consensus sur les réponses que l’historien du temps présent apporterait dès aujourd’hui, que contiendrait-il d’un authentique rapport de communauté entre la déclaration de Yasser Arafat citée plus haut et une analytique politique de la Résistance palestinienne ?

En effet, cette déclaration dément l’existence d’un esprit de la Résistance, dans la conception du monde affichée par le leader historique du peuple palestinien.

La publication, par Alain Vincenot, de La France Résistante - Histoire de Héros ordinaires (Editions des Syrtes) vient à point pour rappeler que l’esprit de la Résistance était incompatible avec le meurtre de civils. Les Résistants de France (j’entends ici les Résistants français et non français) - sur lesquels le livre Les penchants criminels de l’Europe démocratique (Verdier) de Jean-Claude Milner fait étrangement silence (mais pour qui a étudié ce livre de près, ce silence est analytiquement compris dans la démonstration performative de l’auteur) - ont toujours veillé à ce que la guerre contre l’armée et la Gestapo allemandes, ainsi que contre l’Etat français et ses forces armées, ne soit pas la continuation de la destruction nazie de l’humanité par d’autres moyens.

Elle vient aussi à point pour rappeler, par la béance de l’absence, que l’idée du sacrifice d’enfants et celle du suicide des jeunes comme armes de combat contre l’ennemi étaient totalement étrangères à l’esprit de ces héros ordinaires.

Enfin, elle vient souligner que la sanctification des attentats-suicides comme armes de guerre non conventionnelles contre une armée (cf : la déclaration de Nabil Shaat, ministre palestinien des Affaires étrangères, qui a justifié l’attentat perpétré au barrage d’Erez le 15 janvier 2003, au prétexte qu’il visait des soldats « qui se trouvaient en territoire occupé ») ne peut en aucun cas s’inscrire dans une histoire de l’esprit de la Résistance.

Ainsi tombe le dernier tabou du soutien des « palestino-progressistes », comme ils s’appellent, à la « Résistance palestinienne ».

Et plus dure sera la chute.

Ce n’est pas que l’entendement des Juifs d’Israël et de la diaspora soit au beau fixe. Ainsi j’ai récemment rencontré un Israélien qui m’a expliqué qu’Arafat était une sanguinaire créature de Dieu destinée à provoquer le retour des Juifs vers la religion, c’est dire la confusion qui peut régner dans quelques esprits, et, fort heureusement, ce type de jugement n’est pas représentatif de ce que pensent les Israéliens !

Mais, l’entendement des Palestiniens et des « palestino-progressistes » est, lui, sérieusement cassé par l’adhésion implicite, voire explicite (cf : Edgar Morin et Jean Daniel, lequel semble en être récemment revenu), à l’invention anti-humanitaire du suicide comme arme légitime de lutte contre la puissance occupante.

Car cette adhésion n’est pas seulement un démenti de l’esprit de la Résistance. C’est une adhésion démente à un désaveu dont il nous faudra encore beaucoup de temps pour comprendre le cheminement.

Faut-il y voir l’aboutissement d’une perversion de la fausse notion de « banalité du mal », qu’Hanna Arendt, dans sa hâte de dédouaner Heidegger, a forgée, lors de sa confrontation avec l’énigme Eichmann (1962) ? Il faudra bien se poser la question, si nous voulons un jour comprendre que n’importe qui ne se fait pas exploser pour tuer des Juifs, seulement des jeunes et des adultes mélancoliques instrumentalisés par des laveurs de cerveaux professionnels.

Et là, je prolongerai un accord avec Milner. De même que « le Juif est celui pour qui la chambre à gaz a été inventée » (p.59), même s’il faut s’imaginer que la victoire d’Hitler se serait traduite par l’utilisation de la chambre à gaz à des fins de destruction de dizaines de millions d’autres gens que les juifs et les Tziganes, le Juif est celui pour qui l’attentat-suicide a été inventé par les Palestiniens.

D’où la légèreté, pour ne pas dire la bêtise, qui consiste à nommer « kamikaze » un terroriste palestinien. D’où l’aveuglement qui consiste à refuser de comprendre que l’Intifada, sur le modèle de la seconde, c’est-à-dire la continuation de la guerre par attentats-suicides interposés, se généralisera comme réponse sociale obsessive à toute puissance étatique dans le monde, si un terme n’est pas mis à sa légitimation par la conscience occidentale « progressiste ».


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