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Les musiciens de rue Jrusalem

Reportage de Nathalie Szerman Isral Magazine

lundi 6 août 2007
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Tous les ts, le centre de Jrusalem se peuple d’artistes qui viennent pratiquer leur art au grand air, souffrir les loges des badauds et rcolter quelques pices. Des peintres, parfois, mais surtout des musicien

Chacun avec sa tranche horaire, son emplacement, essaie de ne pas empiéter sur les plates-bandes des autres. Professionnels, étudiants, touristes, retraités, israéliens, américains... mais surtout russes. L’éventail est large, et les talents variés.

Si certains musiciens affectionnent la rue King George, d’autres le Kikar Tsion, c’est incontestablement la rue piétonne Ben Yehouda qui remporte la palme de la préférence des musiciens de rue. Côtoyant les éternels mendiants, les poseurs de phylactères, les chrétiens messianiques qui appellent le peuple d’Israël à revenir « au Seigneur », les musiciens sortent leurs instruments dès neuf heure du matin : un vieillard éraille son violon vers le haut de la rue, disparaît quelques heures plus tard pour faire place à d’autres. Vers 18h apparaît un accordéoniste, parfois accompagné d’une jeune danseuse slave. A la nuit tombée, une harpiste aux longs cheveux se pose en beau milieu de la rue, qu’elle plonge dans une atmosphère semi-iréelle par un filet de notes aériennes. Parfois, ô surprise, on peut surprendre une chorale en plein Ben Yehouda.

La rue pour se faire connaître et monter des groupes de musique

A la sortie du lycée, James se dirige tout droit vers Ben Yehouda. Saxophoniste de 13 ans, il est inscrit à l’ Academia lemusica. Ce jeune israélien de parents américains, aux allures de bon élève, me tend sa carte : James se produit aux bar-mitsvas et autres heureux événements, le soir, après ses études. Beaucoup, comme lui, viennent avec leur carte, espérant ainsi se faire connaître, séduire des clients potentiels et peut-être même un imprésario... Pendant que James souffle dans son saxo arrive un jeune Israélien d’à peu près son âge, sa guitare sur le dos : « Ca te dirait qu’on joue ensemble ? » propose-t-il avec simplicité. James acquiesce : « Pourquoi pas... »

C’est tout naturellement que les musiciens de rue font connaissance et décident de collaborer. De nombreux groupes se forment dans la rue, et certains ne se contentent pas de jouer pour les badauds. Itzik, Russe originaire « de la mer noire », chapeau beige à rebords sur la tête et lunettes de pilote sur le nez, raconte : « Aujourd’hui, je donne des concerts avec des musiciens rencontrés un peu partout en Israël. Nous formons une grande famille. Mon collaborateur privilégié est un saxophoniste américain de Dimona. C’est lui qui m’a interpellé un jour dans la rue pour me dire qu’il aimait ma façon de faire du jazz. »

Et de fait, les amateurs de jazz ne doivent pas manquer l’angle de la rue Mashiyah Baruchof, côté rue Agrippas, où Itzik a choisi de se poster. Il pianote magnifiquement sur son synthétiseur, de 11h à 14h, faisant profiter le quartier de sa musique au moyen d’un amplificateur. Itzik a vécu le jazz comme un coup de cœur. Il l’a découvert en écoutant la radio : « Ma formation musicale est uniquement classique. Je n’ai jamais eu de prof de jazz. Il n’y en avait pas en URSS. Alors j’écoutais la radio et j’essayais de reproduire les accords sur mon piano. » Une fois qu’il a pris le pli, il se met à improviser, en véritable jazzman qu’il ne tarde pas à devenir. « J’ai joué à Herzlia Pitouah, où j’ai vécu pendant deux ans, puis à Ashdod, où j’ai vécu 19 ans avec mon épouse. Je suis aujourd’hui divorcé et je vis avec mon amie à Rehavia [quartier huppé de Jérusalem ndlr]. Je joue à Jérusalem et je m’en sors bien. »


« J’ai tout laissé tomber pour jouer dans la rue »

Ariel Raguimov a 28 ans. Son instrument est le Kamantcha. C’est une vièle à pique de trois ou quatre cordes. D’origine perse, cet instrument est importé au Caucase au XVIIème siècle. Lui-même originaire du Caucase (il est arrivé en Israël à l’âge de 12 ans), Ariel a tout laissé tomber pour se consacrer à la musique. Maigre, vêtu d’une fine tunique de coton mauve, le regard enflammé, Ariel semble bien loin des considérations matérielles : « J’ai fini par comprendre que la seule chose qui m’intéressait, c’était de jouer du Kamantcha. Aujourd’hui, je ne fais plus que cela. Dans tout le pays, mais surtout à Tel-Aviv et Jérusalem. »

Loin du cliché qui prétend que la population de Tel-Aviv est plus ouverte et plus généreuse, Ariel préfère les Jérusalémites : « Ils aiment la musique et je gagne mieux ma vie ici. A Tel-Aviv, les gens passent devant moi sans me voir. » Deux jeunes hommes se sont assis auprès d’Ariel, attirés pas les mélodies très particulières qu’il émet : un Juif d’Iran et un jeune débraillé aux allures de dur. Ce dernier verse une petite larme en écoutant Ariel : « Ah... Si ma grand-mère t’entendait... Elle adorait cet air... » Il est lui aussi originaire du Caucase. Ariel et lui entament un dialogue dans leur langue natale. Ariel nous apprend qu’il se produit aussi dans des soirées avec un flûtiste ; ils interprètent des chants liturgiques turcs, des airs populaires perses et hébraïques.

Vers 11h du matin arrivent Aline et Alexandre, deux anciens immigrants russes ; lui fait de la guitare, elle du violon. Ils interprètent aussi bien Brahms que Gershwin, avec une prédilection pour la musique folklorique irlandaise. Ces deux-là sont des professionnels. Ils ont monté un groupe de musique, le Backflying bird, et donnent des concerts. Attention, l’entrée est assez « select » : non-Russes s’abstenir, sous peine de se sentir complètement perdu.

Alexandre Liberman, violoniste virtuose

A Aline et Alexandre s’est ajouté, pendant un certain temps, un autre violoniste d’origine russe : Alexandre Liberman. Alors que ce dernier jouait pour la première fois sur Ben Yehouda, Alexandre le guitariste est venu le narguer, le défiant d’interpréter tel et tel musicien et plaisantant sur la facilité des morceaux imposés. Mais ce n’était que du bluff, car il était en vérité estomaqué par l’aisance de jeu de Liberman. Le masque de la raillerie est vite tombé, et il l’a invité à se joindre à Aline et lui.

On ne peut entendre Alexandre à la guitare, Aline au violon et surtout - surtout - Alexandre Liberman, sans s’arrêter pour écouter. Ce virtuose de 32 ans joue comme il respire, ou plutôt comme il prie. Une note, une seule, et « le temps suspend son vol ». Les pièces de cinq shekels s’égrènent dans sa boîte à violon. Au début, le couple Alexandre et Aline ne croyait pas à leur bonheur d’avoir enrôlé ce nouveau musicien. Mais Alexandre Liberman n’a pas tardé à manifester une inconstance souvent imputée aux artistes : il a du mal à se lever le matin, termine ses soirées avec un bouteille de vodka, prononce des discours délirants... Alexandre et Aline se sont bientôt retrouvés à deux tandis que Liberman est parti de son côté, jamais au même endroit, jamais à la même heure.

Arrivé en Israël à l’âge de quinze ans, Alexandre Liberman ne maîtrise toujours pas l’hébreu. Sa langue, la seule où il s’exprime à la perfection, est le violon. « Joue et tais-toi », a-t-on envie de lui dire quand il nous impose son historique avec un accent incompréhensible. Il a immigré en Israël avec sa mère, son père étant resté en Ukraine, où il est acteur de théâtre. Sa mère, professeur de violon, enseigne son art à son fils dès l’âge de six ans. A Jérusalem, il étudie d’abord au Conservatoire Rubin, puis à l’Académie de musique de Jérusalem, et devient l’élève de Matvej Lieberman.

Aujourd’hui, il participe à l’orchestre de l’université hébraïque de Jérusalem, ouvert aux non étudiants, qui donne en moyenne un concert tous les trois mois. Son rêve : intégrer l’orchestre philharmonique d’Israël. Il a déjà reçu des prix nationaux, mais ce n’est pas suffisant pour jouer sous la direction de Zubin Mehta... En attendant, il ne se plaint pas de son sort : « J’aime jouer dans la rue. On me dit vingt fois par jour que je suis doué ! » Lui aussi préfère la population de Jérusalem à celle de Tel-Aviv, pour une raison toute simple : « Je gagne deux fois plus à Jérusalem qu’à Tel-Aviv. »

« Je gagne en moyenne soixante shekels de l’heure »

S’il est un sujet que les artistes de rue rechignent à aborder, c’est celui de l’argent qu’ils gagnent. Sans doute moins bien lotis que les mendiants professionnels, qui « travaillent » toutefois plus d’heures, ils ne s’en sortent pas trop mal. En tous cas, Liberman ne se plaint pas : « En moyenne 60 shekels de l’heure, mais c’est très variable... » D’autres me diront, admiratifs, que c’est beaucoup.

Le joueur de mandoline russe que l’on ne peut manquer dans le centre de Jérusalem, qui interprète des airs de folklore israélien au croisement des rues Jaffa et King George le matin, et au milieu de la rue King George en début de soirée, aura tout fait pour ne pas me répondre. Invité à boire un verre, il se méfie : « Pas le temps, pas le temps... J’ai du travail, beaucoup de travail, le matin, le soir... Aucune question. Je ne peux répondre à aucune question. » Beaucoup craignent les questions, comme ce saxophoniste afro-américain vu une seule fois sur la place King George, où il vendait des CD, et qui n’est plus jamais reparu après que je lui eus proposé d’acheter son CD en échange de quelques questions...

Si vous descendez demain la rue Ben Yehouda, ne vous étonnez pas de découvrir toute une palette d’artistes non mentionnés dans cet article : Beaucoup s’essaient à la rue une fois ou deux pour ne plus y revenir. Je n’ai jamais revu cette petite américaine à la guitare qui chantait avec tant de cœur que tout un groupe de soldats et de soldates sont venus s’asseoir autour d’elle, ni ce groupe israélien de joueurs de tamtams devant qui se sont mis à sautiller des Breslev. En revanche, dites-vous bien que Bob Dylan a commencé dans la rue, ainsi que Simon and Garfunkel, que Sting se déguise parfois en chanteur des rues et que les badauds le trouvent « pas trop mal »... Parmi ces modestes gratteurs de cordes se trouvent aussi les stars de demain.


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