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Israël-Palestine, au-delà des illusions

Par Nissim Zvili - Ambassadeur d’Israël en France

dimanche 21 décembre 2003
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Les Palestiniens continuent de piétiner dans le terrorisme. Et ce, malgré les apparences. On pourrait croire que le Djihad et le Hamas ont cessé de lancer leurs attaques, or il n’en est rien. Depuis octobre, une vingtaine d’attentats suicides auraient pu être perpétrés en Israël, ils ont été déjoués.

Dans les médias internationaux, lorsqu’un attentat ne réussit pas, on n’en parle pas. Pourtant les Israéliens sont loin d’être tranquilles. Le calme apparent est superficiel : il n’est pas dû à une décision stratégique palestinienne qui serait d’abandonner la politique du massacre. De toute façon, même si l’Autorité palestinienne reconnaît que cette politique est désastreuse pour son intérêt, elle n’est pas prête à s’imposer pour changer de cap.

Au Caire, le premier ministre palestinien n’est pas parvenu à obtenir des organisations terroristes qu’elles renoncent à commettre des attentats contre la population israélienne. L’Autorité palestinienne a donné au Hamas et au Djihad islamique un droit de veto sur la paix au Proche-Orient. Ils en ont usé. Ils ont dit non.

Ils ont dit non parce que le but d’un terroriste n’est pas de faire la paix, mais d’assassiner des civils. Demander leur avis au Hamas et au Djihad, les consulter plutôt que les combattre, c’est pécher par naïveté ou même par inertie : demander à un terroriste s’il faut arrêter de commettre des attentats, c’est pour lui abandonner sa raison d’être.

Ils ont dit non, ensuite, parce qu’ils ne sont pas libres de dire oui. Pourquoi taire ce que chacun sait ? Pourquoi feindre de croire que les organisations terroristes tirent toute leur puissance de la colère de la rue palestinienne, et tout leur argent de dons et de legs d’ordre caritatif ? Ils ont dit non, parce que le Hamas est contrôlé et financé par l’Iran, le Djihad islamique par la Syrie. L’Iran et la Syrie veulent continuer d’utiliser le terrorisme pour atteindre des buts politiques. Une des raisons, si ce n’est la raison essentielle, qui nous empêche de parvenir à la paix.

J’entends l’objection : la seule façon de contrôler les terroristes serait de les convaincre par la négociation de cesser leurs crimes. On aimerait bien. Mais à cette objection, je réponds que, même si le premier ministre palestinien était parvenu à un accord avec les terroristes, ils ne l’auraient pas respecté. A preuve, pendant la fameuse hudna (la trêve qu’ils avaient acceptée au début de l’été) Israël a subi de nombreux attentats, et en a déjoué plus de soixante !

La vérité est que, pour faire la paix, il faut être deux, et qu’aujourd’hui Israël est seul à la vouloir mais n’a pas d’interlocuteur. Car enfin, de deux choses l’une : ou bien l’Autorité palestinienne peut empêcher les attentats, et alors, pourquoi ne le fait-elle pas ? Ou bien elle ne le peut pas, et alors comment Israël pourrait s’en remettre à elle pour faire la paix ? La sécurité des citoyens israéliens est et restera la condition sine qua non ; seule la paix enfin restaurée donnera à la région l’état ultime de sécurité dont elle a besoin.

Impuissante ou complice ? Peu importe, le constat reste le même : l’Autorité palestinienne s’est montrée incapable d’imposer quelque loi que ce soit aux terroristes. Elle aurait pu le faire. Elle a sous ses ordres 43 000 hommes en armes. Où sont-ils ? Que font-ils ? A quoi servent-ils ? On ne peut pas attribuer constamment à Israël la responsabilité de cette tyrannie anarchique qui régit les territoires palestiniens : si l’Autorité palestinienne est indigne de son nom, c’est d’abord à elle d’en tirer les conclusions.

L’intérêt de mon pays n’est pas, comme certains le croient, d’avoir affaire à une société palestinienne morcelée, divisée, sans structure, sans autorité, sans police. Bien au contraire. Nous aurions ardemment préféré avoir en face de nous une Autorité véritablement constituée, avec un gouvernement digne de ce nom, capable de combattre les groupes d’assassins, et désireux de travailler avec nous pour assurer notre paix à tous.

Au début de son histoire, Israël a eu à relever un défi du même ordre : il a dû démanteler les groupes armés juifs incontrôlés. Mais la différence était que nous avions, à notre tête, non pas un chef de guerre corrompu, mais un homme d’Etat, David Ben Gourion, déterminé à exiger et à obtenir que quiconque portait une arme devait rejoindre l’armée régulière. Ben Gourion était convaincu qu’il s’agissait là d’une question de survie pour un Etat naissant de ne laisser aucune place à des milices armées. Sa profonde détermination l’amena même au point de donner l’ordre de faire couler un navire (l’Altaléna) qui s’apprêtait à livrer des armes à ces milices. C’est dire.

Le jour où l’Autorité palestinienne cessera d’organiser ou de tolérer la livraison illégale d’armes, nous pourrons lui faire confiance. Mais ce jour semble loin. Dans la réalité actuelle, nous nous trouvons face à une inaction totale palestinienne qui bloque le chemin vers la paix.

Comme dans n’importe quelle démocratie qui se respecte, jamais nous ne transigerons sur la sécurité de nos citoyens : pour notre sécurité mais aussi pour leur tranquillité, leur dignité et pour la prospérité de part et d’autre. Nous voulons que les Palestiniens deviennent un peuple souverain, c’est-à-dire responsable des actes de ses dirigeants.

Si l’autorité palestinienne continuait de n’accepter ni l’indépendance de son peuple, ni l’existence du nôtre, Israël serait amené à agir unilatéralement et se défendrait avec la conscience de lutter pour sa survie. Pour les Israéliens, autant que pour les Palestiniens, ce serait une libération. La véritable paix sera le résultat d’un accord.

La feuille de route, approuvée par les gouvernements palestinien et israélien et par la communauté internationale, demeure pour nous le seul document capable d’ouvrir la voie à une négociation sérieuse. Or, elle prévoyait, comme première étape, le désarmement des milices palestiniennes et le gel des implantations, ce qui serait un signe de bonne volonté de la part des deux gouvernements.

En attendant, à moins qu’enfin l’Autorité palestinienne ne consente à respecter la feuille de route et à désarmer les terroristes, Israël est seul responsable des moyens de protéger ces citoyens. En sachant, au demeurant, qu’une paix stable et durable est le meilleur bouclier de défense qui soit.


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