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Les yeux étaient dans la tombe et regardaient Papon

Charles Etienne Nephtali

mardi 20 mars 2007
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En mars 2000, je me faisais la réflexion ci-dessous suite à la libération de Pinochet après 503 jours d’assignation à résidence à Londres sous le titre : P. comme Pinochet, P. comme Papon.

« J’en suis à me demander comment des criminels ou des complices de criminels contre l’Humanité peuvent ainsi tromper la justice ? Comme des millions de téléspectateurs, j’ai vu la « résurrection » miraculeuse de Pinochet à son arrivée à Santiago après quinze mois de « coma diplomatique ».
Et je n’ai pu m’empêcher de faire un parallèle avec Papon ! Tout le monde s’en souvient encore : le matin il était presque mourant et le soir, suite à sa mise en liberté avant son jugement, frais et dispos, il dînait dans une auberge avec ses avocats et des amis. Quelle santé ! ! »

Ainsi donc, à quelques semaines d’intervalle, ces 2 « personnages » seront paisiblement morts dans leur lit. Quelle que soit la façon dont ils furent enterrés, les yeux de leurs victimes auront été dans leur tombe et les regarderont.....mais pas comme la « conscience » de Caïn car eux n’en avaient pas !

« Ici-bas », ils auront eu plus de chance que leurs victimes qu’ils ont maintenant rejoint « là-haut »......mais, à mon sens, pas au même endroit, ce qui ne serait que justice ! Les innocents d’un côté, les méchants de l’autre !


« Ici-bas »
ou
Un accusé arrogant et sans remord

Papon, cet homme méprisant, détestable, répugnant, suffisant et hautin, ce haut fonctionnaire très et même trop zélé, très et même trop occupé par sa carrière, très et même trop obéissant, rouage d’une implacable machine de collaboration, ne renia rien de son passé, clamant son innocence et poussant l’infamie jusqu’à déclarer : « Je n’ai ni remord, ni regret et si c’était à refaire, je le referais ». Aura-t-il rencontré les 1690 personnes juives, dont 250 enfants, ces innocents qu’il a, par une simple signature alors qu’il était secrétaire général de la préfecture de la Gironde, envoyées à la mort, ......... et dans quelles conditions ?
Un demi siècle de silences et de complaisances auront précédé ce procès historique et exemplaire (1), même si pour certains la modicité de la condamnation aura laissé un goût amer, un goût d’inachevé.

Un demi siècle de silences et complaisances que nous « devons », pour différentes raisons, au Général de Gaulle, à M. Giscard d’Estaing et à M. Mitterrand.

Un demi siècle de silences et complaisances qui permirent à Papon, décoré de la Francisque, d’avoir, et là est le scandale,.......la Légion d’Honneur ! (2) Mais il n’est malheureusement pas le seul dans ce cas, suivez mon regard en direction d’un certain ancien président de la République aujourd’hui décédé !

Un demi siècle de silences et complaisances qui lui permirent, alors que son « parcours » peu glorieux, et même minable, contre les Juifs et que sa responsabilité dans l’organisation des convois de la mort pour Drancy (et Auschwitz) n’étaient pas tout à fait inconnus du sommet de la hiérarchie de l’Etat,
- d’être deux fois élu député,
- d’être nommé préfet de Corse et de Constantine,
- d’être nommé en 1954 à un poste important auprès du Résident Général de France au Maroc et
- d’occuper en 1978 le poste de ministre du budget dans le gouvernement Barre, sous la présidence de M. Giscard d’Estaing, ce M. Barre qui, le 1er mars dernier, fit des déclarations (antisémites) élogieuses pour Papon au sujet desquelles, d’ailleurs, je n’ai pas eu vent à ce jour de réactions de la part de l’ancien président de la République !

Orgueilleux, alors que sa Légion d’Honneur lui fut retirée le 2 avril 1998 suite à sa condamnation à dix ans de réclusion criminelle pour « complicité de crimes contre l’humanité », Papon sera condamné à 2500 euros d’amende en 2004 et 2005 pour port illégal de sa décoration.

Malgré cela, malgré l’indignation des familles de ses victimes et de la classe politique, Papon, en guise d’une ultime provocation, en guise de « revanche post-mortem », fut enterré avec sa Légion d’Honneur. Quelle insulte inutile !

Les obsèques d’une personne sont l’affaire privée d’une famille. Si celles de Papon l’étaient restées (privées), j’aurais pu écrire, pour reprendre une expression d’un certain ministre ayant abandonné son poste, certains diront « l’ayant déserté », au moment de la première guerre du Golfe, «  Peu me chaut que Papon soit enterré avec sa Légion d’Honneur ». On aurait même pu y ajouter sa casquette et son uniforme de Préfet et, pourquoi pas, son stylo avec lequel il envoyait ses pauvres victimes sans défense à la mort ! Mais il en fut fait une publicité indécente et provocatrice, pour respecter, paraîtrait-il, la « volonté du défunt » !

Cependant, à n’en pas douter, sa décoration ne lui servira à rien « là-haut ». L’insulte à la Légion d’Honneur est, je crois, le fait que cette illustre décoration ait pu être portée au même revers de veste sur lequel la francisque le fut !!

Ainsi donc, après avoir connu les plus grands honneurs de la France, M. Papon est mort à 96 ans, certes libre, certes bénéficiant jusqu’à sa mort d’un traitement de faveur mais condamné. Condamné peut être pas à la hauteur de sa conduite mais condamné, et là est l’essentiel !

Mais il aura fallu seize années de procédure pour que Papon comparaisse enfin devant la cour d’assises de la Gironde présidée par le juge Jean-Louis Castagnède (3). Il m’a été donné d’assister à quelques audiences de ce mémorable procès et d’en lire des compte-rendus. J’ai encore en mémoire cet homme froid, plein de mépris (4), à l’œil glacial, prenant des notes et tenant tête à certains témoins d’une façon virulente malgré son âge et son « état de santé ». Et toujours, oui toujours, c’est un scandale et une honte, pas le moindre regard, pas la moindre compassion pour les parties civiles. Il aurait même eu le front de déclarer « ....., je dois vous dire que le Noël 1943 nous ne l’avons pas fêté. Je me souviens qu’avec ma femme nous avons pleuré après le départ du convoi du 23 décembre. Je n’ai cessé de porter dans mon cœur le deuil des déportés juifs » !

Il me souvient encore de cette audience du 31 octobre 1997 après une semaine d’interruption du procès. Ce jour-là, furent mis au cœur des débats Vichy et sa criminelle politique antisémite qui rendirent les Juifs vulnérables. Politique discriminatoire qui permit de perpétrer un « crime de masse » dénoncée par le professeur-historien américain Robert Paxton (5) lors d’une magistrale déposition de plus de trois heures suivie d’une avalanche de questions. R. Paxton insista sur la mise en place, dès le 3 octobre 1940, du premier « Statut des Juifs » (6) et poursuivit sa déposition par un historique implacable contre « L’Etat français.....[qui] a participé à la politique d’extermination des Juifs  ». La défense, en la personne de Me Varaut, contesta ce témoignage estimant qu’« un historien n’était pas un témoin ». Puis il y eut une mise en cause d’Henri Amouroux, journaliste-écrivain présent à la barre.

Il me souvient encore de cette pénible et douloureuse audience du 22 décembre 1997 traitant du départ le 26 août 1942 de 423 personnes pour Drancy puis pour Auschwitz le 31 août, 423 personnes parmi lesquelles se trouvaient 81 enfants dont 18 furent arrêtés avec leurs parents lors de la rafle du 16 juillet 1942. Des enfants dont le plus âgé, Albert, avait 16 ans et le plus jeune, Léon,.....1 an (une journaliste parla même de quelques mois). Léon fut déporté avec ses frères (Maurice 3 ans, Simon 5 ans) et sa sœur (Charlotte 9 ans). Pénible et douloureuse audience pendant laquelle furent cités les noms de ces petits enfants condamnés à mort parce que Juifs, Nelly et Rachel, William et Gérard, Pauline et Jacqueline, Bertrand et Adolphe, Anna et Léon, Sylvain et David.......Ces 81 enfants embarqués avec leurs dérisoires baluchons et leurs quelques petits jouets !!

Il me souvient encore de cette audience du 23 décembre 1997 au cours de laquelle, pour la deuxième journée consécutive, il fut question des enfants du convoi du 26 août 1942 dont les parents avaient été déportés 5 jours plus tôt. Ces malheureux gosses jetés dans les wagons, leurs cris, leurs pleurs, un « voyage » de plusieurs jours au bout de l’enfer dans des conditions inimaginables avec la chaleur, la soif, la faim, la peur et, au final.....le gaz, le feu et la fumée pour tous ! Et pourtant Papon affirma à plusieurs reprises........qu’il avait sauvé des Juifs ! En fin de journée, déclarant qu’il était « très fatigué et [avait] besoin de repos pour parachever sa guérison », l’audience fut renvoyée au 5 janvier 1998. « Des vacances de Noël pour Papon », ironisèrent certains !!

Il me souvient encore qu’à la reprise de son procès, en pleine forme malgré ses 87 ans, Papon montra et démontra qu’il était un homme à poigne n’ayant aucun mot de compassion pour la déportation des 81 enfants mais sachant s’apitoyer et s’attendrir sur son propre sort, allant jusqu’à déclarer « Je joue mon destin, ma fin de vie, ici ! » . D’une arrogance et d’une pugnacité à peine croyables, il interrompit à plusieurs reprises le procureur général, Henri Desclaux lors de cette audience du 5 janvier 1998 reconnaissant seulement, et à la limite, avoir commis un « crime....de naïveté ». A bout d’arguments au sujet du sort des Déportés, Papon se permit cette réflexion à un avocat des parties civiles « Je ne joue plus avec vous » !!

Il me souvient encore de cette audience 14 janvier 1998 consacrée au quatrième convoi et à la rafle du 19 octobre 1942. Michel Slitinsky, alors âgé de 17 ans, parvint à s’évader. C’est lui qui, en 1981, « accusera » Papon via Le Canard enchaîné et grâce à des documents retrouvés par l’historien Michel Bergès.

Il me souvient encore de cette audience du 21 janvier 1998 au cours de laquelle Michel Slitinsky témoigna « au nom de tous les siens », de son père Abraham et de sa sœur Alice. Il raconta sa longue traque, son combat dans la Résistance et sa rencontre fortuite à Bordeaux avec deux policiers...................auteurs de l’arrestation de sa famille.

Il me souvient encore de cette audience du 4 février 1998 au cours de laquelle furent évoquées la rafle du 10 janvier 1944 au cours de laquelle 228 Juifs de tous âges furent arrêtés à leur domicile et la déportation deux jours plus tard vers Drancy de 317 Juifs. Tous les Juifs arrêtés par la police et la gendarmerie françaises furent parqués....dans la Synagogue.

Il me souvient encore de cette audience du 10 février 1998 et du terrible et émouvant face à face entre les familles des victimes et Papon, Papon qui n’eut jamais le moindre mot de regret. Et pourtant il fut question, entre autres, de la déportation et de l’assassinat à Auschwitz le 25 janvier 1944 d’une famille entière, la mère, le père et leurs neuf enfants...........dont un nouveau né de quelques jours !

Il me souvient encore de cette audience du 11 février 1998 et l’évocation du dernier convoi du 13 mai 1944 composé uniquement de 57 personnes de plus de 70 ans, de malades arrachés de leur lit d’hôpital, de mutilés de guerre dont Jules Kahn,..............amputé, Officier de la Légion d’Honneur et titulaire de la Croix de guerre ! Manifestement, ces malheureuses gens n’allaient pas « dans des camps de travail » comme Papon le déclara la veille avant de se rétracter. Papon qui s’exclama : « Je suis la victime expiatoire des parties civiles » !

Il me souvient encore de cette audience du 4 mars 1998 avec le témoignage de Jean Pierre-Bloch, âgé de 93 ans, dernier survivant du « jury d’honneur » convoqué en 1981 par Papon, ce jury d’honneur qui le disculpera tout en concluant qu’il « aurait dû démissionner des ses fonctions en juillet 1942 ». Jean Pierre-Bloch affirma que l’accusé n’avait jamais été résistant contrairement à ce qu’il voulait bien faire croire et, avec humour, ajouta que si Papon avait été résistant, il ne l’aurait été que......bien clandestinement !

Je n’ai pas assisté aux plaidoiries mais ai encore souvenance de ce jeudi 2 avril 1998 où Papon qui, jusqu’au bout, et j’insiste sur ce point, ne manifesta aucun regret, fut condamné à dix ans de réclusion criminelle pour « complicité de crimes contre l’humanité » après une délibération de 19 heures et après..........seize années de procédure ! A noter qu’Arno Klarsfeld, représentant Ita et Jacky Junger (7 et 3 ans) plaida le 10 mars 1998, pour « une peine équitable relevant que Papon n’était ni Barbie ni Touvier ».


« La-haut »
ou
Paroles imaginaires d’une enfant de 9 ans (7)


« Pourquoi tu nous a fait ça, Monsieur, on ne t’avait pourtant rien fait ? »

« Monsieur, Monsieur, je te connais mais toi tu ne me connais pas. Je m’appelle Charlotte, j’avais 9 ans quand tu as signé un papier. Et à cause de ce papier, on m’a enfermée dans un wagon avec 80 autres enfants qui tous avaient peur et beaucoup pleuraient. Pourquoi tu nous a fait ça, Monsieur, on ne t’avait pourtant rien fait ?

Déjà, avant, on nous avait obligés à porter une étoile jaune sur nos habits, on n’avait plus le droit d’aller dans les parcs jouer avec les autres enfants qui n’avaient pas d’étoile sur leurs vêtements, on nous avait renvoyés de l’école. Je ne sais pas si c’est toi qui as fait ça mais c’est à cause de toi que j’ai été jetée dans ce wagon avec mes petits frères, Simon qui avait 5 ans, Maurice qui avait 3 ans et Léon qui n’avait même pas 1 an . On n’avait plus nos parents, ils avaient aussi été mis dans des trains à cause de toi et on n’avait plus de nouvelle d’eux. Pourquoi tu nous a fait ça, Monsieur, on ne t’avait pourtant rien fait ?

Notre train est parti le 26 août 1942. Pendant que les autres enfants qui ne portaient pas une étoile jaune étaient en vacances et s’amusaient à la plage ou ailleurs avec leurs papa, leur maman, leur frère, leur sœur, leurs amis, nous on étaient là,
entassés dans ce wagon, on avait chaud, on avait soif, on avait faim, on avait peur . Il y en avait beaucoup qui pleuraient et les grands qui avaient 14, 15 ou 16 ans consolaient les plus petits. Mon petit frère Léon était le plus petit, il n’avait même pas 1 an . Il y avait d’autres enfants qui comme mes 2 autres frères avaient 5 et 3 ans et même moins. Pourquoi tu nous a fait ça, Monsieur, on ne t’avait pourtant rien fait ?

Le train a roulé longtemps et on est arrivés dans un endroit qui s’appelait Drancy. Il y avait plein de monde qui portaient l’étoile jaune comme nous, il y avait des messieurs, des madames, des papis, des mamies. Ils étaient arrivés de partout en France dans des autobus et dans des trains accompagnés par des gendarmes et des agents de police français. C’était horrible de voir tout ça. Et puis, on nous a mis dans un autre train, pour un autre long voyage de plusieurs jours et plusieurs nuits et même chose,
on était entassés, on avait chaud, on avait soif, on avait faim, on avait peur. On faisait pipi et caca sur nous et ça sentait très mauvais. Pourquoi tu nous a fait ça, Monsieur, on ne t’avait pourtant rien fait ?

Et puis le train s’est arrêté dans un endroit qui s’appelait Auschwitz. On nous a fait descendre, on nous a bousculés, on nous a frappés. Dans le wagon, des gens étaient mort pendant le voyage. Là, il n’y avait pas d’agents de police français comme à Bordeaux et à Drancy mais des militaires allemands avec des gros chiens qui aboyaient. Il y avait déjà beaucoup de monde, d’un côté des messieurs, de l’autre des vieilles personnes, des madames qui tenaient des bébés dans leurs bras et des enfants. A côté du train, il y avaient des messieurs avec la tête rasée qui portaient comme des pyjamas rayés et des étoiles jaunes. Pourquoi tu nous a fait ça, Monsieur, on ne t’avait pourtant rien fait ?

Tout le monde a laissé les petits bagages qu’ils avaient pu emporter. Nous, les enfants, on a dû se séparer de nos nounours et de nos poupées qu’on avait encore pu garder avec nous jusqu’à maintenant . On nous a fait courir, des messieurs, des grands garçons, des grandes filles et des madames ont pris les plus petits dans leurs bras. Quand il y en avait qui tombaient, les militaires allemands criaient avec des paroles qu’on ne comprenait pas, les frappaient avec des gros bâtons ou les tuaient avec leurs fusils. Pourquoi ils nous faisaient ça, Monsieur, on ne leur avait pourtant rien fait ?

Et après, on nous a fait mettre tout nus , les messieurs, les madames les enfants et les bébés. On nous a fait entrer dans une grande pièce où il y avait comme des douches au plafond. On était tous serrés, on ne pouvait plus bouger. Les bébés et les plus petits étaient tenus au dessus des têtes des grands. Les enfants et des madames pleuraient. J’ai entendu des Rabbins et des autres messieurs qui faisaient des prières comme à la Synagogue. Les portes de la pièce se sont fermées et de la fumée est sortie du plafond. On avait les yeux et la gorge qui piquaient, on ne pouvait plus respirer et on est tous morts . Après, ils nous ont brûlés. Plus loin, des militaires allemands jetaient même des bébés vivants dans du feu. Dans des bâtiments, des docteurs allemands faisaient des expériences sur des bébés, des enfants, des messieurs et des madames qui étaient jumeaux. Pourquoi ils nous faisaient ça, Monsieur, on ne leur avait pourtant rien fait ?

On est tous montés au ciel, il y en avait qui étaient déjà là et d’autres sont arrivés après. Un jour, un groupe de 44 enfants est arrivé d’un endroit qui s’appelait Izieu. Une autre fois, un autre groupe est arrivé de Beaune-la-Rolande et Pithiviers. Il avaient tous souffert comme nous
à cause de gens méchants comme toi . A la fin de la guerre, on était plus de76000 personnes et parmi elles 11400 enfants qui venaient de France. Mais il y en avait qui venaient de tous les pays. En tout, on était 6 millions avec 1 million et demi d’enfants. Pourquoi ils nous ont fait ça, Monsieur, on ne leur avait pourtant rien fait ? Et Pourquoi toi tu nous a fait ça, Monsieur, on ne t’avait pourtant rien fait ? Et malgré ça, sur terre, il y a des gens qui disent que tout ça n’a pas existé, que ce n’est pas vrai ou qu’il n’y a pas eu autant de morts. Dernièrement, en France, un ancien ministre important qui ne doit pas beaucoup aimer les Juifs a dit que tu étais un monsieur très bien et que tu n’aurais pas mérité d’être jugé parce que tu n’avais fait que ton devoir. C’était ton devoir, Monsieur, d’envoyer des innocents à la mort ? Il devrait avoir honte ce monsieur qui est maintenant devenu vieux. Nos Parents et nous, on n’a pas eu cette chance de devenir vieux et pourtant, on n’avait rien fait de mal. On était seulement Juifs.

Tu sais, du ciel on voit tout et on sait tout même quand on arrive ici tout petits . On a tous vu comment toi, qui avais été très méchant avec nous, tu as été honoré après le guerre. Tu as été un monsieur très important, tu as eu plein de décorations qui ici ne te serviront à rien . Nous, on se demandait bien pourquoi, on ne comprenait pas. Et puis un jour tu as été attrapé grâce à un Monsieur de Bordeaux qui s’appelle Slitinsky. Sa famille avait été arrêtée à cause de toi. Il y a aussi un Monsieur qui s’appelle Klarsfeld qui a fait beaucoup de recherches pour attraper des gens comme toi et des autres criminels. Grâce à lui, il existe maintenant des livres où on peut voir nos photos et savoir plein de choses sur nous (8). Heureusement qu’il y a des gens comme ce Monsieur sur la terre ! Heureusement aussi qu’il y avait des gens gentils en France qu’on appelle des Justes qui ont sauvé des Juifs et qui ont caché beaucoup d’enfants qui ont eu plus de chance que les 11400 enfants que nous sommes ici. Toi en bas, sur terre, tu as une tombe avec ton nom et des fleurs. Pour nous, il n’y a pas de tombe. Mais grâce à Monsieur Klarsfeld, on commence à nous connaître et savoir qui on était. Grâce à Monsieur Klarsfeld, il y a des plaques sur les murs des écoles où on allait avant qu’on porte l’étoile jaune et qu’on nous renvoie.

Tu sais, du ciel on voit tout et on sait tout même quand on arrive tout petits . On a tous vu comment tu as été jugé et comment tu ne regardais même pas nos familles ni ceux qui venaient dire ce qu’ils savaient. On a tous entendu dire que tu referais ce que tu as fait si c’était à refaire. Pourquoi tu as dit ça et pourquoi tu nous a fait ça, Monsieur, on ne t’avait pourtant rien fait ? On a vu comment on faisait attention à ta santé. Tu as eu de la chance parce que toi, tu ne t’es pas inquiété de tout ça pour nous. On nous a fait souffrir et on nous a tués.

Après la fin de la guerre, il y a d’autres Juifs, des enfants, des messieurs et des madames qui sont arrivés ici. Ils venaient d’un pays, Israël, que je ne connaissais pas. Ils avaient été tués avec des bombes et des fusils par des gens qu’on appelle des Arabes. Ils n’avaient pas des prénoms comme nous, ils s’appelaient Shalevet, Golda, Noam, Matan, Rony, Samy, Moshe, Ehoud, Lior, Mataï et plein d’autres prénoms encore qu’on n’avait pas en France. Pourquoi des gens comme toi, pourquoi des Allemands, pourquoi des Arabes et pourquoi plein d’autres gens encore nous ont fait ça, Monsieur, on ne leur avait pourtant rien fait ?

Si je n’avais pas été tuée à cause de toi, j’aurais maintenant 74 ans, je serais une mamie, j’aurais eu des enfants et des petits- enfants qui peut être auraient été docteurs, ingénieurs, écrivains, journalistes et même avocats et juges, comme les juges qui t’ont condamné pour tout le mal que tu nous a fait. Si les 6 millions de Juifs n’avaient pas été tués, il y aurait eu en bas, sur terre, plus de chercheurs et plus de docteurs et peut être que beaucoup de maladies n’existeraient plus maintenant.

Il y a quelques semaines, un Monsieur qui s’appelle l’Abbé Pierre est arrivé ici. C’est quelqu’un qui a fait beaucoup de bien sur la terre. Mais il était l’ami d’un monsieur qui disait que ce qui nous est arrivé n’était pas vrai. Et il y a quelques jours, une Madame qui s’appelle Lucie Aubrac est aussi arrivée ici. Elle avait presque ton âge. Elle a eu beaucoup de courage pendant la guerre. Avec son mari, avec Monsieur Jean Moulin et avec d’autres gens, elle a résisté aux Allemands. Pas comme toi ! Tu sais, du ciel on voit tout et on sait tout même quand on arrive tout petits.

Pendant longtemps en France on disait que c’étaient que les Allemands qui étaient responsables de tout ce qui nous est arrivé mais il y a douze ans, le Président de la République a reconnu que la France et des gens comme toi étaient responsables de la souffrance des Juifs et de la mort de nous tous pendant la guerre. Tu vois qu’on a eu raison de te juger et de te condamner. Heureusement que tu es resté vivant longtemps, comme ça, tout le monde sur la terre a pu savoir le mal que tu nous as fait.

On était tous innocents Monsieur et c’est pour çà qu’on est tous ici dans cette partie du ciel avec ceux qui étaient gentils sur la terre. Mais des gens méchants et lâches comme toi qui s’attaquaient à des innocents ne resteront pas ici avec nous. Tu partiras avec tous les méchants et les lâches ailleurs, dans un autre endroit où c’est pas bien du tout et où tu souffriras. Tu seras puni pour tout le mal que tu nous as fait. La justice ici au ciel est plus sévère et surtout plus juste qu’en bas sur terre. Tu ne pourras plus trouver d’excuses et dire n’importe quoi devant cette justice.

Ici, D.ieu reconnaît ceux qui sont gentils et ceux qui sont méchants.


  • *
    Pour ma part, j’aurais pu écrire que « D.ieu reconnaîtra les siens » et, en l’adaptant aux agissements de Papon, je ferais mienne la phrase qu’écrivait le Professeur Vladimir Jankélévitch dans « L’imprescriptible » en inversant les termes de la prière de Jésus dans l’Evangile selon Saint Luc :

«  Seigneur, ne pardonnez pas à Papon car il savait ce qu’il faisait  »

Charles Etienne NEPHTALI


Le 18 mars 2007



Papon fut le seul haut fonctionnaire du régime de Vichy a passer devant la Justice, Bousquet, secrétaire général de la police de Vichy, ami et protégé de M. Mitterrand, fut abattu peu de temps avant l’ouverture de son procès.
Le 12 juillet 1961, le Général de Gaulle remis la Légion d’Honneur à Papon, préfet de police de Paris entre 1958 et 1967
Par une étrange coïncidence, par un hasard du sort, Monsieur Jean-Louis Castagnède est mort à 61 ans quelques heures après ce dernier.
Il est vrai que ce Monsieur était méprisant avec tout le monde, sauf avec ses supérieurs hiérarchiques avec lesquels, paraît-il, il était servile et obséquieux. Un ami me racontait dernièrement que Papon, alors préfet, ne le regardait même pas lors de certaines réunions bien qu’il fut haut fonctionnaire à Constantine.
L’historien R. Paxton entama ses travaux dès 1967 s’appuyant sur des archives allemandes, américaines et anglaises et, beaucoup plus tard, françaises.
Dès les 3 et 4 octobre 1940, le statut des Juifs (renforcé le 2 juin 1941) allait plus loin que l’ordonnance allemande du 27 septembre 1940 dans sa définition de la « race juive ».
Partie volontairement rédigée comme une enfant de cet âge parlerait. Quant à ses connaissances, elles sont naturellement fictives et supposées acquises par « quelqu’un qui est au ciel ».
L’Association des Fils et Filles Déportés Juifs de France édite, grâce aux énormes travaux et recherches de Serge et Béate Klarsfeld entrepris en 1994 « Le Mémorial de Enfants Juifs déportés de France ». A ce jour, près de 3600 visages d’enfants assassinés dans « la nuit des camps » sont visibles dans l’ouvrage d’origine et ses 7 additifs que chacun d’entre nous se devraient d’avoir dans sa bibliothèque. Ces documents, que j’acquiers régulièrement dès leur parution et dont j’offre des exemplaires à l’occasion de fêtes familiales, comportent, outre les photos émouvantes de ces malheureuses petites victimes innocentes du temps où la vie était belle, du temps de leur bonheur et de leur vie familiale, leur nom, prénoms, date et lieu de naissance, adresses d’arrestation, centres de rassemblement, numéros et dates des convois qui les conduisirent à leur anéantissement. Je possède d’ailleurs pratiquement tous les ouvrages publiés par les FFDJF.
En ce moment et jusqu’au 29 avril, se tient à l’Hôtel de Ville de Paris une remarquable exposition organisée par les FFDJF et la Mairie de Paris sur «  Les 11400 enfants Juifs déportés de France entre juin 1942 et août 1944  ». Tout le monde devrait s’y rendre. Vous y verrez les petits visages innocents de celles et ceux qui aujourd’hui auraient pu être nos Parents ou nos Grands-Parents sans la sauvagerie et l’inhumanité de gens comme Papon.


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Ce Colloque des Intellectuels Juifs de Langue Française a pour thème, ’la montée des violences’. Ce thème aura toujours accompagné l’histoire de l’humanité. Violences politique, religieuse, sociale, économique, voire même discursive, les humains n’auront cessé de se faire violence, et ce même lorsqu’ils prétendaient l’éradiquer en cherchant à dispenser le bien. Cette relance du Colloque des Intellectuels Juifs de Langue Française apporte une attention toute particulière à ce qu’il convient de nommer une résurgence de la violence affectant aujourd’hui les communautés juives de France et d’Europe.


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