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L’Agriculture biologique en Israël : reportage

Par Nathalie Szerman avec Ilan Bloch pour © Israël Magazine

mardi 6 mars 2007
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Le kibboutz religieux Sdé Eliahou, situé dans la vallée de Beit Shean, au nord d’Israël, fait partie des quelques kibboutzim privilégiés qui marchent bien. Et Mario Levi, le pionnier de l’agriculture biologique en Israël, y est pour quelque chose : les fruits et légumes du kibboutz sont largement exportés en Europe et aux Etats-Unis, sous le label « organique », un label de plus en plus prisé par des consommateurs peu désireux d’inclure des pesticides dans leurs belles salades de fruits...

« L’agriculture biologique, c’est l’avenir de la planète »

Nous nous garons dans les champs du kibboutz : des rangées de laitues, de poivrons, d’oignons, de fenouils et d’autres légumes dont les noms nous échappent poussent à nos pieds, sans le moindre engrais chimique, dans la terre ensoleillée du kibboutz. Au loin, nous apercevons un tracteur et un petit groupe de personnes. Ne tarde pas à s’en détacher un vieil homme au pas alerte : Mario Levi.

Mario Lévi, originaire d’Italie, s’est installé à Sdé Eliahou en 1941. Son savoir, il l’a acquis directement de la terre. « La meilleure université, c’est les champs », aime à dire cet homme simple, aujourd’hui sollicité par les universités européennes pour ses conférences sur l’agriculture organique. C’est en travaillant dans les champs que Mario se rend compte, assez rapidement, que « quelque chose ne va pas » avec l’agriculture traditionnelle : les énormes quantités d’engrais chimiques et de pesticides utilisés perturbent l’équilibre écologique.

Mario Levi, aujourd’hui âgé de plus de 80 ans, est l’homme d’une mission ; il le sait et s’en inquiète, car les années filent et il lui reste beaucoup à faire : l’agriculture biologique, ce n’est pas l’affaire de quelques hippies en mal d’excentricité, nous explique-t-il en appuyant sur ses mots ; c’est l’avenir de notre planète. La terre, exploitée par des méthodes agressives, se trouve progressivement empoisonnée. Les récoltes en pâtissent, les animaux et les humains qui les consomment aussi. « 50% des maladies dont dues à la mauvaise qualité de l’alimentation », estime Mario. Or c’est la terre qui nourrit tous les êtres vivants.

Essor de l’agriculture biologique en Israël
Mais dans les années 60, époque à laquelle Mario Levi commence à militer pour l’agriculture biologique, celle-ci est loin d’être la principale préoccupation du jeune Etat d’Israël ; Mario Levi est considéré au mieux comme un excentrique, au pire comme un empêcheur de tourner en rond.

C’est en France qu’il fait la rencontre qui canalisera son action : le Suisse Hans Müller (1891 - 1988), l’un des précurseurs de l’agriculture biologique qui, en 1932 déjà, met au point une méthode d’agriculture biologique d’après les théories de Hans Peter Rush. Müller, qui considère le modèle du kibboutz comme propice au développement de l’agriculture biologique, est reçu au ministère de l’Agriculture en Israël, relate Mario. Mais le ministère ne le prend pas très au sérieux.

Mario Lévi obtient toutefois de son kibboutz, en 1974, l’autorisation de mener sa première expérience sur 20 acres : il commence par faire pousser 10 espèces selon les règles de l’agriculture biologique, dont des carottes, des betteraves et du blé. C’est un succès. Levi rédige une brochure sur cette expérience qui circule dans tout le pays.

En trente ans, il devient le pionnier de l’agriculture biologique en Israël. Il est co-fondateur de l’Association israélienne d’agriculture bio-organique (I.B.O.A.A.), basée à Tel-Aviv, qui transmet le savoir-faire organique par des séminaires, des sorties sur le terrain et diverses activités. Le but de l’IBOAA est, dans un premier temps, d’arriver à ce que 10% de la production agricole en Israël soit d’origine organique.

En trente ans, un nombre croissant d’agriculteurs adhère à l’entreprise de Mario Levi, qui est lui-même membre de la Fédération internationale d’agriculture biologique Nature et progrès. L’agriculture biologique en est encore à ses débuts en Israël, mais elle est l’un des secteurs qui se développent le plus rapidement, avec une croissance annuelle de 25%. Aujourd’hui, du Golan à Eilat, près de 80 kibboutzim et mochavim observent ses principes.

Mario étend l’exportation des produits organiques à de grands distributeurs tels Agrexco, qui approvisionnent les grandes villes américaines en poivrons et tomates organiques. Mario démontre ainsi que celle-ci peut, outre les bienfaits pour la santé, générer des profits économiques.

Sdé Eliahou ne regrette pas d’avoir donné sa chance à Mario Lévi : aujourd’hui, entre 70% et 80% de la production du kibboutz est vendue en Europe et en Amérique. « En Angleterre, les produits bio se trouvent dans tous les supermarchés », note Mario. Il en existe aussi une forte demande dans les pays du Nord. Pour l’acheteur, ces produits coûtent toutefois entre 30% et 40% de plus que ceux issus de l’agriculture traditionnelle.

Principes de l’agriculture biologique

L’agriculture biologique repose sur le respect de l’équilibre écologique. Elle diffère fondamentalement de l’agriculture traditionnelle par ses méthodes de prévention visant à renforcer les espèces. L’une des règles de base est le respect des cycles naturels. « Quand les espèces sont fortes, les ’ennemis naturels’ s’éloignent d’eux-mêmes. »

« Il convient en outre de ne pas martyriser la terre. Le terre est vivante : elle contient des millions de micro-organismes nécessaires au bon développement des végétaux. Nous devons les protéger. Pour cela, il est préférable de ne pas la retourner en profondeur, car ceci ébranle les micro-organismes. Retourner la terre sur 40 cm, c’est trop. 10 cm suffisent. » Et bien sûr, les produits chimiques et synthétiques sont à bannir ; car ils mettent en danger les micro-organismes. Le compost est l’engrais naturel le plus utilisé. Aujourd’hui, l’usine de Sdé Eliahou en produit des quantités importantes. « Le recyclage des déchets est nécessaire pour permettre un apport suffisant et peu onéreux en engrais naturels. » Mario souligne qu’il existe des solutions de remplacement naturelles à quasiment tous les problèmes.« Elles sont certes plus coûteuses, mais le bénéfice à long terme est inestimable. »

« Certaines solutions de remplacement sont toutefois toute simples », remarque Mario.
Il désigne des bouteilles en plastic placées à l’avant des récoltes, dans les champs : « Ces bouteilles font fuir les chacals. Ce moyen fonctionne à merveille et est assurément beaucoup moins nocif que les solutions chimiques. » Un autre moyen de dissuasion : une petite cabane construite en hauteur, au milieu des champs, à l’attention d’un oiseau de nuit qui, lors de ses sorties nocturnes, fait fuir les rongeurs.

Bio-Bee : le secret des dernières découvertes et des recherches en cours est jalousement gardé.

Bio-Bee, ou Bio-Bee Biological Systems, le joyau de Sdé Eliahou, est une société qui produit des bourdons pour une pollinisation naturelle ainsi que des pesticides naturels. Ces produits sont destinés à la vente en Israël ainsi qu’à l’exportation. Bio-Bee fait partie des trois plus grands producteurs mondiaux d’ « ennemis naturels » et de bourdons de pollinisation. A ces derniers s’ajoute la production de mouches mâles stériles relâchées dans les vergers pour lutter contre les dégâts occasionnés par la mouche méditerranéenne des fruits, qui s’attaque aux agrumes dans plusieurs régions du monde - une entreprise nommée « Bio-Fly ».

Les principaux clients de Bio-Bee sont bien sûr les agriculteurs biologiques, mais aussi les agriculteurs conventionnels qui cherchent à innover leurs méthodes et à réduire l’usage des pesticides. « Aujourd’hui, même dans l’agriculture traditionnelle, un agriculteur qui se respecte ne se contente pas d’engrais chimiques », assure Mario Lévi.

Nous rencontrons Myriam Freund, une jeune Israélienne d’origine française qui travaille comme chercheuse dans le domaine d’avant-garde de Bio-Bee (http://www.bio-bee.com/). Bio-Bee travaille en coopération avec des chercheurs européens et américains. Myriam ne nous fait toutefois pas visiter les lieux : le secret des dernières découvertes et des recherches en cours est jalousement gardé.

Notre guide se contentera de nous présenter les bourdons de pollinisation, ou Bombus terrestris, qui sont produits en masse au kibboutz Sdé Eliahou. L’utilisation de ce bourdon aurait accru de 25% la quantité de tomates réservées à l’exportation (de meilleure qualité).

Myriam nous explique en outre le fonctionnement des pesticides naturels déjà commercialisés par Bio-Bee : le Thripor, le Spidex, le Citripar, le Migliyphus et l’Aphipar, autant de produits vendus en flacons plastique, dont le contenu est « saupoudré » dans les champs. Ils sont composés d’acariens carnivores ou de parasites (qui pondent leurs œufs dans les pucerons ennemis ou les œufs de ces derniers). Ces méthodes naturelles n’assurent pas un résultat à 100%, ce qui est préférable afin d’assurer la survie des parasites et carnivores « amis ».

L’agriculture biologique aujourd’hui : pas de soutien du ministère de la santé mais une prise de conscience collective

Les recherches de Bio-Bee bénéficient du soutien du ministère israélien du commerce et du ministère de l’agriculture. En revanche, le ministère de la santé ne subventionne l’agriculture organique en aucune façon. « L’utilisation de pesticides ne peut qu’être nocive pour la santé, ce qui occasionne des dépenses importantes pour les caisses maladie. L’indifférence du ministère de la santé, premier intéressé par l’agriculture biologique, est surprenante », estime Mario. Il souligne que certains pesticides sont encore tolérés en Israël alors qu’ils sont interdits en Europe et aux Etats-Unis. En Israël, l’agriculture organique ne survit qu’avec l’agent des agriculteurs, affirme Mario.

Mario s’étonne aussi de l’indifférence des autorités religieuses du pays : « La Torah nous enseigne que le respect de l’harmonie écologique est une mitza (commandement divin). Les rabbins ont un rôle à jouer ; ils devraient encourager une prise de conscience collective du problème. » Les rabbins ont toutefois des préoccupations tout autres, ce qui fait que comme dans bien des domaines, l’évolution des mentalités devance les autorités en place : les consommateurs sont de plus en plus conscients de la nécessité de ménager la terre pour en tirer le meilleur et d’eux-mêmes, optent ou militent pour le label « organique ».

Perspectives

Peut-on espérer une généralisation de l’agriculture biologique à long terme ? L’agriculture biologique nécessite des recherches, une main d’oeuvre plus importante et de meilleure qualité. Pourrait-elle apporter quelques débouchés au vaste problème du chômage ? Le travail paysan pourrait-t-il être revalorisé dans le cadre de la généralisation de l’agriculture organique, et dans son sillage le secteur primaire ? Autant de questions qu’il est permis de se poser dans un monde en pleine mutation.

S’agissant de l’avenir de la planète, Mario Lévi s’interdit tout pessimisme : « Certes, la terre a été bien malmenée », déplore-t-il. « Il n’est toutefois pas trop tard. Et ce que l’homme a abîmé, il saura le réparer. Mais il ne faut plus attendre. »


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