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Le véritable enjeu des manifestations palestiniennes à Jérusalem

Bertrand Ramas-Muhlbach

lundi 12 février 2007
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Les travaux, entamés à Jérusalem le 6 février 2007 pour fortifier l’accès au mont du temple, ont déclenché la colère du monde musulman et conduit à une série d’émeutes réprimées par la police israélienne.

Pour les musulmans, ces travaux sont présentés comme étant une provocation susceptible de déclencher une troisième intifada alors qu’en réalité, les manifestations palestiniennes n’ont rien à voir avec une supposée offense de l’Islam.

Elles traduisent une contestation musulmane de l’attachement historique des juifs à la ville de Jérusalem (I) et plus généralement une remise en cause de la souveraineté juive sur la ville Sainte (II).

I. LA CONTESTATION DE L’ATTACHEMENT HISTORIQUE DES JUIFS A JERUSALEM

Dans le monde musulman, les juifs usurpent la terre de Palestine et leur « supposé » attachement à Jérusalem ne se justifie pas (A). D’ailleurs, la présence « temporaire » des juifs à Jérusalem est le résultat d’une conquête qui n’a pas vocation à durer (B).



A. LE REFUS DE RECONNAITRE L’ATTACHEMENT DES JUIFS A JERUSALEM

Pour les musulmans, Jérusalem (dont le nom arabe El Qouds signifie la Sainte) est associée aux derniers évènements de la vie de Mahomet mais dans la Bible, l’importance de Jérusalem est beaucoup plus ancienne.

Elle remonte aux décisions politiques et religieuses du roi David qui l’a conquise et en a fait sa capitale après avoir régné à Hébron pendant plus de 6 ans (2 S 5,1-13).

Le mont du temple a été acheté par David à Aravna le Jébusite qui voulait pourtant lui en faire cadeau (2 S 24,18-15) et par la suite, Jérusalem est devenue la capitale du peuple juif, conformément à la promesse que D-ieu fit à David d’une Dynastie éternelle (2 S 7).

Le roi David y a transporté l’Arche d’Alliance (2 S 6) et la ville appelée « ville de David » (2 S 6,12), a vu la construction du premier temple par Salomon, destiné à cimenter l’association entre D-ieu et Jérusalem (1 R 7) choisie par D-ieu ( 2 R 21,4 ; PS 132).

Par la suite, Jérusalem est devenue un lieu de pèlerinages où « trois fois par an » il convenait de « se présenter au devant du seigneur l’Eternel » pour y offrir les sacrifices obligatoires (Ex 23,17 ; DT 16,16-17) et désormais, Jérusalem est associée à la restauration messianique de l’Etat communautaire en Eretz Israël.

Toutefois, l’Islam ne partage pas cette vision.

En Islam, la royauté de David n’est certes pas contestée mais David (Daûb en arabe) est plutôt attaché à la victoire sur Goliath (Jâlût en arabe) (sourate 2, verset 250), à ses amours avec Bethsabée que Dieu lui pardonna (sourate 38, verset 21), à la musique, la poésie et aux psaumes (zabûr en arabe).

De la même manière, l’Islam ne remet pas en question le règne de son fils Salomon (Sulayman en arabe) qui a reçu en héritage de son père David (sourate 38 verset 30), le trône, la sagesse et la science (II Ch 1.11,12) et régné sur les hommes, les animaux (sourate 27, 16-17) les démons (sourate 34, verset 12,13) et les vents (sourate 34 verset 12).

Toutefois, en Islam, s’il est admis que Salomon a bien édifié le 1er temple à Jérusalem avec l’aide des phéniciens (II Ch 3,1) et incarné la sagesse en dépit de ses écarts de conduites (700 femmes, 300 concubines et l’adoration de dieux étrangers), la tradition musulmane considère qu’il a annoncé la venue future de Muhammad.

Or, il s’agit là de la principale source d’opposition des musulmans à l’égard des juifs. Ces derniers sont considérés comme ayant supprimé de la Tora, l’annonce future de la venue de Muhammad (sourate 4, verset 46) et rejeté Muhammad car il n’était pas de sang juif.

Pour les musulmans, le Coran, confirme la Tora (ta’wîl, musaddiq) (sourate 2 verset 41) ; aussi, les juifs ne doivent pas rejeter le texte mais l’accepter et s’y conformer et n’ont aucun à faire valoir droit sur Jérusalem à défaut de prévisions Coranique sur ce point.

B. LA CONQUETE TEMPORAIRE DE JERUSALEM PAR LES JUIFS

Pour les musulmans, la conquête juive de Jérusalem est toute récente et n’a pas vocation à durer.

Il est vrai que la présence juive à Jérusalem a duré jusqu’en 70 e.c mais les musulmans refusent d’admettre qu’à la suite de la destruction du second temple en 70 e.c, Jérusalem est restée le symbole de la loi juive et de la gloire spirituelle.

Pourtant, les pèlerinages s’y sont bien poursuivis (Ned 23 a) à l’occasion desquels les juifs portaient le deuil (symbolisé par l’arrachage des habits) et récitaient des prières pour la rédemption et par la suite, la halakha imposait à chacun de laisser à l’entrée de sa maison, une pièce non aménagée en souvenir de Jérusalem (Ch AR Oh 560,1).

Rappelons également que dans les prières, le psaume d’introduction joint aux actions de grâce des jours de la semaine contient un serment « si je t’oublie, Jérusalem, que ma droite m’oublie » (PS 137,5).

Bien évidemment, dans la période qui a suivi la destruction du second temple, les juifs n’ont pu se rendre à Jérusalem qu’en fonction du bon vouloir de l’autorité qui la contrôlait.

Ainsi, lorsque les romains ont brûlé le temple, les juifs avaient l’autorisation de venir prier sur les ruines jusqu’à la bataille de Bar Kokhba (132 ec) mais après cette bataille, il leur a été interdit de s’y rendre car la ville était devenue sainte pour le christianisme par association aux événements des derniers jours de la vie de Jésus.

Cette interdiction s’est poursuivie pendant la période byzantine (324-638 ec).

La situation ne s’est modifiée qu’après la conquête arabe de Jérusalem (de 638 jusqu’à la conquête des croisés en 1099) : bien que les musulmans aient fait de Jérusalem la 3° ville sainte de l’Islam après la Mecque et Médine, les souverains arabes ont permis aux juifs de s’y réinstaller.

Cette installation fut de courte durée puisque qu’après la conquête des croisés en 1099, les juifs n’ayant pas pris la fuite ont été massacrés et il a fallu attendre 1187, date de la reconquête les musulmans, pour que les juifs puissent à nouveaux s’y établir.

D’ailleurs, en 1267, lorsque Nahmanide est venu à Jérusalem pour y encourager de nouvelles installations de familles juives, il n’en restait que deux.

La souveraineté musulmane s’est poursuivi pendant la période ottomane jusqu’en 1917, époque où les britanniques ont promis aux juifs de favoriser l’établissement d’un foyer national juif (déclaration de Balfour).

C’est véritablement à partir de cette période que les relations avec les arabes se sont détériorées. D’ailleurs, en 1948, lorsque la vieille ville est tombée aux mains de la légion arabe jordanienne, les habitants juifs ont été expulsés et les juifs n’avaient plus la possibilité de venir prier au Kotel.

En tout état de cause, les musulmans considèrent que la durée de leur contrôle sur Jérusalem et les prévisions coraniques emportent un véritable droit de propriété sur la ville interdisant des travaux sur le site.

II. LA REMISE EN CAUSE DE LA SOUVERAINETE JUIVE SUR JERUSALEM

Plus généralement, les manifestations palestiniennes expriment une revendication musulmane du droit de propriété sur Jérusalem (A) et le rejet de la souveraineté juive sur la ville (B).

A. LA REVENDICATION MUSULMANE DU DROIT DE PROPRIETE SUR JERUSALEM

Les autorités musulmanes ont enjoint Israël de cesser tous travaux de fouilles ou autre excavation aux alentours de l’esplanade des mosquées.

Ainsi, le Premier Ministre palestinien Haniyeh a appelé les arabes israéliens à protéger la mosquée Al Aqsa comme si cette partie de la population israélienne était gardienne des lieux de culte musulmans du pays.

Le roi de Jordanie a estimé que ces travaux remettaient en cause les pourparlers de paix (sic !) rendant l’Etat juif responsable par anticipation, d’un échec du processus de paix.

Khaled Mashaal, oubliant ses propos constants sur l’illégitimité de l’Etat d’Israël, a rappelé au Premier Ministre Ehoud Olmert, les causes de l’intifada lancée en 2000 et mis à son passif les conséquences d’un prochain embrasement de la région.

Enfin, les députés arabes israéliens Tibi et Taleb Al Sana, « fidèles à leur serment d’allégeance à l’égard de l’Etat Hébreu », ont condamné les travaux et indiqué qu’ils portaient atteinte au monde musulman et au Peuple palestinien. Ils ont également estimé que le gouvernement se lançait dans une nouvelle aventure irresponsable.

De telles déclarations émanant de responsables politique musulmans, ne sont ni plus ni moins que les revendications d’un propriétaire sur la ville sainte de Jérusalem.

Le droit de propriété est en effet le droit le plus absolu qu’une personne exerce sur son bien : il peut user de son bien (usus), recueillir les fruits et le louer (fructus), en disposer comme le détruire ou le vendre (abusus) ou interdire un utilisateur d’y effectuer des travaux.

C’est exactement le cas des musulmans qui se considèrent propriétaire de Jérusalem et qui contestent aux juifs les actes de disposition comme un propriétaire refuserait à son locataire d’effectuer des travaux sur la chose louée ou mise à disposition.

Cette technique avait été employée lors de la visite d’Ariel Sharon sur l’Esplanade des mosquées en 2000 : les juifs, occupants de Jérusalem sans droit ni titre ne peuvent ni s’y déplacer comme ils l’entendent ni être autorisés à effectuer des travaux sans l’accord du véritable propriétaire.

Ce faisant, non seulement les musulmans affirment leur propriété sur la ville sainte mais en outre, ils contestent la souveraineté juive sur Jérusalem.

B. LA CONTESTATION MUSULMANE DE LA SOUVERAINETE JUIVE SUR JERUSALEM

Les musulmans ne reconnaissent pas aux juifs de droits sur Jérusalem dans la mesure où (selon eux), les juifs doivent embrasser l’Islam comme message définitif du Ciel. Aussi, c’est la souveraineté elle-même de l’Etat Hébreu sur Jérusalem qui est contestée.

Les musulmans invoquent certes le risque de voir les juifs détruire la mosquée Al Aqsa pour construire le temple des temps messianiques mais en réalité, ils dénient aux juifs le droit de disposer du territoire.

Le problème est tient à la souveraineté juive sur Jérusalem.

Si la Tunisie envisageait d’effectuer des travaux aux alentours de la synagogue de Griba ou la République Tchèque sur les synagogues de Prague, l’Etat hébreu serait tenu de respecter la souveraineté de ces Etats sans intervenir en dépit des risques que ces travaux pourraient faire courir aux édifices religieux.

De même, lorsque les palestiniens ont détruit les synagogues du Gouch Katif en août 2005, l’Etat hébreu n’est pas intervenu en dépit des attaques faites à la religion juive.

Il en était de même lorsque les jordaniens ont détruit le maximum de traces de la présence juive dans la vielle ville alors qu’ils en étaient maîtres dans la période entre 1948 et 1967.

De façon plus lointaine, les juifs n’ont pas contesté le choix de l’autorité souveraine de construire une mosquée à Hébron aux cotés de la synagogue située près de la tombe d’Abraham voire la décision d’édifier la mosquée Al Aqsa exactement à l’emplacement du Temple de Salomon.

La règle est toujours identique : c’est à l’autorité souveraine en l’occurrence Israël, qu’il revient de gérer son domaine public (rechout harabim) et de faire respecter sa souveraineté en la rendant opposable aux populations de la région qui la contestent.

A défaut, il sera difficile pour Israël de se faire reconnaître comme Etat juif souverain.

L’Etat hébreu peut donc instaurer des servitudes d’utilité publique, provoquer des expropriations pour cause d’utilité publique, et plus généralement disposer de son territoire comme bon lui semble.

En procédant de la sorte, Israël rappellera au monde que « De Sion provient la loi et de Jérusalem la parole de L’eternel » (Is 1,26.2,3).

Bien évidemment, les autres religions pourront toujours y être représentées car comme le prophétisait Jérémie « Jérusalem est le trône de l’Eternel et toutes les nations conflueront vers elle » ( Jr 3,17).


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