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Chirac, l’Iran et Israël

Par Jean-Luc Slama | Jerusalem Post édition française

dimanche 11 février 2007
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Chirac divague-t-il ? Le cafouillage du président de la République sur l’Iran est embarrassant alors que la diplomatie avance à tâtons dans ce dossier. La résolution 1737 de l’ONU (en date du 23 décembre 2006) frappe Téhéran de sanctions et donne soixante jours au régime iranien pour suspendre l’enrichissement d’uranium.

L’Elysée fustige la polémique qui fait les choux gras de la presse américaine mais le « raisonnement schématique » de Jacques Chirac - une bourde attribuée à la vigueur mentale du président - n’a rien du raccourci suggéré. C’est le présage de lendemains orageux dans le dialogue entre Téhéran, les Européens et les Américains.

Plus on approche de la phase fatidique plus il faut rivaliser d’ingéniosité pour dédramatiser l’enjeu. Chirac ne s’égare pas. Loin de là. Le scénario qu’il retient d’un Iran en possession de l’arme atomique et l’usage qu’il en ferait aurait des conséquences désastreuses sur la région. L’Iran n’a jamais dissimulé ses ambitions hégémoniques en soutenant la résistance irakienne, le Hezbollah au Liban ou le Hamas à Gaza. Les Etats-Unis, l’Europe et Israël ne se leurrent pas sur la finalité du programme nucléaire iranien. A quelques nuances près, Paris est sur la même longueur d’ondes que Washington ou Jérusalem.

En tenant des propos contraires à la position française - la France ne peut accepter la perspective d’un Iran nucléaire - Jacques Chirac souffle le chaud et le froid. « Ce qui est dangereux, c’est la prolifération », pas un Iran doté de l’arme atomique, dit-il en laissant entendre qu’Israël pourrait « raser » Téhéran à la suite d’un tir nucléaire en direction de son territoire et souhaité que l’Iran respecte ses obligations.

C’est ce qu’il a dit à Condoleezza Rice le 25 janvier à Paris. Il se dédit. De quoi parlons-nous ? D’un Iran qui refuse les inspections de l’AIEA (Agence internationale pour l’énergie atomique), d’un Etat qui persiste à défier les instances internationales avec le soutien passif de la Russie - contrats faramineux en cours - et étend parallèlement son influence régionale, d’un Iran qui contrevient à ses obligations dans le cadre du TNP (Traité de non-prolifération) avec la mise en service d’usines d’enrichissement à Natanz et à Arak.

En juin 2003, Mohamed el Baradei, le directeur général de l’AIEA, s’interrogeait sur l’usage que l’Iran entendait faire de deux tonnes d’uranium acquises en Chine en 1991. Après un essai réussi en juillet 2003, les Iraniens ont amélioré les performances du missile Shahab III - d’une portée de 1 500km - et susceptible de porter une ogive nucléaire.

Téhéran, c’est le moins que l’on puisse dire, n’affiche pas la transparence après la découverte en 2002 d’un programme clandestin d’enrichissement et de retraitement. L’installation de centrifugeuses à Natanz est la pierre angulaire du projet iranien. Elles produisent assemblées en ligne complète (cascade) l’uranium enrichi qui sert de combustible aux réacteurs nucléaires mais peut être dévié à des fins militaires.

Entre Européens et Américains des divergences de forme. Les Européens ne veulent pas humilier un pouvoir imprévisible. Les Américains veulent imposer des contraintes assez fortes pour préserver la sécurité régionale. Washington s’émeut à l’idée que le programme nucléaire iranien parvienne à l’installation de 3 000 centrifugeuses.

Les experts militaires américains misent sur neuf à onze mois pour produire 25 kg d’uranium nécessaires à la fabrication d’une première arme atomique. Deux à trois ans pour d’autres après le franchissement de cette étape. Cela tandis que le Parlement iranien débat actuellement du budget national : 248 milliards de dollars. C’est trop. Beaucoup trop pour un régime fragilisé politiquement. Les dirigeants iraniens mettent à profit les dissensions internationales sur le droit à l’usage du nucléaire civil à des fins internes.

La communauté internationale peut-elle stopper le programme nucléaire iranien ? Rien n’est moins sûr. L’imprudence du président Chirac, en tenant des propos qui laissent pantois, accrédite l’idée d’un Iran nucléaire en fragilisant des tractations diplomatiques entamées il y a trois ans et vaines.

Plus que quiconque, Chirac appréhende une frappe militaire américaine ou israélienne - le Premier ministre Olmert reçu à l’Elysée il y a quelques mois s’est montré évasif - et le deuxième volet de sanctions prévu à la fin de ce mois. Les mesures de rétorsion et de coercition, c’est précisément le pilier de la dissuasion nucléaire à la fois pour les Américains et les Israéliens.

Les propos de Chirac reflètent-ils sa pensée sur l’Iran ? Rien ne laisse présumer une inflexion politique française après la proposition du président Poutine de suspendre conjointement les sanctions et l’enrichissement. Le programme nucléaire iranien est trop avancé pour subir les logiques antagonistes entre nationalistes et conservateurs iraniens convertis à la sauvegarde de la souveraineté nationale. Faire jouer la dissuasion nucléaire ? C’est remettre en jeu la crédibilité de la France dans ce litige et l’héritage gaulliste qui sied mal aux successeurs du général dans l’usage du verbe et de la posture. Paris a t-il les moyens de ses ambitions ?


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