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Les propos de M. Jospin sur le Hezbollah : une faute [le 06/03/2000...]

Robert Bussière - Fondation pour la Recherche Stratégique

lundi 4 décembre 2006
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A propos des déclarations du Premier ministre français, M. Jospin, lors de son voyage récent en Israël, qualifiant le mouvement Hezbollah de « terroriste », vous prévoyez pour bientôt la fin du « tumulte franco-français » qu’elles ont provoqué, et « qui sera vite oublié ».

Nul doute que, du côté français au moins, tout sera fait pour étouffer l’affaire. Cependant la nature de l’incident, l’impact qu’il peut avoir sur la paix au Proche-Orient, à la mesure du rôle de la France dans cette région, l’image qu’il donne de notre pays à l’étranger, incitent à prononcer un tout autre jugement, et à le considérer comme un événement aux conséquences dommageables et durables, dépassant largement les querelles politiciennes.

D’abord la faute diplomatique est manifeste. Elle est implicitement reconnue puisque M. Jospin s’est efforcé de corriger ses propos d’abord en Israël puis à son retour en France. Il n’a pas annoncé le changement de politique de la France que ses déclarations provocantes sur le terrain pouvait laisser supposer, puisqu’il a déclaré au contraire le 29 février à l’Assemblée nationale que « notre politique au Proche-Orient doit rester équilibrée » (réponse à M. A. Juppé). Il ne s’est pas non plus opposé au Président de la République au sujet de la politique étrangère, domaine dans lequel il a reconnu que le Président avait un « rôle éminent » (réponse à M. H. de Charette).

Dans ces conditions pourquoi avoir tenu de tels propos ? Faut-il penser que le voyage du Premier ministre fut caractérisé par une impréparation consternante, ou faut-il admettre, avec certains analystes, que M. Jospin a opéré un « positionnement électoral » grâce à la politique étrangère, ce qui ne serait pas moins consternant ?

Quoi qu’il en soit, la faute diplomatique est explicitement niée par M. Jospin qui, loin de la reconnaître, a tenté à plusieurs reprises de se justifier, en se cantonnant d’ailleurs dans des arguments d’ordre général. On sent donc la nécessité d’expliquer, ou de rappeler, certains faits montrant la réalité de la faute.

L’Orient est compliqué. Notamment au Sud-Liban où se joue un « grand jeu » entre plusieurs acteurs liés les uns aux autres par des intérêts tantôt convergents tantôt opposés, souvent changeants, défendus aussi bien au moyen de confrontations brutales que de combinaisons subtiles et de coups à trois bandes : le Hezbollah (ainsi que d’autres mouvements islamistes moins importants, comme Amal), le Liban, Israël, la Syrie et l’Iran. Le jeu se complique aujourd’hui du fait du processus de paix israëlo-syrien (que l’Iran s’efforce de torpiller) et de la menace affichée par Israël d’un retrait unilatéral du Liban-Sud (qui priverait la Syrie d’un moyen de marchandage sur le Golan).

S’agissant du fond de l’affaire, paraître faire porter la responsabilité de la crise actuelle sur le Hezbollah est donc par trop simple, étant donné l’imbrication des intérêts et des ambitions dans la région et la difficulté d’y démêler les torts dont tous les acteurs se sont rendus coupables à un moment ou un autre. En second lieu, l’accusation de « terrorisme », qui certes pouvait se justifier voici quelques années, tombe à faux, aujourd’hui où le Hezbollah s’intègre dans une large mesure à la vie politique libanaise, s’attaque aux seuls objectifs militaires de l’occupant israélien (avec succès ces dernières semaines) et s’est acquis auprès de l’opinion libanaise une image positive de mouvement de « résistance ». Aux yeux de l’opinion occidentale, le Hezbollah n’est guère sympathique, du fait de son passé sanglant et du fanatisme de ses membres, et d’ailleurs on ne saurait exclure qu’il redevienne un mouvement terroriste, par exemple en cas d’échec des différents processus de paix au Proche-Orient. Mais pour le moment, si l’on suit M. Jospin déclarant que « nous devons être sans indulgence pour ceux qui utilisent la violence », c’est plutôt Israël qui a besoin de se débarrasser d’une image négative, avec l’occupation prolongée d’une zone au-delà de ses frontières (depuis l’invasion du Liban en 1982), les bombardements des infrastructures civiles libanaises effectués le 8 février dernier en violation flagrante de l’accord Israël-Lebanon Ceasefire Understanding conclu en 1996 sous l’égide des Etats-Unis, spécialement de ses points 2 et 3, les propos de son Ministre des Affaires étrangères, M. Levy, menaçant de « brûler le Liban » et de tuer « enfant pour enfant ».

Par ailleurs l’accusation de terrorisme est d’autant plus difficile à manier de la part d’un représentant de la France que ses dirigeants successifs ont toujours glorifié, aux yeux du monde entier, la résistance française pendant la Seconde guerre mondiale. Ainsi, au Liban, le journal Nida al Watan a beau jeu d’ironiser en ces termes : « Selon les critères de Jospin pour définir le terrorisme, les Français furent les plus grands terroristes pendant la Seconde guerre mondiale. A moins évidemment que ces histoires sur l’héroïsme français (...) ne soient que des mensonges d’un bout à l’autre ». Quant à l’Etat d’Israël, il devrait lui aussi se souvenir qu’il s’est bâti en utilisant le terrorisme impitoyable de l’Irgoun et du Groupe Stern.

On peut peut-être « regretter » que ces attaques du Hezbollah se soient produites alors que le Premier ministre israélien avait annoncé depuis plusieurs mois son intention de retirer l’armée israélienne du Liban-Sud en juillet 2000. Mais il s’agissait d’une intention annoncée, non d’un accord entre les parties ; il en est de même aujourd’hui, même si la décision d’un redéploiement sur la frontière internationale (non d’un retrait total et immédiat comme l’exige toujours la résolution 425 des Nations Unies - les déclarations de l’adjoint au Ministre de la Défense, M. Sneh, du 5 mars, sont assez inquiétantes à cet égard) au plus tard en juillet, avec ou sans accord, a été prise officiellement par l’ensemble du cabinet d’Ehud Barak le 5 mars dernier. D’autre part Israël a-t-il toujours tenu parole ? (Voir les reports qu’il impose dans les négociations avec les Palestiniens, qu’il s’agisse du cadre du statut final ou du redéploiement en Cisjordanie). Enfin doit-on s’étonner que le Hezbollah, de par sa propre volonté mais aussi poussé par l’Iran et manipulé par la Syrie, cherche à acquérir une position de vainqueur en prétendant avoir forcé les Israéliens à se retirer du Liban-Sud, ce qui d’ailleurs n’est pas loin de la vérité ? Ce faisant ce mouvement a fait preuve après les bombardements israéliens d’une retenue qui lui a permis d’accroître encore son nouveau prestige.

Mais quelle que soit l’opinion que l’on ait dans l’absolu sur le bien-fondé du qualificatif employé par M. Jospin, il convient de s’interroger aussi sur les conséquences pratiques, c’est-à-dire politiques, de ce propos : a-t-il servi la paix au Proche-Orient et a-t-il grandi le rôle de la France ?

A considérer la situation au Proche-Orient avant et après le voyage de M. Jospin, situation que l’on ne peut résumer ici, on ne voit pas ce qui, dans l’attaque verbale portée contre le Hezbollah, peut contribuer à l’améliorer dans le sens d’un apaisement des esprits et d’une plus grande propension à la modération et aux concessions. On voit bien au contraire qu’elle provoque inutilement une opinion arabe déjà très sensible au blocage des négociations sur le Golan (pour lesquelles le récent vote de la Knesset sur le referendum risque de durcir les positions d’Israël dans les négociations sur le Golan) et aux reports successifs des accords avec les Palestiniens opérés par les Israéliens.

A la suite des bombardements israéliens du 8 février, tous les gouvernements arabes avaient réagi vivement. Ils avaient décidé d’organiser prochainement une réunion de leurs Ministres des Affaires étrangères à Beyrouth pour décider des mesures destinées à soutenir le Liban. Notamment M. Moubarak s’était rendu à Beyrouth les 19 et 20 février, pour une visite tout à fait inhabituelle pour un Premier ministre égyptien, afin d’assurer le Liban de son soutien, en particulier par des déclarations qui visaient aussi bien les Américains, qui s’étaient empressés de justifier les attaques aériennes contre le Liban, que les Israëliens eux-mêmes. Plus récemment, le 5 mars, se situe la visite et les déclarations de soutien au Liban du prince héritier Abdullah, d’Arabie saoudite. Citons encore l’interview du Chef druze Walid Jumblat par Al Jazerah Satellite TV Network du Qatar le 5 mars, qualifiant M. Jospin, possible président de la République française, de personnage « anti-arabe ».

Mais surtout, ainsi que l’analyse le journal libéral israélien Haaretz du 2 mars, dans un article de Denny Rubinstein, la jeunesse palestinienne est en train de perdre patience. Bien avant le voyage de M. Jospin, le Hezbollah était devenu son idole, auréolée de gloire après ses actions militaires contre Tsahal au Sud-Liban, comme l’était Saddam Hussein avant et pendant la guerre du Golfe, au point que les méthodes du Hezbollah paraissent désormais à beaucoup comme les seules susceptibles d’obtenir justice pour les Palestiniens. A la suite des propos de M. Jospin, des démonstrations spontanées de protestation ont eu lieu non seulement à Bir-Zeit, où pourtant le Premier ministre avait essayé de rattraper ses paroles, mais en Cisjordanie et à Gaza, notamment à Bethleem, Naplouse, Ramallah, ainsi que dans plusieurs villes du Liban-Sud. Selon un autre article, « parler aujourd’hui au Proche-Orient du terrorisme du Hezbollah, c’est parler de corde dans la maison d’un pendu ».

Il n’est nul besoin de voler au secours d’Israël ni de le dissuader de faire des concessions : Israël bénéficie dans le domaine militaire d’une supériorité écrasante sur tous ses adversaires potentiels réunis. Il est par contre important que la France, tout en conservant de bonnes relations avec Israël, conserve la confiance du monde arabe de façon à pouvoir, grâce à une politique d’équité et d’efficacité (qui n’a rien à voir avec une politique « pro-arabe »), apporter sa contribution à l’édification de la paix au Proche-Orient, et par là même y maintenir son rôle et ses intérêts traditionnels. Ce faisant la France serait en position d’amener progressivement les différents gouvernements et mouvements du monde arabe à instaurer chez eux davantage de démocratie et à l’extérieur une coopération plus franche avec la communauté internationale.

Faute diplomatique, les propos de M. Jospin sont aussi un coup porté à la crédibilité de la politique étrangère de la France, laquelle ne semble plus « parler d’une seule voix », qui plus est en faisant entendre ses discordances en territoire étranger. Malgré les assurances verbales données à son retour par le Premier ministre, qui peut assurer qu’aucun doute ne s’insinuera jamais dans l’esprit de nos partenaires étrangers quant au sérieux de la politique française ? Ceci même après la fin du « tumulte franco-français » ?

Somme toute il s’agit bien d’une faute, qui donne lieu à des conséquences multiples et néfastes, même si certaines sont impondérables à long terme. Il faut « appeler un chat, un chat », n’est-ce pas ?


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