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Yisrael Aumann, prix Nobel d’économie, sur la situation en Israël

Propos recueillis par Nathalie Szerman pour © Israël Magazine

lundi 13 novembre 2006
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L’Israélien Robert Yisrael Aumann, prix Nobel d’économie 2005, qu’il a reçu conjointement avec l’Américain Thomas C. Schelling pour avoir « amélioré la compréhension des mécanismes de conflit et de coopération par l’analyse de la théorie des jeux », est né en Allemagne et a fait ses études aux Etats-Unis. Il poursuit aujourd’hui ses recherches à l’université hébraïque de Jérusalem. C’est là-bas que je rencontre ce Nobel souriant et avenant, tout sauf conformiste, dans son bureau aménagé pour recevoir des visiteurs, lesquels ne manquent pas, depuis 2005.

Incontournable : le sujet de l’économie israélienne. Modeste, Aumann précise d’emblée qu’il n’est « que » théoricien. Mais ses opinions n’en sont pas moins tranchantes. Contrairement aux nombreux experts qui tracent un tableau sombre de la situation économique et sociale en Israël, Aumann est étonnamment positif : « L’économie d’Israël se porte bien. Bien sûr, Israël consacre une grande partie de son budget à la sécurité, plus grande que la plupart des autres pays. Mais Israël n’en est pas moins un pays occidental doté d’une économie forte. »

« Si l’économie israélienne se porte bien aujourd’hui, c’est grâce à Netanyahu »

« Plus surprenant encore, son enthousiasme pour la politique de rigueur de Netanyahu, qui a pourtant valu à ce dernier une impopularité grandissante, en raison des coupes sombres ayant affecté les couches défavorisées de la population : »Netanyahu a été fantastique. Si l’économie israélienne se porte bien aujourd’hui, c’est grâce à lui. Sa politique a libéré le marché. Les coupes sont parfois nécessaire pour remettre l’économie sur pied et assurer une situation meilleure pour tous à long terme.« Mais fallait-il vraiment diminuer les allocations familiales, vu le grand nombre d’enfants qui vivent en dessous du seuil de pauvreté en Israël ? Aumann explique que le mot »pauvreté« prête à confusion car la définition économique qui en est donnée est relative : »Imaginez que le revenu par tête d’habitant double, que le revenu de chacun soit multiplié par deux ! Eh bien, en termes économiques, nous aurons toujours le même pourcentage de pauvres, parce que la pauvreté est définie en termes de distribution du revenu..."

En économie, la motivation est un facteur essentiel

Elargissons notre horizon, sans pour autant quitter le domaine de l’économie : peut-on envisager une solution économique au conflit entre Israël et ses voisins arabes, ainsi que l’a rêvé, par exemple, un autre prix Nobel, de la paix celui-là (Shimon Peres) ? Aumann pense qu’Israël devrait en effet s’efforcer de stimuler l’économie palestinienne, en accordant une aide économique directe, pas seulement sous forme de fonds, mais par des conseils, des partenariats, une plus grande participation à l’économie du pays. Pour Aumann, la bonne marche économique d’un pays est essentiellement une affaire de stimulation et de motivation. Il regrette qu’Israël soit si peu impliqué dans l’économie palestinienne : « C’est une erreur de laisser la place à l’Europe et aux Etats-Unis. Nous avons un rôle à jouer. » Toutefois, la racine du problème avec nos voisins n’est pas de nature économique, souligne-t-il.

« Les dommages causés par le démantèlement des implantations du Goush Katif sont irréparables. »

Bavarder d’économie ne passionne pas Yisrael Aumann outre mesure. Il s’enflamme en revanche sur les questions politiques. Le démantèlement des implantations du Goush Katif le révolte : « Il s’agit d’un outrage moral. On n’a rien vu de semblable depuis l’expulsion des Arméniens. Un peuple qui impose cela à une partie des siens, c’est sans précédent. Le départ du village de Yamite dans le Sinaï avait été négocié par un traité. Pas ici. Le dommage est irréparable. Il nous faudra vingt ans pour revenir là où nous en étions en 2004. Voyez-vous, les Arabes ne sont pas convaincus que nous allons rester. Ils pensent que nous finirons par quitter cette terre. Notre tâche est de les convaincre du contraire. Or le démantèlement des implantations du Goush Katif les a confortés dans leur croyance. » Et de renchérir : « Le plus terrible, c’est le message d’encouragement que ce démantèlement représente pour les martyrs palestiniens : vous avez réussi, continuez ! Il ne faut pas croire que nous avons affaire à des fanatiques irrationnels. Ils ont un objectif, et ils le poursuivent avec raison et succès. »

D’après Aumann, la guerre contre le Hezbollah au Liban est la conséquence directe de l’expulsion des habitants du Goush Katif : « Il ne faut pas oublier que le Hezbollah n’était pas le seul impliqué. Le premier soldat avait été kidnappé par le Hamas. Ces mouvements ont constaté que nous nous rétractons face aux pressions et qu’il est donc profitable d’exercer des pressions sur Israël. C’est nous qui nous sommes mis dans cette situation. »

« La guerre contre le Hezbollah a été la pire de toutes nos guerres »

Le bilan d’Yisrael Aumann est dur : « Ce fut la pire de toutes nos guerres. La guerre de Kippour, que nous avons traitée comme une défaite, n’en était pas moins une victoire militaire. Ce n’est pas le cas de cette guerre-ci. Nos objectifs n’ont pas été atteints : nous n’avons pas récupéré nos soldats et n’avons pas détruit le Hezbollah. »

Aumann dénonce la démotivation générale de la population israélienne qui sévit depuis plus de dix ans : « Cette situation affligeante est à imputer à un certain discours qui pousse à ne plus se préoccuper de la défense pour se concentrer uniquement sur l’économie. Le budget de la Défense a été réduit et l’armée a été démoralisée par tout ce qui a été dit sur l’occupation de territoires par Israël. Trop de soldats se sont trouvés incapables d’ouvrir le feu sur des terroristes menaçant leurs vies. Israël se conduit comme s’il était en paix avec ses voisins alors que ce n’est pas le cas. »

Après avoir sondé les opinions de l’homme publique, je m’enquiers de sujets plus personnels : « Qu’avez-vous fait de l’argent du Prix Nobel ? » Petit sourire en coin d’Yisrael Aumann, pas du tout surpris par l’indiscrétion : « J’ai créé un fonds de bienfaisance que je gère moi-même. Et j’ai mis de l’argent en banque pour mes petits-enfants. » Un grand-père classique... qui n’en est pas moins devenu une vedette depuis l’obtention du prix Nobel : « Je voyage beaucoup. Je reviens justement du Mexique, où l’université hébraïque m’a envoyé lever des fonds. J’y ai rencontré la communauté juive, le président du pays... Bien sûr, c’est une aubaine de mener un tel train de vie, de se retrouver aux prises avec la réalité. Mais mes recherches en pâtissent. Je suis sans cesse distrait de mon travail... par des gens comme vous ! » J’en déduis que la vie de star n’est pas facile à gérer pour les grands chercheurs...

Ses souhaits pour le nouvel an juif ? Yisrael Aumann réfléchit quelques secondes avant de souhaiter abruptement : « Qu’Israël se réveille. »

Nathalie Szerman.


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