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Quelques jours en enfer (2ème et dernière partie)

Par Charles-Emmanuel Guérin © Metula News Agency

vendredi 15 septembre 2006
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De retour à Kiriat Shmona, je constatai que de nouvelles salves s’y étaient abattues. Pendant que je prenais des photos, d’autres Katiouchas sont tombées sur la ville et alentour. N’y connaissant personne, je ne savais pas où se trouvaient les abris. Je me suis protégé dans un garage de pierre, « c’est mieux que rien », ai-je pensé.
 

Les éclats ont touché trois maisons, détruisant fenêtres et volets, et ils auraient été mortels, si quelqu’un s’était trouvé à proximité des ouvertures. La voiture est perforée. Les éclats ont percé la carrosserie avec plus de force de pénétration qu’une balle de fusil-mitrailleur.

 





Une berline modèle Passoire

Photo Charles-Emmanuel Guérin © Charles-Emmanuel Guérin

 

Je vous livre mes impressions telles quelles. N’étant pas photographe-reporter professionnel, vous me pardonnerez, je l’espère, l’absence d’images « croustillantes » et sanglantes. En fait, je n’ai pas eu le réflexe de déclencher mon obturateur lorsque j’y fus confronté. Cela ne m’empêche en aucune manière de témoigner de ce que j’ai vu et vécu sous les bombardements.

 

Le déséquilibre dans les médias est tel, que la plupart des Français n’ont pas réalisé à quel point il y avait aussi des morts et des dégâts en Israël. Dans la presse écrite et audiovisuelle, les reportages ont essentiellement exhibé les destructions au Liban et les souffrances, certes réelles, des Libanais. Il y eut bien quelques images furtives des bombardements en Israël et des dommages, mais rien ne fut équilibré. Ce traitement biaisé de l’information fut à nouveau choquant !

 

Le samedi 5 août, j’arrive enfin à joindre Stéphane Juffa, qui m’avise que l’interdiction sera levée le lendemain. Le 6 août 2006, donc, j’entre enfin dans Metula. Beaucoup de chars sont encore présents et il y a une grosse concentration de troupes. La chaussée est déformée par le passage des chenilles des blindés. Une partie de l’artillerie s’est installée sur les hauteurs de la petite ville, ce qui est à la fois logique et stratégique. A gauche devant moi : Kfar Kileh, l’un des bastions du Hezbollah, très proche de Metula – on voit très bien cette cité depuis les locaux de la Mena –, à moins de 800 mètres, où des combats ont lieu le jour de ma venue.

 

Ce même jour, Juffa m’informe que deux journalistes désirent venir lui rendre visite pour l’interviewer. Il s’agit de deux journalistes français de France Info. La matinée de ce dimanche est ponctuée d’alertes. Il faut se rendre dans l’abri plusieurs fois dans la même heure. En fin de matinée, mon hôte décroche son téléphone. Ce sont les journalistes qu’il attend. Ils viennent de franchir Kiriat Shmona sous le feu des Katiouchas, et, en approchant de Metula, ils ont constaté que la situation était identique à celle que j’ai décrite : alertes et explosions assourdissantes. Ils avertissent Stéphane de leur intention de faire demi-tour. Mais comme le dit Madame Juffa, c’est « la roulette russe de rouler sous les missiles ». Refaire le trajet jusqu’à Kiriat Shmona et traverser la ville était vraiment trop dangereux, aussi, le barreur de la Mena persuade ses collègues de la radio de poursuivre jusqu’à sa rédaction, et les calme en leur parlant continuellement sur leur téléphone cellulaire.

 

Mais soudain un autre tir, et c’est le blocage, et ils refusent de bouger. L’immobilisation qu’il suscite les expose plus encore aux tirs du Hezbollah. Je propose alors, par l’intermédiaire de Juffa, d’aller à leur rencontre. Rassurés, ils acceptent et se mettent à rouler jusqu’à l’entrée de Metula où je les prends en charge.

 

C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Valérie et de Gilles. Celui-ci me dit que cela n’est même pas comparable à l’Irak, qu’il a pourtant déjà couvert, mais qu’ici c’est pire ! Quant à Valérie, c’est son baptême du feu. Ils me suivent en voiture jusqu’à la Mena. Nous sommes attendus à l’entrée de la résidence et des locaux par le boss, qui nous presse de rejoindre l’abri de l’agence car une nouvelle alerte radar vient d’être déclenchée. Valérie et Gilles ont eu, durant les quelques mètres à franchir jusqu’à l’intérieur de la résidence, l’occasion d’entendre, pour la deuxième fois de leur journée, et en l’espace de quelques minutes, le souffle et le sifflement particulier d’une roquette Katioucha qui expose. Cette dernière ne nous a manqués que de quelques mètres. Nous nous retrouvons pris dans une zone de guerre, en plein duel d’artillerie : Katiouchas d’un côté et obus israéliens de l’autre. Plusieurs fois, les journalistes ont posé la question de savoir comment il est possible de vivre dans ces conditions infernales aussi longtemps. La réponse de Stéphane Juffa fut simple… « On s’habitue » !

 

Les journalistes sont installés dans l’abri. Ils sont là depuis moins d’une heure et, tandis qu’ils questionnent Stéphane dans le cadre de leur interview, le téléphone sonne à nouveau. C’est pour Sarah, la maîtresse de maison. Son service vient de l’appeler. Sarah est infirmière urgentiste dans le petit hôpital de Kiriat Shmona et cela ne fait que deux heures qu’elle a fini son quart de huit heures de médecine de guerre, et qu’elle a affronté les onze kilomètres de tous les dangers, qui séparent Kiriat Shmona de Metula, pour rentrer chez elle. Elle décide cependant qu’elle doit retourner travailler. Elle nous confie, avant de partir : «  il y a beaucoup de blessés à l’hôpital, et des morts ».

 

Son mari juge que le risque est trop important. Ils parlent en hébreu, langue que je ne comprends pas, mais je saisis au ton de sa voix qu’elle lui répond qu’elle DOIT y aller. Stéphane Juffa, occupé avec collègues, me demande si je veux bien la conduire. Bien sûr ! Sarah est prête, nous partons. Dehors, c’est toujours les alertes et le bruit des bombes. Nous roulons vers la sortie de Metula. Plus de feu tricolore ni de stop, pas de sens interdit, pas de limitation de vitesse, la police… elle a autre chose à faire en ces journées difficiles !

 

Sarah me demande d’accélérer, car à l’hôpital, ils l’attendent. Nous approchons de Kiriat Shmona. Tout le trajet est accompagné de détonations, partout, n’importe où et en même temps. C’est stressant. On parvient à toute vitesse aux abords de Kiriat Shmona mais avant de voir la ville, la route est envahie par la fumée. Les roquettes tombent dans les bois. Il fait chaud en cette période et tout est sec. Les pins brûlent, la route fume, Kiriat Shmona étouffe. Pas de voitures, nous sommes seuls sur la chaussée.

 

Un barrage de police et de militaires interdit le passage. Sarah sort sa carte, son badge d’urgentiste. Le militaire ne nous regarde même pas. Il nous dit de partir, que les roquettes tombent sur la ville et qu’il y a des morts. Il espère nous dissuader de poursuivre. C’est mal connaître Sarah qui donne de la voix. Le militaire regarde une fois encore la carte collée au pare-brise de la voiture et nous lance « Ok ». Nous entrons dans la ville prise entre le feu des roquettes, l’agitation des ambulances et le brouhaha des sirènes. Des feux sévissent en plusieurs endroits, à l’intérieur des murs. Sarah me guide jusqu’à l’entrée des urgences, que nous atteignons après quelques détours. Il y a des ambulances, des infirmiers et des médecins qui s’agitent dans la salle principale. Dehors, des secouristes du Magen David Adom lavent l’intérieur des voitures et les brancards.

 

Ma passagère m’enjoint de l’accompagner à l’intérieur car je ne peux pas repartir. Les Katiouchas pleuvent plus que jamais. Tout le monde bouge, tout va très vite, il y a du bruit, des pleurs, des hommes crient des directives, et, subitement, je réalise ce qui se passe. Je vois des hommes, des blessés sur les tables et je vois le sol. Le personnel soignant est couvert de sang, les tables, les draps sont couverts de sang et sur le sol, il y a des flaques de sang. Des mares des sang. J’avais déjà vu des blessés, des morts, mais là, j’ai vu une salle d’urgence qui vient de recevoir les blessés de Kiriat Shmona et les soldats de Kfar Giladi. Parmi eux, un des militaires est mort non loin de moi. Sarah Juffa m’annonce qu’il avait à peine vingt ans. Il a reçu un éclat de Katioucha sous le bras droit. Un éclat d’au moins 20 centimètres qui est entré dans son poumon. Une blessure qui l’empêchait de respirer. Il est mort, là !

 

Ce militaire campait à l’entrée du Kibboutz de Kfar Giladi. Une roquette a explosé sur un stock de munitions israéliennes, tuant sur le coup 10 soldats. Les autres ont été transportés à l’hôpital de Kiriat Shmona puis transférés à Haïfa, comme la plupart des blessés graves. Dans la salle des urgences et dans les couloirs, outre des militaires intoxiqués par la fumée des incendies, j’ai aussi vu un bébé en état de choc, trempé de peur et de pleurs dans les bras de sa mère.

 

Je suis resté immobile, regardant autour de moi, et une fois que j’eus repris le contrôle de mes émotions, j’ai vu des professionnels, des professionnels humains, compétents et gentils. On m’a demandé si j’allais bien, si je voulais un verre d’eau. Je suis resté à peu près deux heures dans l’hôpital. Pour éviter que je ne gêne les soignants dans leur travail, un médecin m’a installé dans une salle avec télévision, eau, café et j’ai mangé un sandwich. Je suis parti quand l’alerte est tombée et j’ai regagné Metula.

 

Quand je suis revenu à l’agence, les journalistes et Stéphane étaient encore dans l’abri. J’ai juste poussé un peu la porte et Stéphane a instantanément compris que je venais de voir… des choses. On n’a pas envie de parler après ça. Boire une bière oui, mais parler non. Le soir, à la télévision, France 2 n’a pas même fait état de ce drame.

 





Fragment de Katioucha récupéré sur un site à Tsfat (8 cm de long sur 5 cm sur de large).

On constate que cet éclat est constitué de métal pré-fragmenté par quadrillage, ce qui  augmente l’effet de dispersion et donc de létalité

Photo Charles-Emmanuel Guérin © Charles-Emmanuel Guérin

 

Pas de politique dans ce récit. Seulement un témoignage du quotidien de la guerre. Mais je ne peux m’empêcher d’exprimer mon écœurement face au déséquilibre de l’information par nos médias durant ce conflit. La France et l’Europe ne réalisent pas à quel point nous sommes redevables à Israël de lutter contre l’hégémonisme islamiste. L’autocensure et la désinformation promettent encore de beaux jours au terrorisme islamiste. Grâce à nos médias, la victimisation des terroristes et l’amalgame entre le mort civil et le combattant terroriste, encouragent le Hezbollah, le Hamas, Bechar Al Assad et Ahmadinejad à sacrifier les leurs pour culpabiliser l’Occident.

 





Diverses brigades de Tsahal avaient installé leur Q.G dans les maisons délaissées autour de la Ména. Les soldats volaient, chaque fois que c’était possible, quelques précieuses minutes de sommeil

Photo Sébastien Machiels © Menapress

 

 

Et Israël va encore devoir se défendre.

 

 

 

Post scriptum : Un très grand merci à Sarah et à Stéphane Juffa pour leur accueil.

 

Et aussi toute ma considération et mon admiration pour leur courage. A Sarah pour aller travailler sous les roquettes et à Stéphane pour être resté à Metula, et pour avoir couvert le conflit depuis les locaux de la Mena, au front et sous les Katiouchas, lorsque ça n’était pas en reportage sur le terrain.

 

Chapeau bas !


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