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Après la guerre, le temps des illusions

L’article de Michel TOUMA - L’Orient-Le Jour

mardi 22 août 2006
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Perspective - Une comparaison entre la situation présente et celle d’avant le 12 juillet permet d’établir le bilan de 33 jours de conflagration

Les canons se sont tus. Le débat est lancé. En moins de vingt-quatre heures, trois des principaux piliers de l’Alliance du 14 Mars, Walid Joumblatt, Saad Hariri et Samir Geagea, ont répondu, chacun à sa façon et en abordant des angles différents, aux différentes déclarations radiotélévisées du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah.

Le leader des Forces libanaises s’est plus particulièrement employé, vendredi soir, à relativiser, voire à démystifier, ce que le parti chiite considère comme une « victoire » qu’il affirme avoir remportée face à l’armée israélienne. Le débat à cet égard peut paraître pour certains, en première analyse, quelque peu stérile. Mais il n’est quand même pas dépourvu d’intérêt dans la mesure où il est impératif de déterminer les responsabilités dans la maturation et le déclenchement des derniers événements, sans compter que le nouveau paysage politique qui pourrait poindre à l’horizon au cours de la prochaine étape dépendra du bilan que l’on devrait tirer du conflit qui vient d’ébranler le pays. Pour contourner le piège de la polémique, un tel bilan s’impose de lui-même en établissant tout simplement une rapide comparaison entre la situation sur la scène locale avant et après l’opération du 12 juillet.

Un flash-back s’impose sur ce plan. Depuis mai 2000, le Liban-Sud était libéré de toute présence de Tsahal. Hormis la question des prisonniers libanais et le dossier de Chebaa (un problème essentiellement libano-syrien), il n’existait plus aucun contentieux libanais de taille en suspens avec l’État hébreu. Du point de vue de la légalité internationale, la résolution 425 du Conseil de sécurité avait été totalement appliquée, comme l’a souligné à plusieurs reprises le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan. Le conflit au Liban-Sud était par conséquent clos. Du moins en théorie. Car en dépit de la fin de l’occupation israélienne, le Hezbollah s’est obstiné à conserver, et même à renforcer, son arsenal militaire, tout en faisant systématiquement obstruction au déploiement de l’armée dans les régions frontalières. Au cours des six dernières années, le Hezbollah était ainsi seul maître du terrain au Sud, et les forces régulières légales, qui n’y maintenaient qu’une présence toute symbolique, y étaient à peine tolérées.

La comparaison avec la situation présente est particulièrement frappante. L’opération menée par le Hezbollah le 12 juillet a eu pour résultat de rétablir l’occupation israélienne (ne fût-ce que momentanément) sur plusieurs collines stratégiques et dans de nombreuses localités de la région frontalière. Et sous l’impulsion de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, c’est désormais l’armée libanaise, soutenue par une importante force onusienne, qui est appelée à être seul maître du terrain au Sud, en lieu et place du Hezbollah, contraint, lui, de maintenir un profil bas et de se contenter d’une présence à peine tolérée. Nous nous retrouvons de ce fait dans un cas de figure qui est exactement l’inverse de celui qui prévalait avant le 12 juillet. Dans la pratique, le Hezbollah a perdu le contrôle du Liban-Sud. De surcroît, un vaste dispositif de surveillance des frontières terrestres avec la Syrie, de l’aéroport et de l’ensemble du littoral est en passe d’être mis en place, avec l’aide logistique de la nouvelle Finul, dans le but d’empêcher toute livraison d’armes et de matériel militaire au Hezbollah.

À ces données objectives sur le terrain, il faudrait ajouter les destructions massives de l’infrastructure du pays et de dizaines de milliers de logements, les pertes économiques (directes et indirectes) évaluées à une dizaine de milliards de dollars, le coup d’arrêt donné à la croissance économique (qui devait atteindre le chiffre inespéré de 6 pour cent pour l’année en cours), la faillite de centaines d’entreprises, la forte augmentation du chômage qui en a résulté, le départ de près de 200 000 Libanais et - plus important encore que tous ces facteurs - la perte de confiance dans le pays non seulement de la part des Libanais, mais surtout des investisseurs étrangers. Sans compter l’exacerbation des tensions internes.

À la lumière d’un tel bilan, aussi bien sur le terrain qu’à l’échelle nationale, on est en droit de se demander où se situe la « victoire » proclamée à cor et à cri. Après la guerre, voici donc venu le temps des illusions pour rehausser le moral de la troupe. Certes, les militants du Hezbollah se sont battus avec beaucoup de courage, de bravoure, et ont réussi à tenir tête à Tsahal. Nul ne saurait le contester.. Mais la question reste de savoir pourquoi cette bataille a été provoquée, et voulue, alors que le Liban-Sud était libéré de l’occupation israélienne, qu’aucun contentieux important n’opposait plus le Liban à l’État hébreu, qu’un vaste chantier de développement socio-économique était en cours et qu’un nécessaire dialogue national, loin de toute tutelle, avait été amorcé.

Dire qu’Israël n’attendait qu’un prétexte pour lancer son offensive et que le Hezbollah n’a fait que tenir bon et juguler l’attaque ne constitue qu’une partie - la moitié - de la vérité. Car la responsabilité directe du parti chiite dans la maturation du dernier conflit ne réside pas uniquement dans l’enlèvement des deux soldats israéliens, mais surtout, et principalement, dans le renforcement, depuis mai 2000, de son arsenal militaire et dans l’accumulation de plus de 20 000 roquettes et missiles de différentes portées. Cette militarisation tous azimuts a été menée en dépit de l’opposition, depuis le retrait syrien, en avril 2005, d’une très large majorité des leaders du pays. Elle constituait en tant que telle un casus belli et ne pouvait par conséquent que déboucher inéluctablement sur une offensive israélienne. En l’absence d’un quelconque enjeu strictement libanais, cette option de guerre prise, à la base, par le Hezbollah ne peut trouver son explication qu’à Téhéran. Et s’il est impératif aujourd’hui d’établir un bilan et de départager les responsabilités, c’est précisément pour empêcher que les Libanais soient à nouveau entraînés, contre leur gré, dans une aventure militaire dont l’objectif prioritaire serait d’accorder des atouts supplémentaires à une puissance régionale dans son bras de fer avec la communauté internationale.


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