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Poids ou peur des mots ?

par David Ruzié, professeur émérite des universités, spécialiste de droit international

jeudi 27 juillet 2006
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Dans l’interview publiée dans Le Monde du 27 juillet, le Président Chirac a réitéré la position officielle française, qui refuse de qualifier le Hezbollah d’organisation terroriste.
Pourquoi refuser d’appeler un chat, un chat ?
N’est-ce pas, inconsciemment, donner une certaine crédibilité à un mouvement que bon nombre de pays considèrent, à juste titre, comme terroriste ?

On ne peut être que confondu par l’argumentation du Chef de l’Etat qui, pour justifier, cette position, soutient que « ce n’est pas le moment où l’on veut essayer d’avoir un retour du Hezbollah, si c’est possible, au sein de la communauté libanaise et sa transformation en un parti politique qu’il faut soulever des questions de cette nature » (souligné par nous).

Le Président de la République ne peut, pourtant, ignorer que le Hezbollah compte deux ministres dans le gouvernement libanais et une représentation non négligeable au Parlement (14 sièges sur 128).

N’est-ce pas la preuve que le Hezbollah est - malheureusement - considéré par les Libanais comme partie intégrante de l’échiquier politique ?

Alors pourquoi ne pas faire pression sur le gouvernement libanais pour qu’il mette en demeure les membres du Hezbollah de « se soumettre ou se démettre » ?

Mais, précisément, c’est là qu’apparaît le double jeu de Fouad Siniora, que nous avons déjà relevé (v. ici même, le 20 juillet).

Comment peut-on reprocher l’ignorance du Président français, si le Premier ministre libanais ne sait pas lui-même ce qui se passe dans son pays ?

En fait, il faudrait cesser de jouer sur les mots et aborder la réalité en face.

Il est vraisemblable que si Israël avait été invité à la conférence internationale qui s’est tenue à Rome sur le Liban, mercredi 26, cet aspect du problème aurait été abordé.

Mais c’est certainement pour que cela ne se produise pas qu’on (la France n’étant certainement pas étrangère à cette omission) s’est abstenu de le faire.

Comment a-t-on pu, sérieusement, envisager d’aborder une solution rapide à ce problème brûlant en s’abstenant d’inviter l’une des parties, principalement concernée, à venir également s’expliquer ?

Rappelons quels étaient les Etats participants : Arabie saoudite, Canada, Chypre, Egypte, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Espagne, Grèce, Italie, Jordanie, Liban, Russie et Turquie, sans compter les représentants de l’Union européenne, des Nations Unies et de la Banque mondiale.

Imagine-t-on Israël accepter un cessez-le-feu immédiat, comme le voulait la France, sans être en mesure d’expliquer pourquoi ce « remède serait pire que le mal » ?

Sachant qu’il faudra plusieurs semaines avant de permettre à une force militaire internationale de contribuer à la stabilisation de la situation, encore faut-il éviter de permettre au Hezbollah d’en profiter, comme il l’a fait, à chaque fois, dans le passé, pour reconstituer ses forces.

En réalité, on a la triste impression que l’on (y compris la France) fait tout pour éluder le vrai problème, qui, à la limite est indépendant du conflit israélo-arabe, celui de la démilitarisation du Hezbollah.

Cela fait des années que le Liban n’est plus maître chez lui, comme nous l’avons également déjà relevé.

Aux origines de la guerre civile libanaise, dans les années 70, il s’agissait d’un conflit entre factions chrétiennes, puis entre chrétiens et musulmans, la Syrie ayant même été, à l’origine, appelée pour protéger les chrétiens...

Ce n’est pas Israël qui a contribué à miner le Liban, bien au contraire.

Israël a toujours « rêvé », d’un Etat libanais, exerçant effectivement sa souveraineté, sans présence de forces militaires étrangères et sans immixtion dans ses affaires intérieures...

Tel n’a jamais été le souhait de la Syrie qui a longtemps refusé de reconnaître le Liban et, depuis quelques années, les fondamentalistes iraniens ont trouvé dans le Hezbollah un moyen de prendre pied au sein du monde arabe.

Pour conclure, nous voudrions, à nouveau, regretter que l’interview du Président Chirac, ait été une nouvelle occasion de traduire, par delà des divergences normales entre Etats, un certain antiaméricanisme.

Nous en voulons pour preuve l’hostilité de la France à l’idée que cette force internationale que toutes les parties concernées - y compris Israël - sont prêtes à accepter, relève de l’OTAN.

De fait, par delà les arguties avancées par Jacques Chirac, la raison essentielle en est que les Etats-Unis ont plus d’influence sur cette Organisation qu’à l’ONU.

Certes, à New York, Washington dispose du droit de veto, mais c’est un moyen purement défensif, alors qu’à l’OTAN, les Etats-Unis sont en mesure d’infléchir, positivement, l’action de l’Organisation.

En tout état de cause, si l’idée d’une force internationale est acquise, on est encore loin d’en connaître les contours et la mission.

Sans doute « à chaque jour suffit sa peine ».

Et en attendant, à côté des vrais civils libanais qui meurent, Israël compte également des morts, parmi ses soldats et la population civile.

Mais de cela en a-t-on parlé à Rome ?


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