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Egypte et Hamas, la frontière de la discorde

Zvi Mazel - ambassadeur d’Israël notamment en Égypte | publié dans le Jérusalem Post en français le 29 mars.

mardi 29 mars 2016
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Les dirigeants du Hamas venus au Caire la semaine dernière en quête de réconciliation sont repartis les mains vides. Le mouvement de résistance islamique a eu beau jurer ses grands dieux qu’il ne coopérait pas avec l’Etat islamique au Sinaï et qu’il n’était absolument pour rien dans l’assassinat du procureur général d’Egypte l’an dernier, il n’a pas convaincu. Il faut dire qu’entre le Caire et Gaza la confiance ne règne guère.
Le Hamas au pouvoir est une branche des Frères Musulmans, et c’est en renversant le président Morsi, un Frère Musulman, que Sissi est arrivé à la présidence. Pourtant la conjoncture géopolitique les oblige à ne pas couper les ponts.

L’Egypte tient à son rôle d’intermédiaire dans la question palestinienne ; l’Arabie saoudite de son côté craint que, poussé dans ses derniers retranchements, le Hamas ne se tourne vers l’Iran chiite, rompant le consensus sunnite actuel contre les Ayatollahs.

C’est en 1987 que le cheikh Yassin, un Frère musulman, a créé à Gaza le Hamas, qui devait servir de fer de lance à la Confrérie et s’employer à la destruction d’Israël pour établir un état islamique sur ses ruines. Après le désengagement israélien en 2005 le Hamas a renforcé son emprise politique et militaire sur Gaza et en 2007 en a chassé le Fatah après un coup de force sanglant.

Une alliance contre nature entre le mouvement sunnite jihadiste et l’Iran chiite assure au Hamas un approvisionnement constant de missiles, armements divers et explosifs qui viennent du Soudan, traversent clandestinement le territoire égyptien et gagnent Gaza par des centaines de tunnels de contrebande. Les militants de l’organisation font le chemin en sens inverse pour rejoindre les camps d’entrainement en Iran. Le Sinaï est ainsi devenu une base logistique qui permet au Hamas de s’organiser et de préparer ses attaques contre Israël.

Le président Moubarak avait choisi de fermer les yeux à ce qui se tramait au nez et à la barbe de ses services de sécurité. Il se préoccupait essentiellement du rôle de son pays à la tête du front des pays arabes pragmatiques contre l’Iran et pensait que le Hamas se concentrait tout entier à la lutte contre Israël. Il aurait d’ailleurs dit à plusieurs reprises que Gaza était le problème d’Israël et que l’Egypte n’était pas tenue de défendre la frontière de son ancien ennemi.

Il ne tint donc pas compte des avertissements d’Israël, qui soulignait le danger pour l’Egypte que constituaient les tunnels qui fonctionnaient dans les deux sens. Les réseaux de contrebande ont pu ainsi se développer sans obstacle au Sinaï. En 2008 un grave incident mit fin à la complaisance égyptienne. Des dizaines de milliers de Palestiniens de Gaza, brisant les barrières à la frontière, pénétrèrent en territoire égyptien. Les forces de sécurité égyptiennes arrivèrent rapidement à en refouler la plus grande partie, mais un petit nombre réussit à leur échapper.

Il s’agissait notamment de cadres du mouvement Ezzadin el Kassam, la branche militaire du Hamas, dont la mission était d’établir de nouvelles cellules au plus profond de la péninsule mais aussi à l’intérieur de l’Egypte. Leur chef, Ayman Nofel, fut capturé avec plusieurs de ses hommes qui furent comme lui condamnés à la prison à vie. Le 29 janvier 2011, profitant des émeutes qui précédèrent la chute de Moubarak, une série d’attaques concertées contre des prisons permit à Nofel et son équipe de s’enfuir en compagnie de militants du Hezbollah arrêtés alors qu’ils préparaient des attentats contre le canal de Suez en vue de bloquer cette artère vitale ; c’est d’une autre prison que s’échappèrent Morsi, futur président de l’Egypte, avec 33 autres Frères musulmans comme lui.

La rumeur avait alors couru que le régime était à l’origine de ces prétendues attaques, la fuite de milliers de dangereux criminels étant censée à amener le peuple à réclamer plus de sécurité et plus d’intervention des services de sécurité. Quoi qu’il en soit, Moubarak fut contraint à démissionner quelques jours plus tard. La junte militaire qui prit le pouvoir ordonna une enquête ; selon ses conclusions, publiées en juin 2013, les attaques avaient été organisées conjointement par le Hamas et la Confrérie des Frères musulmans, avec l’aide du Hezbollah. C’est au sein des réseaux de contrebande qu’avaient été recrutés les assaillants, en majorité des Bédouins, auxquels ont avait fourni des véhicules ultra-modernes et des équipements de pointe.

Il va sans dire que l’élection de Morsi a été une divine surprise pour le Hamas, dont les chefs étaient désormais les bienvenus à la présidence. Autorisation leur fut donnée d’ouvrir un bureau au Caire. Le poste frontière de Rafah était désormais ouvert douze heures par jour. Pourtant les services de sécurité égyptiens, conscients du danger présenté par le Hamas au Sinaï, faisaient de leur mieux pour minimiser les contacts avec l’organisation. En 2012 le président Morsi condamna l’opération Pilier de Défense conduite par Israël contre le Hamas, rappela son ambassadeur à Tel Aviv et dépêcha son premier ministre à Gaza pour démontrer sa solidarité. Ce qui ne l’empêcha pas d’ordonner à ses services de faire tout pour qu’une trêve soit conclue : il était arrivé à la conclusion qu’un soutien trop voyant au Hamas et un encouragement à la prolongation des hostilités terniraient son image à l’étranger.

On se demande encore ce qui a pu conduire le Hamas à commettre une erreur capitale qui amena la chute de Morsi. En Août 2012, une attaque de jihadistes contre une position tenue par l’armée égyptienne près de la frontière avec Israël fit seize morts. Les services secrets égyptiens accusèrent le Hamas d’avoir apporté son soutien à l’opération. L’opinion publique égyptienne se déchaina contre l’armée qui n’avait pas su prévoir l’attaque ou se défendre vigoureusement. Morsi destitua le commandant en chef des forces armées et le remplaça par un certain général Abdel Fattah Al Sissi.

La chute de Morsi en 2014 et l’élection de Sissi à la présidence mirent fin à l’idylle avec le Hamas. La Confrérie des Frères Musulmans fut interdite et le mouvement qualifié d’organisation terroriste. Le procureur général rouvrit le dossier de l’attaque des prisons et arrêta les Frères qui avaient pris la fuite et notamment le ci-devant président Morsi. Ce dernier fut condamné à mort en juin 2015 avec les autres Frères ainsi que 72 militants du Hamas. Le poste frontière de Rafah fut fermé, ne rouvrant qu’une fois par mois pour trois jours pour lâcher un peu de lest. En fait un accord qui aurait permis des horaires plus souples avait été conclu avec l’Autorité palestinienne, légalement responsable du passage côté Gaza, mais le Hamas refusa de le mettre en application. Parallèlement Sissi mène un combat sans merci contre les tunnels de contrebande, en détruisant plus de 3000. Il en reste.

Le Hamas ne peut se permettre de renoncer au Sinaï, point de transit obligé des réseaux l’approvisionnant en armes. Il a donc développé sa coopération avec l’Etat islamique, dont les terroristes renforcent leurs positions au Sinaï. Le nord de la péninsule est ainsi transformé en zone de guerre. L’armée égyptienne n’arrive pas à en reprendre le contrôle. L’organisation Ezzedin al Kassam a été déclarée organisation terroriste puis Sissi interdit au Hamas toute activité en Egypte ; en juin dernier un tribunal proclama que cette organisation aussi était terroriste. Une décision annulée par un autre tribunal mais l’interdiction des activités reste en vigueur. Le Hamas n’est pas seulement accusé de soutenir Daesh : on lui reproche son appui aux Frères musulmans.

Deux accusations dont l’organisation se défend mais en vain. On ne voit d’ailleurs pas comment l’Egypte et le Hamas pourraient trouver un terrain d’entente. Le Hamas ne peut se permettre de renoncer à sa liberté d’action dans la péninsule du Sinaï et doit donc s’entendre avec l’Etat islamique. C’est une menace directe contre les intérêts vitaux de l’Egypte et aucun compromis n’est possible.


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