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Liberté d’expression pour la pensée que nous haïssons

par Jeff Jacoby - Jewish World Review. Adaptation française de Cathy Josse

lundi 6 mars 2006
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Drôle de gens, ces Autrichiens. Si vous vous appelez Kurt Waldheim - un ancien officier nazi impliqué dans un génocide durant la seconde guerre mondiale - ils vous élisent président. Mais si vous vous appelez David Irving - un écrivain britannique qui soutient qu’il n’y a jamais eu de génocide nazi pendant la seconde guerre mondiale - ils vous coffrent.

En y réfléchissant, ce n’est pas drôle du tout. L’Autriche s’est déshonorée lorsqu’elle a élu Waldheim président en 1986, apparemment personne ne se souciait qu’il ait servi dans une unité militaire allemande responsable d’un massacre dans les Balkans et qu’il ait figuré après la guerre parmi les criminels recherchés par la Commission sur les crimes de guerre des Nations Unies. Elle s’est déshonorée de nouveau mais d’une manière tout à fait différente la semaine dernière, quand une cour de justice de Vienne a condamné Irving, un raciste et un anti-sémite, à 3 ans de prison ferme pour avoir nié que les Nazis ont massacré 6 millions de Juifs européens.

Irving est un homme très intelligent qui a dévoué sa vie à un projet grotesque et sinistre : la réhabilitation de la réputation de Hitler et du 3ème Reich. Il fallait pour cela nier la Shoah et ridiculiser ses victimes, et Irving s’y est longtemps adonné avec plaisir. « Je ne vois aucune raison d’être délicat au sujet d’Auschwitz. C’est du vent, c’est une légende, déclara-t-il à une audience au Canada en 1991. Il y a tant de survivants d’Auschwitz vivants - en fait, plus les années passent, plus il y en a, ce qui est très bizarre d’un point de vue biologique, c’est le moins que l’on puisse dire. Je vais fonder une association des survivants d’Auschwitz, des survivants de la Shoah et d’autres menteurs.* ».

Je suppose qu’Irving pensait à des gens comme mon père, dont le bras porte toujours le nombre A-10502, tatoué à l’encre bleue le 28 mai 1944, le jour où sa famille et lui ont été déportés à Auschwitz. Les parents de mon père, David et Leah Jakubovic, son petit frère, Yrvin, 10 ans, et sa petite sœur, Alice, 8 ans, n’ont pas été tatoués. Les Juifs que l’on considérait comme trop vieux ou trop jeunes pour travailler étaient envoyés immédiatement aux chambres à gaz. On a tatoué son frère et sa sœur plus âgés, Zoltan, et Franceska, et on les a mis comme mon père au travail de force. Zoltan a été tué au bout de quelques jours. Franceska a tenu quelques mois. Des sept membres de la famille Jakubovic déportés à Auschwitz au printemps 1944, seul mon père était vivant au printemps 1945.

Personnellement, l’idée que David Irving va passer ses 3 prochaines années dans une cellule n’est pas quelque chose qui m’empêchera de dormir. C’est un menteur plein de haine, répugnant, qui, même enfant, (selon ce que son frère jumeau a dit au journal britannique, the Telegraph) était déjà passionné par les Nazis et avait un fond de cruauté évident.

Mais, d’un point de vue légal et politique, la condamnation de Irving est déplorable. Ses opinions sont abjectes et ses arguments sur la Shoah - qui est peut-être le crime le plus étudié et le plus attesté de toute l’histoire - sont complètement absurdes. Mais les gouvernements n’ont pas à criminaliser les opinions et les arguments, même s’ils sont abjects ou absurdes. Bien sûr, la liberté d’expression ne peut être absolue : les lois contre la diffamation, les menaces de mort et le fait de crier au feu sans raison dans un cinéma bondé, sont à la fois nécessaires et raisonnables. Mais les sociétés libres ne jettent pas les gens en prison parce qu’ils ont prononcé des discours outrageants ou proclamé des mensonges sur l’Histoire.

Il est possible que l’Autriche, la nation qui a engendré Hitler et applaudit à l’Anschluss, croit que son histoire empoisonnée a besoin d’un antidote corsé. Punir celui qui « nie, banalise outrageusement, approuve ou cherche à justifier » la Shoah ou d’autres crimes nazis peut paraître un petit prix à payer pour repousser des aspirants dictateurs et des prêcheurs de haine. Mais le gouvernement qui peut criminaliser la négation de la Shoah aujourd’hui peut criminaliser tout autre opinion dérangeante demain.

Les Américains doivent comprendre cela instinctivement car le Premier Amendement [de la Constitution américaine**] fait partie de leur patrimoine. « S’il y a un principe de la Constitution qui doit être plus impérativement protégé que les autres, c’est celui de la liberté de pensée, écrivait le Juge de la Cour suprême, Oliver Wendell Holmes Jr, en 1929. Pas la liberté de pensée pour ceux qui sont d’accord avec nous, mais la liberté de pensée pour ceux dont nous haïssons les pensées. »

C’est la mode dans certains milieux de dire que les Etats-Unis devraient faire certaines choses - comme réformer leur assurance maladie, abolir la peine de mort, etc - pour s’aligner sur la pratique d’autres démocraties. Ceux qui sont d’accord avec cela devraient réfléchir au fait qu’Irving est derrière les barreaux aujourd’hui parce que l’Autriche n’a pas de Premier Amendement. La Belgique, la République Tchèque, la France, l’Allemagne, Israël, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie ou la Suisse non plus - or, tous ces pays ont fait de la négation de la Shoah un crime.

« La liberté de pensée pour ceux dont nous haïssons les pensées » n’est jamais facile à promouvoir, mais sans cela, il ne peut y avoir de vraie liberté. David Irving est un ignoble personnage mais il n’a rien à faire en prison. L’Autriche devrait trouver le moyen de le libérer - pas dans l’intérêt d’Irving mais dans l’intérêt de l’Autriche.

Jeff JACOBY est journaliste au Boston Globe.


[*NDT le sigle de cette association signifie un terme grossier en anglais : Auschwitz Survivors, Survivors of the Holocaust, and Other Liars.]
[**NDT Amendement qui garantit la liberté d’expression.]


http://www.jewishworldreview.com/jeff/jacoby030206.php3


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Ce Colloque des Intellectuels Juifs de Langue Française a pour thème, ’la montée des violences’. Ce thème aura toujours accompagné l’histoire de l’humanité. Violences politique, religieuse, sociale, économique, voire même discursive, les humains n’auront cessé de se faire violence, et ce même lorsqu’ils prétendaient l’éradiquer en cherchant à dispenser le bien. Cette relance du Colloque des Intellectuels Juifs de Langue Française apporte une attention toute particulière à ce qu’il convient de nommer une résurgence de la violence affectant aujourd’hui les communautés juives de France et d’Europe.


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