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Le Triomphe de M. Sharon

Barry Rubin - Centre d’Information et de Documentation Démocratie et Moyen-Orient - Traduit de l’anglais par Catherine Merlen.

jeudi 9 février 2006
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L’attaque cérébrale qui vient de frapper Ariel Sharon, premier ministre d’Israël, a mis le monde politique israélien en ébullition une fois de plus.

Du moins, à ce qu’il semble. M. Sharon était déjà considéré comme le vainqueur à coup sûr des élections prévues en mars et pour lesquelles il avait créé son propre parti politique, Kadima (En avant), et attiré d’importantes personnalités du Parti travailliste à gauche et du Likoud à droite. Son absence de la vie publique sera-t-elle aussi déstabilisatrice que de nombreux observateurs semblent le suggérer ?

Il est certain que c’est le charisme personnel de M. Sharon qui a rendu Kadima si populaire. Son passé nationaliste et conservateur lui ont assuré une certaine popularité à droite, tandis que sa nouvelle stratégie en matière de sécurité, notamment le retrait total de la bande de Gaza, lui a attiré certains soutiens à gauche. En bref, M. Sharon représentait le candidat idéal pour le centre : un leader qui réconciliait une approche de colombe avec les apparences d’un faucon.

Malgré tout, le départ imprévu de M. Sharon n’a en aucune façon renversé les bouleversements politiques et stratégiques fondamentaux qu’il a initiés. A court terme, même si Kadima rassemble moins de voix sans la présence de M. Sharon à la barre, certains électeurs seront gagnés par une certaine sympathie à l’égard du leader frappé par la maladie. En effet, les sondages montrent que le parti pourrait encore l’emporter.

En outre, Kadima présente encore un triumvirat impressionnant à sa tête. Ehoud Olmert, le premier ministre par intérim, ancien maire de Jérusalem et vétéran politique non-conformiste, est à l’origine de plusieurs des initiatives de M. Sharon. Shimon Peres, ancien premier ministre et leader du Parti travailliste, rencontre un certain succès auprès des électeurs de gauche. Shaul Moufaz, ancien ministre de la défense et chef d’état-major, est quant à lui un expert en matière de sécurité. Leurs désaccords seront plus difficiles à gérer sans la présence de M. Sharon, mais ils ont resserré les rangs et pourraient bien mener Kadima vers la victoire.

Au même moment, les principaux candidats potentiels à gauche comme à droite se sont placés trop près des extrêmes pour récupérer le centre facilement. A gauche, on retrouve Amir Peretz, du Parti travailliste, un leader populiste issu du syndicalisme qui a peu d’expérience au niveau national et qui ne connaît pas très bien les questions de sécurité. Peu d’Israéliens lui font confiance pour diriger le pays.

On s’attendait généralement à ce que les travaillistes arrivent en seconde position lors des élections et forment un gouvernement de coalition avec Kadima. Sans M. Sharon, M. Peretz aura peut-être plus de poids dans le partenariat, principalement grâce au fait que M. Olmert se soit montré plus favorable que M. Sharon envers certains changements politiques considérés comme modérés. Une coalition entre le Parti travailliste et Kadima connaîtrait certains problèmes mais formerait malgré tout la base d’un gouvernement solide.

On retrouve à droite Bibi Netanyahou, ancien premier ministre et leader du Likoud, l’ancien parti de M. Sharon. M. Netanyahou semblait, il y a un an, assuré de succéder à M. Sharon. Mais son opposition au retrait de Gaza et son opposition critique à M. Sharon lui ont coûté sa position d’héritier.

Pour reprendre le contrôle du Likoud, M. Netanyahou a dû se repositionner très à droite. A long terme, M. Netanyahou pourra peut-être atteindre le sommet de nouveau, dans une ère post-Sharon, s’il parvient à regagner le centre. Mais il pourrait bien ne pas faire recette aux prochaines les élections.

Surtout, la continuité sur le plan politique pourrait bien s’étendre à la stratégie et à la politique. M. Sharon personnifiait un nouveau consensus national, que les deux-tiers au moins de la population acceptait, qui reflétait des changements profondément enracinés dans le pays et dans la situation. C’est à la gauche qu’on doit l’idée que, pour la paix totale, Israël serait prêt à se retirer de la plupart des territoires occupés regagnés en 1967 et à accepter un Etat palestinien. Et à droite, le consensus reconnaît qu’il n’y a actuellement aucun partenaire palestinien prêt à une véritable paix.

La défense par la gauche des retraits territoriaux a pris de l’ampleur du fait de l’acceptation générale que de conserver les terres, particulièrement dans les zones peuplées de Palestiniens, n’est pas compatible avec l’intérêt national. Israël n’a pas l’intention de réclamer ces terres à l’avenir, n’en a jamais tiré aucun profit financier et considère maintenant qu’elles représentent un risque sécuritaire plutôt qu’un avantage. Avec la fin de la Guerre froide, la fin de l’URSS et l’affaiblissement du monde arabe, une guerre conventionnelle avec les armées des Etats arabes n’est plus très probable, ce qui rend obsolète les considérations stratégiques à l’origine de l’occupation de ces territoires par Israël.

Il ne faut cependant pas hésiter en même temps à mener une guerre de défense agressive contre le terrorisme palestinien. Israël finira sa barrière de sécurité et combattra les terroristes et ceux qui tirent des missiles sur des cibles civiles. Personne ne pense que le leader palestinien Abou Mazen puisse ou veuille faire quoi que ce soit pour mettre fin à ces attaques. En effet, il est généralement accepté par la droite et la gauche que ses collègues et lui-même ne respecteront aucun des engagements qu’ils ont pris. Le mouvement palestinien se défait, les extrémistes y prennent le contrôle et personne n’est prêt à faire la paix.

La mauvaise nouvelle est que, de ce fait, le conflit s’éternisera encore pendant des années, de par l’intransigeance et le chaos qui se développe du côté palestinien. La bonne nouvelle est qu’Israël peut se défendre en subissant peu de pertes humaines, son économie s’améliore et son tourisme reprend. L’extrémisme et l’anarchie des Palestiniens s’affichant toujours plus clairement, la position d’Israël pourrait obtenir une plus grande sympathie de la part de la communauté internationale, renforçant ainsi la possibilité de meilleures relations avec le monde arabe et l’occident.

C’est M. Sharon qui le premier a senti l’évolution des sentiments israéliens et a réagi en conséquence. Mais M. Sharon n’était que le messager, pas le message. L’ère du pragmatisme israélien qu’il a inaugurée ne se refermera pas à son départ.


Barry Rubin dirige le Global Research in International Affairs (GLORIA) Center (Centre mondial de recherches en affaires internationales) et la revue MERIA. Son dernier ouvrage s’intitule The Long War for Freedom : The Arab Struggle for Democracy in the Middle East (La longue lutte pour la liberté : la lutte arabe pour la démocratie au Moyen-Orient).

Copyright : Project Syndicate 2006.
www.project-syndicate.org


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