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L’accusation d’apartheid et de racisme : le secret inavouable

Shmuel Trigano

mercredi 12 mars 2014
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Une grave accusation est lancée contre Israël et « les sionistes » qui vise à les vouer au bannissement de la « communauté internationale ». Elle revient à affirmer que sa démocratie n’est que le paravent d’un régime « d’apartheid » dans lequel les citoyens qui se définissent eux mêmes comme d’origine et de religion différentes[1] de la majorité se retrouvent intentionnellement discriminés par la « nation », dans l’identité nationale de l’Etat dont ils sont devenus les citoyens, pour la simple raison qu’ils n’en sont pas naturellement membres ou parce qu’ils sont de telle ou telle origine. Une telle accusation implique nécessairement l’idée que les procédures démocratiques ne sont qu’un décor de théatre illusoire et trompeur, faisant écran à un racisme institué, celui de l’Etat-nation israélien.

L’instrumentalisation du scénario marxiste

On reconnaîtra dans ce discours l’héritage de l’idéologie marxiste qui voit dans la « nation » le paravent de la lutte des classes, poussant les dominés à s’unir à la bourgeoisie dominante (toujours contre un ennemi externe), à l’encontre de leurs intérêts. La seule nouveauté est qu’ici la « classe » ne relève plus du mode de production capitaliste mais de l’ethnicité (voire de la religion, les deux ne se séparant pas pour l’islam).

Cette transposition du modèle de pensée marxiste dans un registre qui lui est étranger est la poutre maîtresse de l’accusation d’apartheid. La « classe ethnico-raciale » est, bien sûr, définie comme opprimée, à l’instar du prolétariat dans le récit marxiste, et en lutte non plus seulement pour l’égalité mais -« identité » oblige - pour sa « dignité » (humaine), subrepticement pensée[2] en termes nationalistes puisqu’elle est comprise comme la libération de la domination qu’elle est censée subir en vue d’un pouvoir étatique spécifique. Celle-ci est forcément « coloniale » puisque sont désormais en lice dans le même pays deux « nations » (ou plutôt une nation (israélienne) et une « race » (les Palestiniens) puisque « racisme » et « apartheid » il y a, à moins qu’il ne s’agisse de deux « races » puisque derrière Israël c’est la domination « juive » qui est la cible[3]). Le régime dans lequel l’identité « humiliée » est dominée est ainsi un pays « colonial », c’est à dire avec « évidence » le pays qui appartient aux « dominés ».

C’est cet ensemble d’artifices qui intrumentalisent le modèle marxiste en faisant de ce nationalisme (xénophobe et inégriste[4]) un combat « de gauche », non plus seulement dans le cadre d’une société mais sur un plan planétaire car les « dominés » sont une nation ou une race et pas une classe dans un seul pays. L’arène est transportée dans le système international, relayée par l’Organisation de la Coopération Islamique, c’est à dire qu’elle engage de gigantesques forces contre une l’Etat d’Israël honni. L’accusation d’apartheid est ainsi proférée dans l’arène globale et fait appel non plus à des références politiques ou idéologiques mais « humaines » et « morales » (la « Déclaration universelle des droits de l’Homme »). C’est l’humain qui est présenté comme l’enjeu, à la mesure de toute l’humanité.

Post-marxisme et islamisme

Ce tour de passe passe idéologique et rhétorique (car la « gauche » cache nationalisme et intégrisme) rend une actualité au marxisme dans son aspect le plus archaïque et le plus défaillant. Au terme de 70 ans de communisme, la Grande Russie orthodoxe et les nationalités de l’Europe centrale que l’on avait pu croire disparues sous le glacis soviétique sont en effet de retour avec force et violence (cf. l’Ukraine), infigeant un ultime démenti aux prétentions idéologiques de l’analyse marxiste. Son incapacité à comprendre le fait national s’avère ainsi avoir été son plus grand échec, manifeste dès la première Internationale, confrontée à la guerre de 14, qui vit le prolétariat « internationaliste » se diviser dans une guerre de nations.

Comment expliquer son retour sous la houlette de la cause palestinienne et islamiste ? Pour le comprendre il suffit de se rappeler que, dès son réveil dans les années 1980, l’islamisme, qui terrassa le nationalisme arabe en échec (il n’a jamais su développer une citoyenneté qui fasse la place aux non musulmans), s’est développé dans un milieu de militants à la formation bancale. Formés aux techniques occidentales sans l’accompagnement culturel qu’elles présupposent, ils n’avaient pas de savoir théologique particulier mais étaient rompus à la dialectique matérialiste (la « diamat ») qui avait pénétré l’anticolonialisme arabe et donc le nationalisme, dès les années 1950. L’islamisme s’est tout simplement coulé dans ce modèle sommaire, en opérant la superposition de notions islamiques (la « justice » notamment, qui n’est pas ce que l’on entend en Occident mais le triomphe du « parti d’Allah » (Sourate « La discussion », 58, 22,) et de notions marxiste que l’Occident entendait différemment, selon le phénomène classique de la dissonance cognitive et du malentendu. C’est par le biais de cette confusion, de cette ambivalence idéologique que le NPA et autres extrêmes gauches peuvent s’identifier au combat de la nouvelle « classe universelle », « le peuple en danger », les Palestiniens.

Une superposition de la scène nationale et internationale se produit ainsi, qui s’illustre dans le fait que la plupart des manifestations de rue françaises incluent désormais banderoles et drapeaux palestiniens[5]. Ce n’est pas un hasard mais l’effet du post-colonialisme, héritier aujourd’hui du communisme soviétique qui avait voulu donner à la lutte contre le capitalisme une dimension mondiale et « anticoloniale ». On retrouve, par exemple, chez les tenants du multiculturalisme et du post-colonialisme (extrême gauche, « Indigènes de la République », NPA, associations islamistes et pro-palestiniennes), la même accusation portée cette fois-ci contre la France, en l’occurence la République qualifiée de « post-coloniale » qui agirait comme un pouvoir d’oppression pour les nouveaux « indigènes », les anciens colonisés désormais de nationalité française.

L’antisionisme devient ainsi l’équivalent général de toutes les causes contre « la domination ». La lutte palestinienne se voit ainsi identifiée à celle des « immigrés » (une catégorie pluri-sémantique incluant « musulman », « arabe » ou « africain ») en terres occidentales, autres visages romantiques du sujet révolutionnaire mondialisé, dont l’Etat nation[6] (Israël en est la quintessence, et, ici, « la République ») est forcément l’ennemi cardinal, puisqu’il oppose par son existence en Orient, ou en Europe, une limite à l’affirmation mondiale de la Oumma, ce qui est le projet d’un mouvement comme celui des Frères Musulmans. Dès lors, la haine d’Israël et des Juifs n’est plus limitée à un ou des pays mais elle se planétarise, elle se mondialise[7]. Elle devient pour les immigrés eux-mêmes un levier d’affirmation dans la politique nationale du pays où ils résident, portée par un consensus social ambiant plein d’inimitié envers Israël et travestie en termes moraux grandiloquents.

L’antiracisme comme idéologie

La lutte des classes devient ainsi la lutte contre « la discrimination » et le « racisme ». On n’est plus en effet dans l’univers de l’économie et de l’égalité mais de l’identité et de la « reconnaissance ». Son arène n’est plus tant politique que juridique et symbolique (société du spectacle oblige : avant de détruire l’ennemi, on détruit son image[8]) ce qui n’est pas contradictoire avec sa finalité politique : le politicide de l’Etat d’Israël (ou en France de la République) pour cause de « racisme » et donc d’inhumanité. « L’antiracisme » n’est plus « la lutte contre le racisme », qui se voit en effet instrumentalisée à des fins politiciennes et idéologiques qui ne militent pas pour l’intérêt général. Elle donne une portée dans l’absolu à des intérêts qui ne sont prosaïquement qu’ethnico-politiques et circonstanciés. Elle jette le discrédit sur l’ennemi politique en le taxant d’apartheid et de racisme, en l’accusant non plus au nom des droits du « Citoyen » mais de « l’Homme ». C’est au nom de l’Homme que le citoyen israélien est combattu. L’arène choisie est ainsi méta-politique, quasi-mystique et donc aggravante. Elle est de nature quas-reigieuse.

En accusant Israël d’être dans son essence et de par son existence, raciste, l’islamo-gauchisme le sort en effet de l’humanité, comme condition et comme valeur. Il en fait un monstre voué à l’élimination « morale ». Il le rend moralement « tuable ». Cette déshumanisation est la marque de fabrique bien sûr du racisme nazi qui faisait des Juifs des « poux », des parasites ou des sous-hommes qu’il fallait éliminer. Mais il est congénitalement inscrit dans le marxisme lui même et déjà dans le livre de Marx La question juive où on lit : « Le Juif ne peut jouir des droits de l’Homme aussi longtemps qu’il sera juif, l’essence limitée qui fait de lui un Juif l’emportera forcément sur l’essence humaine qui devait comme Homme le rattacher aux autres hommes et elle l’isolera de ce qui n’est pas juif... (Le Juif) déclare par cette séparation, que l’essence particulière qui le fait juif est la véritable essence suprême devant laquelle doit s’effacer l’essence de l’Homme » (p. 35). Phrase délirante s’il en est et qu’on doit comprendre dan sa nudité, sans le galimatias de la diamat !

Mais cette vision marxiste de l’inhumanité du Juif trouve à se collationner, dans l’islamo-gauchisme, à celle de l’islam où l’argument du Coran (2, 65 ; 5, 60 ; 7, 166) que les Juifs ont été transformés en « singes » et « porcs » (et donc sont hors de l’humain) est aujourd’hui très abondamment invoqué dans le monde arabe. Elle s’inscrit dans la logique problématique qui découle de l’ambivalence du mot « islam » qui désigne à la foi la« soumission » à Dieu et une religion historique, et selon laquelle l’Homme originel était musulman parce qu’il était « soumis » à Dieu, de telle sorte que, dans l’histoire de l’humanité, tout non musulman a tendance à être considéré en retrait de l’humanité « naturelle », et donc, par assimilation, de la religion « naturelle » de l’humanité, ce qui confère à son existence un caractère potentiellement illégitime. C’est cette conception qui fonde le djihadisme mondial contemporain qui ne voit de possibilité pour les non musulmans que la soumission ou l’extermination.

L’envers de l’accusation

L’accusation de racisme s’avère ainsi plus complexe qu’une posture polémique. C’est une construction rhétorique qui vise à travestir l’intention profonde des accusateurs qui, dans le cas d’Israël, s’exprime très clairement dans le projet palestinien d’une constitution reposant sur l’exclusion ethnique et religieuse et la suprématie de la Sharia[9], ou, pour ceux qui se présentent comme la minorité arabe d’Israël, dans une politique qui dénie très clairement toute légitimité à l’Etat dont ils sont les citoyens et à l’encontre duquel ils en appelle à l’internationalisation de leur condition[10]. L’apogée de la mauvaise foi est atteint quand les députés des partis nommément « arabes » de la Knesset accusent Israël d’apartheid. L’un de ces députés, Ahmed Tibi, fut même le conseiller politique d’Arafat... On imagine mal qu’un député français d’origine algérienne soit le conseiller de Boueflika ou, encore plus invraisemblable, qu’il représente un parti islamiste à l’Assemblée nationale (ce qui est le cas à la knesset).

En France, le multiculturalisme et le postcolonialisme sont l’enveloppe « politiquement correcte » du refus d’intégration dans la société française, citoyenneté comme identité, décrétée donc « raciste », au nom d’une identité ethnico-culturelle et religieuse limitée. Dans ces deux situations, c’est tout simplement le refus d’intégration dans le pays dispensateur d’hospitalité (pour les étrangers) et de citoyenneté qui est retourné contre lui, accusé de ce dont on est coupable soi même et qui justifie « moralement » qu’on s’enferme dans l’auto-ségrégation que l’on a choisie. Quant à l’identité dont ces militants font l’apologie et pour laquelle ils demandent reconnaissance, elle reste à devoir se réformer. A l’aune des critères même de l’accusation, elle ne fait pas ses preuves au spectacle du monde arabo-musulman actuel où les derniers non musulmans (les chrétiens après les Juifs) se voient poussés vers la sortie.

La défaillance du combat contre le boycott d’Israël

C’est ce dispositif idéologique que n’ont pas compris ceux qui luttent contre le boycott de l’« apartheid israélien ». Ils s’épuisent à prouver que l’accusation est fausse[11] ou à montrer leur bonne foi envers leurs adversaires[12], au lieu de concevoir l’audace de retourner l’attaque contre les accusateurs, là où cela leur fait mal, à savoir l’ethnocentrisme ségrégationniste qui ravage leur propre société[13]. Or, c’est tout le contraire qui est fait, ce qui explique l’échec idéologique de la lutte anti-boycott (même tempéré, en France, par un relatif succès juridique). Il est vrai qu’ils auraient fort à faire car les antiracistes ont réussi à installer un système relayé par toutes les tribunes publiques qui stigmatise tout discours (grâce au concept « paratonnerre » d’islamophobie[14]) qui les identifierait pour ce qu’ils sont.

  • A partir d’une tribune sur Actualité Juive du 7 mars 2014.

[1] En l’occurence « Palestiniens » ou « Arabes » plus qu’« Israéliens », musulmans et pas juifs.

[2] Subrepticement car dans les formes cette identité est présentée comme vitime du « racisme » (pas d’un conflit national par exemple) de sorte qu’elle se pose dans les termes d’un enjeu humain général (la « race »), puique apartheid il y a.

[3] En effet, cette idéologie ne reconnaît pas aux Juifs le droit d’être une nation, sinon captive et dominée (dhimmie), alors qu’en face les Palestiniens sont, dans le réel et le discours, la face émergée de la Oumma islamique, qui est l’antithèse de la nation moderne et démocratique.

[4] Voir son auto-définition non seulement dans le projet de constitution palestinienne mais aussi dans le discours courant de l’opinion publique palestinienne

[5] Et le propalestinisme devient une dimension franco-française, qui prend nécessairement pour cible les Juifs français (cf. Mohamed Merah tuant des enfants juifs pour « venger les enfants de Gaza). L’extrême gauche retrouve ainsi son passé antisémite archaïque magnifié par une pseudo lutte contre »l’apartheid« et la »domination"..

[6] Et très clairement, l’Etat nation (en l’occurence arabe) fut et est l’ennemi des islamistes façon « Frères musulmans » dont l’islamisme ambitionne de prendre la place de l’arabisme, du nationalisme. C’est ce que l’Egypte du maréchal Sissi a bien compris : c’est l’égyptianité, l’Etat, qui est la cible des islamistes égyptiens.

[7] Ce que les Israéliens n’ont pathétiquement pas compris et ne peuvent pas comprendre, jusqu’à ce jour.

[8] C’est ce qu’on définit comme « la délégitimation d’Israël », en négligeant le fait qu’objectivement, sur le plan des finalités, c’est d’une « délégalisation » sur le plan juridique international qu’il s’agit. Le boycott, de même, ne vise pas à son efficacité mais à créer une atmosphère qui conduit à bannir et ostraciser Israël et les Juifs.

[9] Voir S. Trigano, « Le racisme annoncé du futur Etat de Palestine », Controverses, 14/2/11, http://controverses.fr/pdf/n16/Trig...

[10] Voir, pour échantillon, l’idéologie du mouvement arabe israélien Moussawa et son projet de « constitution égalitaire pour tous (tiens !) » qui voudrait rétablir les « droits collectifs des citoyens arabes d’Israël ».

[11] Ils acceptent ainsi que la discussion s’engage dans les termes des accusateurs et selon leurs critères (et donc en acceptant la vérité inavouée qui motive leur politique)

[12] Tout le discours politiquement correct (deux peuples-deux Etats, l’islam religion de paix, la symbiose judéo-arabe, etc) ne fait qu’accentuer l’attaque et l’accusation, en assurant un sanctuaire symbolique à l’attaquant qui laisse à nu et dans l’exposition l’attaqué qui, lui, ne bénéficie pas de la grâce dont il crédite naïvement son adversaire.

[13] Il s’agit de porter la même accusation de racisme que celle qui est portée contre le monde juif, d’autant que l’accusation islamo-gauchiste surfe sur un océan d’hostilité, comme le montre Manfred Gerstenfeld qui, en collationnant de nombreux sondages européens, arrive à la conclusion qu’aujourd’hui 150 millions d’Européens sont persuadés qu’Israël pratique le génocide des Palestiniens. Le silence des Juifs sur ce plan-là est perçu comme un aquiescement à ce mensonge éhonté. C’est la même diffamation qui courrait contre les Juifs du Moyen âge acccusés de perpétrer des « meurtres rituels ».

[14] Il est ainsi systématiquement mis en œuvre à chaque acte antisémite ou anti-occidental commis pour motif de Djihad pour en obscurcir les causes et donc la responsabilité du monde qui lui a donné naissance, en appelant à s’opposer à tout « amalgame ». Ainsi le caractère antisémite d’un acte accompli sur la foi d’une haine religieuse se voit-il annulé ipso facto par le dispositif anti-amalgame islamophobique. La nature de l’acte est effacée pour protéger indirectement (en prenant en otage tous les musulmans et l’islam- et c’est la finalité ultime de l’acte terroriste) l’agresseur et son motif d’agression puisque ce motif est aussitôt pensé sur le mode victimaire (ou sociologiquement excusable : pauvreté, « humiliation », etc). De la même façon, quand il y eut des femmes kamikazes, les médias se concentrèrent sur elles et pas sur leurs crimes et leurs victimes. Elles étaient élevées au rang de personnes et d’identités tandis que les victimes restaient dans la défiguration que ces criminelles leur infligèrent.


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