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Le Syndrome d’Oslo : illusions d’un peuple en état de siège.

Interview par Jamie Glazov - FrontPageMagazine.com - Adaptation française de Simon Pilczer, volontaire de l’IHC

mercredi 30 novembre 2005
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L’invité pour l’entretien de Frontpage aujourd’hui est Kenneth Levin, Professeur assistant de clinique psychiatrique à la faculté de Médecine d’Harvard, historien formé à Princeton, et commentateur de la politique israélienne. Il est l’auteur d’un nouveau livre,

FP : Dr Levin, bienvenue à l’interview de Frontpage.

Levin : Merci

FP : Qu’est-ce qui vous a inspiré d’écrire ce livre ?

Levin : il était évident pour moi au départ, comme ce l’était pour beaucoup d’autres, que les accords d’Oslo ne pouvaient que mener à un désastre. Je l’ai dit aussi dans un éditorial d’opinion dans les quelques jours avant la signature en 1993 des premiers accords sur la pelouse de la Maison Blanche : il y avait quelque chose de vraiment illusoire sur la conception des dirigeants israéliens et de leur groupe de partisans pro-Oslo, cela devenait plus évident à mesure qu’Oslo progressait. Arafat et son Autorité Palestinienne ont immédiatement utilisé leurs médias, leurs mosquées et leurs écoles pour promouvoir la haine d’Israël et la violence contre les Juifs, et ils ont continué d’affirmer que leur objectif demeurait la destruction d’Israël. Le niveau du terrorisme a augmenté à des dimensions sans précédents. Pourtant Israël a répondu avec davantage de concessions.

Pendant cette période, il y eut beaucoup de critiques convaincantes du processus d’Oslo. Mais aucune adressée aux dirigeants d’Israël, soutenus par les élites académiques et culturelles de la nation, et un nombre plus large dans la population, poursuivait une trajectoire qui plaçait la nation, y compris leurs propres familles de façon démontrable sous un terrible risque. Il m’est apparu alors, et cela continue, qu’étant donnée l’irrationalité de l’évolution d’Israël, l’explication devait reposer dans le domaine de la psychopathologie.

La diplomatie d’Oslo pour Israël rappelait aussi des aspects de la vie politique des communautés juives de diaspora qui de la même façon reflétaient une tendance à l’autodestruction, inexplicable sauf en termes psychiatriques.

Le besoin d’un examen des vraies racines de la débâcle d’Oslo a été renforcé pour moi par les analyses post-mortem sur Oslo offertes par les experts des médias, les analystes politiques et les diplomates impliqués dans la diplomatie d’Oslo. Le livre de l’ambassadeur Dennis Ross, chef de la délégation américaine pour le Moyen-Orient pendant la période d’Oslo, est représentatif. Il argumente du fait que le problème était dû à deux « narrations » par les deux parties, et de l’échec des diplomates à réconcilier les perspectives conflictuelles. Maintenant, dans ce plaidoyer, y a-t-il la reconnaissance que la direction palestinienne demeurait engagée à la destruction d’Israël et que la direction israélienne se faisait des illusions en percevant Arafat comme un véritable « partenaire de paix » ?

FP : Dites-nous comment et pourquoi un peuple assiégé finit souvent par internaliser la haine de lui-même et s’illusionne sur les intentions malignes de ses ennemis ?

Levin : Ils font cela parce qu’ils veulent ressentir un certain contrôle sur une situation douloureuse qui est, en réalité, hors de leur contrôle. Des enfants abusés chroniquement - plus spécialement ceux soumis aux abus de leurs parents - se blâment typiquement eux-mêmes pour leur état de victime parce que procéder ainsi soutient le fantasme que s’ils changeaient, s’ils devenaient « bons », leurs parents les traiteraient différemment. Observer leur situation difficile de façon plus réaliste les obligerait à accepter leur impuissance à modifier ces terribles circonstances, et des enfants, des adultes aussi, préfèrent écarter la reconnaissance de réalités aussi amères.

De même avec des populations en état de siège chronique - que ce soit des minorités marginalisées, humiliées et attaquées par des sociétés alentour ou de petites nations assiégées par leurs voisins - certaines chercheront invariablement soit à détourner le regard de la sévérité de la menace ou à rationaliser la menace et à se reprocher le danger à eux-mêmes ou à d’autres parmi leur communauté. Ce faisant, cela reflète la pensée magique que si seulement ils changeaient suffisamment, le danger serait réduit.

Israël a, au mieux, une capacité de réponse efficace aux attaques par ses voisins ; il n’a pas la capacité de mettre fin au siège arabe, à forcer la paix avec les Arabes. La paix, si et quand elle viendra, sera le fait de l’agenda des Arabes, pas d’Israël. Hélas, de toute évidence le monde arabe montre qu’il n’est pas prêt à choisir une paix véritable avec Israël dans un futur prévisible. L’absence de contrôle sur une situation douloureuse a conduit beaucoup d’Israéliens à adhérer à des illusions de contrôle ; des illusions sur de bonnes concessions capables non seulement d’aider mais de gagner la paix avec les Arabes.

FP : Pouvez-vous nous parler un peu de l’antisémitisme européen et américain, et de l’effet qu’il a eu sur l’identité et la psyché juives ?

Au cours des siècles, il n’y a probablement pas eu d’accusation antisémite contre les Juifs - aussi ridicule ou scandaleuse - que quelques Juifs eux-mêmes n’aient pas adoptée. Plus typiquement, il était fréquent pour les Juifs de prendre à cœur des aspects des accusations de ceux qui haïssent les Juifs. Ceux qui ont fait cela ont répondu sur un niveau en ressentant qu’ils étaient quelque peu pollués et viciés par la vertu de leur identité juive. Beaucoup ont agi sur leur sensation de souillure soit en cherchant à réformer la communauté d’une façon qu’ils imaginaient pouvoir effacer le défaut, ou en s’éloignant eux-mêmes de la communauté juive et en adoptant une autre identité. Beaucoup se sont par exemple convertis à une autre foi, ou ont adhéré à quelque religion séculière de l’extrême gauche, et adopté une identité alternative de cette sorte, ou se sont simplement immergés dans la société environnante et ont coupé les liens avec la communauté juive, ou ont comme Karl Marx, rejoint activement les rangs des haïsseurs des Juifs de manière à marquer encore plus définitivement leur séparation avec « les Juifs ».

Parmi ceux qui ont adhéré à des aspects de l’attaque antisémite mais sont restés dans la communauté il était fréquent de reprocher aux Juifs de l’autre bord des divisions sociales, religieuses ou économiques d’entraîner la haine des Juifs. Ainsi, en Europe, au 19ème et au début du 20ème siècle, il était courant que les Juifs allemands reprochent l’antisémitisme aux Juifs de l’est de l’Europe, et les Juifs laïcs reprochaient la haine aux Juifs religieux, et les Juifs socialistes la reprochaient à la bourgeoisie juive.

Les mêmes réponses de certains Juifs aux accusations des antisémites ont fait partie de l’expérience juive en Amérique. Cela a été plus particulièrement le cas lors de l’extension du sentiment antisémite dans le pays, dans la première moitié du 20ème siècle. Mais évidemment, des variations sur le même thème persistent aujourd’hui. Par exemple, en Amérique, comme en Europe, ces Juifs vivant dans des milieux qui ont adhéré à des accusations intolérantes d’Israël ont souvent répondu de la même manière. Ainsi, l’un des phénomènes de l’Université de New York, le Pr. Tony Judt, par exemple, depuis son perchoir dans le domaine académique trop souvent diffamatoire d’Israël, appelle à la dissolution d’Israël parce que selon son opinion, l’existence de cette nation instaure un antisémitisme et rend la vie plus difficile pour des Juifs comme lui.

FP : Que pensez-vous de la psychologie d’un Juif de Gauche ?

Levin : Les sources de prédilection de gauche parmi les Juifs sont nombreuses. Dans l’ère moderne précoce en Europe occidentale, à la fin du 18ème siècle et pendant le 19ème siècle, les forces politiques libérales ont tendu à assurer davantage le soutien aux droits aux Juifs que ne l’étaient les groupes conservateurs, et donc les Juifs ont gravité vers ce qui allait devenir les partis libéraux. Avec la perception que l’aide offerte par les libéraux était limitée, et que les incapacités juives demeuraient, certains Juifs engagés virèrent davantage à gauche, croyant qu’une véritable égalité juive ne viendrait qu’après une restructuration plus radicale de la société. Ils croyaient aussi que les Juifs pourraient être mieux acceptés en s’alliant eux-mêmes avec les autres groupes désavantagés de la société, en particulier la classe ouvrière, dans une lutte commune pour la délivrance.

Mais la politique de la gauche radicale - du socialisme et du communisme - était particulièrement attirante en Europe occidentale pour certains de ceux qui, face à des déprédations antijuives, voulaient se dépouiller de leur identité juive. Certains de ces individus choisirent de prendre une identité alternative comme champions de la classe ouvrière.

Parmi les juifs qui rejoignirent des partis de la gauche radicale, aussi bien ceux qui gardaient un certain lien avec la communauté juive, et ceux qui répudiaient tout lien de ce type, beaucoup tendaient à ignorer la rhétorique antijuive qui était le tarif minimum pour les socialistes en Europe occidentale. Ils choisirent d’en écarter la signification, ou de la percevoir comme quelque chose qui disparaîtrait dans l’utopie socialiste à venir. Des Juifs désirant perdre leurs liens juifs approuvaient souvent les sentiments antijuifs de leurs collègues socialistes.

En Europe de l’Est aussi, qui à cette époque signifiait particulièrement la Russie tsariste, les déprédations antijuives ont conduit les Juifs à Gauche. Quand les forces libérales échouèrent à avoir un impact soutenu sur la politique antijuive du gouvernement, la population se tourna vers les politiques socialistes. Le plus grand sens d’appartenance à un peuple parmi les Juifs d’Europe de l’Est a conduit à l’évolution de partis socialistes spécifiquement juifs, alors que le gouvernement orchestrait l’appauvrissement des Juifs et la dérive des Juifs vers les usines urbaines donna lieu aussi à un mouvement syndical juif qui renforça la force du sentiment socialiste juif et son organisation politique.

Ceux participant aux partis socialistes juifs russes gardèrent typiquement un sentiment très puissant d’identité juive. Mais ils adhéraient fréquemment à des éléments d’accusations antijuives de la société environnante et choisissaient d’interpréter l’antisémitisme comme étant provoqué par les manières des juifs religieux et de la bourgeoisie juive, et comme quelque chose qui disparaîtrait quand les Juifs rejoindraient leurs frères travailleurs non juifs en créant un futur socialiste.

Bien sûr en Russie comme ailleurs, certains Juifs répondaient aux déprédations antijuives en prenant leurs distances de la communauté juive et en faisant cause commune avec ceux qui attaquaient les Juifs, et beaucoup de ceux-là s’alignaient eux-mêmes avec les plus extrémistes des gauchistes radicaux ; avec par exemple, des groupes nihilistes, et plus significativement les bolcheviques.

Les Juifs emportèrent leurs perspectives politiques avec eux en Amérique et, plus particulièrement, les Juifs d’Europe de l’Est qui constituèrent la plus grande partie de l’immigration juive de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème apportèrent leurs opinions socialistes. L’extrême pauvreté des immigrants juifs et leur emploi éventuel surtout dans des usines urbaines renforça ces penchants.

Enfin, cette tendance muta pour la plupart vers une politique libérale et le soutien au Parti Démocrate.

Mais la persistance d’une identification intense avec la politique de gauche en l’absence d’un statut économique personnel poussant dans cette direction est un phénomène particulièrement juif. Il reflète en partie une ancienne manière de penser ; Les sondages chez les Juifs Américains au cours des décennies récentes ont démontré qu’une grande majorité continue de croire que l’antisémitisme touche plus les Américains Conservateurs que les Libéraux, même si des enquêtes d’opinion américaine actuelles ne vont pas dans le sens de cette hypothèse. Pas plus que la suspicion envers les Américains profondément religieux comme étant plus hostiles aux Juifs que les Américains laïcs - autre perspective non vérifiée par les chiffres - n’a été mise en cause par exemple, par l’essor d’un sentiment antijuif dans une Europe essentiellement sécularisée. Pas davantage la croissance de l’hostilité envers Israël parmi les soi-disant Eglises libérales d’Amérique, avec une théologie telle l’importation politique, ou encore les attaques sur Israël, et la mise en état de siège de ses partisans juifs sur les campus d’universitaires américains dominés par la Gauche, n’ont secoué de vieilles attitudes juives américaines sur la gauche et la Droite, libérale ou conservatrice.

Un autre facteur dans la persistance des tendances de Gauche est l’impact actuel de la redéfinition de la vocation juive, formalisée par le mouvement de la réforme du 19ème siècle, comme exclusivement universaliste pour promouvoir les valeurs humanitaires transcendantes. Cette reformulation de ce que signifiait être un Juif était motivé par les espoirs des Juifs de se rendre plus acceptables pour leurs voisins, de contrer l’antagonisme et de gagner l’égalité, en échappant au particularisme et en adhérent à un projet non menaçant et irréprochable. Une adhésion à un universalisme de gauche est à la mesure de cette autodéfinition et maintient son attrait pour la majorité de la communauté juive, même si les Juifs américains ne sont pas confrontés à un manque d’acceptation qui a contribué à former cette posture.

L’adhésion aux anciennes perspectives politiques reflète un autre phénomène fréquent parmi les populations chroniquement assiégées : une inclination à penser en termes catégoriques, le vœu de voir dans des alliances politiques des liens transcendants qui dureront inexorablement et offriront un soutien et une protection poursuivis - perspective séparée du monde réel. Des Juifs ont de façon récurrente perçu un lien continu avec des alliés d’autrefois qui ont totalement répudié une telle liaison, ont échoué à reconnaître ce qui peut toujours avoir été la portée limitée des alliances, et ont été souvent lents à reconnaître des convergences d’intérêts avec de nouveaux alliés.

De plus, beaucoup de Juifs en Amérique comme en Europe ont cherché au cours des années à échapper à ce qu’ils considèrent pesant dans l’identité juive en se créant une nouvelle identité fondée sur l’affiliation à la classe sociale et une autodéfinition de gauche.

FP : Pourriez-vous nous parler de votre propre compréhension de l’antisémitisme ? D’où vient-il ? Pourquoi y a-t-il tant de haine antijuive dans l’histoire et dans le monde d’aujourd’hui ?

Levin : Tout d’abord, laissez moi vous dire qu’il existe évidemment une vaste littérature analysant l’antisémitisme et je suis familier seulement avec une faible part de celle-ci, puisque je suis me suis plus consacré à la question des réponses juives à la haine antijuive.

Le degré de cette haine des Juifs est unique. Son caractère spécifique est généralement attribué à l’impact de près de deux millénaires de dénigrement et de diabolisation de Juifs par l’Eglise. Au cours de siècles, les Juifs ont enduré des mauvais traitements et des attaques perpétuelles et des massacres de masse épisodiques aux mains de ceux qui étaient guidés par la haine inspirée par l’Eglise.

Mais la question de l’antisémitisme est clairement plus compliquée. Il y a eu des attaques contre les Juifs par des populations non influencées par la chrétienté. Au cours des siècles précédant immédiatement la naissance de la Chrétienté, la grande population juive d’Egypte était la cible de la haine bâtie par des prêtres du culte égyptien, et ils étaient attaqués par des foules égyptiennes, avec parfois un nombre important de victimes ; et la littérature égyptienne antijuive a trouvé une audience réceptive dans les zones du monde grec païen avec des populations juives significatives. Des facteurs clés inspirant cette haine semblent d’avoir été des communautés minoritaires qui étaient immédiatement distinctes et vulnérables et donc une cible aisée pour ceux qui y voyaient quelque usage politique à faire flamber la haine et en unifiant un groupe de partisans autour d’un « ennemi » étranger commun. Beaucoup d’autres minorités distinctes ont été les victimes de semblables dynamiques sociales.

De même, des communautés juives ont été soumises à des myriades d’abus et de massacres répétés dans le monde musulman, comme les communautés chrétiennes, bien que les Juifs et les Chrétiens aient partagé le statut de « dhimmis » comme minorités « tolérées ».

Depuis encore, un tel traitement a fréquemment été infligé à des minorités vulnérables, ce qui est unique dans l’histoire des Juifs peut être attribué en grande partie à leur état spécifiquement vulnérable pour une si longue période, et dans le même temps, pour l’avoir enduré exclusivement.

La relation des préjugés de l’Eglise avec la haine moderne des Juifs est complexe. Par exemple, l’Eglise catholique n’a jamais été génocidaire dans sa politique officielle envers les Juifs, et sous certains aspects elle a répudié explicitement la haine antijuive raciste ; pourtant le génocide moderne des Juifs a été possible du fait d’une hostilité populaire profondément enracinée envers les Juifs, largement inoculée par l’enseignement de l’Eglise. Dans la même veine, les dirigeants chrétiens du moyen âge ont rarement institué des agressions à large échelle contre les Juifs ; les meurtres de masse de Juifs durant la période médiévale étaient surtout dirigés par en bas, par des groupes rebelles, ou la classe bourgeoise ou paysanne complices du bas clergé. Les attaques orchestrées par l’Etat contre les Juifs, instituées comme politique officielle par les nazis, ou la Russie tsariste, ou les Etats nouvellement créés d’Europe de l’Est dans les décennies entre les guerres mondiales, ou par la Russie bolchevique et les Etats communistes d’Europe de l’Est, n’ont pas de réels précédents pré modernes ; quand les dirigeants européens, pour des raisons d’Etat, expulsaient leurs Juifs, il y avait pratiquement toujours d’autres Etats qui les accueillaient, intéressés par l’usage de leurs talents. Mais l’indifférence des années 1930 était pareillement conditionnée par une haine longtemps encouragée.

Les différences entre les temps modernes et les temps pré modernes dans la haine des Juifs européens ont trait aussi à la façon dont la haine des Juifs est sous beaucoup d’aspects non spécifique, mais une variation sur un thème. Si l’on regarde, par exemple, les nouveaux Etats d’Europe de l’Est taillés dans des empires défaits après la première guerre mondiale, tous étaient très chauvins et ont soumis les minorités à l’intérieur de leurs frontières à d’intensives déprédations. Les Juifs étaient généralement victimes en plus grande part parce que, à l’opposé de diverses autres minorités, il n’y avait pas d’autre nation avec laquelle ils aient eu des liens ethniques qui puisse intervenir en leur nom ; mais d’autres étaient victimes, aussi. De plus, le succès des Juifs en entrant dans les professions, les académies, les arts, et le capital industriel signifiait que des campagnes de « purification » de leurs cultures nationales et de leurs économies par des groupes ethniques dominants tombaient souvent plus lourdement sur les Juifs que sur d’autres minorités ; mais elles tombaient aussi sur d’autres.

Comme je l’ai indiqué, j’ai été particulièrement intéressé par les réponses des Juifs à l’antisémitisme, et - point relié à la prédilection des Juifs pour la gauche - les réponses de Juifs ont été compromises de façon répétée en pensant en termes catégoriques et en s’attendant à voir l’antisémitisme d’aujourd’hui provenir des mêmes directions que celui d’hier. Il y a une ressemblance de circonstances ; des attaques contre les Juifs sont prêchées sur l’altérité perçue des Juifs et leur vulnérabilité. Et en Europe, l’antisémitisme continue d’être influencé par une histoire de haine antijuive. Mais aujourd’hui en Europe, cela provient largement de la gauche laïque et la plus grande part de la haine dirigée contre les Juifs est liée là-bas à l’identification des Juifs avec les Etats-Unis, et la haine des Juifs en Europe reflète une convergence entre les perspectives de la Gauche et les perspectives des islamistes européens et autres. La tendance des Juifs à se centrer sur les pourvoyeurs de l’antisémitisme d’hier les prépare mal à reconnaître et à répondre efficacement, y compris en cherchant des alliances efficaces, à se confronter aux porteurs de haine actuels.

Cela déssert également mal les Juifs de voir leur propre détresse comme spécifique et de ne pas reconnaître d’autres victimes. Sûrement, les Juifs ont été plus que sensibles à la victimisation des autres, y compris ceux soumis au cas extrêmes d’une agression génocidaire ; pourtant, il demeure des zones de myopie à tirer des conclusions politiques des agressions contre les autres.

Par exemple, beaucoup de Juifs sont conscients de l’intense haine antijuive qui a été répandue depuis des décennies dans les médias, les mosquées et les écoles à travers le monde arabe. Mais une présomption générale est que tout cela est dû au conflit avec Israël et se résoudra par un accord de type « territoire contre la paix », en particulier entre les Israéliens et les Palestiniens. Peut-être encore une fois, la réticence des Juifs à voir leur situation difficile dans le contexte de forces plus larges reflète le vœu de mieux contrôler leur situation qu’ils ne le font vraiment. Mais il y a un critère plus important. Parce que en réalité, pratiquement toutes les minorités vivant parmi les nations arabes ont été assiégées, avec bon nombre d’entre elles souffrant de déprédations bien plus terribles que les Juifs d’Israël.

Des communautés chrétiennes sont presque partout sous pression intense. L’Egypte, le plus cosmopolite des Etats arabes, dirigé par un gouvernement laïc, a depuis longtemps demandé à son importante communauté chrétienne copte, comptant peut-être dix millions de personnes, de vivre sous de lourdes restrictions ; même la rénovation ou l’extension d’une église nécessite l’approbation du niveau ministériel. Des pressions appliquées aux communautés chrétiennes ont conduit à des taux élevés d’émigration chrétienne de nations du monde arabe. Bien sûr, en Arabie saoudite, aucun citoyen ne peut être chrétien, la prière chrétienne est officiellement interdite, et la conversion de l’Islam à la Chrétienté est punissable de mort.

L’agression la plus atroce contre les Chrétiens dans le monde arabe a été la campagne pendant des décennies de mise en esclavage, de viol et de meurtres menée contre les Noirs chrétiens du Sud Soudan.
Commencées pratiquement lors de l’indépendance du Soudan dans les années 1950, les attaques et les tueries ont été perpétrées à la fois sous les régimes laïques et islamiques, et ont emporté plus de deux millions de vies - L’une des pires actions génocidaires depuis la deuxième guerre mondiale. La politique meurtrière de Khartoum a reçu constamment le soutien des Etats arabes frères, dont certains ont prêté un soutien actif à l’agression de Khartoum contre le Sud.

Mais même l’ancien dénigrement et les agressions contre les Juifs et les Chrétiens ne recouvrent pas complètement la victimisation de minorités par les nations musulmanes arabes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ; En plus des agressions contre des non musulmans, il y a aussi un ciblage de coreligionnaires musulmans mais qui ne sont pas aussi arabes.

En Irak, Saddam Hussein a poursuivi l’expulsion forcée et les meurtres de masse des Kurdes vivant dans le Nord de l’Irak, en tuant quelques 200.000 avant d’en être distrait par son aventure au Koweït, et il le fit sans être critiqué par ses pairs dirigeants arabes. En Algérie, la population berbère musulmane mais non arabe a fait plus que sa part dans le combat contre les Français durant la guerre d’indépendance ; mais l’indépendance acquise, le gouvernement à domination arabe s’est embarqué dans une politique « d’arabisation forcée » des communautés berbères. De plus, depuis l’éruption d’une guerre civile islamiste anti-laïque en Algérie en 1992, les Berbères majoritairement laïcs ont servi de cibles privilégiées non seulement pour le gouvernement algérien, mais aussi pour les rebelles islamistes, qui ont provoqué des carnages à travers tout le pays.

Le peuple du Darfour - musulman mais noir - aujourd’hui violé et assassiné par le gouvernement soudanais avec le soutien d’autres nations arabes, n’est que le dernier exemple des agressions arabes contre des populations non arabes vivant dans le monde arabe.

Ce modèle chronique d’intolérance et d’agression arabes aussi bien au niveau ethnique et religieux a des implications pour les Juifs. Il faut noter par exemple, qu’aucune des populations soumises à certaines périodes à une agression meurtrière, parfois génocidaire - ni les Kurdes par exemple, ni les Berbères algériens, ni les Noirs chrétiens du Sud Soudan, ni les Noirs musulmans du Darfour - n’étaient des communautés souveraines ou même ne jouissaient d’une autonomie à laquelle les régimes arabes s’opposaient. Pourtant beaucoup de Juifs se nourrissent de l’illusion que le monde arabe est prêt à faire une exception pour les Juifs et à se réconcilier avec un Etat juif en son sein si seulement Israël faisait suffisamment de concessions sur ses frontières.

FP : Pourquoi les despotismes totalitaires (fascisme, communisme, islamisme) impliquent-ils toujours de l’antisémitisme ?

Levin : Je crois que plusieurs facteurs interviennent là. Les régimes totalitaires trouvent utiles de distraire leurs populations avec des ennemis extérieurs, ou avec des groupes internes qui peuvent être désignés comme des ennemis, et les Juifs ont tendu à être une cible aisée pour cela, bien que rarement la seule ; de plus, de tels régimes s’efforcent d’uniformiser leur population - y compris l’uniformité de la pensée - et les Juifs ont souvent été perçus comme ne se coulant pas bien dans le lit draconien du totalitarisme. Mais encore une fois, comme dans l’islamisme contemporain, les Juifs n’ont pas été les seuls ciblés. Ce qui est inhabituel dans la lutte actuelle avec l’islamo-fascisme est que, dans cet exemple, les Juifs, en étant les plus diffamés, ne sont pas le groupe ciblé le plus vulnérable. Il est malheureux qu’il semble y avoir tant de Juifs qui soient si enclins à voir Israël se rendre lui-même plus vulnérable.

FP : Comme des Américains font face aujourd’hui à des ennemis qui souhaitent nous détruire, quelles leçons spécifiques devons-nous apprendre des Israéliens et du processus d’Oslo ?

Levin : A première vue, on peut s’attendre à trouver peu de similitudes dans la réponse, quand les citoyens américains de la plus puissante nation du monde sont attaqués, et la psychologie de Juifs de Diaspora vivant parmi des sociétés hostiles, ou celle d’Israël confronté de longue date à des ennemis dont l’objectif déclaré est l’annihilation de leur Etat. Mais la réaction de certains Américains aux évènements du 11 septembre illustre que même des populations ostensiblement fortes et sûres, sous des conditions qui impliquent une menace actuelle et la vulnérabilité, peuvent répondre par des voies illusoires rappelant la débâcle d’Oslo.

Ceux qui ont déchaîné le carnage du 11 septembre, ainsi que leurs partisans, ont traduit en mots et en actes leurs griefs contre l’Amérique et leurs objectifs. Ils ont déclaré leur hostilité mortelle non seulement à la présence militaire et diplomatique de l’Amérique dans le monde musulman, mais aussi à sa présence culturelle. Ils nous ont fait savoir leur détermination à poursuivre un chemin violent vers la recréation d’un califat islamique nettoyé de toute « pollution » occidentale, et de combattre pour imposer leur férule islamique dans le monde entier. Ils ont déclaré que c’est un devoir religieux. Ils ont démontré qu’il n’y a pas de limites à leurs méthodes et aux armes qu’ils sont prêts à utiliser dans cette guerre.

Pourtant, alors que la majorité du public américain a vite reconnu la gravité du défi, beaucoup ont cherché à rejeter le défi, à le rationaliser, et à précipiter une politique de conciliation avec les terroristes et leurs partisans dans l’espoir illusoire de sauver ainsi la nation des dangers qu’elle encourt. Ou bien ils ont préféré se concentrer sur une politique américaine spécifique, supposée mal dirigée, ayant provoqué ou intensifié la menace. En effet, blâmer l’Amérique est la conduite favorite dans des fractions significatives des médias et des milieux académiques américains.

Parmi nos dirigeants politiques, beaucoup nous ont pressés de concilier nos réponses à la guerre contre nous en associant notre politique à nos alliés européens, à ceux même le plus résolument déterminés à détourner les yeux de la menace au Moyen-Orient.

Au cours de la dernière élection présidentielle, un candidat, avec le soutien de sont parti, a défendu l’idée de soumettre nos mesures à la volonté collective des Nations Unies. L’ONU a généralement cédé aux Etats promoteurs du terrorisme, et a échoué à répondre par la force même à des actes de génocide. Elle a considéré que le Soudan et l’Arabie saoudite peuvent être membres de sa commission des Droits de l’Homme, et elle a choisi la Libye pour présider cette commission. Pourquoi des dirigeants politiques nous imposeraient-ils de suivre le consensus de cet organisme en conformant nos actions de la guerre contre l’islamo-fascisme, c’est difficile à comprendre sauf dans la perspective illusoire de gens déterminés à ne pas voir honnêtement les menaces auxquelles nous faisons face.
Détourner nos yeux du défi réel ne peut qu’aider à saper notre capacité à mener le combat de cette guerre de façon à minimiser les pertes que nous devons cependant souffrir.

FP : Dr Levin, c’était un plaisir de parler avec vous aujourd’hui. Merci de vous être joint à nous.

Levin : Merci


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