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C’est Finkielkraut qu’on assassine

Par Viviane Miles © Metula News Agency

dimanche 27 novembre 2005
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Lorsqu’il « présente des excuses à ceux que ce personnage que je ne suis pas a blessés », Finkielkraut dénonce le Golem que Cypel a construit de lui pour le rendre haïssable

finkiSurprise, aujourd’hui, en parcourant la presse française, et plus particulièrement Le Monde, Libération et le Nouvel Obs, d’y trouver les « excuses » présentées par Alain Finkielkraut sur Europe I suite à une interview qu’il a accordée au magazine israélien du journal Haaretz la semaine dernière.

 

Le Monde, toujours aussi sûr de lui, s’avance même à titrer : « M. Finkielkraut s’excuse pour ses propos dans le quotidien israélien Haaretz » [lire l’article]. Or ce titre, qui induit les lecteurs du Monde à penser que le philosophe regrette ce qu’il a dit aux deux journalistes de Haaretz, n’a strictement aucun lien avec la vérité.

 

Ce sont au contraire les manipulations sémantiques du Monde que Finkielkraut stigmatise !

 

Sur Europe 1, c’est d’avoir été « victime d’un immense malentendu » dont le philosophe s’est plaint, dénonçant « un assemblage où [il] ne se reconnaît pas ». Or, cet assemblage est en fait l’amalgame de clichés pompés par Sylvain Cypel dans la longue interview de Haaretz et réalignés par ses soins dans un article qu’il a publié dans Le Monde du 23 novembre [lire l’article]. Le résultat de cette reconstruction de texte par Cypel, malhonnête et simpliste, renvoie à dessein l’image d’un penseur raciste ou même fascisant, aux convictions assurément méprisables.

 

Or donc Le Monde, l’Obs et Libération, agissant derechef comme les segments d’un même media unique, annoncent triomphalement qu’Alain Finkielkraut, la victime de ce readers’ digest véreux, présente des excuses pour ce qu’il a affirmé aux Israéliens !

 

Comme ces arrogants sont loin du compte ! Le philosophe ne renie en aucun cas ses déclarations, il l’a affirmé à Stéphane Juffa il y a quelques heures, précisant qu’il ne concevait aucun grief à l’encontre de ses interlocuteurs israéliens. Lorsqu’il "présente des excuses à ceux que ce personnage que je ne suis pas a blessés", Finkielkraut dénonce le Golem que Cypel a construit de lui pour le rendre haïssable. Impossible de s’y méprendre, c’est exactement ce que le philosophe déclare au micro d’Europe 1 :

 

"Mais là, il s'agit de tout autre chose : du puzzle de citations qu'il y a eu dans Le Monde, surgit un personnage odieux, antipathique, grotesque auquel je n'aurais pas envie de serrer la main.

 

Et on me dit, là le cauchemar commence, que ce personnage c'est moi.


Je n'ai aucun rapport avec le personnage que dessine ce puzzle. Ce personnage, je le déteste comme tout le monde (...). Ce corps textuel, cette tunique de Nessus que je suis obligé d'habiter !


Le philosophe refusa d'ailleurs, au cours de l'interview d’Europe 1, [écouter l’interview] de "faire une autocritique d'un assemblage où (il ne se) reconnaît pas". Devant un Elkabbach agressif, qui n’a cessé d’interrompre grossièrement le philosophe à chacune de ses réponses, usant à l’excès du procédé de déstabilisation qui prétend donner la parole à l’interviewé, tout en l’empêchant de s’exprimer librement. Et malgré ça, on a pu remarquer la patience et la ténacité d’un Finkielkraut attaqué mais gardant parfaitement le cap de ses raisonnements.


A vrai dire, il suffisait de lire les réponses faites par le philosophe aux journalistes israéliens [lire l’article de Haaretz en anglais], pour se rendre compte qu’elles sont par trop élaborées et complexes pour constituer le corps d’une gaffe spontanée que le philosophe pourrait avoir déplorée par la suite.

 

Que l’interview de Haaretz soit critiquée avec autant de véhémence hystérique par les media franciliens, mais aussi qu’ils lui accordent autant d’importance, et qu’ils aient tous jugé inutile de la traduire, voilà qui renseigne autant sur leurs méthodes lapidatrices que sur leurs intentions.

 

Il importe au contraire de pouvoir lire paisiblement l’interview qu’Alain Finkielkraut a accordée à Dror Mishani et Aurelia Smotriez avec beaucoup d’attention. Elle est intéressante à plus d’un égard et même remarquable, dans ce sens où ce n’est pas tous les jours que l’un des plus grands philosophes français de notre époque prend le risque de dire des choses qui s’écartent des frontières de la pensée unique. Il n’est pas nécessaire d’être totalement en accord sur tous les points que soulève Finkielkraut pour relever le degré de consommation, la constance et le courage des propos de leur auteur. A des années-lumière de tout sentiment raciste, l’auteur apporte un éclairage significatif et circonstancié, un regard d’authentique philosophe, sur les violences dont les banlieues françaises ont été récemment le théâtre.

 

La pensée unique du Monde, de Libération et du Nouvel Obs est hégémoniste et exclusiviste par définition ; elle ne saurait accepter de cohabiter avec d’autres explications que celles dont elle gave le public. Dès lors elle se trompe, s’astreignant à un manichéisme amputateur de pensées indispensables ; la pensée unique, pauvre, par choix des plus petits dénominateurs communs, et incapable d’un regard suffisant sur des événements exceptionnels, réagit en imposant la conjonction alternative OU, s’en servant comme d’un outil à exclure ; à exclure tout ce qui ne lui ressemble pas et qui refuse de se soumettre à sa loi.

 

C’est de la conjonction de coordination ET, qu’il faudrait se servir, lorsque l’on veut réellement appréhender la problématique qui nous envahit. Comme : "dans les banlieues règne l’exclusion ; l’ascenseur social est en panne ET il importe de considérer au fond les remarques d’un philosophe de la trempe de Finkielkraut pour creuser la réflexion".

 

Ce n’est pas en collant ses plus grands penseurs au poteau d’exécution intellectuel, ce en bidouillant lamentablement leurs propos, que la France s’en sortira !

 

Il est vrai que dans l’interview de Haaretz, Finkielkraut commence par expliciter au media israélien la tendance générale de la presse française à vouloir cantonner les causes de la révolte à une dimension socio-économique. Selon lui, le problème est bien plus vaste ET ne peut se satisfaire de cette explication réductrice (OU) ; c’est pourquoi il invoque une composante ethnique et religieuse, déclarant que « la plupart de ces jeunes sont des noirs ou des Arabes, avec une identité musulmane ».

 

Une composante ethnique et religieuse qui est fort différente d’une composante islamiste et aussi d’un militantisme pro ethnique ou pro religieux, que Finkielkraut se garde bien d’invoquer. Ce qui n’empêche nullement Laurent Joffrin, le directeur de la rédaction à l’Obs, d’ajouter ses pierres à la lapidation du philosophe en critiquant des propos que ce dernier n’a pas tenus : "je n’ai vu chez eux (les jeunes) aucune revendication religieuse ou culturelle qui évoquerait celles d’ethnies minoritaires et homogènes revendiquant des droits particuliers". Pur égarement de Joffrin…

 

Même fourvoiement chez Michel Wieviorka, sociologue à l"EHESS, lui aussi convié par l’Obs à faire partie du peloton d’exécution : « En tant que sociologue, je n'ai jamais entendu dire que ces violences aient été menées au nom de la cause "noire", "arabe" ou au nom d'une quelconque couleur de peau. L'interprétation de Finkielkraut ne correspond pas à la réalité. ».

 

Une nouvelle fois : où le philosophe a-t-il parlé d’une cause ou d’une revendication noire ou arabe. Il fait état d’une composante, d’un caractère ethnico-religieux, et cela n’a strictement rien à voir ! Et pour ne laisser aucun doute sur sa perception des choses, Finkielkraut rappelle que, "au contraire d’autres, (il) n’a pas évoqué une Intifada des banlieues, et (il) ne pense pas que ce vocabulaire devrait être utilisé".

 

Le philosophe est également très rigoureux quant aux mots qu’il utilise, même oralement, ne laissant aucun espace pour des digressions fantaisistes du genre de celles de Joffrin et de Wieviorka : "Et, assurément, nous devons aussi éviter les généralisations : Il ne s’agit pas des noirs et des Arabes comme d’un tout, mais cela (son analyse) concerne certains noirs et Arabes. Et, c’est sûr, la religion - non comme la religion, mais comme une ancre (un symbole unificateur) d’identité, si vous voulez  - joue un rôle. La religion telle qu’elle apparaît sur Internet, sur les chaînes de télévision arabes, tient le rôle d’ancrage d’identité pour certains de ces jeunes".

 

A l’Obs on s’en est donné à cœur joie dans l’exercice d’ « un mot pour un autre », arme d’autant plus efficace qu’elle est utilisée de manière intensive [lire l’article]. Toutes les réponses du philosophe sont assorties de subtils petits mots assassins qui détournent le sens que l’auteur leur avait donné.

 

Chaque ligne de l’article est une incitation à clouer Finkielkraut au pilori. L’Obs définit l’interview  comme « pour le moins surprenante, digne, selon les journalistes, d’un dirigeant d’extrême droite ».

 

Des exemples, en veux-tu, en voilà ! Une insinuation fallacieuse qui fait mouche par ci, lorsqu’on écrit qu’ « il [Finkielkraut] s’en prend vivement aux ‘noirs’, aux ‘Arabes’ et à l’islam. ». Bis repetita par là au paragraphe suivant : « Le philosophe s’en prend notamment, et vivement, aux jeunes musulmans des banlieues. ». L’Obs interprète allègrement les propos finkielkrautiens, affirmant que « L’écrivain s’en prend vivement à l’antiracisme… ».

 

Décidément, ils n’ont que ces mots sous la plume ; mais lisez mieux, Finkielkraut ne s’en prend vivement à personne !

 

Finkielkraut n’a pas tort lorsqu’il dit et redit qu’ « il est impossible, voire même dangereux, de dire ces choses (celles qu’il dit dans l’interview) en France aujourd’hui ». Preuve en est la plainte que le MRAP a décidé de déposer pour « incitation et provocation à la haine raciale » ; plainte que le MRAP a ensuite renoncé à faire valoir, saisissant probablement qu’il chevauchait vers un désastre juridique.

 

Auprès des journalistes d’Haaretz, Alain Finkielkraut a abordé sans faux semblants des dossiers sensibles, comme celui de la faillite de l’école. D’une part, soutient-il, le système éducatif a démissionné de sa tâche de transmission des valeurs de la République, à commencer par l’enseignement du respect, et a permis à certains d’imposer une réécriture de l’histoire – entre autres de l’histoire coloniale – telle qu’elle est enseignée, selon des critères opposés à l’héritage culturel de la France. D’autre part, le rôle de l’école a été détourné de sa vocation première, qui est l’instruction ; aujourd’hui on attend d’elle qu’elle soit garante de débouchés professionnels, ce qu’elle ne peut être en aucun cas.

 

L’école, dit Finkelkraut, n’avait pas pour but d’être « agréable », mais de diffuser un savoir, d’enseigner un langage. « Au sein d’une démocratie, il est difficile de tolérer des espaces non démocratiques. Tout doit être fait démocratiquement dans une démocratie, mais l’école ne peut pas être comme ça. (…) L’asymétrie est flagrante : entre celui qui sait et celui qui ne sait pas, entre celui qui amène un monde avec lui et celui qui est nouveau dans ce monde. ». L’asymétrie entre le détenteur du savoir, l’enseignant, et le récepteur de ce savoir, l’élève, était logique. Aujourd’hui, l’école républicaine a été remplacée par une communauté éducative horizontale plutôt que verticale. On a voulu insérer au sein de l’école la démocratie qui s’y trouvait à l’extérieur, et le résultat est que les maîtres ne peuvent plus enseigner leur programme scolaire.

 

La France peut-elle se passer de ces réflexions ? La France d’aujourd’hui, soumise au vide par l’absence d’élites dignes de se nom, peut-elle se permettre le luxe de marginaliser les Alain Finkielkraut, ou de finir de le "communautariser", comme ils disent ?

 

Le risque existe, car le media unique qui y fait la loi, concentré sur sa chasse aux sorcières de la différence, semble, à constater sa tentative de lapidation publique d’Alain Finkielkraut, avoir totalement cessé de réfléchir…

 


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