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Quarante années qui ont tout changé

par Roger Cukierman - Le Monde

samedi 5 novembre 2005
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Nous célébrons le 40e anniversaire de la déclaration Nostra Ætate.

L'Eglise ouvrait une page nouvelle dans sa relation avec les juifs. Elle passait de l'enseignement du mépris à celui de l'estime, comme l'avaient souhaité Jules Isaac, l'un des fondateurs de l'amitié judéo-chrétienne, et Jean XXIII, dont le rôle fut essentiel. C'est en effet le 28 octobre 1965 que le concile Vatican II a publié la déclaration conciliaire sur les relations de l'Eglise avec les religions non chrétiennes.

Le paragraphe 4 de Nostra Ætate concerne plus particulièrement la religion juive. Que dit l'Eglise ? Elle reconnaît que l'origine de sa foi et de son élection se trouve, selon le dessein de Dieu, chez les patriarches, Moïse et les prophètes. Elle affirme que tous les fidèles du Christ, fils d'Abraham selon la foi, sont inclus dans la vocation de ce patriarche et que le salut de l'Eglise est mystérieusement préfiguré dans la sortie du peuple hors de la terre de servitude.

Pour la première fois dans l'histoire de l'Eglise, il est proclamé que, "du fait d'un si grand patrimoine spirituel commun aux chrétiens et aux juifs, le concile veut encourager et recommander entre eux la connaissance et l'estime mutu elles" . L'Eglise souligne que ce qui a été commis durant la Passion du Christ "ne peut être imputé, ni indistinctement à tous les juifs vivant alors, ni aux juifs de notre temps" , et que "les juifs ne doivent pas être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits" . Le texte proclame que "l'Eglise déplore les haines, les persécutions et toutes les manifestations d'antisémitisme qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les juifs" .

Quarante années sont passées. La fécondité de Nostra Ætate s'est révélée plus grande que ce qu'on aurait pu imaginer. Comment ne pas évoquer la visite de Jean Paul II à la synagogue de Rome, le 13 avril 1986, lorsqu'il lança : "Vous êtes nos frères aînés et, en un sens, nos frères préférés."

Nous n'oublierons pas la visite de Jean Paul II à Jérusalem au mur des Lamentations le 26 mars 2000. Nous n'oublierons pas cette image de Jean Paul II glissant dans un interstice de ce mur cette feuille blanche dans laquelle il demandait pardon à Dieu des fautes commises à l'égard des juifs. Il n'est pas de juif qui n'ait alors ressenti qu'un temps nouveau était venu.

Enfin, prolongeant l'action de Jean Paul II, Benoît XVI, lors de sa visite à la synagogue de Cologne, en Allemagne, le 19 août, a souligné que juifs et chrétiens doivent se connaître mieux et entretenir un dialogue sincère et confiant. Grâce notamment à Jean XXIII et à Jean Paul II, l'accusation de déicide a fait place à une attitude de respect mutuel, d'amitié et même de fraternité. Le changement est considérable par rapport à la première moitié du XXe siècle. L'expérience nous a montré combien l'esprit de tolérance, la volonté de dialogue permettent de faire disparaître la haine et les violences qu'elle engendre. Les mentalités ont à ce point changé que le catéchisme que l'on enseigne n'est plus le même et les actions communes se sont multipliées, des initiatives conjointes en Afrique pour soigner des malades du sida à la recherche des fosses communes des victimes juives des Einsatzgruppen nazis en Ukraine pendant la dernière guerre sous l'égide d'une fondation judéo-catholique.

Le chemin du dialogue que juifs et catholiques empruntent n'est pas un chemin facile. C'est pourquoi nous voulons plus particulièrement rendre hommage à l'Eglise de France, qui, par le passé, a initié les voies du dialogue. Citons la déclaration de repentance prononcée à Drancy en 1997, qui précéda la prise de position du Vatican sur la Shoah. Nous avons eu la chance d'avoir rencontré dans notre pays des catholiques qui ont su, aux époques sombres, comme d'autres Français, protestants ou laïques, apporter le secours de leur fraternité et, par la suite, tracer en éclaireurs avec Jules Isaac, avec le grand rabbin Kaplan, les chemins de l'estime : Péguy, Maritain et, plus tard, le cardinal Saliège, le Père Chaillet, le Père Benoît, et tant d'autres Justes des nations. Puis le Père de Lubac, le cardinal Decourtray, le cardinal Lustiger... La liste est longue, longue et belle. C'est dans cette filiation que nous trouvons l'Eglise de France d'aujourd'hui.

Nous souhaitons que nos relations servent d'exemple, afin que l'engagement des hommes de foi et des hommes de bonne volonté permette de donner des perspectives plus heureuses à l'humanité.


Roger Cukierman est président du Crif



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