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La menace iranienne sur Israël : la communauté internationale face à ses responsabilités

David Ruzié *

jeudi 27 octobre 2005
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La récente déclaration incendiaire du nouveau président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, entré en fonction au mois d’août dernier, pour inquiétante qu’elle soit n’est pas une nouveauté quant à l’hostilité de l’Iran à l’égard d’Israël.

Il est vrai que c’est la première fois qu’un dirigeant musulman (n’oublions pas que l’Iran n’est pas un Etat arabe) appelle ainsi, officiellement, à ce qu’Israël soit « rayé de la carte ».

Déjà, au lendemain de sa prise du pouvoir à Téhéran - au passage, merci président Giscard d’Estaing qui l’accueillit à Neauphle-le-Château, lui facilitant ainsi la préparation de sa révolution,- l’ayatollah Khomeini manifestait son hostilité à l’égard d’Israël

Indépendamment du fait que ces prises de position constituaient, sans doute, une réaction aux bonnes relations existant entre le Chah d’Iran et Israël, elles pouvaient également s’expliquer par le souci de se rallier les bonnes grâces de certains Etats musulmans.

Ceux-ci pouvaient, en effet, se montrer inquiets de l’accession au pouvoir d’un régime fondamentaliste musulman, risquant de faire tâche d’huile.

Saddam Husseïn, effectivement inquiet, à cet égard (l’Iran est majoritairement chiite, comme l’Irak, alors que le Baaas s’appuyait sur la minorité sunnite), chercha d’ailleurs à se débarrasser de ce gêneur, en déclenchant une véritable guerre en 1980.

Mais huit années de combats sans merci, et malgré l’usage d’armes et de moyens prohibés par le droit international, ne permirent pas au dictateur irakien, pourtant, timidement soutenu, par certaines puissances européennes de parvenir à ses fins.

Ainsi, déjà, à l’époque, l’Iran cherchait à se servir d’Israël comme d’un bouc émissaire.

Cette tactique avait, d’ailleurs, déjà été reprise, plus récemment, par Oussama ben Laden, qui n’introduisit, dans les thèses d’Al Qaida, que, tardivement, la haine d’Israël.

Et voilà que l’Iran récidive.

Il ne fallait pas en attendre moins d’un ancien officier des « Gardiens de la révolution », armée idéologique, et que l’on suspecte, d’ailleurs, d’avoir pris une part active dans la prise d’otages américains, à Téhéran, en 1979.

A nouveau, l’Iran essaie de se rallier les bonnes grâces du monde musulman au moment où se resserre - lentement, il est vrai - un étau contre la menace nucléaire que constitue ce pays.

On ne peut que regretter, à cet égard, les palinodies de l’Agence internationale pour l’énergie atomique, pourtant récemment couronnée par le prix Nobel de la paix, qui tarde à saisir de ce dossier le Conseil de sécurité.

Il est vrai que la saisine de l’organe des Nations Unies, chargé de la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales, n’a pas été, contrairement, à la pratique habituelle, décidée, par consensus, mais à la majorité (avec l’abstention de la Chine et de la Russie, d’ailleurs).

Et cette saisine, décidée fin septembre, n’est toujours pas intervenue.

Une fois encore, la Communauté internationale est placée face à ses responsabilités.

Il n’est pas certain que la demande israélienne, qui vient d’être adressée au Conseil de sécurité en vue de recommander l’exclusion de l’Iran ait quelque chance d’aboutir et que ce soit une bonne solution.

Indépendamment du fait qu’une décision d’exclusion serait un précédent, d’autre part et surtout, cela libérerait l’Iran de toute obligation d’avoir des comptes à rendre à l’Organisation mondiale.

Des sanctions diplomatiques, (rupture des relations, limitations des déplacements des hauts dignitaires), économiques (une limitation des échanges économiques, voire un embargo sur le pétrole, au risque il est vrai de faire monter, à nouveau son prix) se révèleraient certainement plus efficaces, car gênantes pour le régime iranien.

Compte tenu de l’affaire irakienne, il paraît exclu que l’on puisse imaginer des sanctions militaires.

Reste l’hypothèse d’une initiative israélienne sur l’appareil nucléaire iranien.

Il n’est peut-être pas inutile de rappeler qu’en 1981, devant la menace potentielle que constituait la centrale nucléaire irakienne Osirak - merci président Chirac de l’avoir « offerte » à Saddam Husseïn, à l’époque où vous étiez Premier ministre - Israël en décida la destruction.

Un raid éclair, qui fit, malheureusement une victime (un ingénieur français de service, un vendredi, jour de prière pour les Musulmans, qui ne travaillaient donc pas ce jour là) permit d’écarter pour un grand nombre d’années tout péril nucléaire irakien.

Bien évidemment, la communauté internationale - y compris la France sous la présidence de François Mitterrand - condamna l’initiative israélienne.

Et pourtant cela empêcha le dictateur irakien d’utiliser, éventuellement, l’arme nucléaire lors de la crise du Golfe, en 1990.

Et depuis cette date, les armes de destruction massive que Saddam Husseïn pouvaient chercher à cacher ne concernaient donc que des armes bactériologiques et des armes chimiques (déjà utilisées à usage « interne »).

Devant la carence de la communauté internationale, peut-on et doit-on souhaiter une initiative israélienne ?

Certes, en 1991, le gouvernement israélien renonça à riposter au lancement de Scud irakiens car, à l’époque, d’une part, l’Irak ne disposait pas de l’arme nucléaire et les autres armes de destruction massive n’étaient pas au point, comme ses vecteurs d’ailleurs.

Mais aujourd’hui, devant l’appel à la destruction de l’Etat d’Israël et devant l’imminence de la mise au point d’un armement nucléaire iranien, les dirigeants israéliens pourront-ils s’abstenir de toute réaction ?

Il appartient, avant tout, à la communauté internationale de réagir, y compris à la majorité des Etats qui, ne disposant pas de l’arme nucléaire, sont jaloux du « monopole » dont dispose le « club nucléaire » officiel des 5 Etats membres permanents du Conseil de sécurité.

C’est cette majorité qui freine la saisine du Conseil de sécurité, avec le soutien d’ailleurs de la Chine et de la Russie, qui craignent toujours des sanctions éventuelles de l’ONU, l’une à cause du Tibet, l’autre à cause de la Tchétchénie.

Certes un certain nombre d’autres pays, dont Israël, disposent, vraisemblablement, de l’arme nucléaire, mais aucun (pas même l’Inde ou le Pakistan) n’a appelé à la destruction d’un membre des Nations Unies

Le stade des prêches religieux, qui encouragent les attentats-suicides est dépassé.

Il est temps de réagir, et pas seulement en convoquant l’Ambassadeur d’Iran, comme vient de le faire le Quai d’Orsay,


  • David Ruzié, Professeur émérite des universités, spécialiste de droit international

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