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Etre de gauche, soutenir Sharon

par Patrick Klugman et Jack Lang - Le Figaro

jeudi 18 août 2005
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L’histoire est facétieuse. Quel observateur, même le plus averti, aurait pu prédire qu’un jour viendrait où un gouvernement israélien dirigé par l’ex-général Ariel Sharon apposerait des panneaux mentionnant en hébreu et en anglais à l’intention de ses concitoyens : « Stop ! Selon la loi il est interdit d’entrer dans la bande de Gaza et d’y séjourner » ?

Ce jour advenu, voici que nous nous « surprenons », avec, il est vrai, l’essentiel du camp de la paix israélien, à soutenir celui que hier nous brocardions et à espérer que le plan de retrait des vingt et une colonies de Gaza et de la Cisjordanie qu’il a présenté, pour imparfait qu’il soit, aille à son terme avec succès.

En soutenant aujourd’hui l’initiative unilatérale présentée par le gouvernement israélien, d’aucuns pourraient penser que nous renions notre appui passé aux « accords de Genève », qui, autour de l’Israélien Yossi Beilin et du Palestinien Yasser Abed Rabo, essaient précisément de faire renaître une solution bilatérale entre les parties.

Evidemment il n’en est rien et, à vrai dire, la contradiction n’est qu’apparente.

Présenté trois semaines après le pacte de Genève, le plan de désengagement a été perçu aux yeux de tous comme la réponse officielle destinée à faire taire les initiatives citoyennes qui, comme le plan de Genève, exigeaient d’en finir avec l’immobilisme politique après deux ans d’intifada. En nous rendant à Genève le 1er décembre 2003, jamais nous n’aurions pensé que l’initiative courageuse à laquelle nous venions modestement apporter notre concours pourrait influencer le cours des choses, qui paraissait alors désespéré.

Selon les mots du premier ministre israélien, il ne devait s’agir à l’origine que d’une stratégie sécuritaire conçue comme une menace à l’endroit des Palestiniens : « Si, dans les quelques mois à venir, les Palestiniens continuent de passer outre leurs responsabilités à l’égard de la « feuille de route », Israël initiera son plan sécuritaire sous la forme d’un plan de désengagement. (...) Ce plan de désengagement a été conçu de façon à garantir le maximum de sécurité et à minimiser les frictions entre Israéliens et Palestiniens. »

Dix-huit mois plus tard, nous nous réjouissons en constatant que ce plan n’a plus d’unilatéral que le nom et que, de sécuritaire il est largement devenu politique. Il a en effet réuni le soutien des Etats-Unis et le Quartette (E-U, UE, ONU, Russie) a dépêché James Wolfensohn comme envoyé spécial pour veiller à sa bonne exécution. Ce dernier a d’ailleurs personnellement contribué à faire racheter les serres des colons israéliens par des donateurs privés afin d’en faire don à l’Autorité palestinienne dès après le retrait.

De manière plus surprenante encore, le désengagement prévu a contribué au réchauffement des relations entre Israël et l’Egypte. Cette dernière étant devenue partie prenante du processus en cours en s’engageant à surveiller étroitement et de manière coordonnée avec l’armée israélienne, la frontière commune, et notamment, la zone dite du « couloir de Phila delphie ».

En outre, l’évacuation en cours permet une importante coopération entre Israéliens et Palestiniens, quasiment jamais vue depuis la signature des accords d’Oslo. La mise en oeuvre du plan de retrait aura été coordonnée de bout en bout entre avec les deux parties, qu’il s’agisse du déploiement des forces de sécurité avant le retrait, de la reprise par les forces palestiniennes des postes abandonnés par Tsahal ou encore du déblaiement des gravats consécutifs à la destruction des maisons situées dans les colonies évacuées.

Surtout, nul n’ignore que le plan de retrait a créé un bouleversement politique en Israël, qui nous incite à revoir nos jugements passés.

Aujourd’hui, l’administration Sharon ne se maintient au pouvoir qu’avec la participation du Parti travailliste et le soutien, en tout cas pour le temps du désengagement, de Yahad, le parti de Yossi Beilin. A l’inverse, une bonne part du Likoud emmené par Benyamin Netanyahu, le parti de M. Sharon et des ultranationalistes du PNR, qui constituaient le socle politique naturel du premier ministre israélien, sont aujourd’hui ses adversaires les plus résolus. Pour l’heure, les partisans d’une solution négociée avec les Palestiniens sont donc les alliés d’Ariel Sharon alors que les adeptes de l’unilatéralisme le critiquent au motif que les territoires rendus seraient « abandonnés sans contrepartie ».

Evidemment, la phase d’évacuation actuellement pendante n’est pas, loin s’en faut, une solution satisfaisante au conflit qui oppose Israéliens et Palestiniens. Nous souhaitons, cela va de soi, qu’elle soit le premier et non le dernier pas d’une solution concertée qui aboutisse à la création d’un Etat palestinien viable aux côtés de l’Etat d’Israël.

Pour autant, cette situation nouvelle devrait appeler de notre part une analyse renouvelée.

Il est en effet difficile de se satisfaire, après tant de manifestations et de banderoles dans les universités et sur les pavés, de l’indifférence et la défiance à l’égard du plan de désengagement de la part de ceux qui se disent solidaires du sort du peuple palestinien. N’est-il pas navrant de constater qu’une large part de la gauche française soit plus intransigeante que la gauche israélienne sur ce sujet et que les amis français des Palestiniens soient plus difficiles à convaincre du bien-fondé du processus en cours que les Palestiniens eux-mêmes ?

Une partie de nos camarades a préféré se taire plutôt que d’applaudir. C’est leur choix et nous le respectons. Il faut croire qu’une vision partisane du conflit préfère voir des Palestiniens mourir en « luttant » plutôt que d’accéder à une forme d’autodétermination, imparfaite mais souhaitable, avec Sharon.

Comme d’autres, nous pourrions considérer tant de bouleversements dans le conflit israélo-palestinien avec le mépris que confèrent les certitudes solidement établies depuis les estrades parisiennes. Si, en conscience, nous avons décidé d’apporter notre soutien au plan de désengagement entamé par le premier ministre israélien, c’est qu’en tant qu’hommes de gauche, nous préférons être dérangés dans nos certitudes pour peu que le sort des peuples concernés s’en trouve amélioré.


  • Avocat, représentant du Pacte de Genève pour la France ;
    ** Député (PS) du Pas-de-Calais et ancien ministre.

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