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Graffiti sur les murs de l’Histoire

Par Mortimer B. Zuckerman - Jewish World Review 29 Oct 2003 (Adaptation française de Simon Pilczer ©, volontaire de l’IHC)

mercredi 15 juin 2005
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A la JewishWorldReview.com, nous ne pratiquons pas l’hyperbole : quand nous disons que cette article est l’un des plus importants publiés jusqu’à présent sur le nouvel antisémitisme, nous le signifions vraiment. Si vous êtes concerné par la communauté juive, ou êtes simplement un ami d’Israël, lisez-le. Puis utilisez l’option mail : ‘envoyer à ‘. Cela devrait servir d’appel au réveil.

Tous les « ismes » a dit un farceur anglais, sont des « miasmes ». Bien, pas tout à fait. Au 20ème siècle, le fascisme vint et repartit, le Communisme vint et repartit, le Socialisme vint et déclina. Mais aujourd’hui, plusieurs « ismes » virulents habitent encore ce monde. Parmi les plus pernicieux existe cet antisémitisme atavique et sa version du 20ème siècle, l’antisionisme. Ces « ismes » sont des graffitis sur les murs de l’histoire, des emblèmes d’un poison encore puissant et brut, mis en évidence tout récemment, par les remarques du Premier Ministre malaisien Mohamad Mahathir, qui a dit « aujourd’hui, les Juifs dirigent le monde par procuration. Ils font combattre et mourir les autres pour eux ».

Les mots de Mahathir furent largement condamnés. Mais de tels commentaires cachent une vérité plus profonde sur ce nouveau courant d’antisémitisme, qui n’est pas celui dirigé contre des individus Juifs ou même contre le judaïsme lui-même, mais plutôt contre la collectivité juive, l’Etat d’Israël.

Précisément alors que l’antisémitisme historique a dénié aux individus juifs le droit de vivre à égalité de droits comme membres de la société, l’antisionisme prétend dénier à l’expression collective du Peuple juif, l’Etat d’Israël, le droit de vivre en tant que membre égal dans la famille des Nations. Les politiques d’Israël sont ainsi sujettes à la critique qui provoque son isolement, alors que d’autres, dans des circonstances similaires, échappent à toute critique. Certainement, si tout autre pays payait le prix du sang comme Israël aujourd’hui, il n’y aurait aucune question sur son droit à se défendre. Mais les simples efforts d’Israël pour protéger ses propres citoyens sont couramment décrits comme une agression.

Se plaindre que de telles descriptions sont injustes et illogiques ne revient pas à repousser toute critique du gouvernement israélien comme étant antisémite. Une démocratie doit accueillir les critiques, et Israël a son lot de critiques à la pelle - voyez seulement la fougueuse presse israélienne. « Les Juifs » comme l’a dit un commentateur, « sont les médailles d’or dans l’art de l’autocritique ». Mais dans beaucoup de cas, la critique récente d’Israël est devenue si perverse, si insistante, si éloignée de la réalité qu’elle peut être vue seulement en tant qu’antisémitisme émotionnel, se dissimulant derrière le masque politique insidieux de l’antisionisme.

Le nouvel antisémitisme transcende les liens, les nationalités, les politiques, et les systèmes sociaux. Israël est devenu l’objet de l’envie et du ressentiment pour beaucoup, de la même manière que le Juif individuel fut autrefois l’objet de l’envie et du ressentiment. Israël en effet, ressort comme le Juif collectif parmi les nations. Après plus d’un demi-siècle d’éducation sur l’Holocauste, de centaines de cours dans les lycées et collèges, et des milliers de livres consacrés à l’exposé de sa malignité, l’antisémitisme traditionnel en tant que problème domestique a rien moins que disparu dans la plus grande partie du monde. « Le problème juif » n’était plus défini par ce qui arrivé aux Juifs d’Allemagne, ou de France, ou de Pologne, ou de russie. A la place, en Europe et dans le monde musulman - même en Asie - l’antisémitisme traditionnel a tardivement émergé en tant qu’antisionisme, centré sur les Juifs d’Israël, le rôle d’Israël, et pour certains, sur les Juifs des Etats-Unis qui soutiennent Israël.

Ce phénomène prend son origine dans la guerre israélo-arabe de 1967. Depuis lors, l’image du Juif s’est transformée. Shylock [le Juif du marchand de Venise, usurier caricaturé par Shakespeare de façon traditionnellement antisémite, ndt], a été soudain remplacé par un nouveau Juif, caricaturé comme l’agressif, le tout puissant collectif dénommé Israël. « Rambo Juif » comme l’écrivain Daniel Goldhagen la dit, « a largement supplanté Shylock dans l’imaginaire antisémite ». Avec les territoires saisis à la fin de la guerre, « le courageux petit Etat juif » ne l’était plus. Dans les années suivantes, il a dû répondre jour après jour à des attaques arabes, la sympathie pour Israël s’est davantage érodée, non pas à l’encontre les terroristes mais des Israéliens armés répondant au terrorisme, avec les images diffusées sur les télévisions du monde entier. On ne sait pourquoi, le mot « répondre » s’est trop souvent perdu dans le chaos. Les images de la Télé semblaient impliquer que les Israéliens étaient coupables d’un usage disproportionné de la force, car ils recevaient rarement la compréhension, qu’un pays avec seulement 6 millions d’habitants dans une mer humane d e120 millions d’habitants arabes, ne pourrait jamais combattre dans une telle guerre d’attrition.

Mais peu importe. C’est un peu comme si le monde considère qu’Israël doit gagner chaque année le prix de « l’Homme moral de l’année » en se défendant - comme si répondre à ceux qui veulent sa destruction était moralement mauvais. N’y a-t-il vraiment aucune différence, alors, entre la violence des meurtriers qui visent des innocents, et la violence indispensable des autorités légales ? Est-ce que le pyromane et le pompier sont vraiment moralement équivalents ? Est-ce que l’approche d’Israël, qui cherche à minimiser les victimes civiles, est la même que celle des terroristes, qui cherche à les maximiser ?

De telles questions sont provoquées par une inversion sans précédent de l’histoire. Des terroristes arabes, de façon incroyable, sont parvenus à inspirer plus de sympathie que leurs victimes. Les Juifs, ayant fait l’expérience du génocide en Europe, se tiennent aujourd’hui au banc des accusés d’avoir perpétré un génocide sur la dure terre de Gaza et de la rive occidentale. Le vocabulaire de ces accusations représente les Juifs comme des nazis, et leurs ennemis arabes comme des Juifs sans secours. Les pires crimes des antisémites dans le passé - nettoyage ethnique et raciste, tentative de génocide, crimes contre l’humanité - sont désormais de plus en plus attribués aux Juifs et à l’Etat juif. L’argument est devenu, si vous êtes contre le nazisme, vous devez vous opposer à Israël. Ainsi, l’autodéfense d’Israël a-t-elle été métamorphosée en agression. En conséquence, l’ère de la réconciliation obtenue entre Israël et le monde après l’Holocauste est, tragiquement, éteinte. Dans la plupart des journaux du monde et dans les communautés de ses élites, il résulte un modèle de délégitimation d’israël.

DES AMERICAINS, QUI SONT VENUS pour s’assurer de l’antisémitisme calomnieux qui apparaît couramment dans la presse arabe, pourraient s’étonner de ce qui parait dans la presse européenne sophistiquée. En Angleterre, le ‘Guardian’ a écrit qu’ « Israël n’a pas le droit à l’existence ». ‘The Observer’ a décrit les implantations israéliennes sur la rive occidentale comme un « affront à la civilisation ». ‘The New Statesman’ a fait courir une histoire titrée « une conspiration kasher », illustrée d’une couverture montrant l’étoile d’or de David perçant ‘l’Union Jack ‘ [drapeau aux couleurs de la Grande Bretagne, ndt] ; L’histoire implique qu’une cabbale judéo-sioniste tente d’influencer la presse britannique en faveur d’Israël.

En France, l’hebdomadaire ‘le Nouvel Observateur’ a publié une extraordinaire diffamation prétendant que des soldats israéliens violaient de femmes palestiniennes de façon à ce que leurs familles les tuent pour préserver l’honneur familial. En Italie, ’l’Osservatore romano’ du Vatican a parlé de « l’agression par Israël qui tourne à l’extermination », alors que le quotidien ‘la Stampa’ a publié en page de couverture le dessin d’un tank blasonné avec l’étoile juive pointant sa mitrailleuse sur l’enfant Jésus, qui pleure « Sûrement, ils ne veulent pas me tuer de nouveau ».

A travers l’Europe, le résultat a produit une violence non seulement verbale mais physique. Un rapport émis l’a passé par le Comité des Avocats pour les Droits de l ’Homme intitulé « Feu et verre brisé » décrit les agressions contre des Juifs et des personnes présumées juives à travers l’Europe. Les agresseurs, criant des slogans racistes, jettent des pierres sur les écoliers, sur les fidèles fréquentant des services religieux, sur des rabbins. Des Foyers juifs, des écoles, et des synagogues sont attaquées au cocktail Molotov. Des fenêtres sont brisées, des cimetières juifs sont profanés avec des slogans antisémites. En seulement quelques semaines le printemps dernier [en 2001, ndt], des synagogues françaises et des écoles juives, des étudiants, et des foyers ont été attaqués, notamment avec des cocktail Molotov. Une synagogue à Marseille a été incendiée jusqu’au fondement. A Paris des Juifs ont été attaqués par des groupes de hooligans. Selon la police, dans le Métropolitain parisien, on a relevé environ une douzaine d’incidents antisémites par jour pendant la première quinzaine du mois après Pâques [en 2004, ndt].

ET LA VIOLENCE SE POURSUIT. En Ukraine, des skinheads ont attaqué des travailleurs juifs et agressé le directeur d’une école juive. En Hollande, des manifestants portant des swastikas et des photos d’Israël entonnaient « Sieg Heil ! » et « Juifs à la mer ». A Salonique, le Mémorial de l’Holocauste a été dégradé avec des graffitis pro-palestiniens. En Slovaquie, des bombes incendiaires ont été jetées dans des cimetières juifs. A Berlin, des Juifs sont agressés, des swastikas barbouillés sur des mémorials juifs, et une synagogue a été couverte de peinture avec les mots « Six millions n’étaient pas assez ».

Dans le monde musulman, une culture de haine des Juifs ressort de toutes les formes de communication publique - journaux, vidéocassettes, sermons, livres, Internet, télévision et radios. L’intensité des invectives antijuives atteint ou dépasse celle de l’Allemagne nazie à son âge d’or. La rhétorique publique associe des diffamations sanglantes de l’Europe chrétienne médiévale avec les théories tordues de la conspiration nazie , qui font écho au fameux faux, « les Protocoles des Sages de Sion », et à la notion fantaisiste d’une tendance juive à la domination du monde. A travers le monde arabe, on trouve des citations diffamatoires sur les Juifs, comme des descendants des singes et des ânes. Un important journal saoudien publie que les Juifs utilisent le sang d’enfants chrétiens et musulmans pour fabriquer leurs pâtisseries de fêtes pour Pourim et leurs ‘Matsot’, le pain non levé de Pâques. Dans sa culture fondamentaliste religieuse, l’Amérique et Israël sont considérés comme une paire de forces sataniques, « le grand Satan » et le « Petit Satan », comme le dirigeant religieux d’Iran, l’Ayatollah Khomeini, avait l’habitude de la qualifier.

Le lien entre les deux Satan a même été souligné plus attentivement depuis le commencement de la seconde intifada, en septembre 2000, et les attaques du 11 septembre. Avez-vous jamais entendu l’histoire des 4.000 Juifs qui travaillaient au World Trade Center, et auraient été prévenus de ne pas venir travailler le matin du 11 septembre ? L’histoire a été mise en ligne sur le site internet du Hezbollah, sous la couverture d’une station libanaise. Cette rumeur a désormais pris racine parmi les Musulmans du monde entier, appelant à l’esprit le mot de W.B. Yeats : « Nous avons nourri le cœur de fantasmes. Sur le trajet, le cœur est devenu brutal ».

Des islamistes voient des traces de leurs ennemis partout - le fantasme qu’un lobby sioniste secret et tout-puissant draine le flux sanguin des Arabes et des Musulmans, et incite Washington à la guerre contre l’Irak, pour réaliser sans cesse ses sinistres plans de contrôle mondial. En Egypte, une série télé en 41 épisodes, intitulée « le cavalier sans monture », fut diffusée dans le monde arabe pendant le Ramadan. Le thème de cette série était que les sionistes avaient contrôlé le monde de la politique depuis l’aube de l’histoire et cherchaient à contrôler le Moyen-Orient - un fantasme, comme le Pr. Robert Wistrich de l’Université Hébraïque le souligna, importé de l’Allemagne des années 30.

Il est difficile pour des occidentaux, non marqués par la mémoire incandescente de l’histoire juive, de réaliser la mesure dans laquelle la survie d’Israël demeure essentielle pour les Juifs, qui ne peuvent ignorer la rhétorique arabe survoltée qui cherche à justifier le terrorisme à l’égard d‘innocents civils, en décrivant l’existence d’Israël comme illégitime. Cette rhétorique est le produit d’un calcul attentif des dirigeants arabes qui ont identifié l’appel populaire à faire d’Israël le bouc émissaire de leurs échecs à satisfaire leurs peuples, tout en légitimant leurs régimes.

Heureusement, tous les politiciens arabes, cèdent à de tels calculs cyniques. En février 2004, j’ai participé à une remarquable réunion organisée par le Président Nusultan Nazarbayev du Khazakstan. Le groupe comprenait les présidents des républiques d’Asie centrale du Kirghizstan et du Tadjikistan, les ministres des Affaires Etrangères de l’Azerbaïdjan et de l’Afghanistan, et le ministre adjoint des Affaires Etrangères du Turquie. La réunion avait pour thème « La Conférence sur l’ordre et la Tolérance ». Alors que nous échangions des opinions, je me pris à écouter avec ravissement des hommes d’Etat qui parlaient avec sensibilité de leur soutien à un dialogue entre Musulmans et Juifs dans une atmosphère de tolérance religieuse, et de compréhension, en dénonçant en termes explicites l’extrémisme et le terrorisme. Si l’on prend le nombre de Musulmans parmi les pays représentés à Almaty, en y ajoutant le nombre de Musulmans dans des pays modérés comme l’Inde, le résultat représente une large bande du monde musulman qui rejette l’extrémisme de la direction arabe parmi les voisins d’Israël.

Malheureusement, une telle tolérance n’est pas retrouvée au sein de l’organisme mondial créé pour encourager les valeurs universelles et les idéaux humains - les Nations Unies. Tragiquement, la croissance de l’hostilité internationale à Israël a trouvé son expression la plus importante dans les opérations de l’ONU. Elle a, de fait, fait un long parcours depuis la légitimation et la légalisation de l’existence d’Israël et le droit du Peuple juif à disposer de son propre Etat sur Sa terre à travers la résolution de 1947 proposant et approuvant une solution à deux Etats.

Depuis lors, l’ONU a adopté une position anti-israélienne presque réflechie, biseautée vers la majorité anti-israélienne de ses membres. L’ONU aujourd’hui est un forum régulier pour des attaques vicieuses contre Israël, conférant au mensonge et à la haine le faux manteau de la raison et de la légitimité, et l’ONU est ainsi devenue une organisation pour le maintien, et non la réduction, du conflit du Moyen-Orient.

Certaines actions de l’ONU défient tout simplement l’entendement. A la conférence mondiale contre le racisme tenue à Durban, en Afrique du sud, Israël - la seule démocratie au Moyen-orient engagée en faveur des droits civils, le gouvernement de la loi, la participation arabe au gouvernement démocratique - a été attaqué par des nations arabes et du Tiers Monde, et accusé de génocide, d’épuration ethnique, et d’apartheid. Et puis il y a la quatrième convention de Genève, qui tire son origine d’une réponse aux atrocités du régime nazi, pour protéger des personnes comme les diplomates et les visiteurs soumis à l’occupation militaire.

L’an passé, en 2002, des assemblées de l’ONU se réunirent, et pour la première fois en 52 ans depuis son adoption, elles chargèrent un pays -Israël - pour de présumées violations. Pas le Cambodge ni le Rwanda, avec leurs dossiers bien documentés de génocide. Pas le Zimbabwe, avec sa politique économique raciste. Pas les Etats des Balkans, avec leurs épurations ethniques. Pas même la Chine, avec son lamentable record au Tibet. Seul Israël a été isolé ! De même, la commission des Droits de l’Homme de l’ONU, présidée à l’occasion par des états aussi éclairés que la Libye, a suivi le même modèle, dédiant la plus grande part de son temps, de son énergie, et de ses efforts à attaquer Israël. La commission est allée jusqu’à affirmer le 15 avril 2003, la légitimité des attentats démocides à la bombe contre des Israéliens, ou dans un libre avis lors d’un discours à l’ONU, « tous les moyens disponibles, y compris la lutte armée ».

DANS LE MONDE ARABE, le sionisme est décrit non pas comme la réponse juive à une histoire d’antisémitisme dans le monde qui culmina avec l’Holocauste, mais comme une variante très agressive de colonialisme. Mais puisque ce nouvel antisémitisme se manifeste si clairement aujourd’hui comme le rejet politique de l’Etat juif, on se doit d’examiner les antécédents historiques pour un temps. Un fait : la majorité des Juifs sont venus en Israël à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle, non pas en européens conquérants soutenus par une armée et un trésor nationaux, mais comme les infortunés de la terre à la recherche d’un répit contre leur incessante persécution. Ils n’étaient pas riches, ils étaient jeunes, pauvres, et désespérés. La notion que la position traditionnelle des Arabes en Palestine fut gâchée par les implantations juives est contredite par un autre fait : à savoir que quand les Juifs arrivèrent, la Palestine était un territoire terriblement négligé, de déserts, de sables et de marécages infestés de malaria, faiblement peuplé, et pauvrement cultivé. Mark Twain, dans « Les Innocents de l’étranger », décrit le pays comme « un pays désolé dont le sol est assez riche mais abandonné totalement aux mauvaises herbes - une étendue mélancolique et silencieuse... Nous n’avons jamais vu un être humain sur l’unique route. Il y avait à peine un arbre ou un arbuste alentour. Même les oliviers et les cactus, ces rapides amis d’un sol ingrat, avaient presque déserté le pays ».

Même des gens ayant peu de sympathie pour le mouvement sioniste croyaient que les immigrants juifs avaient amélioré la condition des Arabes palestiniens. Considérez les déclarations de Sharif Hussein, le gardien des lieux saints musulmans en Arabie, en 1918 : « L’une des choses les plus étonnantes jusqu’ présent était le Palestinien habitué à quitter son pays, errant en toutes directions. Son sol natal ne pouvait le retenir, bien que ses ancêtres aient vécu dessus pendant mille ans. Dans le même temps, nous avons vu les Juifs venant de pays étrangers, affluer vers la Palestine ... Ils savaient que le pays était destiné à ses fils d’origine. Le retour de ces exilés vers leur patrie se révèlera matériellement et spirituellement une école expérimentale pour leurs frères ». Hussein comprit alors, quand tant d’autres refusent de le voir aujourd’hui, que la régénération de la Palestine et la croissance de sa population n’était survenue qu’après le retour des Juifs en nombre significatif. Comme Winston Churchill, alors Secrétaire d’Etat britannique aux Colonies, le souligna : « La terre ne fut pas emportée par les Arabes. Les Arabes vendirent la terre aux Juifs seulement quand ils décidaient de le faire ».

L’espoir était que les Arabes accepteraient les Israéliens comme leurs voisins et finalement, les reconnaîtraient comme tels. Cet espoir mourut d’avortement. Même la guerre, ce sinistre arbitre des relations internationales, ne fit pas la différence. Les Arabes ont résisté dès le début de la présence juive dans la région. Ils transformèrent leur guerre contre Israël en une attaque contre le seul concept d’Israël. Le sionisme, la revendication juive à leur propre terre, fut déclaré raciste parce que les Arabes déclarèrent qu’il les privait de leur terre. Ils substituèrent les Palestiniens sans foyer au Juif sans foyer. Les Arabes, ayant provoqué le problème des réfugiés palestiniens en refusant la partition en 1948, et en gardant nombre des Palestiniens qui fuirent le champ de bataille, comme réfugiés au Liban, en Syrie, et en Jordanie, en refusant de les réinstaller dans leurs pays, reprochent aujourd’hui cette situation de réfugiés aux Juifs. Ils ont constamment prétendu que ce furent les Juifs qui avaient chassé les Arabes de Palestine. Mais comme l’éminent arabisant Bernard Lewis l’a écrit : « La grande majorité, comme d’innombrables millions de réfugiés ailleurs dans le monde, ont laissé leurs maisons dans la confusion et la panique de l’invasion et de la guerre - l’un des plus malheureux moments du vaste mouvement de populations survenu dans les suites de la seconde guerre mondiale ».

Même la presse étrangère, en contact régulier avec tous les protagonistes pendant le conflit de 1948, n’a rien écrit pour suggérer que la fuite des Palestiniens n’était pas volontaire. Pas plus que les porte-parole arabes, comme le représentant palestinien à l’ONU, Jamal Husseini, ou le Secrétaire Général de la Ligue Arabe, ne blâmèrent les Juifs contemporains de la guerre de 1948 pour la fuite des Arabes et des Palestiniens. En fait, ceux qui s’enfuirent furent pressés de le faire par d’autres Arabes. Comme le Premier Ministre irakien d’alors Nuri Saïd le déclara : « Les Arabes doivent emmener leurs femmes et leurs enfants dans des zones sûres jusqu’à l’arrêt des combats ». Un Arabe qui s’enfuit inclut cette pensée dans le journal jordanien al-Diffaa : « Les gouvernements arabes nous ont dit : ‘Partez de façon que nous puissions entrer’. Alors nous sommes partis, mais ils ne sont pas entrés ». Et une mauvaise situation, impossible, put empirer. Des Arabes et des Palestiniens déplacés par la guerre de1948 furent réinstallés dans des camps administrés par l’Agences des Nations Unies pour le Secours et les œuvres [UNWRA, initiales en anglais, ndt], la seule agence ainsi mise en place destinée à un groupe de réfugiés depuis les déplacements de masses de la seconde guerre mondiale. La partition de l’Inde est survenue à la même époque que le conflit en Palestine, et des millions d’Hindous et de Musulmans furent déracinés, mais pratiquement rien ne fut fait pour eux. Rien ne fut fait en réponse à l’occupation chinoise du Tibet, où une culture très ancienne religieuse, sociale et politique a été pratiquement détruite.

Pourtant, 55 ans après qu’ils furent d’abord établis, les camps de réfugiés arabes existent encore. A l’exception de la Jordanie, les gouvernements arabes qui abritent ces camps, ont refusé d’accorder la citoyenneté aux réfugiés et se sont opposés à leur réinstallation. Au Liban, 400.000 Palestiniens apatrides ne sont pas autorisés à fréquenter les écoles publiques, à détenir des propriétés, ou même à améliorer leurs logements. Trois générations plus tard, ils continuent de servir de gages politiques aux Etats arabes, toujours sans espoir de revenir sur les évènements de1948. « Le retour des réfugiés », comme le Président Gamal Abdel Nasser d’Egypte le dit plus tard, « signifiera la fin d’Israël ».

L’ONU, via l’administration des camps, a fait d’un problème compliqué une affaire inextricable. Comment ? Les officiels de l’ONU définissent les réfugiés du Moyen-orient en y incluant les descendants de personnes qui devinrent réfugiées en 1948. Dans d’autres parties du monde, les descendants de réfugiés ne sont pas définis comme des réfugiés. Le résultat de ce traitement unique a été d’augmenter le nombre de réfugiés arabes d’environ 700.000 à plus de 4 millions, en incluant les enfants, les petits-enfants, et même les arrière petits-enfants. Comme un précédent Premier Ministre de Syrie, Khaled al Azm, l’a écrit dans ses mémoires : « C’est nous qui avons exigé le retour des réfugiés alors que c’est nous qui les avons faits partir. Nous leur avons apporté le désastre. Nous les avons exploités en exécutant des meurtres et en jetant des bombes. Tout cela au service d’objectifs politiques ». Et ainsi vont les choses, jusqu’à aujourd’hui. Lors de la fondation de l’Etat d’Israël, 900.000 Juifs furent chassés des Etats arabes voisins dans un effort coordonné. Ces réfugiés ont été absorbés dans le nouvel Israël. Pourtant, le monde était, et demeure, sans le moindre trouble face à la détresse des réfugiés juifs des pays arabes.

POUR ISOLER ISRAEL, comme le seul Etat qui doit restaurer une population de réfugiés, il faut mesurer l’Etat juif à une aune différente. Ou peut-être, le terme le plus exact serait « le deux poids deux mesures ». Sur une telle toile de fond, avec une histoire si cyniquement manipulée par ses ennemis, les distorsions et les contre-vérités absolues qui caractérisent les relations les plus récentes entre Israël et les Palestiniens viendraient probablement sans surprise. Il y a des exemples pratiquement innombrables où l’on peut puiser, mais le « massacre » en 2002 par les Forces israéliennes dans le camp de réfugiés de Jénine est particulièrement démonstratif.

Un démocide palestinien à la bombe, le soir de Pâques, tua 29 personnes et en blessa 140 dans la ville israélienne de Netanya. C’était le sixième démocide à la bombe cette semaine là. Les Israéliens répondirent en envoyant des troupes dans la rive occidentale, y compris dans le camp de réfugiés de Jénine, le principal foyer de fabricants de bombes. Une bataille de 10 jours s’ensuivit. Les Palestiniens, avec le soutien des représentants de l’ONU, prétendirent que les Israéliens avaient massacré des centaines d’innocents, pratiqué des exécutions sommaires, réfrigéré les cadavres, puis les retirèrent. Saeb Erekat, un porte-parole palestinien, réitéra la revendication de plusieurs centaines de tués. Les médias acceptèrent sa version. Mais les rapports de nouvelles ultérieures, et même les témoignages et les écrits palestiniens récemment collectés [en 2004], ont établi le fait que des groupes comme le Fatah, le Hamas, et le jihad islamique utilisèrent des femmes et des enfants comme boucliers pendant les combats. Le rapport montra, de façon définitive, qu’il n’y avait pas eu de massacre de civils palestiniens, et il documenta les grandes précautions que les Israéliens s’imposèrent pendant la bataille pour minimiser le nombre de victimes civiles, en subissant en conséquence un nombre démesurément élevé de pertes de leur côté.

Distorsions et contre-vérités, sans surprise, caractérisent les échanges politiques des Palestiniens avec Israël, également. Un moment critique dans cette relation, ce fut l’accord d’Oslo en 1993. Là, le principe des négociations fut la Terre contre la Paix. Ce qu’Israël reçut en échange ne fut pas la paix pour son offre de terre. La plus généreuse offre israélienne de terre contre la paix fut faite à Camp David il y a trois ans [en juillet 2000, ndt]. Le Premier Ministre d’alors Ehud Barak offrit à Yasser Arafat 97 % de la rive occidentale et de Gaza, ainsi que les parties arabes de Jérusalem Est et le Mont du Temple. L’offre de camp David fut non seulement rejetée par Arafat, mais utilisée comme une provocation pour lancer une campagne de violence et de terrorisme qui se poursuit jusqu’à ce jour.

La notion de la terre contre la paix mérite exploration. Si elle est prise pour signifier qu’Israël doit rendre davantage jusqu’à l’obtention de la paix, pour que la belligérance arabe s’achève, l’indifférent peut en tirer à la conclusion que l’absence de paix doit être liée à la défaillance d’Israël de céder assez de territoire. Rien ne peut être plus éloigné de la vérité. Il y a eu des milliers d’attaques terroristes depuis le début de la seconde intifada, en septembre 2000. La seule manière pour Israël de réduire le nombre de démocides à la bombe a été d’éliminer leur sanctuaire en contrôlant la rive occidentale par l’occupation, et le bouclage de Gaza.

Mais l’histoire n’est pas celle de l’occupation de la rive occidentale par Israël. Si le terme « occupation » avait la moindre pertinence, elle a été perdue il y a trois ans avec le rejet par Arafat de la proposition de Barak d’un Etat palestinien. La question est bien le refus palestinien d’accorder à Israël le droit à l’existence en tant qu’Etat juif. La bataille d’Israël n’est pas la bataille de Juifs contre des Musulmans. C’est une bataille contre la haine des Juifs et leurs liens avec la terre d’Israël. Comment comprendre autrement le rejet palestinien de Jérusalem en tant que cité sacrée des Juifs et le Mur occidental comme le Second Temple, si ce n’est un rejet de la présence juive ici ? « Il n’y avait pas de Temple à Jérusalem » déclara Arafat à Camp David. « C’était une obélisque ». Mettre en cause le cœur de la foi juive est une faible indication de la capacité à résoudre le conflit.

Tout au contraire, la violence palestinienne ascendante démontre une détermination farouche à poursuivre le conflit. L’intuition d’Amoz Oz, écrivain israélien libéral, est pertinente. Il est hanté, dit-il, en observant que avant l’Holocauste, les graffiti en Europe indiquaient : « Les Juifs en Palestine », alors qu’aujourd’hui, ils ont changé, pour « Les Juifs hors de Palestine ». Le message pour les Juifs, déclare Oz, est simple : « Ne restez pas ici, et ne soyez pas là. C’est-à-dire, ne soyez pas ».


texte en anglais


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