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Des concessions... qui ne « coûtent pas grand chose »

Par Guy Millière © Metula News Agency

mardi 29 mars 2005
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Voici quelques semaines, lors du dîner annuel du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, Roger Cukierman a provoqué un mini scandale en soulignant les contradictions entre la prétention du gouvernement français de « lutter contre l’antisémitisme » et la politique étrangère française, profondément antisioniste et toujours prête à s’accommoder d’un antisionisme arabe très teinté d’antisémitisme. Il ne faisait pourtant que décrire la réalité.

Le Premier Ministre de la France était présent, il y a quelques jours, lors de l’inauguration du nouveau mémorial de la shoah à Yad Vashem, et il n’a pas manqué, une nouvelle fois, de dénoncer l’antisémitisme façon Pétain-Hitler. Il n’a cependant pas eu un mot pour dénoncer concrètement et précisément l’antisémitisme d’aujourd’hui, qu’il soit exprimé par Dieudonné ou par des prêcheurs islamistes. Il n’a pas davantage évoqué le mensonge collectif constitué par le fait de tolérer que les chaînes de télévision, les stations de radio, les journaux, et les hebdomadaires français puissent continuer à occulter l’affaire al-Dura, à ne présenter que de façon très biaisée le conflit israélo-arabe, sans jamais donner la parole à quiconque pourrait rectifier les omissions ou les falsifications, ou à ne pas dire la vérité concernant la situation en Irak, en Iran ou au Liban, pour ne citer que quelques exemples. Il a réaffirmé le refus de la France de voir inscrit le très antisémite mouvement du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes, traité comme telles par l’Union Européenne... au nom de la « stabilité » et de la « souveraineté » du Liban, bien sûr.

On pourrait légitimement se demander pourquoi Jean-Pierre Raffarin, Jacques Chirac, Michel Barnier et avant eux Dominique de Villepin, mais aussi Hubert Védrine, et, globalement, tous ceux qui s’occupent de politique étrangère en France depuis au moins quatre décennies, ont eu peu ou prou la même façon de raisonner et de se comporter sur ces plans. On pourrait se demander pourquoi ceux dont la profession est censée être d’informer leur emboîtent le pas depuis si longtemps. On pourrait invoquer la persistance de certaines attitudes équivoques dès lors qu’il s’agit des juifs, et on aurait en partie raison : il a fallu une cinquantaine d’années pour que la France commence à regarder en face son passé du temps de Vichy. Et c’est à peine si François Mitterrand a choqué lorsqu’il a reconnu, à la fin de sa vie, avoir protégé jusqu’au bout des gens tels que René Bousquet. La haine, le mépris ou la phobie envers les juifs sont en France une vieille tradition historique qui n’a cessé de changer de visage sans jamais disparaître.

On pourrait parler des liens économiques et financiers noués au fil du temps avec le monde arabe, et on discernerait là une part supplémentaire de vérité : la France, depuis le temps où le général de Gaulle est revenu au pouvoir et depuis la fondation de la Cinquième République, a noué avec le monde arabe des liens qui avaient fort peu à voir avec l’éthique et beaucoup à voir avec le cynisme et l’intérêt matériel à courte vue. On pourrait évoquer, pour la période récente, le poids acquis en France par la communauté musulmane, les liens que nombre de ses membres conservent avec leurs pays d’origine, une vieille propension un peu lâche à l’apaisement et à la politique du chien crevé flottant au fil des eaux fangeuses. On pourrait, dans ce sens, parler de stratégies saumâtres. Le livre récemment publié par Bat Yeor aux Etats-Unis, « Eurabia : The Euro-Arab Axis » [1], peut nous aider à appréhender ces comportements politiques.

Si, dans ses précédents ouvrages, Bat Yeor évoquait, détails accablants à l’appui, le statut des dhimmi, les chrétiens et juifs traités en terre d’islam comme des citoyens de seconde zone, et si, ce faisant, elle remettait en cause le discours trop souvent prévalant concernant la « tolérance » du monde musulman vis-à-vis des « mécréants », elle aborde aujourd’hui une question d’une actualité brûlante : le glissement de l’Europe, avec la France en avant-garde, vers la dhimmitude, donc vers la soumission acceptée à l’islam, assumée, presque revendiquée. Et ce glissement, nous dit-elle, n’est pas le fruit d’un malencontreux hasard ou de circonstances malheureuses, il est le fruit de décisions politiques, d’une stratégie d’ensemble, et des conséquences et des engrenages découlant de cette stratégie.

Dans les années soixante, en France, le gaullisme rêve de redonner au pays de Robespierre et de Pétain un peu de sa grandeur perdue. La France ne pouvant se suffire à elle-même, il lui faut arrimer à elle des pays qui deviendront sa clientèle et dont elle deviendra l’obligée, des pays avec lesquels elle nouera des liens privilégiés : globalement, le monde arabe. Sur cette base, le gaullisme pourra projeter au sein de l’Europe la « profondeur géopolitique » dont il s’est ainsi doté, et donner naissance à ce qu’on appellera ultérieurement l’ « euro-gaullisme » : une conception selon laquelle l’Europe, téléguidée par la France, « partenaire privilégié du monde arabe » pourrait devenir la rivale des Etats-Unis.

Pour avancer, le gaullisme, puis l’euro-gaullisme, devront faire des concessions qui ne « coûtent pas grand chose », la plus importante étant le lâchage d’Israël et, bien sûr (ceci va de pair avec cela), une hostilité croissante envers l’Amérique. Les concessions « qui ne coûtent pas grand chose » vont expliquer l’antisionisme croissant, l’antisémitisme new look, l’anti-américanisme ambiant. Elles vont aussi avoir des conséquences : les flux migratoires issus du monde arabe et musulman ne vont cesser de s’accroître jusqu’à ce que l’islamisation de l’Europe en général, et de la France en particulier, devienne un phénomène immaîtrisable. Les politiques « sociales » conçues pour d’autres fins vont entraîner une dénatalité dans les populations de souche, un vieillissement, une stagnation économique qui font de l’UE des pays de plus en plus asthéniques et sans défense, et libre cours sera donné au sein de l’intelligentsia et des médias à un discours qui se révélera être de plus en plus hostile aux valeurs de la société ouverte occidentale et de plus en plus amical envers les totalitarismes, communistes autrefois, islamistes et altermondialistes aujourd’hui.

On en est arrivé, montre Bat Yeor, à une situation proche du point de non retour. La France, qui voulait utiliser le monde arabe et l’islam, devient un pion sur l’échiquier d’un ennemi qui n’a qu’à consulter les statistiques pour tenter de déterminer le moment où il pourra prendre le pouvoir, et qui sait que d’ores et déjà, s’il n’a pas tous les leviers en main, il dispose de capacités à semer la peur et l’acceptation préventive de la défaite. L’Europe entière devient elle-même, par la faute de la France, un pion sur l’échiquier de l’ennemi.

Les pays d’Europe, et surtout la France, ont condamné et condamnent encore l’antisémitisme d’il y a soixante ans, et ils pourront continuer à le faire. Par définition, le nazisme et le pétainisme sont vaincus et relégués dans le passé. L’Europe et la France peuvent même se payer le luxe d’agiter le spectre des résurgences du nazisme : s’en prendre aux nostalgiques d’un mouvement révolu permet d’adopter une position commode, avantageuse, sans risques et offre de donner le change.

L’Europe continuera très vraisemblablement à glisser vers la dhimmitude, à pratiquer l’antisionisme, à excuser l’antisémitisme d’aujourd’hui ou à fermer les yeux sur lui et à pratiquer l’apaisement vis-à-vis de l’islamisme. C’est ce qu’on verra dans les mois à venir, et c’est ce qu’on voit déjà si l’on regarde l’attitude européenne et française envers le régime des mollahs en Iran, de Yasser Arafat ou du Hezbollah au Liban. L’espoir du monde libre et de tous ceux qui se reconnaissent en lui réside plus que jamais dans la détermination des Etats-Unis, dans leur aptitude à maintenir cette détermination, dans leur capacité à rester lucides et à ne pas céder à leur tour aux tentations délétères de la dhimmitude, sans quoi tout serait perdu.


 
Notes :
 
[1] Bat Yeor, Eurabia : The Euro-Arab Axis, Fairleigh Dickinson University Press, 2005, $ 23,95
 
 


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