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Tempête sur la Sardaigne

Par Stéphane Juffa © Metula News Agency

mardi 25 janvier 2005
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« Il est juste de se déclarer antisémite à l’égard des Juifs pratiquants, de même qu’on ne peut pas regretter le fait que ceux-ci aient fini dans les chambres à gaz nazies. » Voici la citation principale du professeur Pietro Melis, qui vient - comme on peut l’imaginer - de mettre le feu à l’université de Cagliari, en Sardaigne.

Si encore cette phrase avait été prononcée par inadvertance lors d’un cours, si elle avait été griffonnée à la va vite sur le carnet de notes personnel de Melis, voir publiée, sous un pseudonyme, dans un brûlot de l’extrême droite italienne, l’incendie aurait pu être rapidement circonscrit. Mais dans une publication officielle de l’Université, sous le titre « Rencontre entre la culture et la metaculture : l’Occident et le droit naturel » ? Mais lorsque proclamée dans les annales officielles de la faculté des « Sciences de la Formation » d’une université de l’Etat italien, cette indignité prend immédiatement une envergure de scandale national.

L’affaire paraît énorme, d’autant plus qu’en page 13 de l’ouvrage académique en question, le professeur Melis enlumine sa pensée profonde, en expliquant que « le soi-disant temple juif était en réalité un grand abattoir, dans lequel les soi-disant prêtres aspergeaient continuellement l’autel du sang des animaux encore vivants ». C’est en considération de telles pratiques, selon le professeur Melis, que l’antisémitisme serait licite et qu’il ne serait pas possible de se plaindre des chambres à gaz.

Le premier à réagir à ce dégazage universitaire fétide fut, en fin de semaine dernière, le grand rabbin de Rome, Riccardo di Segni. Celui-ci a adressé une protestation très vive au recteur de Cagliari, le priant de lui fournir des explications écrites. Le chef du groupe de l’Alliance Nationale au parlement, le Cagliaritain Gianfranco Anedda, a joint, vendredi après-midi, ses protestations à celles du rabbin. Monsieur Anedda a ainsi saisi les ministères de l’Instruction Publique (Education Nationale) et celui de l’Intérieur à propos de l’écrit antisémite, les priant d’intervenir afin, je cite, « que de telles opinions, absurdes et méprisables, contraires au sentiment général, à la constitution ainsi qu’à tous les principes civilisés, ne puissent pas circuler au sein d’une institution universitaire ».

Le collège académique de l’université de Cagliari, par les voix du recteur Pasquale Mistretta et celle du doyen de la faculté dans laquelle enseigne le sinistre Pietro Melis, Alberto Granese, s’est fondu en excuses auprès du rabbin romain. Les deux hommes qualifient, entre autres, les affirmations de leur pair d’« expressions ignominieuses ». Mais l’embarras de la direction de l’uni sarde se trouve aggravé par ce qui ressemble à une négligence difficilement excusable de sa part : personne n’avait pris la peine de lire les épreuves du fascicule incriminé, bien qu’il constituât un ouvrage de lecture obligatoire pour les étudiants, en vue de leur préparation aux examens. En d’autres termes, personne, à la direction de l’institution, n’avait idée des thèses soutenues par l’ignoble enseignant. Quand bien même aurait-il lu les brouillons, croit bon de préciser le doyen Granese, qui qualifie par ailleurs les assertions de son collègue de « honteuses, irresponsables, inqualifiables et gravement offensantes », les prérogatives d’un doyen ne lui permettent pas de censurer les écrits d’un professeur. Granese, se défend d’avoir été négligeant, en affirmant « qu’il lui est naturellement impossible de prendre connaissance de tous les textes publiés dans les annales ». Le doyen apparaît cependant quelque peu confus, en émettant l’avis suivant, qui semble le contredire : « dans un cas aussi grave, (si j’avais lu le brouillon, Ndlr.), j’aurais forcé les limites de mes compétences et j’aurais agi de manière à bloquer la publication ».

A la Ména, où nous avons passé notre dimanche à vérifier les faits de cette pénible affaire, nous avons cependant acquis la conviction de ce que la direction de l’université de Cagliari est sincère - même si elle peut paraître nonchalante et désorganisée - dans sa condamnation des écrits de Melis et qu’à aucun moment elle n’a tenté de promouvoir les thèses du pédagogue nazillon, ni de le défendre.

Ledit Melis, quant à lui, dans une interview concédée à notre collègue Celestino Tabasso (in l’Unione Sarda du 21 courant), prétend avoir agi par provocation préméditée. « Aujourd’hui, si tu ne lances pas une provocation, personne ne t’écoute », assène l’énergumène. Une provocation alléguée en vue de faire réagir ses étudiants au problème de l’antisémitisme ? - Même pas ! Mais un acte visant à dénoncer l’Europe « pour la manière dont les animaux sont traités et abattus », clame l’enseignant raciste, qui en appelle au lobby des défenseurs des animaux pour soutenir sa cause.

« Il n’est cependant pas nécessaire d’être antisémite pour défendre les animaux », glisse l’excellent Tabasso, qui rappelle à Melis qu’il a également déclaré que : « les nazis étaient effectivement des criminels mais, en ce qui concerne la protection des animaux, ils étaient à l’avant-garde ».

« Professeur, vous êtes antisémite ! », assène à Melis notre camarade italien. Ce dont se défend celui qui ne regrette pas les chambres à gaz, et qui pousse l’ignominie jusqu’à se prétendre israélophile et à prendre comme modèles les Juifs laïcs comme Einstein, Freud et Marx. « Le Juif Einstein demeure le meilleur exemple d’un homme sans identité, c’est-à-dire sans culture », ose, inculte aussi, le soi-disant professeur sarde, qui termine sa profession de foi frelatée affirmant : « je veux dire qu’Einstein était orienté vers une humanité idéale et universelle, alors que la culture se restreint toujours dans l’espace local. C’est un éloge. »

Un éloge hum… l’éloge d’un détestable charlatan qui feint d’ignorer que l’immense majorité des israélites massacrés par les Allemands n’étaient pas pratiquants et que son exemple même, Albert Einstein, avait dû fuir l’Allemagne afin d’échapper aux chambres à gaz. Je crois que ces jonglages dénués de réflexion scientifique permettent de classer Pietro Melis au titre des fâcheux illuminés ; de ceux, nombreux, qui ne contrôlent pas la portée de leur discours et ne saisissent toujours pas la dangerosité létale que peut enfermer le verbe. Après avoir donné un compte-rendu circonstancié de cette affaire et en avoir longuement débattu au sein de notre comité de rédaction, il nous semble qu’il ne faille cependant pas en faire un plat qui dépassât sa portée véritable. L’Université italienne n’est pas antisémite et la publication scandaleuse de l’opuscule de l’académie sarde n’est pas significative d’une école de professeurs néonazis qui verrait le jour. Notre discernement reste cependant conditionné au fait que le cas de l’individu Melis soit envisagé sans état d’âme par le gouvernement et l’Académie cisalpins. En d’autres termes, que le raciste ignare soit exclu de la société scientifique.


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Ce Colloque des Intellectuels Juifs de Langue Française a pour thème, ’la montée des violences’. Ce thème aura toujours accompagné l’histoire de l’humanité. Violences politique, religieuse, sociale, économique, voire même discursive, les humains n’auront cessé de se faire violence, et ce même lorsqu’ils prétendaient l’éradiquer en cherchant à dispenser le bien. Cette relance du Colloque des Intellectuels Juifs de Langue Française apporte une attention toute particulière à ce qu’il convient de nommer une résurgence de la violence affectant aujourd’hui les communautés juives de France et d’Europe.


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