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Le sacrifice du fou

Par Jean Tsadik et Michaël Béhé © Metula News Agency

jeudi 20 janvier 2005
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Feu le capitaine Sharon Elmakayess : Jérusalem, toujours très sensible lorsqu’on lui tue ses soldats

Par le passé, lorsque le Hezbollah s’employait à réchauffer le front du nord-Hermon, le gouvernement israélien ne se contentait pas de répondre aux provocations des islamistes par des déclarations de principe, du genre : « Israël ne permettra pas aux milices libanaises de s’en prendre impunément aux intérêts israéliens », comme ce fut le cas ces jours derniers. Dans des circonstances moins graves que l’assassinat de l’un de ses officiers par les hommes de Nassrallah, ainsi que les deux autres tentatives semblables, ayant très récemment avorté, on aurait pu assister à une réaction beaucoup plus étoffée de la part d’Israël. D’après les relevés officieux définissant l’intensité des représailles auxquelles Israël nous avait habituées, l’Etat hébreu n’était pas censé se contenter de donner de sa grosse voix et de limiter ses pilonnages d’artillerie et les attaques au sol de son aviation à des objectifs locaux. La dernière fois qu’un soldat de Tsahal avait été victime des agressions du Hezbollah, les chasseurs-bombardiers à l’étoile de David bleue avaient détruit une base d’entraînement de miliciens dans la banlieue immédiate de la capitale syrienne. Auparavant, c’était un camp du FPLP, dans la proximité de Beyrouth, qui avait essuyé les plâtres des pilotes israéliens.

Or, en cette période, qui dure depuis une dizaine de jours, durant laquelle on assiste à des attaques pluri journalières des irréguliers barbus contre le périmètre du fortin israélien de Gladiola, on observe une conduite pour le moins atypique des responsables de l’Etat hébreu. Ces derniers ne se bornent pas à négliger de menacer de s’en prendre aux infrastructures libanaises et syriennes et à restreindre leur réponse militaire, il procèdent à quelque chose de plus surprenant encore : tous les medias israéliens s’abstiennent de mentionner et jusqu’à l’existence des échanges de tirs quotidiens. Bien que certaines de ces altercations aient atteint des niveaux d’engagement assurément élevés, bien que toutes les populations, du Golan à Kiriat Shmona, soit une trentaine de milliers de personnes, entendent distinctement l’écho de tous les projectiles que s’envoient les antagonistes à la tête, les medias israéliens se sont astreints à ne faire état que de trois incidents majeurs de cette confrontation. Il s’agit de celui qui a coûté la vie au capitaine Sharon Elmakayess ainsi que de deux vaines tentatives de s’en prendre à des véhicules de patrouille de la région du Golan-Hermon.

Qu’est-ce à dire ? N’y aurait-il que la Ména qui s’intéressât aux péripéties de cette bataille discrète, au point d’en dresser le compte-rendu détaillé ? Certes non. Serait-ce alors que Tsahal eût trop à faire dans la bande de Gaza pour risquer d’ouvrir un nouveau front au nord ? Non plus ; le commandement des forces israéliennes septentrionales dispose des ressources nécessaires afin de faire face à toutes les éventualités. Quant à l’armée de l’air, la Khél Avir, nous pouvons vous assurer que toutes ses options opérationnelles sont au point et qu’elle peut anéantir n’importe quel objectif dans la région. De plus, Israël pratique le principe de la défense territoriale, et son gouvernement a établi, une fois pour toutes, que la responsabilité des agressions du Hezbollah reposait sur les épaules de Béchar al-Assad et de ses figurants du gouvernement libanais. Sur la Syrie, parce qu’elle arme l’organisation intégriste, qu’elle lui assure une totale liberté de mouvements, qu’elle empêche le déploiement de l’armée libanaise dans la région frontalière d’Israël et parce que, on l’a maintes fois observé, le Hezbollah agit en force supplétive de la junte alaouite et il est attentif à ses ordres. Sur le Liban, ensuite, suivant une analyse stratégique à notre sens erronée - car un Etat occupé militairement et soumis politiquement ne devrait pas être tenu responsable des agissements de la puissance qui l’occupe [1] - pour la raison que la marionnette qui lui sert de président soutient les attaques des islamistes ainsi que la politique de ses maîtres de Damas.

Quel phénomène dicte alors le silence et la retenue des Israéliens ? En fait de phénomène, il s’agit d’un calcul stratégique effectué par le département de la défense étasunien, et qui se traduit par une « prière » faite à Ariel Sharon de lui laisser, au moins pour un temps, gérer la question syrienne. Jérusalem accède à la requête américaine « pour autant que le face-à-face avec le Hezbollah ne prenne pas une dimension insupportable pour l’Etat hébreu ». Voici le raisonnement américain, dévoilé en exclusivité dans nos pages : le degré d’ingérence du régime de Damas dans les violences irakiennes, à la veille des élections démocratiques que tentent d’y tenir les coalisés, oscille dans une plage de dangerosité qui titille le seuil commandant aux Américains d’intervenir militairement en Syrie. Le département de la défense ainsi que le président irakien par intérim exercent une pression constante sur la Maison Blanche afin qu’elle laisse les boys intervenir en Syrie. Dans le bureau ovale, la décision semble prise de frapper al-Assad en cas de complication majeure lors du déroulement des élections. Sont inscrits à cet effet, dans la catégorie des complications majeures, l’éventualité d’une vague d’attentats majeure, perpétrée par des miliciens arabes venus de Syrie ainsi que tout autre événement de nature à interrompre le processus électoral ou à le délégitimer.

C’est ainsi qu’il faut, par exemple, comprendre l’avertissement à peine policé, adressé hier à la dictature des al-Assad par la nouvelle patronne de la diplomatie US, Condoleezza Rice, lors d’une importante audition à Washington. Madame Rice a ainsi menacé Damas de sanctions « si elle maintient ses liens avec des organisations extrémistes anti-israéliennes et si elle ne met pas fin aux activités des partisans de l’insurrection irakienne qui agissent depuis son territoire. On peut dire que le pouvoir syrien se comporte d’une manière qui, malheureusement, peut mener à de mauvaises relations sur le long terme avec les États-Unis » a constaté Condi.

Et c’est effectivement d’une constatation qu’il s’agit, puisque la nouvelle chef du département d’Etat y précise exactement les activités incommodantes auxquelles se livre le gouvernement damascène. Lors, si la Maison Blanche devait décider de frapper des objectifs en Syrie, les USA ne veulent en aucun cas que leur action paraisse coordonnée avec des opérations israéliennes. Il en va de leur image dans le monde musulman et certainement en Irak. Les anti-coalisés ne manqueraient certes pas de mettre à profit l’aubaine de stigmatiser une éventuelle « collusion militaire israélo-américaine » et cela compliquerait encore la tâche des GIs’ en Mésopotamie.

Voici donc la clé du petit mystère constitué par l’apathie apparente des autorités israéliennes face aux provocations continues des supplétifs intégristes des Syriens. Nul doute, non plus, que l’état-major de Béchar al-Assad ait volontairement pris le risque d’avoir à subir une correction limitée de la part des Israéliens en envoyant le Hezbollah se frotter à leurs défenses dans le Golan. Appliquant une manœuvre typiquement alaouite, les conseillers du jeune dictateur ont misé sur une riposte excédée de Jérusalem, toujours très sensible lorsqu’on lui tue ses soldats. Dans leur compte, les généraux de al-Assad ont risqué la destruction de quelques infrastructures militaires - les Israéliens ne pouvaient décemment en faire beaucoup plus - dans le but de faire monter le seuil de réaction des Américains. Des Américains dont ils craignent infiniment l’intervention.

La démonstration théorique des affirmations contenues dans cet article est facile à faire : dans la conjoncture politique, stratégique et tactique, il n’y a aucun bénéfice direct à retirer pour les Syriens des agressions du Hezbollah dans le Golan. Qui plus est, alors que la communauté internationale pousse tant et plus pour l’application de la résolution 1559, qui provisionne le déploiement de l’armée régulière dans la région dite des « Fermes de Shabaa », ces attaques sont carrément contreproductives du point de vue diplomatique, sauf qu’elle instrumentalisent une nécessité de survivance, que la junte syrienne doit placer largement au-dessus de toutes les autres considérations.

Reste que l’option choisie par al-Assad de régionaliser le « combat de la Syrie » nous semble suicidaire à terme. Ces derniers jours, le rôle joué par Damas dans l’Intifada palestinienne s’est radicalisé et étendu : alors que les dirigeants du Hamas « sur place », à Gaza, faisaient mine, hier, d’accepter de remettre leurs armes à Mahmoud Abbas, ceux de Damas, sous l’influence directe du régime d’accueil, en rejetaient catégoriquement l’idée. Ce sont eux, ainsi que l’encadrement hezbollah des Brigades Ezzedine al-Qassam, qui ont pris l’initiative de l’attentat meurtrier de l’intersection de Goush Katif, au moment-même où leurs chefs discutaient d’une trêve avec le président de l’Autorité Palestinienne.

En continuant à héberger les bases de l’insurrection irakienne sur son territoire et les chefs terroristes palestiniens dans sa capitale ; en lançant le Hezbollah contre les forteresses de Tsahal et en oeuvrant pour empêcher la réconciliation israélo-palestinienne, le pouvoir syrien s’expose à son extinction. Cette radicalisation et cette décision suicidaire de combattre les Américains, sont d’autant plus surprenantes qu’il existe une variante assurant la survivance - à moyen terme en tout cas - du régime de Damas. Ce qui lui était demandé, c’était d’agir exactement en sens contraire et de respecter la 1559. Ce pourquoi, force nous reste de constater, avec un certain étonnement, que, stratégiquement parlant, la conduite de la dictature syrienne est franchement incohérente.

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Note :
[1] Nous pouvons concevoir que les Israéliens s’attaquent à des objectifs situés au Liban, pour peu qu’ils possèdent une importance tactique dans leur lutte contre les milices islamiques et contre l’armée syrienne. Mais cela ne correspond pas au modus operandi de Tsahal. D’habitude, l’IDF détruit, au contraire, des infrastructures utiles à la vie des Libanais, sans que cela ne dérange en rien l’occupant syrien. Un occupant syrien, lui-même employé à piller les richesses du pays du cèdre. Nous regrettons, dans la perspective d’une paix possible après le départ des Syriens, ce choix stratégique discutable, qui peut inutilement entretenir l’aversion des habitants du Liban envers leurs voisins du sud. Ce, quand bien même les succès israéliens contre les ennemis communs remplissent d’aise la majorité des Libanais.


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