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Négociations Abbas-Sharon : Directement au cœur du sujet

Par Stéphane Juffa © Metula News Agency

mercredi 12 janvier 2005
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Attention mesdames et messieurs, dans un instant, ça va commencer ! Vous êtes confortablement installés dans vos fauteuils, un calepin à la main, comme à votre habitude, prêts à distribuer les accessits et les blâmes à Mahmoud Abbas, le nouveau président de l’Autorité Palestinienne, ainsi qu’au Premier ministre israélien Ariel Sharon.

Si, tellement manichéens, qu’à force de compter les points, à force de faire connaître votre opinion bien arrêtée sur ce conflit, vous risquez, encore, de manquer l’essentiel.

Ce week-end, cependant, les quelque 63% de Palestiniens ayant voté pour Abbas, étaient parfaitement au courant du fait que leur candidat avait fait campagne pour la cessation de l’Intifada armée et pour l’arrêt des tirs de missiles sur Israël. Tous savaient que leur nouveau président a pour programme politique la création d’un Etat pacifique, qui vivrait à côté d’Israël.

Dans le même temps, à quelques kilomètres seulement du siège de Mahmoud Abbas à Ramallah, les députés au parlement israélien se déchiraient sur le vote de confiance pour le nouveau cabinet Sharon. De fait, et par un anachronisme cocasse, ils se disputaient sur un projet caduc, comme aurait dit Yasser Arafat. Le nouveau gouvernement, qui vient d’arracher la confiance de la Knesset, par 58 voix contre 56, a été spécifiquement formé afin de conduire le désengagement unilatéral de la bande de Gaza, en hébreu : hitnatkout. Un mot, devenu symbolique de visions concurrentes d’Israël, qui claque ses « t » et « k » dans l’air de la salle des débats pléniers, comme claque le fouet dans un corral. Et pourtant, il n’est plus question d’hitnatkout depuis soixante jours. Abbas, Sharon, le chef du renseignement égyptien Omar Suleiman, le roi de Jordanie, le Président Bush et quelques autres dirigeants de cette planète, le savent parfaitement.

La Knesset s’est disputée pour rien, je puis vous l’assurer, mais cela aussi est devenu une habitude. Ceci, parce que si un accord bilatéral n’était pas trouvé entre le nouveau cabinet israélien et le nouveau président palestinien sur un transfert coordonné de la souveraineté sur Gaza, tous les pronostics optimistes sur la relance du processus de paix seraient à jeter dans la vallée de la Géhenne, à Jérusalem. Lors, assis sur leurs trônes étroits, tant Abbas que Sharon ne peuvent en aucun cas se permettre de ne pas avancer ensemble. Plus encore, le succès de l’un dépend strictement des actes de l’autre et inversement.

Par bonheur pour nous, les habitants de cette région, les deux leaders s’entendent haut et clair et ce, depuis leur première rencontre. Sami El Soudi et Jean Tsadik, qui suivent Abbas et Sharon pas à pas, décrivent leur relation en termes de confiance et d’estime. Et c’est cette relation qui a permis au chef du conseil israélien de garder son sang froid, lorsque son interlocuteur se laissait emporter par la rhétorique arabe, aux derniers jours de sa campagne électorale. A la Maison Blanche, au département d’Etat US et au ministère des affaires étrangères de Sylvan Shalom - toujours le dernier informé - on formulait craintes et inquiétudes, face aux discours d’Abou Mazen ; on les prenait au premier degré. Dans le quartier calme de Rékhavia, dans notre capitale, au domicile du Premier ministre, on écoutait sans rien dire.

Le premier discours du Chairman Abbas a été pour tendre la main en direction de son « voisin », pour édifier son Etat et pour faire progresser la cause de la paix. Cela nous renvoie vers une situation typique d’une négociation, dont les enjeux ultimes sont connus d’avance : Pierre doit vendre sa voiture à Paul et Paul doit acheter l’automobile de Pierre. Si fait, mais la chronologie de la discussion sera périlleuse, minutieuse, acharnée, ne serait-ce que pour convaincre les suiveurs des sphères politiques respectives ainsi que les populations désillusionnées par trop de promesses non tenues.

Abbas, d’abord. Il doit retirer ses armes au Hamas ainsi qu’aux 20’000 autres irréguliers palestiniens qui en possèdent. Sans cela, les organisations terroristes, dirigées de Damas et de Téhéran, choisiraient, à l’occasion de chaque nouvelle décision de l’AP, si elles veulent s’y plier ou si elles veulent les rendre inapplicables. Sans cela, Abbas sait aussi que les Américains et les Israéliens ne lui feront pas de concessions significatives. Le nouveau Chairman de l’Autorité Palestinienne doit également devenir le premier président de l’Etat de Palestine et la transformation des choses n’est pas une sinécure. Il doit, pour ce faire, asseoir des institutions à même de répondre aux besoins d’un pays, il doit unifier son appareil sécuritaire, lui imposer sa volonté et la discipline. Et surtout, Mahmoud Abbas, s’il veut conserver le soutien de ses électeurs, doit, très rapidement, améliorer leur quotidien de manière significative. Une partie des clés de cette amélioration se trouve à Washington, celle qui passe par un apport financier massif, presque un plan Marshall. Cette aide aura un prix : celui des réformes, de la pacification d’un discours post-électoral unique, de résultats dans la lutte contre la corruption et, bien entendu, de la neutralisation des terroristes. L’autre partie du trousseau se situe dans les poches de Sharon. Elle ouvre les barrages de sécurité de Tsahal, qui empoisonnent la vie des Palestiniens, elle peut faire cesser les arrestations de terroristes et les éliminations ciblées. Elle peut conduire l’armée de l’Etat hébreu à se retirer des villes palestiniennes et elle ouvre les portes des prisons, derrière lesquelles les architectes et les exécutants de l’Intifada purgent de lourdes peines.

Le risque stratégique, pour Mahmoud Abbas, dans le courant de la négociation à s’ouvrir, procède de ce qu’il n’a pas grand-chose à offrir en contrepartie des concessions israélo-américaines. En fait, il n’a que deux atouts majeurs dans son jeu, mais ils sont délicats à utiliser : l’un c’est l’as de calme et l’autre, la reine de la normalisation des relations entre Israël et le monde arabe. Et Israël s’accommoderait même de continuer de vivre sans cette reine, elle y est accoutumée. D’autre part, la construction du mur de séparation se poursuivant, de même que le démantèlement par Tsahal des cellules terroristes, sous peu, l’as de calme ne lui servira plus d’atout. Ajoutons à cela que Mahmoud Abbas ne saurait se permettre d’instrumentaliser l’arme du terrorisme, comme le faisait son prédécesseur sans vergogne. Abbas se place stratégiquement dans la coalition opposée à l’Axe du mal, au terrorisme islamo-nationaliste arabe ; c’est là que se situe son unique destin, d’autant que les alliés potentiels du camp adverse l’ont déjà répudié et que l’Irak saddamiste est mort, que la Syrie assadienne agonise et que l’Iran des Ayatollahs est totalement isolé.

Dans le cadre stratégique de ses négociations avec Sharon, ce qu’Abou Mazen doit redouter, c’est de « n’avoir plus rien à vendre ». C’est ce qui adviendrait, dès lors qu’Israël parviendrait à imposer le calme sans le concours actif d’Abbas. Israël, qui sait qu’elle aura à faire des concessions douloureuses pour parvenir à la paix avec les Palestiniens, ne se pressera plus, dès lors qu’elle considérera sa sécurité assurée. Il s’agit sûrement d’une erreur sur le long terme, mais qui fait partie du contexte de l’âpreté de la vie au Moyen Orient.

Tous ces éléments concrets mènent à la conclusion que Mahmoud Abbas a tout intérêt à entamer les négociations pour l’établissement du traité de paix définitif le plus tôt possible et à les mener au pas de course. En fait, je m’attends à ce que le président du futur premier Etat de Palestine lie sa contribution à la hitnatkout de Gaza ainsi qu’au désarmement du Hamas au train le plus imposant des concessions israéliennes, et vraisemblablement, à la signature d’un mémorandum contraignant relatif à l’accord de paix définitif. C’est en tout cas ce que je ferais à sa place, surtout que Sharon vient d’annoncer que le début du désengagement se déroulerait en juin prochain.

Quant à Sharon, pour tout ce qui concerne le désengagement de Gaza, l’as de calme d’Abbas l’intéresse au plus haut point. S’il pouvait remettre cette échine dans son pied à un « interlocuteur valable » et si, surtout, ce transfert d’autorité à l’Autorité Palestinienne se traduisait par un retour au calme dans le Néguev occidental, Ariel deviendrait effectivement le « roi d’Israël ». Dût-il parvenir à un accord satisfaisant avec son homologue palestinien, Sharon pourrait considérer les indociles habitants des implantations comme des marginaux en quantités négligeables, de même que son opposition frondeuse au sein du Likoud. Jusqu’aux rabbins des courants politiques national-religieux et Shaas (religieux sépharade), qui ont fait savoir qu’ils pourraient soutenir le gouvernement - et même y participer, dans le cas de Shaas - si le désengagement s’effectuait de manière concertée et codifiée avec les Palestiniens. La gauche non travailliste (les travaillistes participent au nouveau gouvernement) ainsi que les formations d’Arabes israéliens ne pourraient, dans cette situation, que saluer la relance du processus de paix, qu’ils ne cessent d’appeler de leurs vœux.

Et dans le cas contraire, si les tirs de Qassam contre Sdéroth continuaient, s’il n’était pas possible de s’entendre avec un Palestinien pragmatique, les observateurs prédisent à Ariel Sharon un été fort inconfortable. Les signes avant-coureurs de violences inter-israéliennes, entre les habitants des implantations de la bande de Gaza et les forces de sécurité se précisent, au fur et à mesure que l’on approche de l’échéance. Cette menace de violence physique est accompagnée de la sympathie grandissante et activiste d’une opposition organisée, interne au Likoud, qui inquiéterait le président du conseil, au cas où le replacement des juifs de Gaza tournait mal et que les actes terroristes se poursuivaient.

On s’en rend compte, c’est dans les jours à venir que se dérouleront les étapes peut-être les plus décisives du nouveau processus de paix. C’est en tous cas à cette occasion qu’Abou Mazen trouvera un premier ministre israélien le plus disposé à lui faire des concessions. Mais, comme me le disait un grand avocat européen il y a quelques années, « il faut savoir jusque où on peut tirer sur une corde avant qu’elle ne cède, et toute corde connaît un point de rupture ». Car si Sharon devait se débrouiller sans Abbas, par la cause de présentation d’exigences conjoncturellement exagérées, par la partie palestinienne, il en serait fait de la fenêtre avec vue sur la paix. Elle se refermerait presque aussi vite qu’elle s’est ouverte depuis le décès d’Arafat.

Pince-mi et Pince-moi sont sur un bateau, si n’importe lequel des deux tombe à l’eau, l’autre boit la tasse avec lui. Moralité, cessez de compter les points et de vouloir avoir raison, vous allez, terriblement tout de suite, assister à une partie d’échecs aussi cruciale que passionnante. Une partie que les habitants de la région ont même, exceptionnellement, une chance de remporter.


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