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Leçon de rhétorique arabe

Par Sami El Soudi © Metula News Agency

lundi 3 janvier 2005
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Mahmoud Abbas, un homme habile, courageux et sincère ?

Les images du candidat à la présidence de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, porté à bout de bras par des miliciens en armes, à Rafah et dans d’autres régions de la bande de Gaza, ont de quoi susciter des interrogations légitimes. L’actuel Secrétaire d’Etat américain Colin Powell s’en est aperçu, qui a qualifié ces scènes de « dérangeantes ».

Certaines des harangues produites par le très vraisemblable successeur de Yasser Arafat ont également de quoi étonner. Abbas a dit, par exemple, qu’il n’envisageait pas de « fermer Rafah » (entendez : fermer les tunnels de contrebande) « pour le moment ». Samedi, il a en outre déclaré, dans le nord de la bande de Gaza et à quelques centaines de mètres des chars israéliens, « qu’il ne prévoyait pas de désarmer les organisations (terroristes) armées, dans un avenir immédiat ».

Il existe, en arabe, une façon très particulière de dire les choses. Il n’y a rien à y faire, nous ne sommes pas des Suédois et il y a peu de chances que nous le devenions dans un proche avenir. Dans notre rhétorique, il suffit de dévier d’une phrase et même d’un mot, du discours officiel, psalmodié par tous les médias et tous les représentants du pouvoir, des années durant, pour amorcer un changement d’orientation notoire. Souvenez-vous, Anouar El-Sadate n’avait pas fait savoir au peuple égyptien qu’il avait, en son temps, pris ses dispositions pour se rendre en Israël ; il avait plutôt annoncé quelque chose dans le genre : « Je n’hésiterais pas à aller rencontrer le diable chez lui, si cela pouvait faire avancer la paix ».

A considérer de près les deux déclarations de Mahmoud Abbas que j’ai reproduites en début d’article, « ceux à qui les messages étaient destinés », ainsi que « ceux qui désirent les comprendre » ont assurément saisi leur sens. « Ne pas envisager de fermer Rafah pour le moment », cela signifie, en arabe, que l’on va fermer Rafah, tout comme « ne pas désarmer les terroristes dans un avenir immédiat », veut dire qu’Abbas entend effectivement désarmer tous les Palestiniens qui n’appartiennent pas aux forces de sécurité officielles.

Powell et l’Administration américaine n’ont d’ailleurs aucun souci à se faire. Le Secrétaire d’Etat a montré de la fébrilité lorsqu’il a averti « qu’il ne suffirait pas à Monsieur Abbas de persuader les terroristes de cesser leur violence, encore faudra-t-il procéder à des opérations contre eux ». Cette remarque de Powell, à moins qu’elle ne serve d’autres propos, est largement inutile, dans la mesure où les choses sont claires, pour une fois, à la tête de l’exécutif palestinien. Le Secrétaire d’Etat démissionnaire a, d’un autre point de vue, bien raison, lorsqu’il « affirme rester convaincu de ce que la position dominante d’Abbas consiste en la reconnaissance de la nécessité de mettre un terme à la terreur ainsi que dans la nécessité d’essayer de gagner tous les segments de la population palestinienne à l’idée qu’il faut abandonner le terrorisme et s’avancer en direction de l’opportunité de vivre en paix ».

Gaza, c’est la gueule du lion. C’est à la fois le territoire connaissant la densité démographique la plus serrée du globe et le fief du Hamas et des organisations terroristes salafistes. Il n’y a bien sûr rien d’étonnant à la juxtaposition de ces deux funestes records. La visite du candidat Abou Mazen à Gaza était, dans ces conditions, aussi périlleuse que capitale. Il lui fallait prendre le risque de se mélanger au peuple, de lui montrer qu’il n’est pas que ce bureaucrate posé en complet, qui ne leur ressemble pas, mais également leur leader. Pour ce faire, comme au cours d’une corrida, le matador face au taureau, Mahmoud Abbas a d’abord dû montrer à la foule qu’il ne la craignait pas, puis il a dû parler dans le langage auquel elle est habituée, sans renoncer à exprimer les ferments de son prochain programme politique.

Comprenez, lecteurs occidentaux, dans les camps de Gaza, vers la fin de l’ère Arafat (qui s’est achevée il y a exactement deux mois de cela, Ndlr.), il y avait plus de 85% de gens qui s’exprimaient en faveur de la poursuite de la lutte armée contre Israël. Désormais, plus de la moitié des Gazatis affirment soutenir le principe d’une paix négociée. Le mérite de cette métamorphose est sans nul doute à porter au crédit du candidat à la présidence. Comprenez une autre chose encore, lectorat intelligent d’une agence qui ne s’adresse pas à des amibes, dans nos contrées, afin de réaliser des réformes - et faire la paix avec Israël est la plus grande réforme à laquelle je puisse penser - il faux immanquablement jouir de l’amour de son peuple. Vous avez bien lu : « amour », car dans un contexte de duperies incessantes, dans lequel la population ne dispose pas des moyens de décortiquer chaque information qu’on lui sert, dans lequel les échéances électorales sont incertaines, les gens remplacent volontiers les critères occidentaux d’évaluation des arguments d’un candidat par une appréciation sentimentale. C’est un peu comme lorsque le fiancé de votre chère fille vient se présenter à vous, on examine moins alors son cursus scolaire et professionnel que l’impression qu’il nous fait et que la sincérité de ses sentiments pour elle. Pourquoi ? Parce que la décision de le répudier et même la possibilité de le sermonner sur ses erreurs, après qu’elle aura dit « oui », ne nous appartiendra pas. Dans ces conditions, on a meilleur temps de s’attacher aux valeurs humaines et sentimentales qu’à des promesses de comportements, qu’elles soient de type matrimonial ou politique, d’ailleurs.

L’essentiel, c’est que Mahmoud Abbas ait passé brillamment son examen prénuptial. Le fait qu’il ait pu rappeler, à deux mètres de fusils mitrailleurs tenus par des irréguliers de Gaza, la nécessité de mettre un terme à l’Intifada, d’accéder à une paix négociée avec Israël et même, de leur dire dans le blanc des yeux, qu’ils devaient cesser de lancer des Qassam et des obus de mortiers sur les agglomérations israéliennes, prouve le succès de son tour de charme. En outre, le bureau du Premier ministre israélien l’a bien compris, puisqu’il vient de permettre au favori des élections de dimanche prochain de faire campagne à Jérusalem. Les deux hommes discutent également d’une possible visite de Abbas sur le Mont du Temple - Esplanade des Mosquées ; cela représenterait à la fois une consécration pour le prétendant à la présidence palestinienne et une marque de confiance entre les deux leaders. Il se pourrait même que l’Etat hébreu autorise les quelques 8’000 détenus palestiniens à participer à la consultation. Les prisonniers ont présenté une lettre en ce sens, en hébreu, au Président israélien Katsav, dans laquelle ils affirment soutenir tous les efforts authentiques afin de faire cesser l’effusion de sang et où ils expriment leur soutien à Mahmoud Abbas, « un homme pétri de courage et d’honnêteté, un être rationnel, qui est intéressé par la paix et la cessation du conflit, ainsi que par l’ouverture d’une nouvelle page (des relations israélo-palestiniennes NdA.), sur la base de deux Etats. »

Sur ce point précis, tous ceux qui connaissent bien Abou Mazen confirmeront l’appréciation des prisonniers. Ses intentions ne font pas l’ombre d’un doute.


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