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La nouvelle judéophobie profite-t-elle d’une alliance entre progressistes et islamistes ?

Simon De Corte, Philosophe (*)

mercredi 15 décembre 2004
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Dans « Prêcheurs de haine » (Mille et une nuits), Pierre-André Taguieff dénonce la collusion des altermondialistes et des islamistes au nom d’une même haine de l’Occident

Les grandes pensées sont celles qui placent leurs contemporains devant ce qu’ils ne veulent pas voir : les oeuvres de Machiavel et Freud en font foi, pour effrayantes qu’elles soient. Les livres des vulgaires idéologues confirment leurs lecteurs dans les préjugés de leur époque : aveugler est leur but. Au contraire, ouvrir les yeux est l’effet, généralement douloureux, des grands livres. Le dernier ouvrage du philosophe français Pierre-André Taguieff, « Prêcheurs de haine », qui se présente comme une « traversée de la judéophobie planétaire », prend place parmi les titres rendant visible une réalité que les habitudes intellectuelles nous empêchent de voir.

La haine des Juifs a pris, au cours des deux dernières décennies, un tour nouveau tout en changeant d’ancrage politique. Aux XIXe et XXe siècle se répandit l’antisémitisme, une haine de type racialiste dont le contenu criminogène culmina dans la Shoah. Quoique possédant quelques racines à gauche, l’antisémitisme finit par faire partie quasi exclusivement du bagage idéologique de l’extrême-droite. Cette haine du Juif reposait sur une base raciale connectée à un certain état de la science, trahissant ainsi son scientisme. Résiduel, cet antisémitisme-là a été relayé par « la nouvelle judéophobie », haine en plein essor et d’extension planétaire, qui, loin de s’appuyer sur des délires scientifico-racialistes, prend appui sur le conflit israélo-palestinien, le tiers-mondisme, l’anti-impérialisme et l’anti-capitalisme. La judéophobie émane de thèmes militants classés à gauche, et c’est à gauche qu’elle ne cesse de gagner du terrain. Plus qu’un tournant, les événements de Durban (où se tint au cours de l’été 2001 une conférence internationale sur le racisme qui vira en hystérie antijuive) furent le révélateur d’une tendance jusqu’alors souterraine.

Quel est, en effet, l’événement le plus gros d’avenir -menaçant, mais dont la conjuration s’avère possible- de la dernière décennie ? Le rapprochement d’une partie de la gauche européenne et de toute son extrême-gauche (écologistes compris) avec l’islamisme (où la haine des Juifs occupe une place centrale). Le récent Forum social européen de Londres n’a pas démenti ce triste constat. José Bové n’éprouve aucune honte à ouvrir ses bras pour une fraternelle embrassade à Tarik Ramadan. Ainsi voit-on, depuis quelques années, à Paris, des militants anarchistes, trotskistes, paléo-communistes, manifester sans vergogne aux côtés de femmes voilées et de barbus hurlant « Allah est grand », ne manquant pas de tonitruer des slogans antisémites. « Mort aux Juifs », voilà un slogan entendu aussi bien dans les manifestations opposées à la politique de Bush en Irak que dans celles opposées à la loi sur la laïcité à l’école.

Intransigeants avec le catholicisme, intraitables sur la laïcité scolaire lorsqu’ils décèlent une offensive chrétienne, les fantassins de la galaxie progressiste se montrent très tolérants vis-à-vis des revendications de l’islam, s’opposant à l’interdiction du port du voile islamique dans les établissements scolaires. Pour ces pourfendeurs patentés de l’opium du peuple, l’islam n’est pas un opium de cette nature. Apparemment laïques, les petits neveux de Robespierre et de Marx, les progressistes occidentaux, ont intériorisé la rhétorique de l’ayatollah Khomeyni dont ils font désormais leur cri de guerre : il existe deux satans, l’Amérique et Israël.

Les démonstrations pacifistes et antilaïcistes, estampillées à gauche, ont toutes été ponctuées de slogans antijuifs qui jusqu’ici restaient l’apanage des seuls nostalgiques du IIIe Reich. Par effet de retour, lorsque Bruno Gollnisch, aspirant à la succession de Jean-Marie Le Pen, tient depuis l’extrême droite des propos non défavorables au négationnisme, c’est en sachant que de pareilles abjections sont devenues audibles à des secteurs entiers de la société française du fait de la nouvelle légitimation des thèmes antijuifs par une partie des progressistes. Gollnisch pérore dans un espace qui a été réouvert par les progressistes, au même moment où le site islamo-gauchiste français Quibla.net met en exergue, pour soutenir les Palestiniens, une figure connue du négationnisme, Serge Thion. C’est cet événement -la rencontre entre les progressistes et les islamistes ?- et ce contexte dont le travail de Taguieff permet l’intelligibilité. « Prêcheurs de haine » est semblable à un instrument scientifique, par exemple le télescope : il permet de voir ce qui auparavant ne pouvait l’être.

Comment rendre compte de cette alliance entre une tradition politique explicitement située dans la lignée des Lumières et la mouvance islamiste au prosélytisme obscurantiste délirant ? Comment expliquer que cette constellation trouve des relais dans les médias, dans le monde de la culture, dans le show-business, dans le sport (le champion olympique de judo, Djamel Bourras manifestant en faveur du voile) ? Par un conformisme, médiatiquement fabriqué et signant la victoire sur le plan de la manipulation des symboles, des anti-israéliens. Un exemple : pendant des soirées entières les télévisions européennes présentèrent la bataille de Jénine comme un quasi-génocide perpétré par une armée israélienne nazifiée, alors qu’après enquête il n’a compté qu’une cinquantaine de morts palestiniens, et plus de 20 israéliens. L’élément central, motif décisif dans l’extension de la judéophobie, réside dans le renversement victimes-bourreaux : on veut faire croire à la transformation des Juifs en nazis, et de Tsahal en milice SS. Double gain : masquer l’horreur des crimes, visant par principes des civils, commis par les Palestiniens (attentats suicide), et profiter par le moyen de cette mise en scène de la compassion planétaire.

Les utopies, ces ailleurs politiques, se sont abîmées dans l’histoire, comme l’Atlantide chez Platon -submergées par la double soif de liberté et de vérité. Les grands récits fondateurs des croyances militantes -Marx, Trotski, Mao- ont touché leur terme historique. Leur nature s’est révélée : une croyance, aujourd’hui discréditée, dans la société parfaite, génératrice de violence et d’inhumanisation. Cela dit, de la défunte foi dans le marxisme et le sens de l’histoire, demeure la propension à espérer, qui facilite la sympathie envers l’obscurantisme islamiste.

Aux yeux de Spinoza, la haine se réjouit des malheurs survenant à l’objet de son exécration. La haine est prête à passer alliance avec le diable, pourvu que du mal en retombe sur l’objet de son ressentiment. La constellation politico-intellectuelle disséquée dans le livre de Taguieff exècre avant tout le capitalisme. Et l’Occident, berceau du capitalisme. Et les Juifs dans la mesure où, via Israël, ils incarnent, pour la vulgate islamo-progressiste, la fusion des deux : le capitalisme et l’Occident. Tout événement susceptible de blesser cet Occident honni est tenu pour une bonne nouvelle. Dans ces milieux, l’attentat contre les Twin Towers n’a pas été vu d’un mauvais oeil. Si le glaive vient de l’islam, des supposés déshérités de la planète, alors, quelle que soit son horreur, il est vénéré par les anticapitalistes occidentaux. Le prolétariat a disparu, ou du moins il n’est plus eschatologique. Nos progressistes et pacifistes occidentaux, anti-israéliens et anti-américains, se ruent sur une eschatologie de rechange, celle de l’islam. Pour s’assouvir, leur haine a soif d’une fin des temps passant par une apocalypse. L’islamisme remplira ce fantasme, que la révolution ouvrière satisfaisait autrefois.

Taguieff est, intégralement, notre Machiavel. Intégralement : de son travail théorique (montrer la réalité politique pour ce qu’elle est) jusqu’aux réactions des éternels Tartuffe qui tiennent pour préférable que le vrai demeure caché. Et pourtant, le geste philosophique et politique de l’auteur de « Prêcheurs de haine » n’est ni plus ni moins que celui de l’auteur du « Prince » : faire fi du moralisme idéologique aveuglant (chez nous : l’antiracisme qui interdit de voir la judéophobie de populations en butte au racisme, par exemple les jeunes de banlieue, et la compassion propalestinienne, engrais affectif de la judéophobie) pour, en philosophe politique, porter à la clarté de l’évidence une réalité que nous rechignons à reconnaître.

(*) Pseudonyme mais bien connu de la rédaction.

© La Libre Belgique 2004


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