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Un climat de « déjà vu »

Alain Rajchman

mercredi 24 novembre 2004
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L’annonce de l’autorisation de la chaîne Al Manar ne fait que confirmer la dégradation du climat à l’égard d’Israël et de la communauté juive.

Le climat qui se développe en France à l’égard d’Israël et de la communauté juive a quelque chose de celui qui a préexisté au déclenchement de la seconde guerre mondiale. Pierre Milza, Professeur à Sciences Po, a souvent défendu la thèse d’une France sensible aux idées de Pétain avant même l’arrivée du Maréchal à la tête de l’Etat Français. N’a-t-on pas, pour ne pas froisser le ministre des affaires étrangères d’Hitler invité au Quai d’Orsay, demandé aux ministres juifs Zay et Mandel de rester chez eux ?

Ce mélange de complaisance, d’admiration et de peur qui a caractérisé cette époque ressemble fort à celui qui est perceptible dans la France d’aujourd’hui. On veut plaire aux pays arabes, on admire Arafat au point de lui rendre les plus grands honneurs de la République et on craint les éventuels mouvements d’humeur des islamistes sur le territoire national. Résultat : on autorise la chaîne haineuse Al Manar. Le récent rapport de la Cour des Comptes sur l’échec de l’intégration en France ajoute à cette inquiétude ambiante : faute d’intégration, il faut satisfaire un communautarisme de plus en plus difficile à contenir.

Ce climat malsain se développe dans un contexte économique plus difficile pour l’économie française. Nicolas Baverez n’hésite pas à parler de déclin économique pour définir la faible capacité de la France à affronter la compétition internationale. Nous sentons que les ingrédients d’un cocktail dangereux se mettent en place.

Laisser faire le « c’est la faute aux juifs » est un élément bien connu du cocktail. Les juifs au travers des israéliens n’ont pas empoisonné les puits comme dans les temps anciens, mais Yasser Arafat. L’air de rien, cette sourde accusation sert d’exutoire commode aux dérangeantes questions qui se posent sur le caractère avouable ou non de la maladie d’Arafat. Surtout, elle constitue un précédent qui pourrait s’avérer bien utile pour rechercher un bouc émissaire aux difficultés sociétales françaises.

Laisser faire la diffusion d’Al Manar va permettre de plaire à la communauté arabo-musulmane en lui livrant la haine du juif et du sioniste en pâture. Un autre exutoire que nous connaissons bien depuis que l’antisémitisme existe.

Ce laisser faire complaisant est pour certains la manière de lâcher du lest pour gouverner dans une période tendue. Des garanties sont évoquées, des déclarations faites pour apaiser une communauté juive inquiète et qui se rassure à bon compte. On veut montrer que pour dominer la situation il faut composer, alors qu’en fait on ne contrôle plus grand chose.

Ce climat de « déjà vu » est plus qu’inquiétant. A force de se dire qu’il faudrait en tirer les leçons, on se laisse rassurer par le Premier ministre au dîner du CRIF. Est-ce bien raisonnable ?


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