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L’homme qui rit dans les cimetières

A Maayan, parce que tu n’avais jamais fait de mal à personne. C’est toi qui nous donne la force de nous battre pour la vérité

Par Stéphane Juffa © Metula News Agency

lundi 15 novembre 2004
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http://www.menapress.com/search.php?query=&topic=157
Ce qu’il faut bien commencer par appeler de son nom, soit la nouvelle affaire de construction par la principale chaîne publique de télévision française du prétendu sourire d’Ariel Sharon « réagissant à l’agonie du président de l’Autorité Palestinienne » a eu un précédent.

C’était en 1922, le Président de la république française d’alors, Raymond Poincaré, avait été photographié le soleil dans les yeux au cimetière militaire de Verdun. Son rictus, lié à l’éblouissement, avait été interprété par ses adversaires politiques comme un rire insultant envers les morts de la guerre 14-18. Ses adversaires, c’étaient les calomniateurs proto fascistes de l’Action Française, dont Charles Maurras était le chef. Il y a, dans la construction d’un lien, au JT de France 2, entre l’agonie de Yasser Arafat et le sourire du Premier ministre israélien, et dans l’atmosphère ambiante qui a encouragé cette construction, une odeur néo-maurassienne nauséabonde.

Encore que les contempteurs de Poincaré n’avaient pas étendu leur calomnie à une nation, en affirmant, comme l’a fait FR2, que des dizaines de personnes s’étaient répandues dans les rues d’Israël en chantant et dansant « sans attendre l’annonce officielle de la mort de Yasser Arafat ». Que peuvent générer de tels propos sur de telles images, dans un tel amalgame, sinon un sentiment de dégoût envers un peuple et un Président du Conseil qui insultent les morts ?

Monsieur Pujadas s’est ému auprès de nous de l’article d’Ilan Tsadik, se défendant qu’il s’agirait d’une manipulation de sa part et imputant les images d’un groupe fêtant dans la rue la mort annoncée de Yasser Arafat à l’agence Reuters et à sa dépêche numéro 264 du dix novembre. Pujadas affirmait à notre intention que Reuters indiquait clairement qu’il s’agissait d’une réaction à l’agonie de Yasser Arafat. J’ajoute que notre confrère a eu ce que je prends pour de l’audace, en reprochant à la Ména de ne pas vérifier ses sources, de lui faire un procès d’intention d’incitation à la haine raciste, d’être désobligeante et presque insultante à son endroit, ce pour aboutir à nous demander, dans une démarche appuyée, de rectifier notre information.

Après avoir dûment considéré la dépêche no. 264, sur laquelle je reviendrai dans quelques lignes, j’ai appelé le bureau de Reuters à Jérusalem. Quoi de plus simple ? Et j’ai obtenu la déclaration suivante, que j’ai évidemment transmise à David Pujadas : « Aucun des éléments contenus dans la dépêche et sur les images en question des danses et de l’interview de monsieur Sharon ne fait, directement ou indirectement, allusion à l’agonie du président Arafat », suivi, à ma propre surprise, de « nous avons tourné la scène des danses des hassidim il y a environ deux semaines ».

Voyons : J’ai parlé à Reuters jeudi. Les deux semaines dont a fait état mon interlocutrice autorisée nous ramènent dix-huit jours plus tôt, soit avant même la déclaration officielle de la grippe intestinale dont est mort Abou Ammar. Ces hassidim de Braslav ont décidément de vrais tuyaux dans l’éther : Non seulement fêtent-ils le décès de quelqu’un avant l’annonce de sa mort mais encore avant celle de sa maladie…

Quant au contenu de la 264, il n’est que de citer Jean-Claude Allanic, le médiateur de la chaîne de monsieur Pujadas, lors de son émission de samedi, afin d’apprendre, à notre tour et à bon escient cette fois, à notre confrère à lire correctement une dépêche :

« A propos du sourire de monsieur Sharon dont on a parlé », commente fort honnêtement Allanic, « j’ai recherché le document d’origine qui avait été reçu par une agence d’images [1] qui est l’agence Reuters. Alors on voit donc ce que nous avons reçu intégralement (pendant que les images et le son de l’interview d’Ariel Sharon défilaient à l’écran). Monsieur Sharon parle et en fait, dans ce document, on ne sait pas quelle est la question qui a été posée au Premier ministre israélien [2], la seule phrase audible est « quand la terreur s’arrête, on va plus vite vers la paix et l’amélioration de la situation, ici, en Israël et dans la région ». Alors, pas question apparemment directement d’agonie (…) ». Ostensiblement et indirectement non plus, Jean-Claude, dites juste - pas question d’agonie - il faut parfois prendre le risque de parler sans ambages, « clairement », pour reprendre l’adjectif employé par David Pujadas.

Il n’y a certes pas qu’au 20 heures de France 2 que flottent les relents néo-maurassiens et apparemment antisémites. Il se pourrait que la rédaction du JT ait été influencée par la tache commise par Dominique Dhombres dans le Monde, quelques heures plus tôt de ce 10 novembre d’infortune. Dhombres y faisait lui-même allusion à un reportage de LCI et terminait sa partition de L’homme qui rit dans les cimetières sur le paragraphe suivant : « Ariel Sharon était interrogé sur les conséquences du décès, alors annoncé à tort, d’Arafat. » C’est la fin du terrorisme [3] et je pense qu’on va pouvoir avancer beaucoup plus vite vers la paix, améliorer la situation ici, en Israël, et dans la région« , déclarait le Premier ministre israélien avec un petit sourire satisfait. Le sourire était aussi déplacé que le propos. »

Les lecteurs, curieux, de la Ména compareront la nouvelle création du Monde avec la phrase correctement rapportée par J-C Allanic ; seulement alors, pourront-ils saisir en plein le sens des mots manipulation malveillante. Il y a aussi fort à parier que l’équipe de Pujadas ait voulu participer à ce mouvement de l’oratorio à la démonisation d’Israël. Même qu’elle a fait du zèle, en associant des danseurs hassidiques à l’accusation portée contre Sharon, dans le but de stigmatiser le comportement prétendument dévoyé d’une nation entière. La mienne, pour son malheur. Dans ce sens, il ne s’agit pas d’une erreur d’interprétation, puisqu’il y a manifestement amalgame artificiel et construction. C’est effectivement terriblement grave, on ne construit pas par erreur.

Et dans le même souffle des amalgames dangereux, nous, d’attirer l’attention sur une autre forme de prétexte, avancée par Pujadas dans ses mails, par Charles Enderlin, cité comme témoin à l’Hebdo du médiateur, et par d’autres, pour tenter d’expliquer la dernière incitation à la haine raciste de France 2. Cela consiste à justifier l’injustifiable par référence aux sentiments prêtés au Premier ministre israélien ou à la population d’Israël. Ainsi, David Pujadas me demande-t-il : Tout le monde sait qu’Arafat est globalement peu aimé et parfois détesté en Israël. Est ce un crime ? Et est ce un crime de le montrer ?

Ca n’en est pas un, David, non. Par contre c’en est un de danser sur un cadavre et un encore plus grand d’inventer des gens dansant sur un cadavre.

Sur la même gamme, l’assertion d’Enderlin selon laquelle « monsieur Sharon n’est pas mécontent de la disparition de celui qu’il considère comme un terroriste et comme un criminel » et qui justifierait que l’on interprète son sourire n’est plus du journalisme. C’est de la psychanalyse, du sondage d’âmes. Les sentiments d’Ariel Sharon et ceux des Israéliens sont leur affaire personnelle et ils n’autorisent en aucune manière qu’on invente ses propos ou que l’on interprète leurs danses. Si on montre un événement, il faut impérativement qu’il se soit produit et toute autre approche est effectivement constitutive d’un crime. C’est en énumérant cette règle, face à la nécessité de redire une lapalissade effectivement première à des confrères assurément chevronnés, que je conçois l’étendue de l’épidémie de peste. Tout ce qui touche Israël et les Juifs est à redémontrer, sinon cela échappe aux lois et à la déontologie. C’est cependant la conduite des gens que nous autres journalistes avons le privilège de commenter et pas, ni ce qu’ils ressentent, ni ce qu’ils pensent. Et si on changeait de métier, si on jouait un instant aux psychanalystes, il faudrait aussi sonder le fond de la conscience de messieurs Moubarak, Omar Suleiman, le chef des renseignements égyptiens, l’un des plus grands experts en Yasser Arafat, de Tony Blair, Bush, Fischer, Tenet, Morantinos, du roi Abdallah de Jordanie, des souverains du Golfe, du despote syrien et de milliers de personnes avant de juger Ariel Sharon. Croyez bien que personne d’informé ne doute sérieusement du résultat d’un tel sondage.

A l’émission du médiateur, on avait donc choisi de faire appel au témoignage professionnel de Charles Enderlin, l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours qui détient les images de l’agonie de Mohamed A-Dura. Quelle idée saugrenue ou serait-ce plutôt une forfanterie, comme le choix de la direction de la chaîne de repasser son « Rêve brisé » en supplément de programme ? Histoire de montrer qu’on est fort aux centaines de milliers de téléspectateurs et à quelques députés courageux, qui ne comprennent pas ce que l’auteur d’une aussi conséquente et réitérée fausse déclaration fait encore au service public ? Et qu’importe si, à l’exception des participants arafatiens à Camp David II, les autres, je veux dire Bill Clinton, Ehud Barak et le ministre des affaires étrangères d’alors, le professeur Shlomo Ben-Ami, ont jugé que l’interprétation enderlinienne des raisons de l’échec de la paix tenait de l’élucubration ? A eux, aux téléspectateurs et à la minorité française juive, horrifiée par un pareil manque de sensibilité, que leur sensibilité, justement, non seulement on s’en fout mais « qu’on fait ce qu’on veut sur notre chaîne ». Pourtant Enderlin a été semblable à lui-même, c’est-à-dire libéré du poids des contingences de la réalité et du devoir de réserve, malgré les lourdes perches successives que lui tendait Allanic.

Ainsi a-t-il fait un parallèle étourdissant entre l’obligation de montrer les images que je viens de commenter et celles, très authentiques celles-là, « montrant la joie de Palestiniens, après un attentat ayant fait de nombreuses victimes en Israël ». C’est vrai que tout rassemble ceux qui se réjouissent de la mort d’innocents (voir l’article de Jean Tsadik « Café Jénin-Jénin ») et ceux qui dansent quotidiennement dans les rues… Utiliser l’opportunité de cette nouvelle imposture afin de constituer un parallèle frelaté entre ceux qui encensent le terrorisme et ceux qui en sont les victimes, voici qui me paraît digne du personnage. Tout comme le fait de se lancer dans un long plaidoyer, en réponse aux téléspectateurs qui se demandaient pourquoi FR2 avait montré ces images, arguant que si on les avait cachées, on aurait donné dans la censure et porté atteinte à la liberté des correspondants en poste dans la région. La censure serait donc, à l’en croire, le fait de ne pas montrer des images que l’on a mises en scène. Là, on cauchemarde. Enderlin de nous rappeler aussi « qu’au moins une chaîne israélienne a souligné le sourire de monsieur Ariel Sharon à ce moment précis ». Lisez, au moment où Sharon a affirmé que sans le terrorisme, la paix et la situation dans la région se porteraient mieux. Le monstre !


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