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Retour sur le voile à la lumière des événements de la rentrée : les opinions des instances islamiques et des personnalités musulmanes dominantes

Par : Aluma Dankowitz - MEMRI

jeudi 11 novembre 2004
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Le projet de loi interdisant le port de signes religieux ostensibles tels que le voile, la kippa ou les grandes croix dans les écoles publiques a été approuvé à une écrasante majorité à l’Assemblée nationale en février 2004, suscitant un débat passionné dans le monde musulman.

Pour les autorités françaises, le port de signes religieux ostensibles à l’école publique met au défi la séparation de l’Eglise et de l’Etat en France, et aggrave les tensions parmi les différents groupes religieux du pays. Les élèves ont toutefois le droit de porter des signes religieux discrets tel que le croissant musulman, la croix ou l’étoile de David, s’ils sont de petite taille.

S’il est vrai que pour les dignitaires religieux musulmans, le port du voile [hidjab] n’est pas un symbole religieux mais bien un devoir religieux, s’agissant des pays non-musulmans, ces derniers se sont montrés plus souples. Le cheikh de l’université Al-Azhar au Caire, Muhammad Sayyed Tantawi, principale autorité sunnite en Egypte, a déclaré que la France, en tant que pays souverain non-musulman, avait le droit d’interdire le voile, et que les musulmans devaient se conformer à la loi du pays. En revanche, le cheikh Youssef Al-Qaradhawi, figure éminente des Frères musulmans, instance religieuse suprême pour la plupart des organisations et mouvements islamistes sunnites, et actuellement en tête la campagne contre l’interdiction du voile, estime que le droit d’un pays souverain à légiférer n’entre en ligne de compte que si les lois établies n’enfreignent pas les droits de l’homme ; c’est ainsi qu’il encourage les musulmans de France à contrer la loi.

Intellectuels et écrivains musulmans sont également impliqués dans le débat sur l’interdiction du voile en France : beaucoup estiment que le port du voile ne fait pas partie intégrante de l’islam, considérant la question de plusieurs points de vue.

A titre d’exemple, l’ancien rédacteur en chef du quotidien londonien en langue arabe Al-Sharq Al-Awsat, Abd El-Rahman Al-Rachid, affirme que l’enjeu de la controverse n’est pas le port du voile par les élèves mais la lutte de pouvoir entre les différentes forces islamiques. (1) L’auteur et journaliste iranien Amir Taheri, résidant à Paris, affirme pour sa part que le « faux hidjab Islamique… représente une marque de soutien aux extrémistes qui souhaitent imposer leur foi, d’abord aux musulmans, puis au monde entier. » (2)Le célèbre auteur et poète syrien Ali Ahmad Sa’id, aussi connu sous le nom d’Adonis, perçoit le voile comme « dissimulant l’esprit, et non la tête ». (3)

Ce dossier résume et analyse les principaux aspects du débat arabe et musulman sur l’interdiction du port du voile en France. Il présente les arguments religieux, politiques, sociaux et culturels mis en avant ainsi que les différentes opinions sur la question telles qu’elles apparaissent dans les médias arabes.

Sommaire
I. Le débat religieux : le cheikh Muhammad Sayyed Tantawi face au cheikh Youssef Al-Qaradhawi
II. Opposition à l’opinion du cheikh d’Al-Azhar
III. Symbole religieux ou décret religieux ?
IV. Ingérence dans les affaires d’Etat ou défense des droits de l’homme ?
V. La campagne contre l’interdiction du voile
VI. Le débat laïc : considérations politiques, sociales et culturelles
1. Gamal Al-Bana : « Le voile est une tradition islamique »
2. Abd El-Rahman Al-Rachid : « L’enjeu de la controverse n’est pas le port du voile par les élèves mais la lutte de pouvoir entre les différentes forces islamiques. »
3. Abd El-Mun’im Sa’id : « Sauvez les musulmans de l’extrémisme qui sévit parmi eux »
4. Amir Taheri : Le voile, « un symbole d’idéologie totalitaire inspiré du nazisme et du communisme plus que de l’islam »
5. Le voile, un symbole de séparatisme social
6. Tarik Ramadan : « Les musulmans craignent une nouvelle forme d’islamophobie. »
7. Ali Ahmad Sa’id (Adonis) : « Dissimuler la tête ou l’esprit »

I. Le débat religieux : le cheikh Muhammad Sayyid Tantawi face au cheikh Youssef Al-Qaradhawi

Fin décembre 2003, le ministre français de l’Intérieur Nicolas Sarkozy rencontrait le président de l’université Al-Azhar au Caire, le cheikh Mohammed Sayyed Tantawi, qui lui faisait part de son opinion selon laquelle la loi islamique permet aux musulmanes résidant en France d’ôter le voile (hidjab). (4) Le cheikh Tantawi a déclaré : « La France a le droit d’interdire le port du voile, la France étant un pays non-musulman, et les musulmanes doivent respecter les lois du pays où elles vivent. » (5)

Le cheikh Tantawi a souligné que « le port du voile est un devoir religieux pour les musulmanes ». Il a toutefois distingué entre les devoirs en pays musulmans et non-musulmans, précisant : « Si une musulmane se trouve dans l’impossibilité de porter le voile, elle devra rendre des comptes à Allah ; c’est pourquoi aucun musulman, qu’il soit dirigeant ou sujet, ne peut s’y opposer (…) [mais] dans un pays non-musulman comme la France où résident des musulmanes, et où les responsables veulent interdire le port du voile, il est de leur droit [d’agir ainsi]. »

« En tant que musulman », explique Tantawi, « je ne peux m’opposer à ce droit, vu qu’ils ne sont pas musulmans. Dans un tel cas, les musulmanes sont sujettes aux lois de l’Etat non-musulman, et du point de vue de la charia [loi islamique], c’est pour elles un cas de force majeure. »

Pour étayer son propos, le cheikh Tantawi se réfère au Coran [chapitre 2, verset 172] : « [Allah] vous a interdit de consommer des carcasses, du sang, de la chair de truie, et ce sur quoi le nom de qui que ce soit d’autre qu’Allah a été invoqué. Mais quiconque se trouve contraint [de consommer] sans le désirer est innocent, parce qu’Allah est clément et miséricordieux. En tant que président d’Al-Azhar, j’ai le devoir de ne pas me mêler des affaires des pays non-musulmans, tout comme je ne permettrais pas à un non-musulman de se mêler de nos affaires. Nous ne devrions pas nous opposer à l’adoption par la France d’un tel projet de loi, de même que nul n’aurait le droit d’objecter quoi que ce soit à l’adoption par l’Egypte d’une loi interdisant aux filles non-voilées d’assister aux cours. C’est le droit de chaque pays de promulguer des lois qui lui conviennent. » (6)

Dans une interview, le cheikh Tantawi a fait preuve d’une tolérance peu courante ces temps-ci chez les oulémas, déclarant : « Les fatwas émises par Al-Azhar ne doivent pas obligatoirement être respectées ; chacun est libre de les accepter ou non. C’est le droit des musulmans de France qui s’opposent au projet de loi de faire appel aux autorités législatives et judiciaires. Si la justice tranchait en faveur du gouvernement en vertu de la laïcité de l’Etat, ces musulmans se trouveraient dans un cas de force majeure. » (7)

Les propos du cheikh Tantawi ont reçu l’appui de Dalil Boubakeur, président du CFCM, imam de la Grande mosquée de Paris, qui a déclaré qu’il respecterait la loi « si celle-ci n’est pas appliquée avec dureté ». (8)

Opposition à la position du cheikh Al-Azhar

Le guide religieux qui mène la campagne contre le cheikh Tantawi et les autorités françaises n’est autre que le cheikh Youssef Al-Qaradhawi, considéré comme le leader spirituel des organisations islamistes et comme l’une des figures islamistes les plus marquantes dans les médias arabes. Il a qualifié la loi française d’ « ’exemple le plus frappant qui soit du mépris des droits de l’Homme », récusant l’opinion du cheikh Tantawi en ces termes : « Il n’est qu’un érudit de l’islam, qui [ne] représente que lui-même et un groupe donné. Il ne représente pas le consensus de tous les érudits de la religion. » (9)

L’ancien président iranien Hashemi Rafsandjani a qualifié la loi française d’« affront majeur envers le monde musulman ». Le cheikh Mohammed Hussein Fadhlallah s’est joint au cheikh Al-Qaradhawi pour exiger que le cheikh Tantawi fasse ses excuses à l’islam et à tous les musulmans qu’il avait offensés. Il a estimé que « par sa déclaration, le président d’Al-Azahr disait en fait à tous les pays musulmans, et même aux pays musulmans laïques : ’Créez des conditions difficiles pour les musulmans, afin qu’ils puissent à juste titre renoncer à leurs obligations religieuses.’ Il dit aux musulmans de France et du monde : ’Vous n’avez pas le droit de vous opposer [à la loi], même au moyen d’un dialogue rationnel avec la France et les autres pays. Vous n’avez pas le droit de parler de vos obligations religieuses. Vous devez vous soumettre aux lois [laïques], même si celles-ci vous interdisent de prier dans les mosquées et de jeûner pendant le Ramadan » (10)

La controverse s’est enflammée au sein même d’Al-Azhar. Certains ont déclaré que le cheikh Tantawi avait donné son avis personnel, et non la position officielle de l’institution. (11) Les parlementaires égyptiens membres du mouvement des Frères musulmans ont réclamé sa démission. (12)

Symbole religieux ou décret religieux ?

La loi en question vise à interdire le port de symboles religieux ostensibles dans les écoles publiques. A cela, les oulémas répondent que le voile n’est pas un symbole, mais une « obligation religieuse ».

Il est intéressant de constater que les cheikhs Tantawi et Al-Qaradhawi ne se sont pas opposés sur la nature du voile ; tous deux considèrent qu’il est l’objet d’un « décret religieux », et non un « symbole religieux ». En revanche, ils ne prônent pas la même attitude face à la loi : alors que le cheikh Tantawi estime que les musulmans de France devraient la respecter, le cheikh Al-Qaradhawi les pousse à s’y opposer.

Le Conseil européen pour les décrets religieux et la recherche islamique, dirigé par le cheikh Al-Qaradhawi, a affirmé que le port du voile a été institué par les principales sources théologiques islamiques : le Coran, la Sunna (paroles et actions du prophète Mahomet, exemple de conduite obligatoire pour les musulmans) et l’Ijma (consensus des érudits religieux). Selon le Conseil, « le voile qui recouvre complètement le corps d’une musulmane, hormis son visage, ses mains et d’après certaines écoles [de pensée] religieuse, ses pieds, est dans l’islam un devoir religieux qui ne peut être contesté. Ce devoir est formulé dans le Coran, la Sunna et fait l’objet d’un consensus de toutes les écoles de pensée musulmanes (…) Il a été respecté pendant 1300 ans, jusqu’à ce que l’impérialisme conquière les terres islamiques et force les musulmans à vivre conformément à des valeurs étrangères et des traditions occidentales différentes des leurs. A l’époque de la renaissance islamique, les musulmans se sont de nouveau mis à croire en eux-mêmes et à leur religion ; femmes et adolescentes ont décidé de leur plein gré de revenir au voile religieux.

Il ne fait aucun doute« , souligne le Conseil, »que toute musulmane qui devient femme est obligée, selon la loi islamique, de porter le voile, comme le dit le Coran [24:31] : ’Dites aux femmes pieuses de retenir leurs regards, de protéger leur chasteté, de ne pas révéler leur beauté, sauf pour ce qui en est visible, et d’envelopper leur poitrine d’un voile (…)’ et dans le Coran [33:59] : ’O Prophète, dites à vos femmes, à vos filles et aux femmes des croyants de porter leurs robes. Il sera ainsi plus facile de les identifier et en conséquence aucun tort ne leur sera fait.’

Puisque le port du voile est un devoir religieux pour la femme musulmane,« conclut le Conseil, » il n’est pas tolérable d’un point de vue religieux, moral, traditionnel, légal et constitutionnel, de l’obliger à renoncer à son devoir, d’adhérer au viol de ses croyances et de sa conscience (…)« Le Conseil ajoute que le voile ne doit pas être considéré comme un symbole religieux car »un symbole est simplement une affirmation, un signe, comme l’étoile de David, la kippa juive ou la croix des chrétiens. Le voile, en revanche, a pour objectif de cacher [le corps] pour préserver la pudeur." (13)

Dans un communiqué émis en janvier 2004 pour protester contre la loi française, le Conseil européen pour les décrets religieux et la recherche islamique précisait : « Le port du voile est un signe de dévotion face au Créateur et un devoir religieux (…) La femme musulmane le considère comme un aspect important de la pratique religieuse. Il n’est lié à aucun lieu public, aucun lieu de culte ou institution - officiels ou non-officiels - d’Etat. Après tout, les décrets islamiques, par nature, ne tracent pas de séparation [entre le culte et la vie en général] dans la vie des pieux musulmans." (14)

Le Conseil de la jurisprudence musulmane aux Etats-Unis est allé dans le sens du Conseil européen en encourageant les femmes à remplir leur devoir religieux dans les pays musulmans comme dans les pays non-musulmans. Pour lui, « le port du voile constitue un devoir religieux et entre dans le cadre de l’exercice des libertés individuelles, au même titre que le fait de ne pas manger de jambon pour les musulmans et les Juifs et celui de ne pas travailler le jour du sabbat pour les Juifs. Faire son devoir, ce n’est pas se montrer hostile à l’égard des autres ; ce n’est pas non plus de la provocation ou un prétexte à confrontation ; [faire son devoir] n’est pas incompatible avec la paix et la sérénité nécessaires à la coexistence. » (15)

Le cheikh Ahmed Kuftaro, mufti syrien et président du Conseil supérieur syrien pour les décrets religieux, a lui aussi écarté l’argument selon lequel le voile serait un symbole : « Le voile n’est pas un symbole qu’une musulmane est libre de délaisser. Il n’est pas une coutume ou une habitude qui peut être modifiée ou remplacée. Le voile est l’une des lois de l’islam concernant la femme et l’un des fondements des rituels religieux. Enfreindre l’injonction de porter le voile revient à attaquer l’un des rituels islamiques. » (16)

Ingérence dans les affaires françaises ou défense des droits de l’Homme ?

Si le cheikh Tantawi et ses détracteurs s’entendent sur la signification religieuse du voile, beaucoup s’opposent à l’opinion du cheikh pour qui la loi française sur le voile est une affaire exclusivement française et pour qui la France, en tant que pays non-musulman souverain, est en droit de promulguer une telle loi. Les adversaires de cette loi se sont déclarés surpris qu’une telle loi puisse être promulguée en France, berceau révolutionnaire de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, et qu’elle soit soutenue par le président Jacques Chirac en personne, lequel s’est opposé à la guerre en Irak et est considéré comme l’un des meilleurs appuis des positions arabes et musulmanes dans le monde. Ils ont averti que cela pourrait détériorer les relations franco-musulmanes et que les intérêts de la France dans le monde musulman pourraient être menacés. Le leader chiite irakien Moqtada Al-Sadr a, par exemple, demandé aux musulmans de boycotter les produits français. (17)

Le mufti d’Arabie Saoudite, le cheikh Abd El-Aziz Aal Al-cheikh, figure sunnite dominante, qualifie le projet de loi d’ « entrave aux droits de l’Homme dans un pays qui prétend ne pas empiéter sur les libertés individuelles. » (18) Le leader chiite libanais Mohammed Hussein Fadhlallah a pour sa part estimé que s’opposer à la loi « ne constitue pas une ingérence dans les affaires nationales de la France, mais est une manifestation islamique culturelle pacifique qui participe au dialogue international des cultures. » (19)

Le mufti égyptien (Dr) Ali Jumma, également membre de l’Institut pour la recherche islamique d’Al-Azhar, a estimé, comme le cheikh Tantawi, que les musulmans ne devaient pas intervenir dans les affaires nationales de la France, celle-ci étant un pays non-musulman. Il a toutefois ajouté : « Nous devrions expliquer à nos frères français que le port du voile est un devoir religieux qui participe de notre identité islamique (...) Nous devrions souligner que la décision de la France revient à nous rejeter, et nous demandons à tous les partisans de la démocratie et des principes de la Révolution française d’appliquer ces principes à tous, y compris aux musulmans. Nous devons expliquer à la France que le problème n’est pas le voile, mais ceux qui le regardent [en s’y opposant] (…) » (20)

Le Conseil européen pour les décrets religieux et la recherche islamique a déclaré que la France avait le droit de promulguer ses propres lois dans la mesure où celles-ci respectaient les droits de l’Homme. Le Conseil assure : « Le droit de tout Etat souverain à promulguer ses propres lois est un principe internationalement reconnu. Nous estimons toutefois que le président d’Al-Azhar aurait bien fait de préciser que ce droit est délimité par les Déclarations des droits de l’Homme, les accords internationaux et les conventions des Nations unies, parce qu’il est inconcevable que la souveraineté d’un Etat justifie des lois qui empiètent sur les droits humains, les libertés individuelles et religieuses. Le président d’Al-Azhar devrait émettre une clarification afin d’empêcher que sa position ne soit mal interprétée, car certains y voient le refus de soutenir ses frères musulmans - lesquels demandent à ce que soient respectés leurs droits légitimes (…) »

Le Conseil déclare en outre que « forcer les femmes à ôter le voile, qui représente leur conscience religieuse et leur liberté de choix, constitue l’une des plus cruelles formes de répression de la femme. C’est contredire les valeurs françaises qui appellent au respect de la femme et de ses libertés individuelles, humaines et religieuses. » (21)

Le Conseil explique aussi que le voile ne constitue nullement une atteinte aux principes laïques de la France : « Il est bien connu que la laïcité libérale n’oppose pas plus qu’elle ne soutient la religion. Elle a une position neutre vis-à-vis de la religion. Vu que personne n’interdit aux femmes de porter des mini., des micro. ou autres vêtements du même type, il n’est pas approprié d’interdire à une femme de porter un voile, à moins que l’Occident n’ait deux poids, deux mesures et ne parle un double langage. Seul un laïcisme athée combat la religion et y voit l’opium du peuple.

Nous demandons que la France, qui se vante d’être la mère des libertés, respecte la foi et les sentiments des musulmans du monde entier, et accepte le pluralisme culturel et religieux de la société française, à l’instar de la culture islamique qui embrassé plusieurs religions, races et cultures (…) »(22)

Dr Nasser Farid Wasil, ancien mufti égyptien, ajoute : « Puisque la France est un pays laïque, nous devons attirer son attention sur le fait que la laïcité ne harcèle pas les religions et que sa décision d’interdire le port du voile contredit les valeurs de la laïcité elle-même. » (23)

Contre la loi sur le voile

Le cheikh Youssef Al-Qaradhawi a exhorté les musulmans - individus, organisations et institutions - à écrire au président Jacques Chirac pour exprimer leur consternation face à sa position. Il lui a lui-même adressé un courrier, l’engageant à reconsidérer son appui à la nouvelle loi. (24) Il a prévenu que la loi française sur le voile « est susceptible d’encourager le radicalisme » et a menacé de poursuivre la France en justice si celle-ci appliquait ses décisions et interdisait dans les faits le port du voile, cette loi étant ’contraire à la constitution française’ ». (25)

Le Conseil européen pour les décrets religieux et la recherche islamique a suggéré aux musulmans de France « d’exiger [l’application] de leurs droits légitimes et de s’opposer à cette loi despotique par des moyens pacifiques et légaux, en paroles et en actions, dans le cadre de la démocratie et de la civilité. » Le Conseil a en outre exhorté la France à « réexaminer son projet de loi dans un but d’unité nationale, de cohésion sociale et de coopération entre les différents secteurs de la société française en cette époque de dialogue - et non de guerre - entre cultures. » (26)

Un groupe de théologiens a mis au point des stratagèmes visant à contourner la loi. Interrogés sur l’éventualité de l’abandon du voile par les femmes, ils ont répondu : « Si les autorités judiciaires et les institutions qui défendent les libertés ne viennent pas au secours des femmes musulmanes, les femmes pourront se contenter de vêtements qui recouvrent leurs corps. Elles pourront porter des vêtements de nonne, des couvre-chefs leur recouvrant la nuque et de longues robes cachant le reste de leur corps et n’attirant pas l’attention sur elles. Ce qui compte, c’est d’être recouvert, non le nom [du vêtement utilisé à cet effet]. Les vêtements de femmes n’ont pas une seule forme. Tout ce qui recouvre la nudité et tous les vêtements [qui permettent d’arriver] au résultat exigé par la charia sont acceptables (…) » (27)

Le cheikh libanais sunnite Mohammed Hussein Fadhlallah a manifesté une position similaire : « Nous menons une action préventive dans le but d’empêcher l’adoption du projet de loi car celui-ci pourrait engendrer des réactions indésirables de la part de personnes non partisanes des [solutions] pacifiques. En outre, [ce projet de loi] risque de compliquer [les sentiments] des musulmans à l’égard de la France, à une époque où le monde musulman, et en particulier le monde arabe, réagit positivement à la politique française, qui va dans le sens des causes islamiques et arabes.

Si ce projet de loi venait toutefois à être approuvé, il existe des solutions au problème. Nous ne demandons pas aux musulmans de recourir à la violence pour le combattre ; nous tâcherons de trouver une solution sur la base des lois islamiques. Il est fort possible que les théologiens [musulmans] proposent [un substitut au voile, tel que] le chapeau ou la perruque, qui ne sont pas permis en temps normal. » (28)

Le débat laïque - considérations politiques, sociales et culturelles

Gamal Al-Bana : « le voile est une tradition islamique »

Contrairement à ce qu’en disent les oulémas, de nombreux intellectuels et écrivains dans le monde musulman ne pensent pas que le port du voile fasse intégralement partie de l’islam, affirmant que les partisans du voile ne s’appuient pas sur des preuves religieuses convaincantes. Gamal Al-Bana, écrivain égyptien et frère de Hassan Al-Bana, fondateur des Frères musulmans, explique : « Si le voile était un devoir religieux, il y aurait dans le Coran un verset clair à ce sujet qui ne pourrait faire l’objet d’interprétations variées. Ce qui est écrit [dans le Coran] est très général et peut être interprété de diverses façons, certains des versets en question se référant spécifiquement aux épouses du Prophète ». Gamal Al-Bana a estimé que le cheikh d’Al-Azhar se montrait « poli vis-à-vis des juges musulmans quand il dit que le voile est un devoir religieux. Il aurait dû le qualifier de tradition islamique. » Il précise que le phénomène du voile dans l’Egypte libérale des années 1930-1940 était une affaire de coutume, non de foi. (29)

Les intellectuels qu ont écrit sur l’interdiction de porter le voile considèrent le soulèvement engendré par celle-ci comme délibéré et nuisible aux intérêts de l’islam. Au lieu de se limiter à des considérations d’ordre religieux, ils expliquent la prolifération du voile comme un phénomène politique, social et culturel.

Abd El-Rahman Al-Rachid : Le débat religieux masque une lutte de pouvoir interne

Abd El-Rahman Al-Rachid, ancien directeur du quotidien Al-Sharq Al-Awsat, édité en arabe à Londres, estime que les critiques du cheikh Al-Qaradhawi à l’encontre du cheikh Tantawi ainsi que les autres dures reproches adressés à ce dernier sont motivés par des considérations politiques. D’après Al-Rachid, « l’objet de la bataille qui se livre en France n’est pas le port du voile par des étudiantes dans un pays européen, mais la domination religieuse dans le monde islamique. » (30)

« Ce serait une erreur », continue-t-il, « d’obéir aux dictats des cheikhs sans comprendre l’élément politique qui entre en jeu dans ce décret religieux, lequel est devenu, ces dernières années, un instrument dont l’opposition se sert pour tenter de renverser les actuelles sources d’autorité. » (31)

Dans un autre article intitulé « Luttez contre l’extrémisme, non contre le gouvernement français », Al-Rachid réprimande les intellectuels arabes qui, au lieu de lutter contre les causes de la peur de l’islam en Occident, telles que le terrorisme ou le radicalisme, ont entrepris de diffamer la France au sujet de ses motivations, sous prétexte de défendre les droits fondamentaux des immigrés musulmans. Al-Rachid conclut que les intellectuels « n’ont pas saisi l’ampleur des dégâts causés par l’extrémisme religieux (…) qui menace l’avenir de la diaspora musulmane. Un tel extrémisme n’est plus tolérable, même dans des sociétés religieuses telles que les Etats du Golfe. » (32)

Abd El-Mounim Saïd : « Sauvez les musulmans du monde entier de l’extrémisme qui se trouve en leur sein »

Abd El-Mounim Saïd, directeur du Centre Al-Ahram pour les études politiques et stratégiques, explique que le problème du voile a été exploité par des éléments islamiques radicaux. Il remarque qu’au cours de la rapide propagation de l’islam au 20ème siècle, les coutumes islamiques et les codes vestimentaires sont devenus plus apparents ; personne, toutefois, ne s’intéressait jusque là au port du hidjab par les femmes. Abd El-Mounim Saïd estime que cette attitude a changé, non en raison d’une soudaine éruption de racisme en Occident, mais parce que « le fondamentalisme islamique a infiltré plusieurs groupes de musulmans expatriés. Le hidjab était présenté comme la première étape d’un long chemin jalonné de devoirs religieux culminant dans le djihad, lequel peut impliquer l’élimination de tous ceux qui s’opposent aux idées d’un groupe donné. Peut-être le problème essentiel n’est-il même pas celui de l’extrémisme, vu qu’il existe des extrémistes de toutes religions et confessions ; le problème est que le public islamique ne semble que modérément dérangé par la présence de ces extrémistes en son sein (…)

Saïd estime que c’est ce climat extrémiste qui a fait du hidjab un problème en France, amenant à s’interroger sur les motivations politiques et les méthodes de propagation et de recrutement de certains groupes musulmans. Saïd, tout comme Al-Rachid, estime que si les musulmans et leurs imams se préoccupent véritablement de libertés, ils doivent commencer par s’attaquer à la racine du problème. « Il est temps », dit-il, « de sauver les musulmans du monde entier, non de traitements injustes, mais de l’extrémisme qui se trouve en leur sein, qui menace de brûler tous les ponts avec le reste du monde. » (33)

Amir Taheri : le voile, « symbole d’une idéologie totalitaire inspirée plus du nazisme et du communisme que de l’islam »

Amir Taheri, écrivain et journaliste iranien résidant à Paris, considère également que le voile constitue un instrument politique qui n’a rien à voir avec l’islam en tant que religion, le port du voile n’étant sanctionné ni dans le Coran ni dans les hadiths (traditions) attribuées au prophète Mahomet. Taheri remarque qu’au fil des siècles, les musulmanes, tout comme les autres femmes, se sont couvert la tête de diverses façons. Il s’agit d’une coutume aux origines tribales, ethniques et généralement folkloriques, qui n’a jamais été liée à la religion. Il cite l’exemple du Sénégal, où les musulmanes portent des couvre-chefs colorés pour se protéger du soleil pendant qu’elles travaillent dans les champs, mais ont le buste dénudé. Taheri affirme : « Ce faux hidjab islamique n’est qu’un support politique, une arme du terrorisme visuel. C’est le symbole d’une idéologie totalitaire, inspirée plus du nazisme et du communisme que de l’islam (…) C’est un signe de soutien aux extrémistes qui veulent imposer leurs croyances, d’abord aux musulmans, puis au monde entier, par des pressions psychologiques, la violence, la terreur et au bout du compte, la guerre (…) » (34)

Ces remarques n’empêchent pas Taheri de critiquer le projet de loi français : « La France va là où la loi ne devrait pas aller. » Il souligne que « la capacité humaine à inventer des symboles est illimitée », expliquant que pour cette raison, les autorités françaises auront le plus grand mal à définir ce qui constitue des « symboles religieux ostentatoires ». « Le fait de lutter contre les symboles », conclut-il, « représente au mieux un effort chimérique et, au pire, un symptôme de remise en question nationale. » (35)

Dans un autre article, Taheri déclare que « ce projet de loi fait une montagne d’une taupinière ». Il qualifie l’interdiction de porter le voile de « geste politique » qui ne tient pas compte des véritables problèmes de la société française. D’après lui, une grande partie de la population musulmane en France connaît les mêmes épreuves que les Afro-américains aux Etats-Unis. Selon Taheri, les musulmans français, principalement d’Afrique du Nord, « n’ont pas l’occasion [de s’en sortir] et sontessentiellement parqués dans les vastes banlieues staliniennes des métropoles - l’enfer à peu de chose près. Plutôt que de tergiverser sur le foulard, le gouvernement ferait bien de s’occuper de ces problèmes. On ne les résoudra pas en promulguant une loi de ce type, en se tenant à la sortie des écoles dans le but d’arracher le foulard de la tête des jeunes filles. » (36)

Le voile, symbole de séparation sociale

Le nombre croissant de musulmans en France pose un défi social et culturel à la société française. De nombreux citoyens musulmans souffrent d’un statut socio-économique inférieur, de chômage, de discrimination raciale, du harcèlement policier. Il ne leur est pas facile de s’intégrer dans cette société d’accueil ; ils se sentent frustrés d’être considérés comme des citoyens de deuxièmes classe avec de faibles perspectives de promotion sociale. A ce niveau, le débat sur le voile est un symptôme de tension entre la majorité laïque en France et la population musulmane.

Les problèmes socioculturels auxquels doit faire face la population musulmane en France poussent à s’interroger sur la résistance opposée par la population musulmane à l’intégration et sur son identité revendiquée. Ce sont là deux aspects qui expliquent la prolifération du voile en France. Saad Al-Din Ibrahim, activiste égyptien des droits des l’Homme, estime que certains immigrés musulmans n’ont pas été intégrés à la vie européenne parce qu’ils ne le souhaitaient pas ou parce que la société européenne n’a pas voulu d’eux. C’est précisément ces mêmes musulmans, qui, selon Ibrahim, se sont efforcés d’apporter une éducation islamique à leurs enfants, et le voile est devenu le symbole de leurs efforts. (37)

« Il est clair que les raisons qui incitent à porter le voile en France ne sont aucunement islamiques », explique Saleh Al-Qallah, ancien ministre jordanien de l’Information, actuellement chroniqueur au quotidien Al-sharq Al-Awsat. « Il faut être têtu pour ne pas s’intégrer à la société française et occidentale en général, et il existe une forme de concurrence entre les segments laïques et spirituels de la minorité arabo-islamique elle-même. Certaines traditions et coutumes ont été importées par les immigrés dans leur nouvel environnement. » (38)

Tariq Ramadan : les musulmans craignent un nouveau type d’islamophobie

Tariq Ramadan, professeur d’études islamiques et de philosophie islamique à l’Ecole de Genève et à l’Université de Freiburg, en Suisse, a appelé les musulmans français à manifester, non seulement contre la loi sur le voile, mais aussi contre « cette politique sociale qui les marginalise, ainsi que d’autres [dans la société française] ». (39) Dans un article en anglais publié par le cite BBC News, il explique : « Les musulmans en France pensent qu’ils sont pris pour cible. Ils craignent que la loi interdisant le port du foulard à l’école n’ouvre la porte à toutes sortes de discriminations. Le débat est si passionné en France que les musulmans craignent un nouveau type d’islamophobie. »

Ramadan conclut que « la réalité en Europe est celle d’une population musulmane croissante, et beaucoup d’Européens ont peur de perdre leur identité. Le débat qui a cours en France et ailleurs au sujet du foulard semble être une manifestation de cette crainte (…) » (40)

Dans un article du quotidien Al-Hayat, publié en arabe à Londres et intitulé « Le voile en France soulève des questions d’ordre socioculturel », un académicien français anonyme originaire d’Afrique du Nord affirme que le voile est devenu le symbole de la résistance à l’intégration et du sentiment de séparation et de distinction des autres : « Vous nous rejetez parce que nous sommes arabes, alors laissez-nous retourner à nos origines et nous comporter en fonction. Puisque nous habitons dans des quartiers à majorité musulmane et nord africaine, créons-nous une petite Afrique du Nord, adjacente aux grandes villes. » Cet académicien anonyme, identifié uniquement par le pseudonyme hadjiba (voilé), affirme que si la majorité des jeunes filles qui portent le voile ne connaissent rien à l’islam, elles se servent du voile dans leur quête identitaire et pour se faire accepter de leur milieu social, lequel les aurait dans tous les cas rejetées si elles s’étaient comportées en Françaises. (41)

Ali Ahmed Saïd (Adonis) : « S’agit-il de cacher la tête ou l’esprit ? »

Ali Ahmed Saïd, écrivain et poète syrien renommé, aussi appelé « Adonis », critique durement le symbole de séparatisme social qu’est le voile. Dans un article intitulé « S’agit-il de cacher la tête ou l’esprit ? », il soutient que toutes les opinions qui considèrent le port du voile comme obligatoire ne sont que des interprétations, et n’engagent que ceux qui y adhèrent. Il explique que les musulmans qui cherchent à imposer le voile représentent une minorité politique, estimant que « les musulmans et les Occidentaux ne devraient pas voir en eux les représentants d’une religion, mais d’un simple parti politique. » D’après Adonis, le fait de souligner ainsi sa différence indique une volonté de séparatisme :

« L’une des règles simples que les musulmans [en Occident] devraient connaître, principalement ceux qui ont acquis la citoyenneté dans leur pays de résidence, consiste à séparer le domaine privé du domaine public, les croyances personnelles des valeurs sociales communes, parce qu’il n’y a pas d’autre choix possible que d’adhérer aux valeurs communes, surtout quand il s’agit d’éducation et d’institutions civiles. Les musulmans qui tiennent au voile devraient comprendre que leur engagement signifie qu’ils ne respectent pas les sentiments de ceux qui ont le même pays natal qu’eux, qu’ils n’ont pas les mêmes valeurs, qu’ils méprisent les fondements de la vie [des autres] et déconsidèrent leurs lois (…), rejetant les principes démocratiques de la République de leur pays d’adoption, laquelle leur a apporté travail et liberté (…)

Les musulmans qui militent pour le voile sont minoritaires, en Occident comme dans le monde arabe (…) Cette minorité musulmane en Occident essaie, au lieu de respecter la démocratie et ses principes, de discréditer celle-ci en imposant par la force ses idées, non seulement aux musulmans, mais à la démocrate elle-même (…) Tous les faits indiquent que ce groupe n’est rien de plus qu’une minorité politique. Les musulmans et les Occidentaux devraient le traiter non comme le représentant d’une religion, mais comme un simple parti politique. »

Dans son article, Adonis dépasse le cadre de la loi sur le voile en affirmant que les symboles religieux ostensibles devraient être interdits dans le domaine public : « La mosquée est l’unique lieu en Occident où les musulmans peuvent se comporter différemment et exprimer leur identité religieuse [signifiant qu’il devrait en être de même dans les pays arabes]. C’est le seul endroit où ils exercent pleinement leurs droits religieux. L’exercer hors de la mosquée représente un affront aux valeurs communes. Les institutions, et en particulier les institutions éducatives, sont un terrain publique civil, un endroit de rencontre ouvert à tous, un lieu où aucun symbole religieux distinctif ne devrait apparaître. Ajoutez à la liste la rue, les cafés, les clubs, les cinémas, les salles publiques, les conférences. Afficher des symboles religieux ostensibles dans ces lieux affaiblit leur signification et objectifs et porte atteinte à la cohésion des présents. C’est une expression de séparatisme plutôt que d’intégration, le renforcement d’une identité individuelle au dépens de l’identité publique. C’est un affront aux sentiments, à la culture, aux mœurs communs à tous (…)

Pour en venir à l’opinion selon laquelle la musulmane qui porte le voile exerce son droit de liberté religieuse (…), ce droit existe bien et est respecté tant qu’il est exercé en privé. Hors du domaine privé, il devient un affront pour les autres, un affront à leurs opinions, à leurs pensées, à leurs sentiments, sans parler du fait qu’il s’exerce au mépris des lois et des principes civils et du chemin parcouru jusqu’à ces derniers (…)

Une interprétation religieuse qui rend obligatoire le port du voile pour les musulmanes résidant dans des pays laïques, pays qui ont établi une séparation entre le religieux et le politique, l’égalité entre les droits et les devoirs des hommes et des femmes, met en avant une façon de penser qui ne voile pas seulement la femme, mais aussi les êtres humains, la société, la vie et l’esprit (…) » (42)

Conclusion

Le débat musulman sur la nouvelle loi française interdisant le port de symboles religieux ostensibles dans les écoles publiques révèle deux approches islamiques du mode de vie musulman et de la pratique religieuse en pays non-musulmans. L’une d’elles est principalement le fait du cheikh de l’université Al-Azhar du Caire, Mohammed Sayyed Tantawi, qui a recommandé aux musulmans vivant en pays non-musulmans de respecter les lois de leurs pays de résidence. La deuxième approche, et aussi la plus populaire dans les milieux religieux, est celle du cheikh Youssef Al-Qaradhawi, qui incite les musulmans des pays non-musulmans à s’opposer à une telle législation via le système démocratique des pays occidentaux.

L’argument laïque prend en compte l’impact politique, social et culturel du voile, considérant ce dernier comme un instrument politique des groupes extrémistes islamiques en Occident. Le port du voile est vu comme le signe d’un refus d’intégration.
Les questions religieuses, politiques, sociales et culturelles soulevées par l’approbation de la loi préoccupent les pays européens ayant de grandes minorités musulmanes, tels que la Grande Bretagne, l’Allemagne et la Belgique. Le règlement de la question du voile en France influencera assurément les autres pays européens dans leur attitude face à leurs minorités musulmanes ; il influencera également l’attitude des musulmans vis-à-vis des sociétés européennes dont ils sont une composante. A plus grande échelle, le sujet aura probablement des conséquences sur les relations entre pays arabes et musulmans et gouvernements européens.


  • Aluma Dankowitz est directrice du projet de Réforme de MEMRI.

    [1] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 20 janvier 2004
    [2] New York Post, le 15 août 2003
    [3] Al-Hayat (Londres), le 26 janvier 2003
    [4] Le hidjab est un voile qui recouvre la tête mais non le visage. Dans les régions dominées par les groupes islamiques radicaux, comme en Afghanistan sous le régime taliban, les femmes doivent porter le niqab - qui recouvre aussi le visage, à l’exception des yeux. Les femmes qui portent le niqab doivent en outre recouvrir l’intégralité de leurs corps, mains et pieds compris.
    [5] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 31 décembre 2003.
    [6] Islam Online, le 30 décembre 2003.
    [7] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 12 janvier 2004.
    [8] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 20 janvier 2004.
    [9] Al-Hayat (Londres), le 6 janvier 2004.
    [10] Al-Hayat (Londres), le 3 janvier 2004.
    [11] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 5 janvier 2004.
    [12] Al-Hayat (Londres), le 3 janvier 2004.
    [13] Islam Online, le 11 avril 2000.
    [14] Islam Online, le 4 janvier 2004.
    [15] Al-Raya (Qatar), le 27 janvier 2004.
    [16] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 27 janvier 2004.
    [17] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 10 janvier 2004. Moins d’une semaine après l’attentat de Madrid (le 16 mars 2004), deux journaux français, Le Parisien et Le Monde, ont reçu, et publié, une lettre d’un groupe islamique inconnu se faisant appeler « Les serviteurs d’Allah, le Sage et le Puissant », menaçant de recourir à la violence si le gouvernement français n’abrogeait pas la loi sur le voile.
    [18] Al-Zaman (Londres), le 28 janvier 2004.
    [19] Al-Hayat (Londres), le 14 janvier 2004.
    [20] Islam Online, le 30 décembre 2003.
    [21] Islam Online, le 4 janvier 2004.
    [22] Islam Online, le 11 avril 2000.
    [23] Islam Online, le 30 décembre 2003.
    [24] Islam Online, le 30 décembre 2003.
    [25] Al-Bawaba Online, le 7 janvier 2004.
    [26] Islam Online, le 4 janvier 2004.
    [27] Islam Online, le 13 décembre 2003.
    [28] Al-Hayat (Londres), le 14 janvier 2004.
    [29] Al-Rai (Jordanie), le 9 mars 2004.
    [30] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 20 janvier 2004.
    [31] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 22 janvier, 2004.
    [32] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 4 février 2004.
    [33] Al-Ahram weekly (Egypte), le 29 janvier 2004.
    [34] The New York Post, le 15 août 2003.
    [35] National Review Online, le 3 février 2004. http://www.nationalreview.com/nr_co...
    [36] BBC News Online, le 10 février 2004.
    [37] Al-Hayat (Londres), le 4 février 2004.
    [38] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 3 janvier 2004.
    [39] Islam Online, le 15 janvier 2004.
    [40] BBC News Online, le 10 février 2004. http://news.bbc.co.uk/2/hi/europe/3... - Tariq
    [41] Al-Hayat (Londres), le 27 décembre 2003.
    [42] Al-Hayat (Londres) le 26 juin 2003


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