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Un hebdomadaire tunisien dénonce : « Vous êtes chez vous et vous entendez en août 2004 que la polygamie est une miséricorde divine »

MEMRI

lundi 1er novembre 2004
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L’hebdomadaire tunisien indépendant Réalités, publié en français, comporte, dans son numéro du 12 août 2004, (1) un article du journaliste Zyed Krichen sur la nécessité de réformes dans les pays arabes, notamment en ce qui concerne le statut de la femme. Tout en soulignant que la Tunisie bénéficie d’une grande avance dans ce domaine, Zyed Krichen tente de définir les obstacles passés et présents qui empêchent la mise en œuvre de telles réformes dans la vaste majorité des pays arabes, accusant ce qu’il nomme « l’islamo-arabisme ». L’article est intitulé : " La femme arabe face aux conservatismes.

« En voici de larges extraits : » (…) le chemin parcouru par notre pays dans ses structures sociales et familiales n’a nulle part ailleurs son égal dans le Monde arabe «  » Les anniversaires ont ceci d’intéressant : ils nous permettent de mesurer le chemin accompli et, par-delà, de mieux jauger les défis à venir.

Il y a de cela quarante ans, un certain 13 août 1956, une véritable révolution secoua la toute jeune Tunisie indépendante. Le Code du Statut Personnel, c’est de cela qu’il s’agit, par un ensemble de décisions et de lois symboliques (abrogation de la polygamie et de la répudiation, mariage civil, instauration d’un âge minimum pour le mariage…) a opéré la mutation sociale la plus profonde et la plus féconde dans le Monde arabe post-colonisation.

On ne dit pas cela par chauvinisme étriqué ou par un complexe de supériorité, qui n’a d’ailleurs pas lieu d’être, mais parce que près d’un demi-siècle plus tard le chemin parcouru par notre pays dans ses structures sociales et familiales n’a nulle part ailleurs son égal dans le Monde arabe.

Pourtant, cette force est aussi la faiblesse de ce que l’on pouvait appeler, sans fanfaronnade, le « modèle tunisien ». Certes, certaines avancées sociales, surtout au Maroc l’année dernière, doivent beaucoup à ce modèle. Mais sa quasi solitude constitue sa fragilité. Il suffit de scruter les médias pan-arabes et surtout les chaînes satellitaires pour se rendre compte de cet état de fait (…)

Le nationalisme arabe, toutes tendances confondues, a constitué le principal mouvement politique populaire dans le Monde arabe. Son idéologie socialisante et laïque a constitué en quelque sorte la « voie arabe » vers la modernité. Mais l’erreur historique de cette mouvance, qui a pris le pouvoir dans nombre de pays arabes, et non des moindres, est d’avoir renvoyé aux calendes grecques les réformes sociales nécessaires pour sortir nos sociétés de leur arriération.

L’Etat d’Israël fut à la fois une circonstance atténuante et aggravante. Atténuante, parce qu’on a pensé, à tort, qu’il ne fallait pas « traumatiser » des sociétés par des réformes controversées alors qu’on voulait en même temps canaliser toutes ses énergies dans le combat militaire contre l’ennemi sioniste. Aggravante, par la suite, par le maintien d’un statu quo néfaste et inhibant sous prétexte que l’ennemi sioniste est à nos portes. Statu quo qui n’a profité qu’aux juntes dirigeantes Le cumul des défaites, des renoncements et des aventures non maîtrisées a définitivement condamné ce national-progressisme, populiste et velléitaire. De force de transformation sociale et politique, du moins dans le discours, il s’est transformé progressivement en force de refuge et de narcissisme identitaire. Il ne voulait plus révolutionner la Nation arabe, mais la défendre. Il ne combattait plus les forces réactionnaires intérieures, mais les ennemis extérieurs qui travaillent à notre perte. Pas à pas et subrepticement, il se fondait dans un nouveau moule idéologique qu’on pourrait appeler l’islamo-arabisme. «  » L’islamo-arabisme est un nouveau syncrétisme qui est en train de se dessiner sous nos yeux «  » L’islamo-arabisme est un nouveau syncrétisme qui est en train de se dessiner sous nos yeux. Sa naissance symbolique a été officialisée par le président irakien déchu. Saddam Husseïn quand il a ajouté en 1990, après avoir envahi le Koweït, « Dieu est grand » sur le drapeau irakien.

C’est cet islamo-arabisme qui sévit dans tous les médias pan-arabes. Il caracole de victoire en victoire faute de combattants. Il n’a plus d’adversaire à sa mesure. Les intellectuels éclairés rechignent à débattre avec ces nouveaux sophistes. Et puis, qui oserait mettre en doute ce fonds de commerce sacralisé ? La Nation arabe est menacée de toutes parts : « Ils nous haïssent parce qu’on est arabes et musulmans, et qu’on est les seuls dans le monde à pouvoir leur résister ». Après avoir occupé la Palestine, « ils » occupent maintenant l’Afghanistan et l’Irak. L’Iran, la Syrie, l’Arabie Saoudite, l’Egypte, le Soudan…sont sur la liste. L’islamo-arabisme défend l’honneur de la nation et les chaînes satellitaires ne font que refléter et amplifier cette nouvelle idéologie. Si le nationalisme arabe d’antan, laïque et socialisant, n’a voulu, ou pu, entamer aucune réforme sociale sérieuse, l’islamo-arabisme, lui, ne fait que défendre les valeurs et « l’identité » de la nation. Ces valeurs et cette identité sont puisées dans le salafisme ambiant. Du coup, vous êtes chez vous et vous entendez en août 2004 que la polygamie est une miséricorde divine pour sauver la famille et la femme, que son abrogation est une hérésie, que la femme, victime du viol, est responsable de cet acte abject car elle ne s’est pas conformée au « voile islamique », donc elle est victime et coupable à la fois.

Sommes-nous, en Tunisie et au Maghreb, épargnés par cette nouvelle mouvance ? Assurément non. Il suffit de constater de visu la propagation du voile dit islamique. Il serait intéressant d’étudier de près les motivations de ces femmes de tout âge et condition sociale qui se mettent au port du voile, mais il nous semble que l’impact des prêches cathodiques n’est pas du tout à négliger.

Dans un monde qui perd de plus en plus ses repères, la religion constitue la certitude suprême. Si on vous répète du matin au soir qu’une bonne musulmane doit nécessairement porter le voile, si on vous passe en boucle les anciennes stars du cinéma et de la chanson « repenties » et voilées, si les cheikhs d’Al Azhar et des deux Saintes Mosquées viennent à la rescousse avec les arguments massues du Coran et de la tradition prophétique, si on nous assure que l’Occident est notre ennemi et que les valeurs universelles sont des mensonges pour miner l’Islam et ses fondements,…si vous êtes exposés à tout cela dans votre salon, dans votre intimité (magie de la technologie), êtes-vous capable d’y résister longtemps , et au nom de quelles valeurs ? «  » Le statut de la femme est la pierre angulaire de notre retard culturel et social. «  » Rendons encore une fois hommage à ce grand visionnaire que fut Bourguiba. Le statut de la femme est la pierre angulaire de notre retard culturel et social. Certes, beaucoup de réformistes l’ont dit avant lui. Mais c’est le seul chef d’Etat arabe à avoir osé affronter ce tabou avant même d’entamer les autres réformes politiques et économiques. Si Nasser l’avait osé aussi, le Monde arabe aurait certainement un autre visage aujourd’hui.

Les victoires cathodiques de l’islamo-arabisme ne doivent pas nous impressionner outre mesure. Le modèle qu’il nous propose n’est plus opérationnel. La faculté de nuisance est certes importante, les retours en arrière ne sont jamais exclus, mais la modernité s’impose, quoique lentement, à tout le Monde arabo-musulman. Le problème, c’est qu’elle s’impose beaucoup plus facilement dans les faits que dans les têtes. Les nouveaux « dogmes » de l’islamo-arabisme sont plus fragiles qu’on ne le croit. Leur solidité apparente ne provient que du désintérêt ou la démission des intellectuels et des structures de l’Islam officiel dans nos pays. Le Musulman a le droit de vivre sa foi et d’avoir de la ferveur religieuse. C’est aux Uléma éclairés de l’Islam de définir les cadres modernes de la religiosité. Ils répondent de cette responsabilité devant les hommes et devant leur propre conscience. Si l’Islam n’arrive pas à se débarrasser du carcan salafiste, c’est toute sa culture et sa spiritualité qui seront menacées. Nous, Tunisiens, et tous les Arabes, femmes et hommes, épris de liberté et de progrès, devons pousser les dirigeants arabes à plus de courage et d’audace, à changer profondément le cadre juridique de la famille et le statut de la femme. Un seul pas dans ce sens pèsera plus que toutes les idéologies islamo-arabistes réunies. "

http://www.realites.com.tn/index1.php?mag=1&cat=/1110CHRONIQUES/22Edito&art=10013&a=detail1 <http://www.realites.com.tn/index1.php?mag=1&amp ;cat=/1110CHRONIQUES/22Edito&art=10013&a=detail1>
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