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Être juif aujourd’hui c’est être soupçonné

Alain Finkielkraut - Propos recueillis par Elisabeth Lévy - Figaro Magazine

samedi 24 juillet 2004
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La multiplication des violences antijuives - de la profanation des cimetières à l’agression physique - donne la nausée. Si la France n’est pas antisémite, les Juifs ont, selon le philosophe Alain Finkielkraut, auteur de Au nom de l’Autre, réflexions sur l’antisémitisme qui vient (Gallimard), quelques bonnes raisons de s’inquiéter.

Le Figaro Magazine - L’appel d’Ariel Sharon à l’émigration massive des Juifs de France a suscité une indignation considérable, y compris au sein des institutions communautaires. Partagez-vous cette indignation ?
Alain Finkielkraut
- Même si, on l’oublie trop souvent, le sionisme repose sur l’idée qu’il n’y a pas d’avenir pour les Juifs hors de l’Etat juif, Sharon a eu tort de parler comme il l’a fait. Cette diatribe d’Israélien moyen n’est pas digne d’un homme d’Etat. Il reste que l’opinion française qui s’indigne de ses propos s’attache par ailleurs à lui donner raison.

Mais comment une agression antisémite qui n’a pas eu lieu - l’affaire du RER D - peut-elle vous mener à cette conclusion ?
L’agression du RER D était, en effet, imaginaire. Mais ce qui ne relève pas de l’affabulation, c’est la fureur antijuive que ce non-événement a déclenchée. Les langues se sont déliées, les gens se sont lâchés, on a parlé de « Saint-Barthélémy philosémite », on a dit que les Juifs, ces pistonnés, ces éternels privilégiés, font pleurer la société sur leurs malheurs fictifs en attisant de surcroît le racisme antimusulman. A cette malveillance déchaînée, un journal de référence a apporté sa caution officielle et compassionnelle en écrivant qu’aujourd’hui, pour obtenir une notoriété immédiate, il suffit de dire qu’on est victime d’une agression antisémite commise par des Arabes et des Noirs. Au terme d’une semaine folle où les Juifs n’ont rien fait, les voici accusés par les plus excités d’inventer l’antisémitisme de toutes pièces, et par les plus modérés d’exagérer sciemment la dimension du phénomène. Rancoeur sociale des uns « ils ont tout et nous n’avons rien », coeur sur la main des autres « ils posent à la victime pour qu’on ne se soucie pas des vraies victimes : les Palestiniens » : contre cette alliance implacable du sentiment et du ressentiment, il n’y a rien à faire. La bataille est perdue.

Mais pourquoi les Juifs seraient-ils épargnés par la maladie contemporaine de la victimisation ? Ne seraient-ils pas en partie des « Juifs imaginaires » ?
Je ne crois pas. C’est au moment de la profanation du cimetière de Carpentras que les Juifs se sont, si l’on peut dire, « raconté des histoires ». Ils étaient prêts à en découdre avec l’hydre antisémite. Prêts, et même, impatients. Surtout ceux qui, nés après la guerre, avaient en tête les images de l’horreur alors même qu’ils menaient une vie confortable. Mais aujourd’hui, les Juifs sont pris au dépourvu. La haine qu’ils subissent déjoue complètement leurs fantasmes. Elle ne vient pas de cette extrême droite avec laquelle ils espéraient rompre des lances. Elle est islamo-progressiste et parle la langue de l’antiracisme.

Pour autant, ne risque-t-on pas de finir par voir en chaque Maghrébin un antisémite ?
Ce serait non seulement dangereux, mais indigne. On ne peut pas, on ne doit pas réagir à l’inculpation collective par des jugements eux-mêmes définitifs et globaux. La droiture exemplaire de Fadela Amara (Ni putes ni soumises) et de Malek Boutih nous l’interdisent formellement.

Vous voyez bien : on se voile un peu moins la face aujourd’hui qu’hier. Au sein des Français issus de l’immigration, des voix dénoncent un antisémitisme essentiellement musulman même s’il ne concerne qu’une minorité. N’est-ce pas encourageant ?
Malheureusement, on commençait de sortir de la dénégation et voici qu’on y retourne tête baissée. Nous sommes à nouveau plongés dans cet univers irréel où l’insécurité relève du fantasme et où les jeunes issus de l’immigration africaine ou maghrébine sont ignoblement accusés d’antisémitisme.

La prise de conscience s’est faite et pas seulement au plus haut niveau de l’Etat. Cependant, plus personne ne sait comment enrayer l’engrenage infernal.
Comment, en effet, contrer la propagande qui se déverse à flots continus par les antennes paraboliques ? La France n’a plus de frontières. Elle a longtemps cru que c’était un progrès. C’est peut-être une épouvantable régression.

Les Juifs de France n’auraient-ils pas tort de rejeter la France, de la désigner comme un pays antisémite ?
Il y a en effet un risque de rupture entre les Juifs et la France, parce que les Juifs, dans leur majorité, sont ulcérés par le lien qui se tisse entre la racaille pogromiste et l’élite progressiste. Qu’il y ait des intellectuels pour faire conspuer le nom d’un certain nombre de personnalités juives lors des meetings d’Euro-Palestine est accablant. Qu’il y en ait d’autres pour réduire le phénomène actuel à des « tensions intercommunautaires » ou pour en faire une retombée du conflit israélo-palestinien est insupportable. Les Juifs ont de plus en plus le sentiment qu’on leur demande de lâcher Israël s’ils veulent être défendus. Il faut refuser ce chantage. Ce n’est pas le conflit israélo-palestinien qui nourrit l’antisémitisme, c’est l’obsessionnelle traduction de ce conflit dans la langue de l’antiracisme. Si les sionistes sont les ennemis du genre humain, alors ils ne peuvent pas s’étonner de la vengeance des peuples. Je dirais, en paraphrasant Yitzhak Rabin, qu’il faut lutter pour des négociations et un compromis territorial entre Israéliens et Palestiniens comme s’il n’y avait pas d’antisémitisme et combattre l’antisémitisme sans se laisser intimider par la situation au Moyen-Orient.

Il n’empêche, les déclarations de Sharon ne font que jeter un peu plus d’huile sur le feu.
Bien que profondément attaché à Israël, je me suis toujours senti chez moi en France. En ce sens, je ne suis pas sioniste. Mais ce n’est pas Sharon qui jette de l’huile sur le feu de l’antisémitisme, ce sont tous ceux qui l’excusent ou le minimisent en traitant les Juifs de menteurs et de complices d’un Etat criminel. Etre juif aujourd’hui, c’est être soupçonné. L’écart se creuse entre le pays que j’ai aimé et celui que j’habite. Je comprends donc que certains aient envie de changer d’air.


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