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Le satiriste Ali Salem à la Ligue arabe : La lumière est au bout du tunnel

MEMRI

vendredi 11 juin 2004
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En prévision du Sommet de la Ligue arabe à Tunis (22-23 mai), le quotidien Al-Hayat, édité en arabe à Londres, avait publié une lettre ouverte aux participants du grand dramaturge et satiriste égyptien Ali Salem, dont voici quelques extraits : (1)

« Ces 30 dernières années, le train de l’histoire s’est arrêté deux fois à la station de la paix dans la région arabe. »

" Je vous écris en tant que représentant de dizaines de millions d’habitants de la région arabe, des gens simples las de ne pouvoir vivre en paix. Je reconnais qu’en raison de difficultés techniques, ils ne m’ont pas choisi pour porte-parole ; c’est donc moi qui ai choisi (…) de parler en leur nom. Je me suis dit que ce serait leur rendre service que de présenter à vos Excellences ce que je pense, ce que je crois qu’ils pensent, et ce qui peut rendre leurs vies tolérables et utiles - ce qui à mon avis vous préoccupe et vous intéresse aussi.

Ces trente dernières années, le train de l’histoire s’est arrêté deux fois à la station de la paix dans la région arabe. La première fois, c’était à Camp David [en 1979], où l’accord de paix israélo-égyptien a été signé, ce après quoi [le président égyptien Anwar] Sadate, ainsi que l’Egypte, ont été durement punis d’avoir opté pour une ’solution indépendante’ (…)

En conséquence de cette haine ’entière et juste pour tous’ à l’encontre de l’Egypte et de la paix, l’accord de paix israélo-égyptien a été réduit à un simple accord de cessez-le-feu, tandis que l’objectif de la paix - faire disparaître l’amertume de la région - a été perdu. (2)

Fin 1993, le train de l’histoire s’est à nouveau arrêté dans la région, une nouvelle fois en route vers la paix. [Ce furent] les Accords d’Oslo - ou la première fois de l’histoire que les deux côtés, israélien et palestinien, se reconnaissaient mutuellement. C’était aussi la première fois de l’histoire que les Palestiniens avaient un gouvernement. Certains, moi compris, ont vu dans cet accord un miracle politique et une base solide. «  » Une hostilité entière et juste pour tous « vis-à-vis des Accords de paix » [Mais] cet accord a été accueilli avec une hostilité ’entière et juste pour tous’. Ainsi, à chaque fois qu’un accord ou une paix quelconque étaient conclus sous les auspices de l’Europe ou de l’Amérique, avec l’aval et la coopération d’éléments arabes, les explosifs et les bombes assuraient la destruction de cette [nouvelle] occasion de paix, laissant la place à la peur des deux côtés, à une quantité accrue de sang et à un plus grand nombre de victimes. Nous nous sommes beaucoup inquiétés des dimensions de la terre que nous allions recevoir, ne tenant aucun compte de la portée de la paix que nous allions réaliser, de son influence directe sur la vie de tous les jours de la population.

Je m’explique : La réalité de tous les jours est une donnée essentielle de la vie des gens. Si j’étais un citoyen palestinien susceptible de recevoir un pourcentage donné de ma terre, [j’accepterais], passant immédiatement à un territoire plus étendu [en vertu] des droits dus à la proximité - dont [le droit] au travail. J’aurais le droit de travailler partout en Israël et en Palestine. Qui, dans le monde, refuserait que les Palestiniens deviennent partenaires d’Israël dans les domaines de l’industrie, de l’agriculture et du commerce ? «  » L’Etat hébreu demeurera à jamais voisin de l’Etat palestinien «  » Que cela nous plaise ou pas, [la proximité entre Israël et les Palestiniens] durera toujours. Après que nous en aurons tué autant parmi eux que nous en avons déjà tué, et qu’ils en auront tué autant parmi nous qu’ils en ont déjà tués, le fait demeurera, impossible à ignorer ou à nier, que l’Etat hébreu et l’Etat palestinien sont voisins à jamais.

Même si nous commençons par la case départ qui est, à mon avis, qu’ils nous haïssent et que nous les haïssons, nous devons nous demander comment se haïr dans un cadre civilisé qui nous permettra de vivre, d’écarter l’horreur de la destruction de nos vies et de mettre fin à la plongée de la région dans le bourbier du terrorisme, de la pauvreté, de l’ignorance, de l’extrémisme et de la perte.

Vous allez certainement me répondre : ’Il dresse un parallèle entre les Israéliens et les Palestiniens, entre le bourreau et la victime. Il s’est éloigné des normes admises dans le [monde] arabe, n’a pas maudit Sharon ou Bush.’ Oui, je reconnais que c’est exactement ce que j’ai fait, parce que je ne crois pas que les montagnes de malédictions contre l’Amérique et Israël sur lesquelles nous avons perdu notre temps nous aient rapproché d’un pouce de la paix.

Je ne veux pas croire, et je ne veux pas que vous croyiez, par désespoir, colère ou amertume, qu’il n’y a rien à faire pour mettre fin à la déchéance, éviter que le sang soit de nouveau versé, empêcher la vie des gens d’être détruite, ainsi que leurs foyers et leurs moyens de subsistance (…) Il y a toujours quelque chose à faire, quand on comprend le problème. «  » Les Palestiniens ont besoin de dirigeants politiques (…) qui aspirent à la vie plus qu’à la mort. «  » Actuellement, il n’y a pas de dirigeant palestinien qui gouverne et agisse dans un cadre politique. Les dirigeants révolutionnaires n’ont pas réussi à devenir des politiciens. Ont émergé d’autres dirigeants idéalistes, qui ont transformé le problème politique en guerre de religion. Les guerres de religion se poursuivent en principe jusqu’à ce que le plus fort vainque le plus faible et impose ses conditions de paix, généralement opprimantes pour la partie vaincue (…) Par nature, les guerres de religion ne reconnaissent pas les frontières, ne respectent aucune pratique ni loi, n’ont pas de fondement rationnel sur lequel il soit possible de discuter, car [ce qui est en jeu] est un courant d’émotions ardentes résultant d’un mélange d’ignorance, de douleur, de pertes, de malheur (…)

Le peuple palestinien a actuellement besoin de dirigeants politiques - d’hommes et de femmes ordinaires qui aspirent à la vie plus qu’à la mort. De dirigeants politiques qui n’envoient pas les enfants se faire sauter pour Allah, mais qui les envoient - au nom de la vie, de la vie de leur peuple - à l’école, en espérant que quelques années plus tard, ils seront utiles à leurs familles et à leur peuple. Il est temps de vivre, et non plus de mourir, pour notre terre et nos familles.

Voyez notre image actuelle, pas la belle photo que nous avons faite de nous-mêmes, mais l’autre photo, celle que les gens connaissent de nous. La résistance palestinienne [est considérée comme] partie intégrante du terrorisme mondial. Que ce soit vrai ou non, que ce soit juste ou injuste, peu importe. Ce qui compte, c’est l’image que le monde a de nous, et que celle-ci nous oblige à recourir à ce que l’Homme a inventé après un voyage de près de 1000 ans : la politique, avec tous ses ingrédients - une constitution, des lois, des institutions d’Etat et des institutions civiles. «  » Il est clair qu’ils [les Palestiniens] s’inquiètent plus de leur propre révolution que du peuple palestinien «  » Je vous demande de persuader les organisations révolutionnaires en Palestine de passer de l’étape révolutionnaire légitime, à laquelle le monde n’accorde plus d’attention, à l’étape constitutionnelle légitime. L’Egypte a essayé, même si c’est indépendamment [des pays arabes], d’assurer ce passage au moyen de réunions entre les parties [palestiniennes] au Caire. Mais il s’est avéré qu’ils [les Palestiniens] étaient plus préoccupés par leur propre révolution que par le peuple palestinien (…)

Le gouvernement Sharon a publié la décision d’éliminer tous les dirigeants palestiniens. Cette décision est connue de tous ; tous les [responsables israéliens] prennent bien soin de la rappeler à chaque occasion. Le savoir-faire des Israéliens en matière d’assassinats dépasse celle de [tout] autre élément de la région. Il fut une époque où les dirigeants palestiniens s’imaginaient qu’il existait une ligne rouge qu’Israël ne franchirait pas. De nombreux politiciens expérimentés ont constaté avec stupéfaction, choc et surprise, après l’assassinat du cheikh Ahmed Yassine, qu’Israël avait franchi la ligne rouge (…)

La vérité est qu’il n’y a jamais eu de ligne rouge. Ceux qui s’imaginent que lors de sa dernière visite aux Etats-Unis, Sharon aurait reçu le feu vert pour tuer des dirigeants palestiniens, ne connaissent rien à la conduite d’opérations secrètes dans les pays modernes : la décision [d’exécuter une opération] est prise après un examen minutieux de toutes les réactions possibles [à cette opération]. Ensuite, la décision est présentée aux services secrets chargés des opérations, lesquels ne s’occupent pas d’en débattre, mais de l’exécuter en temps voulu, ce qui peut être quelques minutes plus tard ou quelques années plus tard (…)

Dans les conflits armés de ce type, un côté laisse les dirigeants de l’autre côté [en vie], bien qu’il soit aisé de les éliminer. Cela dans un seul but : celui de pouvoir négocier avec eux au moment opportun - qui viendra nécessairement. Ces dirigeants ne sont assassinés que quand les pertes qu’ils occasionnent deviennent intolérables. Ainsi, il me semble déraisonnable pour Israël d’assassiner le président Arafat, car il ne provoque pas de pertes - en plus du fait qu’il se débrouille toujours pour rester en vie (…) «  » Ceux qui ont été trompés pensent qu’ils ont tué et été tués pour Allah "

" J’imagine que la Ligue arabe va mettre en place une délégation chargée de mener des négociations publiques avec Israël et les dirigeants palestiniens, dans le but d’obtenir un cessez-le feu de six mois ; cette délégation se rendra en Israël et en Palestine, et déclarera face au monde entier que nous sommes sérieux quant à la paix et reconnaissons l’existence d’Israël dans la région.

Ce faisant, Israël sera obligé de mettre un terme aux assassinats en échange de mesures prises par les dirigeants révolutionnaires au niveau politique, en prévision des élections [au sein de l’Autorité palestinienne] qui doivent se baser sur la protection de la vie du peuple palestinien, non sur sa mort.

Bien sûr, après cela se lèvera un gouvernement palestinien qui négociera la paix entre les deux peuples, tout en faisant attention à ne pas s’embarrasser du terme ’final’ - car rien n’est définitif dans un conflit de cette sorte.

Je pense que la situation actuelle indique que cette idée a de bonnes chances de réussir. Et chacun sait que les révolutionnaires se mettent à penser logiquement quand ils s’aperçoivent que leurs actions n’ont occasionné que des pertes et des dégâts pour eux-mêmes et leurs familles, et ont profité à leurs ennemis (…)

Ceux qui ont été trompés, les tueurs et les tués, ont cru agir pour Allah. Vous ne pouvez échapper à l’adoption d’une culture différente que vous [dirigeants participant au Sommet de la Ligue arabe] pouvez répandre, afin de nous défendre et de vous défendre - une culture qui enseignera à la population que le respect de la vie humaine et le fait de la préserver de tout mal constitue la seule voie vers le Paradis. Rien ne justifie que l’on transforme la vie des autres un enfer (…) «  » Je vois à présent le train de l’histoire arrêter dans notre région, à la station de la paix, attendant que nous montions à bord «  » Aujourd’hui, je vois la lumière au bout du tunnel. Je vois à présent le train de l’histoire qui s’arrête dans notre région, à la station de la paix, attendant que nous montions. Si quelqu’un ne le voit pas, c’est parce que la fumée des armes à feu et des explosifs lui obstrue la vue. De même, le son des balles, des cris des tués et des endeuillés en Irak, en Palestine et dans certaines des capitales arabes voile le sifflement du train.

J’ai écrit [ce texte] suffisamment tôt avant la réunion du Sommet. J’espère ardemment que mon idée attirera votre attention (…) "

(1) Al-Hayat (Londres), le 4 mai 2004

(2) L’expression « une hostilité entière et juste pour tous » fait écho à l’expression « une paix juste et viable pour tous. »

L’Institut de Recherche Médiatique du Moyen-Orient (MEMRI) est une organisation indépendante à but non lucratif qui traduit et analyse les médias du Moyen-Orient. Des copies des articles et autres documents cités, ainsi que toute information d’ordre général, sont disponibles sur simple demande.

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