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Le président syrien Bashar Al-Assad sur Al-Jazira

MEMRI

lundi 17 mai 2004
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Le président syrien Bashar Al-Assad a accordé une interview traitant de nombreux sujets chez lui, au « Palais du peuple » à Damas, au reporter d’Al-Jazira Ghassam Bin Jiddou. La date de l’entretien n’a pas été révélée, mais on sait que ce dernier a eu lieu avant l’attentat perpétré à Damas le 27 avril 2004.

L’interview aborde divers thèmes, dont les relations inter-arabes, l’Irak, le terrorisme, les relations entre la Syrie et les Etats-Unis d’une part, entre la Syrie et l’Europe de l’autre, l’influence syrienne au Liban, les relations de la Syrie avec Israël et les Palestiniens. Le rapport en anglais de MEMRI, consultable sur http://www.memri.org/bin/latestnews..., reproduit de longs passages de l’entretien. En voici quelques extraits : (1)


Infiltrations syriennes en Irak

« Ce sujet a été abordé après l’occupation de l’Irak ; de hauts responsables européens et américains l’ont évoqué devant moi. Je leur ai toujours dit, ainsi qu’aux membres du Conseil gouvernemental : ’Vous parlez d’infiltrations syriennes en Irak ; vous savez de qui il s’agit et avez arrêté quelques coupables. Comment s’appellent-ils ? Quels passeports détiennent-ils ? Sont-ils syriens ? Ont-ils de faux passeports ? Communiquez-nous certains de leurs noms, dites-nous comment ils sont entrés, interrogez-les.’ Nous n’avons encore reçu aucune information. J’ai dit [aux Américains] : ’Donnez-nous un élément d’information. Après tout, nous parlons ici d’infiltrations.’ Des personnes franchissent la frontière syrienne sans que nous n’en sachions rien. Cela [la contrebande d’armes et l’infiltration de personnes] nous intéresse en tant qu’Etat. Tout ce qui se produit [dans ce domaine] à notre insu est illégal, et nous devons en être informés. Jusqu’à présent, aucune information… Les accusations à notre encontre ont pour seul objectif de nous rendre responsables des échecs des autres pays. »


Relations entre la Syrie et l’Europe

" Nous sommes favorables à une participation active de l’Europe, mais il paraît évident que l’Europe ne dispose pas d’outils lui permettant d’être active à l’heure actuelle. Certains louent l’Europe pour des raisons économiques, ou politiques (…)

L’Europe continue de vendre les propositions américaines, surtout [en ce qui concerne] le processus de paix. Les Etats-Unis font une proposition et l’Europe la vend. Cela signifie que l’Europe n’a pas encore joué son rôle. Pour que nous puissions croire à une initiative européenne, celle-ci doit venir de l’Europe, d’autant plus que l’Europe est plus proche de nous et comprend mieux nos problèmes. C’est à l’Europe d’émettre des idées ; son rôle doit être complémentaire de celui des Etats-Unis.

Les décisions [sont actuellement] le fait des Américains, l’Europe se contentant de jouer un rôle de coordinateur. La réalité est celle d’une hégémonie américaine sur les décisions européennes, de la capitulation européenne face aux décisions américaines, comme le montre l’intégration du Hamas et du Djihad islamique à la liste des organisations terroristes. L’Europe n’y était pas favorable [mais a du s’incliner], ce qui a fortement réduit son influence et l’a empêchée de jouer un rôle actif (…) Quelles sont les forces dans l’arène palestinienne ? Le Hamas, le Djihad [islamique], l’Autorité palestinienne et peut-être d’autres forces mineures. Comment est-il possible de jouer un rôle en dehors du cadre de ces forces ? L’Autorité palestinienne est isolée, ou le président [Arafat] est isolé. Le Hamas est le Djihad [islamique] seraient, selon eux, des organisations terroristes ; avec qui est-il alors possible de négocier ? (…) J’appelle à ce que l’Europe joue un rôle actif, ce qui n’a pas été le cas jusqu’à présent. "


L’Axe Egypte-Syrie-Arabie Saoudite

" J’ai tendance à comprendre le terme ’axe’ comme définissant un groupe de pays se tournant contre un autre groupe de pays. Je lui préfère l’expression ’entreprise collective arabe’, qui ne signifie pas la même chose qu’ ’entreprise arabe’. C’est une formule que l’on rencontre parfois, comme à la suite de l’invasion du Koweït (…) [à l’époque de] la réunion tri-latérale [des dirigeants égyptien, saoudien et syrien ] visant à préserver un minimum de coordination arabe. En outre, ces trois pays exercent une [forte] influence.

Ce qui est en jeu n’est pas la taille des pays. La participation de petits pays est un signe de bonne santé, une preuve du rétablissement de l’entreprise arabe. Un pays ne peut pas remplacer un autre pays. La Syrie n’est pas un grand pays, ni en termes de territoire, ni en termes du nombre de ses habitants. Comment définit-on un ’petit pays’ ? (…) La grandeur d’un pays est fonction de son indépendance dans ses décisions nationales et de ses différents accomplissements.

Je vais vous donner un exemple : le Liban est l’un des plus petits pays arabes en termes de territoire et de population, mais c’est le seul pays arabe à avoir réussi là où tous les autres pays arabes réunis ont échoué : il a libéré sa terre grâce à sa propre force, lors de la guerre civile (…) S’agit-il donc d’un petit pays ou d’un grand pays ? Je pense que c’est l’un des plus grands pays arabes. L’Irak aura peut-être la même envergure à l’avenir, ainsi peut-être que la Palestine. Je ne crois pas aux concepts de ’petit’ et ’grand’. Il y a [seulement] des pays actifs et des pays passifs. "


Les élections présidentielles au Liban

" Ce qui compte, ce n’est pas la population, mais l’attitude à adopter. Depuis la fin de la guerre civile au Liban, dans les années 1990, nous soutenons les institutions libanaises. Nous avons décidé de les soutenir parce qu’elles représentent une garantie que le Liban ne retournera pas à l’atmosphère, aux circonstances ou aux raisons de la guerre civile.

Nous avons accordé notre soutien à toutes les institutions [libanaises] et à toutes les personnes à leur tête, sans exception. Il est normal que nous accordions notre soutien à la première des institutions - l’institution présidentielle -, sans rapport avec les pouvoirs [qui lui sont accordés].

La question des pouvoirs est d’un autre ordre. Cette institution [la présidence] représente tout le peuple, la garantie de la patrie et du peuple, quels que soient les pouvoirs dont elle dispose. Nous avons accordé notre soutien aux présidents Al-Hawari et Lahoud, et nous soutenons de la même manière tout président provenant de ces institutions, mais tout demeure possible (…)

La situation au Liban comporte un caractère ethnique, fait très important. Nous ne pourrions accepter ou soutenir un président avec une tendance ethnique, un président qui ne souhaiterait pas être le président de tous les Libanais et voudrait revenir à la situation [antérieure]. C’est là notre principale préoccupation. Bien entendu, l’aspect national est important, mais l’aspect institutionnel passe en premier, parce que l’institution [de la présidence] est un garde-fou contre la division et le [morcellement] ethnique. "


Soutien au Hezbollah et aux organisations palestiniennes en Syrie

« [Les Israéliens] voudraient que nous coopérions avec eux à l’élimination du problème palestinien et peut-être [également] du problème syrien, c’est-à-dire du problème du Golan. Ils voudraient que nous devenions leur partenaire dans le meurtre de Palestiniens. Pourquoi devrions-nous coopérer ? Il y a clairement un problème. Notre position n’a pas bougé depuis des décennies, et nous non plus ne changerons pas. »


Résistance chrétienne au Liban

" Nous rencontrons des [représentants de la communauté chrétienne au Liban] et entendons leurs critiques ; nous entendons en outre d’autres critiques, par le biais de médiateurs ou des médias. Il existe une critique authentique et une critique non-authentique. Cette dernière ne nous intéresse pas. La critique authentique est juste.

Dans toutes les entreprises, on commet des erreurs. Nous respectons ces opinions, considérons qu’elles sont bénéfiques et nous aident à éviter les embûches. Cela dit, il existe plusieurs aspects qui n’ont rien à voir avec la Syrie, mais ce qui compte est que nous ne pourrons éviter les aspects négatifs tant qu’il y aura de aspects négatifs au Liban.

Les Libanais doivent être [indépendants] ; nous ne pouvons l’être à leur place. Nous pouvons les aider, mais nous ne pouvons nous mettre à leur place. La plupart des critiques cherchent à développer les relations [entre la Syrie et le Liban], ce qui est positif. Nos portes sont ouvertes [à toutes les factions libanaises]. "


Soutien syrien aux Palestiniens

" (…) Les facteurs qui affectent le rôle d’un Etat ou d’un peuple face au problème d’un autre pays sont d’ordre géographique, politique, historique, éducationnel, culturel et autre. Cela s’applique-t-il à la Syrie, à l’Egypte et à la Jordanie ? Absolument. Le problème palestinien concerne tous les Arabes, d’un point de vue moral (…) L’Egypte a des contacts directs avec Gaza. La Jordanie a des contacts directs avec la Cisjordanie, et il existe des contacts quotidiens avec les Palestiniens. (…) Bien qu’il n’y ait pas de frontière contiguë [entre la Syrie et la Palestine], il existe un lien très fort entre ces deux problèmes [le problème syrien et le problème palestinien]. La résolution de la question syrienne, le Golan, aux moyens de pourparlers de paix, aura un impact direct sur la question palestinienne, et réciproquement.

Quel sera le sort d’un demi million de Palestiniens en Syrie après la résolution du problème palestinien ? Quels sera le sort d’un demi million de Palestiniens au Liban, quand on sait que les chemins de la Syrie et du Liban sont liés ? En outre, le citoyen syrien vit le problème palestinien à travers l’existence d’un demi million de Palestiniens qui s’intègrent chaque jour un peu plus à la société syrienne. Grâce à eux, nous vivons [de l’intérieur] le problème palestinien.

Ce qui limite le rôle [de la Syrie] est le conflit qui l’oppose à la direction palestinienne. Ce conflit a connu deux étapes : l’étape suivant la sortie de la résistance [palestinienne] du Liban en 1982 et celle suivant le début du processus de paix. Jusqu’à aujourd’hui, des divisions politiques nous opposent [aux dirigeants palestiniens], mais en même temps nous nous tenons évidemment du côté du président Arafat, vu que les Etats-Unis et Israël cherchent à l’isoler à cause de prises de position qui leur ont déplu, à commencer par [ce qui s’est passé] à Camp David 2000. Nous nous sommes tenus à ses côtés.

(…) Nous sommes contre le fait d’emprunter des chemins divergents, contre le chemin d’Oslo, quel que soit le nom qu’on lui donne. Nous avons soutenu Arafat à cause d’une ingérence inacceptable. Ils veulent chasser le président pour le remplacer (…) Nous ne sommes peut-être pas d’accord avec Arafat, mais il symbolise un phénomène historique que nous ne nions pas. Il a fait [à plusieurs reprises] des concessions, sans que cela satisfasse les Israéliens. "

Relations entre la Syrie et Israël

" Je n’ai proposé aucune initiative. Je n’ai fait qu’exprimer la position de la Syrie, réitérée à chaque occasion. Dans toutes les déclarations politiques, qu’il s’agisse de discours officiels, d’interviews de presse ou de rencontres entre responsables de tous bords, nous soulignons que nous sommes prêts à la paix sans mentionner les noms d’Israéliens, vu que notre voie est claire. Il existe un droit fondamental, des décisions du Conseil de Sécurité, et nous répétons toujours que nous serons disposés à négocier quand la situation aura mûri en Israël.

Je n’ai proposé aucune initiative, mais j’ai abordé le sujet dans un entretien au New York Times. (2) Les Américains ont considéré cela comme une initiative, parce qu’ils ne savent pas que nous offrons la paix, c’est-à-dire des propositions de paix (…) Nous affirmons toujours que peu importe qui est Israël : nous avons des droits et nous ne faisons aucune différence entre les noms des [différents dirigeants israéliens]. Ils disent que ce Premier ministre vaut mieux que son prédécesseur, alors que nous affirmons que ce sont tous les mêmes, que seule change la forme. Celui-ci tue des Arabes et des Palestiniens et se fait appeler émissaire de la paix, tandis que celui-là se fait appeler émissaire de la guerre, mais dans les faits ils sont tous identiques. "

(1) Techrine (Syrie), le 2 mai 2004. Techrine a publié une transcription de l’entretien d’Al-Jazira, enregistrement qui se trouve également en la possession de MEMRI

(2) Voir la Dépêche Spéciale n° 638 de MEMRI

L’Institut de Recherche Médiatique du Moyen-Orient (MEMRI) est une organisation indépendante à but non lucratif qui traduit et analyse les médias du Moyen-Orient. Des copies des articles et autres documents cités, ainsi que toute information d’ordre général, sont disponibles sur simple demande.

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