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Mourir à Gaza, (1ère partie)

Par Jean Tsadik © Metula News Agency

jeudi 13 mai 2004
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Je crois qu’il était temps de cerner d’un peu plus près la réalité relative aux événements se déroulant dans la bande de Gaza. Il m’a en effet semblé que le fleuve de nouvelles qui se déverse à grandes eaux sur l’opinion publique occidentale ne contenait pas beaucoup d’information. Aux fins de participer à dissiper la brume, je publie d’abord ci-après une carte géographique de la région concernée.


La bande de Gaza


Un point de géographie

Pour les lecteurs qui ne sont pas familiers de la lecture des cartes ou de la géographie de la région, précisons que le Nord est en-haut, que si l’on poursuit sa route en voiture en direction d’Ashkelon et qu’on dépasse cette ville, où fut mise au point l’échalote dans les temps antiques, on parvient à Tel Aviv une petite demi-heure plus tard. Si, au contraire, on descendait vers le Sud, pénétrant en Egypte, figurée en jaune sur la carte, on entrerait du même coup dans le désert du Sinaï. La première ville que nous croiserions serait l’oasis d’El-Arish, puis il nous faudrait traverser toute la péninsule sableuse pour parvenir sur les rives du Canal de Suez.

La bande de Gaza a une longueur moyenne de 43 kilomètres, pour une largeur maximale de 15 kilomètres. L’endroit où ce territoire est le plus large se situe le long de la frontière égyptienne, marquée par une double ligne violet et mauve sur la carte. Collé à cette double ligne, l’axe Philadelphie, selon l’ancien nom grec de Jérusalem. Il s’agit de la route de patrouille frontalière de l’armée israélienne, non asphaltée, d’une largeur de 20 mètres. C’est sur cette route que six soldats ont été tués, hier soir, mercredi, dans l’explosion de leur transport de troupe et j’y reviendrai plus loin dans mon papier. L’axe Philadelphie traverse de nombreuses zones habitées par des Bédouins et par des Palestiniens, dont la plus importante est la conurbation de Rafah, notée Rafiah, à l’israélienne, sur notre carte. Rafah est à la fois une ville et un camp de réfugiés. Elle s’étend non seulement sur un territoire relativement étendu mais elle a de plus la particularité d’exister des deux côtés de la frontière internationale. Une partie en Egypte, et l’autre sous contrôle israélien, séparées uniquement par l’axe Philadelphie et par la ligne des fortins de Tsahal, dont le plus fameux est celui de Termite, auquel la Ména avait consacré un reportage [lire].

Outre un poste de franchissement de la frontière égyptienne, la bande de Gaza dispose de 4 entrées ou « points de passage », qui sont, du Sud au Nord, Sufa, Kissufim, Karni et Erez, avec sa zone industrielle mixte, dans laquelle tentent de survivre des entreprises israélo-palestiniennes. Tout le reste du territoire est entouré depuis toujours d’un mur de sécurité, fait le plus souvent de barrières de barbelés. Cette barrière est quasiment infranchissable par les piétons. Depuis le début de l’Intifada, on ne pense pas, d’ailleurs, que des terroristes aient réussi à la transgresser.

Selon les sources qui divergent, entre un million cent mille et un million trois cent mille Arabes vivent dans la bande de Gaza, ce qui en fait le territoire possédant la plus grande densité de population du globe. A ces Arabes, il convient d’ajouter entre 6 et 8 milles Juifs israéliens, habitants des implantations, soit environ 5 Juifs pour 1’000 habitants. Soit aussi, une proportion plus faible de moitié que celle des israélites au sein de la population française.

Sur la carte, les zones d’implantations juives sont de couleur blanche et les villes et camps de réfugiés palestiniens sont en gris. Pour ceux qui connaissent vraiment de gros problèmes pour de se situer, j’ajouterai, pour avoir la conscience tranquille, que la masse bleue à l’ouest de la bande de Gaza (à gauche), c’est la mer Méditerranée et que tout ce qui n’est pas la mer, l’Egypte et la bande de Gaza constitue le territoire israélien d’avant 1967.

Logique et responsabilité

La tache blanche située au Sud, grossièrement, entre Rafiah Yam et Netzer Chazani, c’est le Gush Katif, la plus grande des trois zones de peuplement juives dans la bande de Gaza. Les autres sont l’implantation isolée de Netzarim, dont on distingue l’intersection avec l’artère principale, sur laquelle Talal Abou Rahma a mis en scène l’exécution fictive de Mohammed Al-Dura, et les implantations de la région de Aley Sinaï (notée Ele Sinai sur la carte), à l’extrême Nord de la Bande. A ces zones d’implantations, il convient d’ajouter les villages isolés d’Atzmona, de Morag et de Kfar Darom.

Suite à l’assassinat de la famille Hatouel ainsi qu’aux récents grands raids militaires israéliens dans la région de Gaza City et de Rafah, les medias - y compris les medias israéliens - ont eu tendance à mélanger tous les problèmes. C’est une erreur, pourtant, car les sujets difficiles, relativement à Gaza, du point de vue israélien, se limitent, pour le moment, au nombre de trois et ils ne sont pas interactifs. J’entends qu’ils peuvent être traités séparément et même, qu’en fait, ils sont déjà traités séparément par le pouvoir politique et par les forces armées. Ces sujets sont les implantations, l’artillerie de Gaza et le trafic d’armes et de munitions dans la région de Rafah.

Le meurtre abominable de Tali Hatouel, le 2 mai dernier, de ses quatre filles et du fœtus qu’elle portait dans son ventre illustre, à mon sens, l’ambiguïté inextricable de la présence de 7’000 Juifs parmi plus d’un million d’Arabes. Et si je partage sans réserve l’émotion exprimée sur la Ména par mes confrères, suite à cet acte de sauvages, s’il est préférable pour eux que ces énergumènes ne me tombent jamais entre les mains, et si rien n’excusera jamais, ni ne justifiera de semblables conduites, il ne faut pas non plus que la colère nous prive de tenir une réflexion logique.

Passée la période des sept jours que dure le grand deuil que les Juifs religieux respectent, il faut maintenant poser des questions concrètes et douloureuses. Que faisait une femme enceinte et 4 enfants dans un véhicule non blindé au cœur du chaudron palestinien ? Pour situer les lecteurs, Tali Hatouel se trouvait, lors du guet-apens, sur la section, longue de 7 Km et demi, qui va de la zone blanche de Gush Katif, plus ou moins protégée, jusqu’au point de passage de Kissufim, en transitant par l’intersection de Kfar Darom, juste sur le « e » de Netzer Chazani. A 2 Km plus au Sud, difficilement visible sur la carte, le camp de réfugiés de Khan Yunes. 80’000 habitants. Un repaire du Hamas et de la Djihad islamique, dans lequel les miliciens déambulent, cagoulés, la Kalachnikov en permanence en bandoulière, sans cacher leur volonté de jeter les Juifs, tous les Juifs, à la mer.

Pourquoi, dans ces conditions, connues de tous les membres des implantations, laisser une femme et des enfants sans défenses s’aventurer sur une route non protégée ? C’est grande démence, à mon sens et grande irresponsabilité. La loi de la nature nous enseigne de réduire les risques inutiles, à ne pas s’exposer et exposer sa famille au danger sans raisons impératives.

Mais il faut aller plus loin dans ce raisonnement et ne pas craindre d’affirmer que les enfants israéliens n’ont rien à faire dans une situation démographique et sécuritaire telle que la connaît la bande de Gaza. Si leurs parents ont décidé de braver le sort et les inconséquences, ont-ils le droit d’exposer dans leur combat des jeunes, en dessous de l’âge de raison, qui n’ont pas les moyens de faire le même choix ?

Et puis, sans que cela n’atténue strictement en rien la responsabilité des assassins, il faut aussi avoir le courage de réaliser, comme le ministre de la défense Shaul Mofaz, que l’entreprise de peuplement juif de la bande de Gaza est un non-sens, une hérésie stratégique, une impossibilité démographique et, bien pire encore, une inutilité absolue. Les premiers à l’avoir compris, ce sont les partisans du Grand Israël eux-mêmes : 7’000 volontaires, assistés économiquement, en 37 ans de présence militaire israélienne à Gaza, bien plus qu’un échec de peuplement, c’est une débâcle idéologique.

Même en mettant à part les questions idéologiques, s’il y avait aujourd’hui 300’000 Juifs dans la Bande, les données du questionnement seraient de facto différentes mais c’est loin d’être le cas. Alors, dans les conditions existantes, ce que demandent une partie des membres des implantations et des dizaines de milliers de leurs supporters, courageux mais pas téméraires, consiste à imposer la loi militaire de 7’000 personnes à 1’3000’000 autres. Pour assurer une sécurité relative à ces Israéliens, il faut déjà plus d’un soldat par membre d’implantation ! Mais pour leur assurer une sécurité totale, il faudrait que toute l’armée israélienne soit mobilisée et de surcroît, il faudrait appliquer aux résidents Palestiniens des mesures de confinement et de répression exécrables, voire de transfert forcé, que l’immense majorité des citoyens d’Israël - plus de 80% - se refuse, ne serait-ce qu’à envisager.

Sous l’angle de la tradition juive, la présence des implantations ne se justifie pas non plus. Si l’on peut comprendre l’attachement au demeurant sincère d’israélites pratiquants pour le Caveau des Patriarches à Hébron, Gaza n’a presque jamais fait partie du royaume d’Israël historique. Gaza, c’était la capitale des Philistins, auxquels les généraux romains ont emprunté le nom afin de créer celui de Palestine. Gaza c’était la ville de Dalila, l’étrangère, celle dont Samson a détruit le temple idolâtre en se donnant la mort.

Enfin, il faut aussi se demander quel sens il y a à priver de terres une population hostile qui étouffe déjà ? Surtout que, dans la région toute proche du Négev, on ne connaît aucun problème de surpopulation. On pourrait réinstaller les gens du Gush et ceux de Netzarim à Sdérot ou à Ofakim, sans que cela n’altère d’aucune façon l’utilisation de notre espace vital.

Ariel Sharon a raison, et avec lui et les militaires, la gauche israélienne, coupable elle d’avoir inauguré, du temps où elle était au pouvoir, le peuplement insensé de la bande de Gaza ; il faut plier bagages, sans se laisser impressionner par les partisans de l’incohérence et qui se moquent bien de la dangerosité de la situation dans laquelle ils tentent de nous cantonner. Et qui se moquent bien, de ce que leur projet n’a pas d’avenir et qu’ils n’ont aucune réponse raisonnable à opposer aux questions posées dans cet article. Et qui se moquent bien, aussi, que la présence d’une micro minorité de Juifs à Gaza ne peut logiquement conduire à rien d’autre qu’à une confrontation sans fin entre ces Juifs et les habitants arabes de Gaza.

Maintenant, il ne faudrait surtout pas confondre la nécessité urgente de rapatrier les égarés de Gaza avec les fonctions stratégiques et tactiques que l’armée doit y remplir. Je compte bien en parler dans la suite de cet article…

A suivre…


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Ce Colloque des Intellectuels Juifs de Langue Française a pour thème, ’la montée des violences’. Ce thème aura toujours accompagné l’histoire de l’humanité. Violences politique, religieuse, sociale, économique, voire même discursive, les humains n’auront cessé de se faire violence, et ce même lorsqu’ils prétendaient l’éradiquer en cherchant à dispenser le bien. Cette relance du Colloque des Intellectuels Juifs de Langue Française apporte une attention toute particulière à ce qu’il convient de nommer une résurgence de la violence affectant aujourd’hui les communautés juives de France et d’Europe.


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