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Lettre ouverte à un propriétaire foncier

Par Pierre Lefèbvre [1] © Metula News Agency

jeudi 6 mai 2004
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Monsieur Ghilardi,
prêtre catholique à Jérusalem

Tout d’abord, je vous prie de ne point prendre ombrage du fait de cette appellation « Monsieur » alors que vos titres vous permettent de vous faire appeler « Père » par ceux qui partagent votre foi. Je suis simplement protestant et ma lecture attentive du Nouveau Testament m’a enseigné que nul ne peut s’arroger le titre de Père, hormis celui que nous avons aux cieux.

Vous avez bien voulu, par voie de presse, faire part de votre colère et de votre inquiétude quant à l’avenir de vos propriétés sises à Jérusalem, menacées, à vous entendre, de graves atteintes et morcellements par un mur de séparation.

Vos récriminations sont parvenues jusqu’aux oreilles européennes par les services d’un quotidien du soir, dont l’antisémitisme sournois est désormais aussi discret qu’un néon à Las Vegas. (Voir l’article de Michel Bôle Richard, A Jérusalem, le « mur de la honte » s’attaque aux terres chrétiennes in Le Monde du 29 avril (lire))

Je ne peux qu’être sensible à ce qui vous advient. Ce droit de propriété, inaliénable, intangible, est à peu près le seul droit qui permet à l’être humain d’avoir un toit où reposer sa tête.

Evidemment, le Christ, celui que vous avez la prétention de représenter ici bas, n’a pas eu ce luxe. Mieux, il n’en voulait pas, préférant considérer la terre habitée, non comme une marchandise ou un bien acquis à jamais, mais plutôt, s’enracinant ainsi dans la pensée juive, un lieu dont la responsabilité échoit à tout être humain et que chacun a le devoir de protéger et de faire fructifier. Il s’est toujours voulu étranger et pèlerin sur la terre.

Depuis la première croisade, l’Eglise chrétienne, forte de son universalisme déclaré, prétend être partout chez elle. Et surtout en Terre Sainte. Vous dites qu’Israël bafoue les « plus élémentaires règles de respect envers un lieu sacré » ?

M’est-il alors permis de vous faire humblement remarquer que ces lieux sacrés, comme vous dites, ont été blasphémés depuis 13 siècles par ceux que vous représentez aujourd’hui ? Avant que de crier au sacrilège, Monsieur Ghilardi, il vous aurait fallu montrer vous mêmes un peu plus de respect, d’abord envers les habitants de ce pays mais aussi et, puis-je encore me permettre, surtout, envers la foi que vous avez la prétention d’annoncer.

Le Christ n’a-t-il pas dit un jour à propos des pharisiens : « faites ce qu’ils disent, pas ce qu’ils font » ? Si les pharisiens, docteurs de la loi de l’époque, avaient amplement mérité cette critique, il semblerait que vous ayez complètement oublié, vous, de l’appliquer.

Or, quel exemple avez-vous montré, dans ce pays qui a vu naître, babiller, courir, puis enfin parler la totalité des prophètes dont vous devez lire quelques passages chaque jour lors de vos messes ? Vous, représentant la foi chrétienne, qui avez contribué à donner de cette croyance l’image la plus désolante, la plus archaïque, mais aussi la plus violente qui soit ?

Passons sous silence les hauts faits d’armes de l’Eglise lors des Croisades et autres pogroms, massacres par vous suscités sous le simple et fallacieux prétexte que le peuple Juif était un peuple déicide.

Passons sur des siècles de violence sur à peu près tous les territoires qui peuvent se fouler sur notre planète et dont vous portez, peu ou prou, la responsabilité.

Intéressons-nous à vos propriétés actuelles, celles que vous défendez avec un acharnement de zélote.

Etes-vous certain d’avoir su montrer toujours le bon exemple ? Si cela n’était pas tragique, faut-il alors vous remettre en mémoire les comédies obscènes et ubuesques de préséance entre chrétiens, arméniens, coptes, franciscains, catholiques de rite orthodoxe, et j’en passe, lors des cérémonies du Saint Sépulcre ? Les bagarres rangées entre moines de différentes obédiences à l’intérieur même des lieux saints, juste parce que l’un d’entre eux avait eu l’étourderie d’arriver un peu trop tôt à la cérémonie des précédents ? Les sourires ironiques des journalistes filmant et commentant vos célébrations et les cohues indescriptibles qui en découlent, juste parce qu’une tradition chrétienne exige de passer avant l’autre pour rendre hommage au Christ ?

Vous qui deviez être à jamais unis en une seule foi, un seul baptême et j’ai oublié le troisième, n’avez réussi qu’à donner de la foi chrétienne, au tempsdu catholicisme triomphant, une image scandaleuse, une image de haine. Puis, lorsque les sociétés se sont sécularisées, vous n’avez réussi qu’à susciter ironie et moquerie.

Comprenez, dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, que lorsque vous venez vous plaindre d’un « manquement aux plus élémentaires règles de respect envers un lieu sacré » pour quelques arpents de terre sans importance, un chrétien qui n’a jamais mis le pied en Israël vous dise d’aller vous faire f…

« Le mur, longue balafre grise, défigure votre paysage », dites-vous ? Vos églises, que vous avez cru devoir construire sur à peu près l’ensemble des lieux ou a vécu, mangé et souffert le Christ, n’ont-elles pas, elles aussi, contribué à défigurer irrémédiablement l’une des plus belles terres qu’il soit permis de contempler ?

Ces églises n’ont-elles pas, à un moment ou l’autre de l’Histoire, caché le soleil à de simples jardiniers ? Ne perdez pas de temps, je vous prie, à essayer de comprendre cette phrase. Engoncé comme vous paraissez l’être dans vos certitudes apprises, je crains que l’effort ne soit au delà de vos forces.

Pourquoi faut-il donc toujours que l’Eglise s’approprie ce qui ne lui appartient pas ? Ainsi, parce que le Christ a vécu et souffert aux environs de Jérusalem, vous auriez quelque droit d’y implanter et d’y construire n’importe quoi ? Au nom du ciel, qui vous a permis de propager et même de penser une pareille ineptie ?

A l’instar des pharisiens et sadducéens des temps bibliques, vous parlez de Dieu comme si vous l’aviez inventé, comme si vous en étiez désormais le propriétaire. Paradoxalement, vos lieux ne seront sacrés, Monsieur Ghilardi, et ils ne vous appartiendront vraiment que lorsque vous les aurez donnés.

Vous parlez aisément de « délit contre l’humanité » lorsque le mur traverse un endroit ou gisent les corps des premiers chrétiens, mettant ainsi 4 tombes au jour. Je suis de ceux qui pensent que ces chrétiens, pourtant, auraient été heureux de voir ainsi leurs tombes sacrifiées pour que quelques uns de leur peuple puissent avoir la vie sauve. Et je suis aussi de ceux qui pensent que ces chrétiens, dont vous conservez jalousement la sépulture, ne sont plus là où vous les gardez.

C’est tout de même bizarre, cette propension qu’ont les systèmes religieux, à placer des gardiens devant des tombeaux vides !

Sœur Loudy pleure sur son potager anéanti. Et Frère Helmut se désole, car maintenant, à cause du mur, le soleil se lève à 11 heures.

Monsieur Ghilardi, il est parvenu aux oreilles de quelques personnes en France, que dans une famille d’Israël, une mère enceinte et ses 4 filles n’auront plus jamais l’occasion de voir le soleil se lever, même à midi.

Certes, votre monastère est sûrement un bien précieux à votre sens. Mérite-t-il pour autant que vous puissiez lui accorder tant d’importance, plus que la vie elle-même ? Plus que la paix ?

Voilà qui suffirait, à mes yeux, à vous disqualifier à jamais pour parler de l’Evangile.

Mais, avec mes frères Juifs, musulmans, athées, laïcs, ceux qui croient comme moi qu’un jour il se pourrait que tout redevienne possible, nous pourrons, ce jour là, détruire cette barrière de sécurité. Nous n’en vendrons pas les morceaux, car cette barrière n’a rien à voir avec le Mur de Berlin, bien entendu. Nous nous en servirons comme fondations pour construire des écoles, des crèches et des hôpitaux.

S’il nous reste quelque force, je vous le promets, Monsieur Ghilardi, nous viendrons alors dans votre monastère vous aider à rafistoler votre potager… et peut être, qui sait, en mangerons-nous ensemble les premiers fruits qui auront bon goût.

En attendant ce jour, que je vois dans un avenir plutôt lointain, pardonnez-moi de me sentir beaucoup plus concerné par la sécurité des habitants d’Israël que par le bon état de votre domaine foncier.




Note [1] Pierre Lefèbvre est Président de l’association Primo-Europe, des amis de la Ména


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