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L’addition !

Albert Capino

dimanche 21 juin 2009
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La civilisation occidentale a voulu maintenir à tout prix un état de non-belligérance sur le territoire européen depuis la fin de la seconde guerre mondiale.
C’est la raison du rapprochement franco-allemand et de l’émergence de l’Europe qui a progressivement pris le pas sur les différents nationalismes.
Cela partait peut-être d’un bon sentiment, mais en voulant tuer les velléités d’affrontements internes, l’Europe n’a pas pu empêcher pour autant plusieurs vagues successives d’agitation de venir de l’extérieur.
La reconstruction des années 50, l’embellie et la croissance des années 60, a parallèlement assisté sans réagir à “l’éveil” du “monde arabe”, qui a entraîné son cortège de secousses.

Quelques événements-phare sont à l’origine des crises à répétition que nous avons vécu et dont l’amplitude n’a cessé d’augmenter pour atteindre le paroxysme actuel :
1952 : coup d’Etat et prise de pouvoir par Nasser en Egypte
1962 : la France se retire d’Algérie, qui déclare son indépendance
1964 : création de l’OLP
1967 : Nasser bloque le détroit de Tyran, empêchant la libre navigation sur le canal de Suez, masse ses chars à la frontière avec Israël, congédie les casques bleus, conclut des accords militaires avec la Syrie et la Jordanie et déclare : « Notre objectif sera la destruction d’Israël. Le peuple arabe veut se battre. » S’en suit la guerre des six jours. De Gaulle tourne le dos à Israël et décrète l’embargo des livraisons d’armes envers l’Etat hébreu.
1969 : Kadhafi s’empare du pouvoir en Libye
1970 : Hafez El Assad instaure la dictature de son parti Baasiste en Syrie
1970 : premier détournement d’avion par le FPLP vers Zarka en Jordanie qui sert de catalyseur à une « revendication identitaire » palestinienne, inédite avant 1967
1972 : nationalisation des compagnies pétrolières en Irak.
1973 : à l’initiative du saoudien Yamani, l’OPEP, réuni à Koweït, déclenche la prise d’otage de l’économie mondiale en décrétant l’embargo pétrolier. Dans le même temps, l’Arabie saoudite nationalise 25% d’Aramco (Arabian American Oil Company), puis s’arroge successivement 60% en 1974 et 100% en 1980.

Depuis, les pays occidentaux n’ont cessé de lâcher du lest et de se comporter comme des lavettes. Une coalition internationale répliquant à l’offensive Syrio-egyptienne du Kippour en 1973 par une action unifiée aurait définitivement changé la donne, si elle n’avait pas pris la décision d’abandonner la gestion des ressources d’énergie qui alimentent le monde aux seules mains des pirates du désert.

Bien des crises et bien des guerres auraient pu être évitées mais, face au terrorisme et au chantage, ils ont préféré un jeu personnel dans lequel ils ont composé, transigé, se sont aplatis et fait des salamalecs. Chacun croyait pouvoir s’en sortir mieux que les autres. Ce ne fut pas perdu pour tout le monde et la France, en particulier, crut effectivement avoir bien tiré son épingle du jeu.

1979 : Giscard est l’artisan de l’envol de Khomeiny pour l’Iran, au propre comme au figuré... On connaît la suite.

On a beau dire que la ligue arabe est incapable de s’accorder sur une politique commune, nous ne faisons pas mieux à l’Ouest. Entre les USA qui mènent une politique économique schizophrène et une “Union” européenne qui n’a d’union que le nom, on assiste à une concurrence échevelée pour tenir les commandes. Sans qu’aucun des protagonistes n’ait clairement l’envergure d’un leader. Pendant ce temps, de nouvelles puissances ont émergé.

Bilan : il aura fallu pratiquement 57 ans de renonciations, de compromissions, de mesquineries et lâchetés diverses pour en arriver là. L’addition s’est lourdement chargée ces dernières années. Résultat de l’absence de réponse coordonnée à des soubresauts qui se soldent par une économie mondiale laminée, une situation de l’emploi catastrophique dont on ne voit pas comment on pourra “reconstruire” tous ces emplois perdus, un système de retraites qui n’a rien à envier à la pyramide de Ponzi (les derniers arrivés paient les premiers partis) et dont la fin risque fort de ressembler au naufrage des clients de Madoff, un islamisme galopant, un manque de leadership chronique, et surtout une démission générale face à la véritable guerre des civilisations menée contre l’Occident depuis plus d’un demi-siècle. Septembre 2001 représentant une nouvelle et dramatique escalade.

Nous ne sommes pas loin du point de rupture, celui où il faudra décider si on laisse la dérive se poursuivre – pour peu qu’on puisse encore se le permettre – ou s’il faut mettre un coup d’arrêt et, dans ce cas, qui le fera ?

La réaction de la rue à Téhéran pèsera lourd. Si nous avons beaucoup à perdre, les Iraniens jouent sans aucun doute leur avenir dans les jours qui viennent. Le duel Moussavi – Ahmadinejad n’était que le prétexte à une sinistre farce, qui aurait permis au « guide suprême » de garder le pouvoir absolu. Mais les Perses n’ont rien à voir avec la clique pan-islamiste qui leur a confisqué leur vote. C’est la première occasion pour le peuple iranien de se défaire de la chape de plomb qu’est la dictature et qui pèse sur lui depuis trente ans et les mollahs n’ont dorénavant qu’une marge de manoeuvre réduite : soit ils se font déborder, soit ils répriment avec force et c’est la révolution dans un bain de sang.

Tels qu’ils sont partis, Khamenei et ses sbires finiront par sauter, car il n’y a pas d’autre choix : si la volonté du peuple iranien venait à faiblir, non seulement il endurerait un nouveau tour de vis, mais encore prendrait-il le risque de subir le contrecoup de “puissances étrangères” venues mettre de l’ordre dans les petites affaires de ses tourmenteurs. Pour l’heure, elles s’en gardent bien, malgré les « interférences » dénoncées par Ahmadinejad.

Je doute toutefois que les Etats-Unis gardent indéfiniment la “main tendue” dans le vide. Lorsque “l’état de grâce” sera passé, le réveil va être brutal face aux réalités. On peut compter en outre sur une promotion sans faille de la “révolution islamique” par le régime iranien s’il est encore en place, ce qui conduira inévitablement Obama à prendre clairement position. On doit à Obama d’être considéré comme le président élu des Etats-Unis et non pas comme noir ou encore islamophile. Mais son baise-main à Abdallah et le discours du Caire vont bien au-delà de la “volonté de réconciliation” avec le monde musulman et cela, c’est pour le moins inquiétant : le président des Etats-Unis se serait-il lancé dans des manoeuvres dictées par ses sentiments ?

S’il va sans dire que la politique de la « main tendue » des USA à l’Iran est avant tout un geste dans le but de sauvegarder leurs intérêts au Pakistan et en Afghanistan, il se pourrait bien que l’attitude américaine face à la situation au Proche-orient évolue dans les jours et les semaines à venir, compte tenu de la réaction de la rue à Téhéran, tout comme des messages hostiles venus des Palestiniens, de Moubarak et du ministre des Affaires étrangères jordanien, en réponse au discours de Netanyahou.

En tant que président des Etats-Unis, Obama devra alors déclarer s’il privilégie le discours universaliste envers un monde musulman dont il croit se rapprocher, mais qui lui renvoie un message trouble, ou s’il décide de s’adosser à la seule démocratie avancée de la région capable de préserver les intérêts stratégiques américains au Moyen-orient ?

Des occasions à nouveau manquées laisseraient augurer une impasse dans les rapports entre l’Orient et l’Occident.

L’Iran est au centre des préoccupations pour les décennies à venir et pourrait bien changer la donne. Non seulement en raison du danger nucléaire qu’il représente, mais aussi de la position de meneur de l’expansion islamiste chiite et du soutien actif que la République islamique apporte à ses représentants. Un changement de régime modifierait la répartition des forces dans la région.
Certes ce n’est pas la seule, l’Arabie saoudite étant l’autre composante de cette prise en tenaille qui se resserre, avec le radicalisme sunnite. Mais si l’Occident s’est laissé rouler dans la farine par les princes du chantage depuis 37 ans, peut-être le temps est-il venu de se bouger avant qu’il ne soit définitivement trop tard.

Et la France dans tout ça ? Elle a pris un pari risqué en signant un “accord de défense stratégique” avec les Émirats. De quoi ne pas se sentir totalement exclue d’un éventuel “nouvel ordre mondial”. Il est vrai que les EAU sont l’un de nos clients privilégiés dans la région depuis les années 1970. Leur matériel militaire est pour moitié d’origine française, Abu Dhabi est une escale régulière pour les bâtiments de la Marine nationale depuis les années 1980, et les Mirage de reconnaissance se sont déjà servi de la base aérienne d’Al Dhafra en 2001. Mais il y a un prix à payer. « Les implications stratégiques de cet accord sont énormes. Cela veut dire qu’on met notre dissuasion nucléaire à la disposition des Émirats », affirme un officier proche du dossier.

Jeu de mains, jeu de vilains. À force de les tendre dans tous les sens, on risque de se les faire couper… Désormais, il faut s’attendre à ce que la rhétorique pan-islamiste d’Ahmadinejad gravisse un nouvel échelon, voire fasse appel à ses satellites pour déclencher des feux secondaires en vue de détourner l’attention. Khamenei décrivait sa victoire comme une « grande fête ». Il nous reste à espérer que le peuple iranien soit bien décidé à lui faire la sienne …

A.C.


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