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Un nouveau mode dexpression de la haine des Juifs

Par Dr. Dvir Abramovicz

mercredi 6 mai 2009
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e me souviens souvent des paroles de Martin Luther King concernant lantisionisme : Vous dites que vous ne hassez pas les Juifs et que vous tes seulement antisioniste. Et moi je dis : nessayez pas de cacher la vritquand des gens critiquent le sionisme, ils veulent dire quils critiquent les Juifs ; nous parlons dantismitisme.. le sionisme nest rien dautre que le rve et lidal du peuple juif de revenir vivre dans son pays

L’antisionisme est fondamentalement de l’antisémitisme et il en sera toujours ainsi. Que signifie être antisioniste ? Il s’agit de dénier au peuple juif ce droit fondamental que nous réclamons à juste titre pour les peuples d’Afrique et dont bénéficient toutes les nations du monde. Il s’agit ici d’une discrimination contre les Juifs, mes amis, parce qu’ils sont Juifs. Bref, il s’agit bien d’antisémitisme. »

Vers la fin de l’année dernière, l’écrivain israélien A.B. Yehoshua a fait remarquer : « Au lieu de s’en prendre aux Juifs, ils attaquent le sionisme. C’est ainsi que l’on procède maintenant parce que désormais on ne peut plus attaquer les Juifs ouvertement ».

L’antisionisme donne à l’antisémitisme qui est « démodé » la fausse impression d’un discours civilisé, mais les gens qui ont une conscience ne doivent pas être abusés par ce terme d’antisionisme, ni avoir peur de lutter contre lui, ni rester sans défense. Comme on dit, le diable se trouve dans les détails. L’antisionisme est surtout le reflet exact d’un anti-judaïsme débridé de bas étage, il se nourrit de mythes antisémites qui à leur tour alimentent la bataille contre l’existence d’Israël. Il est évident qu’il est plus facile de propager des sentiments anti-juifs séculaires lorsqu’ils sont camouflés en antisionisme. Mais il ne faut en aucun cas laisser l’antisionisme constituer un prétexte commode, un euphémisme, un échappatoire pour ceux qui fomentent et déversent des calomnies antisémites.

Il convient toutefois de dire que toutes les critiques d’Israël ne sont pas antisémites. Personne ne souhaite mettre sous le boisseau une discussion libre, honnête et franche entre intervenants. La question est : où veulent-ils en venir ? Qui plus est, il n’y a pas de problème avec les partisans de la cause palestinienne qui manifestent leur opposition et leurs critiques, même les plus vives, à la politique du gouvernement israélien, à condition de reconnaître le droit à l’existence d’Israël, de ne pas refuser aux Juifs le droit à l’auto-détermination et de ne pas réclamer l’extermination d’Israël sous le prétexte qu’elle est « une entité raciste, coupable de génocide et de crimes contre l’humanité » (déclaration des ONG avant la Conférence de Durban).

Comment est-il possible d’oublier l’hypocrisie manifeste, la farce odieuse de la Conférence de Durban, au cours de laquelle un nombre considérable de pays ont insisté pour que toutes les références à l’antisémitisme soient liées aux « pratiques racistes du sionisme » tout en prétendant en même temps que le sionisme est un mouvement fondé sur un sentiment de supériorité raciste comparable à l’apartheid.

Il a été dit que la ligne rouge a été franchie lorsqu’on attribue à Israël des comportements qui sont des stéréotypes antisémites connus, lorsque les Israéliens et les Juifs sont comparés aux nazis et sont accusés d’être la cause de diverses catastrophes dans le monde (comme l’a fait Mel Gibson), lorsqu’ils sont mis à l’index et attaqués d’une manière tout à fait disproportionnée et lorsque l’on remet en cause le droit à l’existence d’Israël en tant qu’Etat juif.

Pour Gabriel Schoenfeld, rédacteur-en-chef de la revueCommentary, l’antisémitisme est « le mot exact et le seul mot qui convient à un antisionisme tellement partial, tellement désireux d’accuser Israël et d’innocenter ses adversaires, si honteusement habile dans l’utilisation de deux poids et deux mesures en matière de critères moraux, si prompt à propager des accusations fausses et dénuées de tout fondement et tellement disposé à inverser le langage de la Shoah en décrivant les Israéliens et les Juifs comme le mal incarné ». Ruth Wisse révèle que « L’antisionisme contemporain a assimilé tous les stéréotypes et les textes fondamentaux de l’antisémitisme fasciste et soviétique et les a appliqués au Moyen-Orient. » L’homme d’Etat suédois Per Ahlmark doute avec raison que qui que ce soit soit capable de croire cette déclaration : « Je m’oppose à l’existence de la Grande-Bretagne, mais je ne suis pas anti-britannique ».

L’histoire nous a montré que l’antisionisme s’est manifesté rarement sans antisémitisme. le Dr King a appelé le mensonge par son nom, il a bien vu que l’antisionisme est souvent utilisé pour masquer l’antisémitisme et je suis du même avis. Si vous considérez la Résolution 3379 de l’Assemblée générale des Nations unies (qui compare le sionisme au racisme), elle constitue une stratégie destinée à délégitimer le droit à l’existence d’Israël. L’historien de l’Islam Bernard Lewis a écrit que cette résolution insidieuse a été choisie comme la meilleure alternative possible à une campagne de propagande antisémite venimeuse orchestrée par les idéologues soviétiques et arabes. Dès l’instant où la Résolution a été approuvée, elle effaçait le tabou existant depuis la Shoah selon lequel on ne pouvait pas se déclarer publiquement antisémite. L’ambassadeur des Etats-Unis aux Nations unies de l’époque, le sénateur Daniel Patrick Moynihan, a rappelé dans son livre « A Dangerous Place » que cette Résolution ignominieuse n’était pas dirigée uniquement contre Israël, mais qu’elle visait aussi le judaïsme mondial. L’intellectuel William P. Buckley a déclaré à cette même époque que les Nations unies étaient devenues « le lieu de réunion où étaient rassemblés le plus grand nombre d’antisémites depuis l’Allemagne de Hitler », alors que Lionel Trilling déclarait que lors de cette masquarade légale le fantôme de Hitler hantait les couloirs des Nations-unies.

Conscient de l‘interdépendance de l’antisionisme et de l’antisémitisme, le Sénat des Etats-Unis a promulgué une Résolution condamnant le vote comme un encouragement à l’antisémitisme, de même que le Parlement australien. En 1991, le Présiddent Bush a déclaré dans une allocution à l’Assemblée des Nations unies que « le sionisme n’est pas une politique, c’est l’idée qui a suscité la création d’un foyer pour le peuple juif dans l’Etat d’Israël…Comparer le sionisme au racisme revient à rejeter Israël lui-même, un membre des Nations unies bien considéré ». Même le Vatican, dans son document l’Eglise et le racisme émanant du conseil du Saint-Siège a reconnu que « L’antisionisme .. sert quelquefois d’écran à l’antisémitisme dont il se nourrit et auquel il conduit » (Deuxième Partie, n° 15).

Il faut rappeler que avec l’antisionisme, c’est la première fois que l’on manifeste la haine des Juifs tout en niant cette haine. Actuellement, ceux qui haïssent les Juifs et ceux qui attisent les flames du fanatisme sectaire se dénomment antisionistes, car ils recherchent de nouveaux modes de propagation de leur idéologie virulente. Ils savent bien que « Si quelqu’une répète le même mensonge suffisamment longtemps » comme le disait Goebbels « Les peuples vont commencer à y croire ». Il est incontestable que dans le monde entier, l’antisémitisme classique est camouflé par le terme d’antisionisme, qui est plus respectable, mais qui n’en est pas moins une forme de haine odieuse et abjecte.

Les preuves sont flagrantes que trop souvent certaines figures commues pour leur antisémitisme se déclarent antisionistes. Considérez par exemple Kwawe Ture. Lorsqu’il prend la parole sur les campus américains, la ligne d’attaque favorite du leader Black Nationalist est : « Le seul bon sioniste est un sioniste mort ». Il affirme qu’il n’est pas antisémite, seulement antisioniste, bien qu’il dirige le AAPRP, l’un des groupes antisémites les plus extrémistes de la gauche et qu’il déclare au public que les Juifs ont dominé le commerce des esclaves et que les sionistes ont collaboré avec les nazis pour instaurer l’Holocauste. Il est clair que l’hostilité envers le sionisme qui distille de la haine à haute dose va obligatoirement déboucher sur un dénigrement de judaïsme. Robert Wistrich se souvient d’une interview avec Valery Emelianov, un leader du groupe russe d’extrême-droite Pamyat, au cours de laquelle Emelianov a continué à utiliser le mot « Sionistes » alors qu’il était évident que c’était un mot de code transparent pour « Juifs », il a également fait un usage répétitif du terme « Nazis juifs ». Quant au livre du ministre de la Défense syrien, Mustapha Tlas, qui date de 1983, intitulé « La matza de Sion », c’est une accusation de crime rituel considérée comme révélatrice du comportement et des intentions sionistes. On pourrait ajouter à cette liste à titre d’exemples célèbres un parlementaire d’Argentine péroniste qui a défini le sionisme comme un stratagème pour conquérir l’Amérique latine et un tribunal de Crète qui a rendu un arrêt en 1984 selon lequel les Témoins de Jéhovah font partie d’une conspiration sioniste visant à dominer le monde.

Même le célèbre écrivain et pacifiste de gauche A. B. Yehoshua, a reconnu les objectifs de l’antisionisme. Il a déclaré l’an dernier en mars : « Au lieu d’attaquer les Juifs, ils attaquent le Sionisme, et s’ils procèdent ainsi c’est parce qu’on ne peut plus attaquer les Juifs ouvertement ». Rappelons également les propos infâmes du président de l’Iran Mahmoud Ahmadinejad qui au cours d’une conférence antisioniste a parlé d’effacer Israël de la carte.

La création d’un Etat juif n’a pas effacé l’antisémitisme. Le monde a toujours besoin d’un bouc émissaire diabolisé et l’Etat d’Israël lui-même est devenu le Juif du monde, son bouc émissaire préféré. L’antisionisme est un moyen habile de calomnier Israël et le peuple juif. Et c’est précisément pour cette raison que la lutte contre l’antisionisme ne doit jamais être abandonnée sous prétexte de conduite politiquement correcte qui protège certains groupes. L’antisionisme ne doit jamais devenir acceptable, toléré, ignoré ou étouffé.


Le Dr. Dvir Abramovich est maître de conférences du département Jan Randa d’études juives et hébraïques et directeur du Centre d’histoire et de culture juives de l’université de Melbourne.


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