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Massacres dans le Kurdistan syrien

Par Jean Tsadik à Métula et Michaël Béhé à Beyrouth © Metula News Agency

dimanche 14 mars 2004
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Les correspondants de la Ména au Kurdistan irakien nous communiquent que les morts kurdes du fait de la répression menée par la dictature damascène se comptent actuellement par dizaines le long de la frontière syro-turque. Selon des témoins oculaires présents dans les deux hôpitaux de la ville de Qamishli, il y aurait, à midi (heure de Jérusalem) au moins 141 morts kurdes ainsi que plusieurs centaines de blessés par balles. Ce matin, des tanks envoyés par le Président Béshar el-Assad ont fait leur apparition dans toute la zone kurde et, selon les même témoins, « ils tireraient sans distinction sur tout ce qui bouge ».

D’après des proches du clan kurde Talabani, de l’Union Patriotique du Kurdistan, on serait proche de l’insurrection généralisée. Près de la ville d’Amuda les Kurdes tentent de se défendre et ils seraient parvenus à abattre une quinzaine d’officiers syriens, ainsi qu’un juge de l’application de la loi martiale et 8 soldats de Damas.

A Qamishli même, les irréguliers kurdes se seraient emparés de la plupart des édifices de l’administration syrienne et ils les tiendraient encore, au moment où nous publions ces lignes.

Les affrontements ont éclaté lors d’un match de football opposant une équipe kurde, Fitwaya, de Dar-el Alazour et la formation arabe de Al-Jihad (la guerre sainte). Au cours de la rencontre, qui s’est déroulée devant un public fort de 5’000 spectateurs, les supporters arabes se sont mis à scander le nom de Saddam Hussein (le bourreau des Kurdes irakiens) auxquels cris, les Kurdes ont répondu en scandant « Jalal Talabani », le nom du Secrétaire général de l’UPK, l’une des deux factions de la coalition au pouvoir dans la province autonome du Kurdistan irakien.

Au cours de l’incident, la police syrienne a ouvert le feu sur les supporters kurdes tuant plus d’une trentaine de personnes. Durant sa fuite éperdue, la foule a notamment piétiné trois enfants ainsi que quatre adultes. Immédiatement après les incidents, la police a effectué de larges perquisitions dans les maisons kurdes, retirant aux habitants tous les moyens qui pouvaient servir à leur défense. La police a cependant laissé leurs armes aux résidents arabes, qui s’en sont servi contre leurs adversaires.

En marge de cette répression sanglante, les médias officiels syriens dénoncent la révolte kurde en employant à son endroit les termes de « bandits, d’auteurs d’actes de sabotage, de conspirateurs. » Les mêmes médias affirment que ces « bandits ont porté atteinte à la sécurité de la patrie et des citoyens, qui ne sauraient être bafouées sous aucun prétexte ». Dans le jargon alaouite de la dictature népotiste des el-Assad, auteur de bien des massacres, cela signifie que la répression va s’intensifier dans les heures qui viennent et qu’il y a fort à craindre pour les civils kurdes, dont le nombre des victimes pourrait bientôt se chiffrer en milliers.

Les médias français, pour leur part, reprennent largement les communiqués et les bilans publiés par le régime de Damas, faisant état, à leur instar, de 14 morts. La Ména assure ses abonnés que ce chiffre est en tous points ridiculement bas par rapport à la réalité factuelle. Afin de vous permettre de comparer la transcription des faits, nous publions, en annexe de notre dépêche, une de celles consacrées par nos confrères de l’Agence France Presse aux mêmes affrontements. Son titre est aligné sur les communiqués de Damas : « Heurts mortels dans le nord-est : Damas enquête sur des »actes de sabotage« . » Noter que c’est « selon les Kurdes », pour reprendre les termes de l’AFP, que les actes de sabotages perpétrés par des « conspirateurs » auraient fait 14 morts. On est certes bien loin des habitudes de la même agence dans la couverture du conflit israélo-palestinien, dans laquelle l’agence d’information du gouvernement français reprend systématiquement les bilans provenant des sources palestiniennes, choisissant le plus souvent de titrer ses dépêches en mentionnant le nombre allégué de tués palestiniens et le fait qu’ils ont été anéantis par l’armée israélienne. Ce régime de deux poids deux mesures fait l’économie de bien d’autres interrogations. A noter également la dépêche figurant dans le Monde virtuel de ce matin [lire] et qui dénote assurément d’une inspiration journalistique très proche de celle de l’AFP et pleine de nuances envers la dictature syrienne.

Au dossier des informations essentielles à la compréhension des causes de la révolte des Kurdes de Syrie, que vous trouverez très difficilement dans la presse francophone, nous versons les indications suivantes :

Deux millions de Kurdes vivent actuellement sur le territoire syrien. Ils ont l’interdiction de parler leur langue, de publier quoi que ce soit en kurde, d’enseigner leur culture dans leurs écoles et de s’organiser en partis politiques. Un décret récent leur fait même interdiction de « jouer de la musique non arabe lors de leurscérémonies de mariages ». La quasi-totalité de leurs villes et de leurs villages ont été renommés de force avec des noms arabes et toute mention des appellations originales a été exclue des livres d’histoire et de géographie.

La situation sous la junte alaouites est encore plus précaire pour environ 130’000 d’entre eux, auxquels le pouvoir a retiré la nationalité syrienne au regard d’une insurrection qui s’est déroulée aux alentours de la ville de Jezireh en… 1920. Cette partie de la population kurde, sans qu’il n’ait jamais été vérifié que tous ses composants descendaient effectivement de la localité en question (et quand bien même, qu’est-ce que cela changerait ? Ndlr.), subit un véritable génocide rampant de la part de la dictature assadienne. Non seulement cette dernière a-t-elle expulsé 30’000 de ces malheureux afin de les remplacer par des Arabes, encore sanctionne-t-elle les survivants en leur infligeant un traitement objectivement inhumain. Les descendants de Jezireh sont en effet interdits de mariage, de posséder de la terre, de travailler, de réparer leurs maisons ainsi que d’utiliser les écoles et les hôpitaux.

Au moment où l’Europe discute de l’interdiction du voile islamique dans les lieux publics, il serait peut-être judicieux de considérer le traitement des minorités non arabes en terre d’islam. Encore eût-il fallu pour permettre aux gens de se faire une opinion qu’on leur permette d’accéder à l’information. Pourtant, le Quai d’Orsay maintient un institut au cœur de Damas, dont l’un des buts avoués consiste à étudier les peuples et les traditions existant sur la terre de Syrie. Alain Gresh, le rédacteur en chef du Monde Diplomatique est d’ailleurs membre de l’un des comités qui dirigent cet établissement. A croire que ces délégués de la Franceofficielle en enfer ont de la buée sur leurs lunettes ou qu’il est islamophobe ne serait-ce que de mentionner les exactions sans noms de tout régime arabe ?



Annexe : une dépêche de l’AFP en couverture de ces événements. (Les mêmes)

Heurts mortels dans le nord-est : Damas enquête sur des « actes de sabotage »
DAMAS, 13 mars (AFP) © 2004 AFP

La télévision d’Etat syrienne a annoncé samedi soir la création d’une commission d’enquête chargée d’élucider les « actes de sabotages » perpétrés par des « conspirateurs » dans le nord-est de la Syrie, où, selon les Kurdes, 14 des leurs ont été tués par la police en 36 heures.

« Des bandits ont porté atteinte dans le gouvernorat du Hassaké (nord-est) à la stabilité et à la sécurité de la patrie et des citoyens, qui ne sauraient être bafouées sous aucun prétexte », a indiqué la télévision dans son bulletin du soir, évoquant pour la première fois les affrontements qui ont eu lieu vendredi et samedi dans la ville de Qamichli (600 km au nord-est de Damas, près de la frontière avec la Syrie).

« Exploiter ce qui s’était passé dans le stade de la ville par des conspirateurs qui se sont livrés à des actes de sabotage contre des bâtiments privés et publics et ont provoqué des troubles, illustre des idées importées » de l’étranger, a ajouté la télévision, sans faire référence à des personnes tuées lors de ces affrontements.

« Ce qui s’est passé est contraire à la loi. Une commission a été formée pour enquêter sur l’événement », a ajouté la télévision sans diffuser la moindre image.

Auparavant, le secrétaire général du Parti démocrate progressiste kurde en Syrie, Abdel Aziz Daoud, présent à Qamichli avait indiqué que quatorze personnes, dont trois enfants, avaient été tuées vendredi et samedi dans cette ville et ses environs lors de heurts entre les forces de l’ordre et la population kurde locale.

Les heurts ont commencé samedi avant un match de football du championnat national, et plusieurs personnes ont été tuées dans le stade de la ville.

Selon les Kurdes de nouveaux heurts mortels ont eu lieu samedi lors de manifestations de protestations contre les violences de la veille


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