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Obama et les Juifs : bouleversement ou continuité ?

Richard Prasquier - Président du CRIF

jeudi 13 novembre 2008
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C’est donc Barak Obama. Magnifique campagne, extraordinaire pays. Soixante ans exactement après la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, un Noir est élu au poste le plus puissant du monde. Le racisme à la poubelle de l’histoire. Saluons, en tant que Juifs, la force immense de ce symbole.

La personnalité du président des Etats-Unis et ses idées sur le Moyen Orient se répercuteront de façon majeure sur la politique israélienne, Les relations personnelles entre les dirigeants ont souvent joué un rôle décisif.

Trois mois après l’élection américaine, les israéliens vont voter pour remplacer aussi leur chef de l’exécutif, le Premier ministre. Les deux plus grandes communautés juives du monde auront donc eu à s’exprimer dans des choix capitaux. A la complexité du système électoral américain (vote pour de grands électeurs, le vainqueur dans chaque Etat en prenant tous les mandats puis vote définitif suivant le nombre de ces mandats) s’oppose la clarté « biblique » du régime électoral israélien (proportionnelle quasi-absolue). Mais ensuite, à la simplicité du résultat de l’élection américaine (le Président occupe tout le terrain de l’exécutif avec son programme et ses hommes), s’oppose la complexité, qu’on n’ose appeler « talmudique », de la transformation du résultat des votes dans la formation d’un gouvernement de coalition, au travers de négociations entre les partis qui déterminent le programme du gouvernement israélien.

Les deux systèmes donnent une prime aux charnières : partis charnières en Israël, prêts à basculer d’un côté à l’autre, Etats charnières (swing states) aux USA dont le vote a mobilisé les énergies.

La victoire d’Obama est nette et le vote juif n’a pas eu d’influence. Il avait été très sollicité. Car les Juifs américains, 2% seulement de la population du pays, pouvaient jouer un rôle pivot : non pas les grandes communautés de New York, Californie, New Jersey, Etats acquis à Obama, mais celles de l’Ohio, de la Pennsylvanie et surtout de la Floride (650 000 juifs), où avait eu lieu le pénible gag de l’élection de 2000.

Comment les Juifs ont-ils voté ? Les sondages indiquaient une majorité pour Obama entre 60 et 70%., bien que Mc Cain fût unanimement considéré comme un proche d’Israël. GW Bush n’avait obtenu que 20% en 2000 et 25% seulement en 2004. C’est une constante : le seul républicain avec plus de votes juifs que le démocrate fut le très médiocre président Harding en 1920, car 40% des Juifs avaient voté pour un socialiste qui a obtenu....3% des voix. Cela souligne l’engagement révolutionnaire de bien des immigrants juifs de l’Europe de l’Est. Leurs enfants sont restés pour la plupart fidèles aux démocrates, et ont été des soutiens majeurs de ce parti. Avant guerre, le parti républicain apparaissait comme celui d’un grand capital traditionnel hostile aux nouveaux venus juifs (cf JP Morgan, dont la banque vient curieusement d’acculer à la faillite la banque « juive »de Lehman Brothers), puis considéré comme trop conciliant envers les nazis, puis peu favorable à Israël (JF Dulles), puis opposé à la lutte contre la ségrégation raciale et à la redistribution sociale, conçues par certains juifs comme un « tikun olam ».

Aujourd’hui comme hier, les Juifs dont le vote se détermine en fonction d’Israël sont minoritaires, en moyenne plus âgés et plus orthodoxes que les autres ; eux ont plutôt voté républicain, et les ultra-religieux ne sont guère choqués par le créationnisme de la droite évangélique.

Nul ne peut prédire la politique d’Obama envers Israël, à qui il n’a pas ménagé les déclarations d’amitié pendant la campagne. Les déclarations incendiaires de son pasteur ou celles de Jesse Jackson paraissent en dehors du milieu décisionnel, mais ses liens avec Khalidi, professeur à Columbia, semblent réels. Le choix inquiétant de Brzezinski comme conseiller fut suivi par la mise en relief de Dennis Ross et d’autres proches d’Israël. Surtout, les contraintes géostratégiques -et le bon sens- limitent les bouleversements possibles d’alliances d’autant que Barack Obama est un grand pragmatique. Le soutien à Israël est très fort dans la population américaine, bien que les dénonciations du « lobby pro-israélien » (ainsi le livre médiocre de Mearsheimer et Walt) soient plus nombreuses, et bien que la mise en cause des « sionistes » dans la récente crise financière trouve comme prévu son exutoire dans les égouts d’Internet.

Chacun sait que le dossier le plus grave de la politique étrangère sera celui de l’Iran où le temps presse, où l’échec des mesures économiques est patent et où l’angélisme n’est pas de mise. Le nouveau président des USA aura à prendre des décisions difficiles et peut-être impopulaires. Souhaitons-lui lucidité et courage, qui ne sont pas incompatibles avec son beau message de fraternité.


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