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Israël le grand absent de la Francophonie

ELIAS LEVY s’entretient avec L’Ambassadeur Yehuda Lancry | Canadian Jewish News

mercredi 15 octobre 2008
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Quelque 700000 Israéliens parlent le français. Pourtant, l’État d’Israël sera encore une fois le grand absent du Sommet de la Francophonie, qui se tiendra cette année à Québec du 17 au 19 octobre. Ancien Ambassadeur de l’État d’Israël en France et aux Nations Unies, Yehuda Lancry, actuellement président du Conseil d’administration de la 2ème Chaîne de Télévision israélienne et Délégué aux Affaires internationales de l’Alliance Israélite Universelle, a piloté pendant plusieurs années le Dossier de l’adhésion d’Israël à la Francophonie, une organisation regroupant une soixantaine de pays et d’États ayant en partage la langue et la culture françaises.

L’Ambassadeur Yehuda Lancry nous a livré son analyse sur la non-présence d’Israël dans la Francophonie au cours d’une entrevue qu’il a accordée au Canadian Jewish News lors de son récent passage à Montréal.

Canadian Jewish News : Avec un peu plus de 700000 citoyens parlant le français à divers degrés, l’État d’Israël n’est toujours pas membre de la Francophonie. Comment expliquer cette incongruité ?

Yehuda Lancry : Je connais ce dossier parce que j’ai travaillé activement sur celui-ci quand j’étais Ambassadeur d’Israël en France. En janvier 1993, j’avais demandé à Shimon Péres, récemment arrivé aux Affaires étrangères d’Israël après le départ du gouvernement dirigé par Yitzhak Shamir, le feu vert pour amorcer des démarches pour la candidature d’Israël à l’organisation de la Francophonie. Shimon Péres m’a donné tout de suite son aval alors que Yitzhak Shamir n’était pas très consentant car il considérait que la Francophonie n’était qu’une instance internationale de plus apte à la condamnation de l’État d’Israël. Vous savez que dans la Francophonie, on ne fait pas que de la linguistique et de la culture, on fait aussi de la politique. Shimon Péres était partant. À partir de là, nous avons fait les démarches nécessaires en mobilisant le soutien du Quai d’Orsay -Ministère des Affaires étrangères de la France. C’était une époque propice à une telle évolution, notamment du côté français. Edouard Balladur, à l’époque Premier ministre de la France, souhaitait renforcer la relation bilatérale franco-israélienne. Alain Juppé, alors ministre français des Affaires étrangères, allait dans le même sens.

En 1994, le Quai d’Orsay a organisé des États Généraux de la Francophonie en Israël. Le bilan de ces États Généraux a été tout à fait satisfaisant : cinq Départements de Langue et de Littérature françaises dans les cinq grandes universités israéliennes ; enseignement du français dans les lycées de l’Alliance Israélite Universelle et dans d’autres écoles israéliennes ; plus d’un demi-million d’Israéliens francophones… Donc, il ne fallait plus que passer à l’acte.

C.J.N. : Qu’est-ce qui a fait avorter les initiatives résolues de la France pour faciliter l’adhésion d’Israël à la Francophonie ?

Y. Lancry : La France avait alors déclaré haut et fort son soutien à l’inclusion d’Israël dans le mouvement de la Francophonie. Au moment où on devait passer à l’acte, c’est-à-dire voter l’adhésion d’Israël à l’unanimité, le Liban s’est opposé farouchement à l’entrée d’Israël dans cette organisation internationale. Le Premier ministre libanais de l’époque, feu Rafiq Hariri, avait expliqué à son ami Jacques Chirac que le Liban ne pouvait pas voter en faveur d’un pays qui occupait son territoire. Israël était encore au Sud-Liban.

Dans une deuxième manche, quand j’étais Ambassadeur d’Israël aux Nations Unies, j’ai accompagné la mise en application de la Résolution 425 sur le retrait des forces militaires israéliennes du Sud-Liban, en mai 2000. J’avais alors saisi l’occasion pour faire un compte rendu au Ministère des Affaires étrangères d’Israël et alerter mes successeurs à l’Ambassade d’Israël à Paris, Élie Barnavi et Nessim Zvili, et leur demander de renouveler les efforts auprès de la France pour permettre à Israël d’entrer à la Francophonie. Efforts qui ont été abandonnés à un moment donné face à l’obstacle que constituait la présence israélienne au Sud-Liban.

Je m’escrimais alors à expliquer à mes interlocuteurs que maintenant qu’il y avait une ligne bleue reconnue par le Conseil de sécurité des Nations Unies, qu’Israël avait évacué le Liban, on ne saurait plus opposer cette fin de non-recevoir à l’adhésion d’Israël à la Francophonie. Mais, les Libanais, sous l’influence de la Syrie et du Hezbollah, ont considéré que les fermes de Chaba, toujours en dispute et en discussion, étaient libanaises et qu’Israël était toujours occupant de leur pays d’une manière ou d’une autre. Donc, que le Liban ne faciliterait pas l’adhésion d’Israël à la Francophonie. Nous en sommes là. Nous butons toujours sur le même écueil.

C.J.N : Le Président Nicolas Sarkozy, qui est considéré comme un grand ami d’Israël, pourra-t-il faire évoluer positivement ce Dossier bloqué jusqu’ici ?

Y. Lancry : Nicolas Sarkozy ne pourra pas faire évoluer ce Dossier tant que la complexe question des fermes de Chaba ne sera pas réglée. On verra s’il y a une évolution de ce Dossier au cours des prochains mois. Le Président Sarkozy est très actif sur le plan de la normalisation de la relation syro-libanaise. Ça peut être un début prometteur, surtout si on a aussi dans un proche futur des négociations entre Israël et la Syrie. Je pense que ça contribuera peut-être à dégeler la position du Liban par rapport à Israël dans les instances de la Francophonie.

C.J.N. : Le Dossier de la Francophonie est-il prioritaire pour Israël ?

Y. Lancry : Pour Israël, ce Dossier n’est pas une urgence, ni une priorité nationale. Mais comme vous le savez, Israël est à la recherche d’une reconnaissance diplomatique aussi élargie que possible. Entrer dans le forum de la Francophonie constituera pour les Israéliens une reconnaissance diplomatique plus élargie. Même si la Francophonie ne représente pas pour les Israéliens une urgence pour laquelle il faut lutter au quotidien, c’est un enjeu diplomatique important.

C.J.N : Vous avez coprésidé avec le cancérologue français David Khayat un Groupe de travail de haut niveau, dont l’objectif principal était de relancer la coopération bilatérale entre Israël et la France. Les résultats obtenus par ce Groupe de travail ont-ils été concluants ?

Y. Lancry : Ce Groupe de travail de haut niveau franco-israélien a vu le jour dans le contexte de tension antisémite qui sévissait en France en l’an 2000, après l’éclatement de la seconde Intifada palestinienne. Une vague d’antisémitisme dont l’origine était l’islam radical. Je pense que le gouvernement français de l’époque avait bien compris qu’il fallait faire passer un message très explicite à ceux qui considéraient que la position critique de la France à l’endroit du gouvernement israélien était un tremplin pour régler son compte à la Communauté juive française. Ce groupe de travail a été formé entre autres pour cette raison, pour envoyer un message aussi clair que possible, à savoir que la France entendait nouer et consolider son amitié avec Israël quelles que soient les circonstances politiques. Le Dr David Khayat, coprésident français de ce Groupe de travail, et moi-même -je le dis avec toute l’humilité qui s’impose- avons mis en branle une série de projets avec une volonté gouvernementale de part et d’autre pour que la réalisation passe à l’échelle concrète, donc du dialogue politico-stratégique jusqu’aux échanges culturels, scientifiques, universitaires… les visites successives en Israël et en France de personnalités politiques, de décideurs économiques, d’universitaires… Je pense qu’il y a eu des résultats assez probants.

C.J.N. : Ce Groupe de travail franco-israélien est-il toujours fonctionnel ?

Y. Lancry : Non. Ce Groupe de travail de haut niveau a passé le relais à la Fondation France-Israël, créée en 2005 par Jacques Chirac et Ariel Sharon. Considérant que ce Groupe de travail de haut niveau, qui par définition était responsable d’une relance des relations bilatérales franco-israéliennes, avait besoin d’une permanence, on a décidé de créer la Fondation France-Israël.

C.J.N. : Le modèle de coopération forgé par ce Groupe de travail bilatéral franco-israélien pourrait-il être utile au Québec, dont les relations avec Israël connaissent depuis quelques années un essor.

Y. Lancry : C’est un modèle qui a suscité l’intérêt de pas mal de chancelleries. Je sais que nos Ambassades ont été questionnées amicalement sur la mise en place de ce Groupe de haut niveau, unique à la France et Israël à l’époque, qui se posait pour certains diplomates en modèle d’inspiration. Je crois que ce projet franco-israélien pourrait intéresser aussi nos amis Québécois.

C.J.N. : Il y a aujourd’hui en Israël un regain important de la Francophonie ?

Y. Lancry : Tout à fait. Plusieurs facteurs contribuent à ce regain de la Francophonie israélienne : l’arrivée de nombreux nouveaux olims francophones ; l’amitié renouvelée entre Israël et la France, résultat du travail réalisé par le Groupe de travail de haut niveau et la Fondation France-Israël ; la politique d’ouverture de Nicolas Sarkozy et son amitié affichée à l’égard d’Israël… Tous ces facteurs font qu’on écoute un peu plus de chansons françaises à la radio israélienne, que les Israéliens regardent beaucoup plus de films français, que les Services culturels de l’Ambassade de France à Tel-Aviv fleurissent, explorent et investissent des champs jusque-là insoupçonnés dans les divers secteurs de la société israélienne…

Ayant eu le privilège d’accompagner le Président Shimon Péres lors de son voyage officiel en France ce printemps et ayant fait partie de la délégation israélienne qui a accueilli le Président Sarkozy en Israël en juin dernier, je peux témoigner de l’important réchauffement que les relations entre la France et Israël connaissent depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Élysée.

C.J.N. : Donc, pour ce qui est d’une future adhésion d’Israël à la Francophonie, il vaut mieux s’armer de patience ?

Y. Lancry : Chacun sait à quoi s’en tenir. On sait que ce dossier est intimement lié à l’évolution de la paix et de la coexistence israélo-arabes. Une fois que ce contentieux sera réglé, je pense qu’Israël pourra enfin adhérer à la Francophonie.


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