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Douloureux sacrifices : pour qui ?

Albert Capino

samedi 5 juillet 2008
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La peur est mauvaise conseillère. Depuis qu’Olmert l’a faite entrer dans le Cabinet israélien, elle y siège, telle un ministre sans portefeuille. La peur du premier ministre d’être jugé est bien plus dommageable pour l’Etat que quelques « enveloppes ». Que ne lui a-t-on proposé une porte de sortie afin que le gouvernement se retrouve à nouveau les mains libres, avant qu’il ne soit trop tard !

Ainsi, Israël a décidé d’ignorer les violations de la « trêve » par le Hamas.

Israël ? Ou plutôt l’équipe au pouvoir qui tente tant bien que mal de régler ses problèmes personnels en se défaussant sur ceux qu’affrontent le pays ?

Le premier ministre s’est une fois de plus sorti par une pirouette de la situation embarrassante dans laquelle il se trouve. Quand il ne l’accuse pas de manœuvres politiques pour obtenir une « trêve » avec le Hamas, il conclut un « deal » avec son ministre de la Défense - chef du parti travailliste - qui lui permet d’éviter la dissolution du parlement et de précipiter sa fin politique, pourtant inéluctable. Par ce subterfuge, Olmert pourrait ainsi prolonger son poste à la tête du gouvernement, auquel il s’accroche de manière indécente, jusqu’en mars de l’année prochaine.

Or, plus que les soupçons de corruption à son encontre, c’est l’accumulation de ses erreurs d’évaluation et son incapacité à prendre des décisions qui donnent à Israël des semelles de plomb.

Dans l’intervalle :

  • le Hamas est en train d’acquérir une légitimité en signant une « trêve » alors même qu’il poursuit ses bombardements par Jihad islamique ou brigades al Qods interposés ; les conséquences sur le terrain sont mesurables : le traumatisme des populations soumises aux bombardements s’aggrave, pendant que les mouvements radicaux se renforcent. Le gouvernement israélien, lui, a renoncé à une quelconque opération d’envergure. De plus, il permet que des sommes importantes soient versées au Hamas, sous prétexte qu’il s’agit de taxes appartenant à l’Autorité palestinienne, conformément aux accords de Paris signés en 1994. C’est comme s’il participait au financement du terrorisme !
  • Le Hezbollah a scellé un accord avec une délégation israélienne par l’intermédiaire de l’Allemagne : un échange de prisonniers a été approuvé par 22 voix contre 3 au sein du Cabinet israélien. La polémique selon laquelle les deux Israéliens enlevés et détenus par nazislamistes seraient morts n’y change rien. Au contraire : Nasrallah exulte. En se refusant à donner le moindre signe de vie de ses otages, en leur déniant tout droit de visite du CICR, il a obtenu le résultat qu’il voulait depuis le départ. Les familles Regev et Goldwasser qu’il a cruellement torturées moralement pendant deux ans veulent finalement récupérer Eldad et Ehud même s’ils sont morts. Elles doivent pouvoir faire leur deuil, ce qui se comprend parfaitement et se respecte, mais cela permet à Nasrallah de triompher au-delà de toute considération humanitaire ou morale. Le Hezbollah déclare à présent qu’il ne réduira pas ses prétentions si ses deux otages sont déclarés morts.

Israël s’est donc engagé à échanger des dépouilles contre plusieurs prisonniers dont certains ont « du sang sur les mains », parmi lesquels Samir Kuntar dont la libération devait permettre d’obtenir un indice sur le sort de Ron Arad. En vain.

Ceci est lourd de conséquences pour l’avenir : rien ne pourra désormais plus inciter des preneurs d’otages à maintenir leurs captifs en vie.

Le gouvernement Olmert aura donc cédé sur toute la ligne au terme d’un dilemme inextricable entre les familles des otages et celles des victimes de prisonniers incarcérés en Israël.

En termes de choix, celui auquel se trouve confronté Israël est pourtant dramatiquement simple : face à des adversaires qui ne respectent aucun code, il faut une doctrine implacable. Les concessions sont inévitablement interprétées comme autant de faiblesses et exploitées cyniquement par ceux qui veulent la disparition de l’Etat juif.

Accepter d’échanger un soldat ou sa dépouille, sans distinction, contre plusieurs centaines de prisonniers - dont des criminels en puissance - ne peut qu’encourager de nouveaux enlèvements, afin d’obtenir des avantages supplémentaires. Avec cet échange, Israël a atteint le point où tous croient désormais pouvoir dicter leurs conditions, notamment en raison de l’absence de leadership israélien, qui oscille entre valse-hésitation et chute libre sans parachute depuis la calamiteuse « seconde guerre du Liban »*. En outre, cela donne un très mauvais signal pour les négociations en cours pour la libération de Guilad Shalit.

La crainte de pertes humaines est une préoccupation constante. Même si on ne peut en faire abstraction, on ne doit ni la montrer, ni la laisser affaiblir la force opérationnelle d’une armée de défense.

Israël possède une armée puissante, une population motivée qui comprend les enjeux de sa survie. La préservation de l’Etat exige de ne pas faire le jeu des preneurs d’otages. Elle a un prix très élevé, que la plupart des soldats comprend. Nombre d’entre eux a courageusement demandé à ne pas servir de monnaie d’échange s’ils venaient à être capturés.

La peur ne peut ni ne doit l’emporter majoritairement dans l’évaluation d’une situation conflictuelle, car elle détermine les perdants.

La peur doit changer de camp et servir de dissuasion envers ceux qui ne respectent aucune règle. Tout atermoiement avec des extrémistes ne peut mener à terme qu’à une situation d’échec.

Pour l’heure, les décisions du Cabinet Olmert ont renforcé l’image du Hezbollah, donné de l’appétit au Hamas et encourage la Syrie dans ses revendications territoriales.

Devant les périls, les capacités d’action, de réaction doivent motiver les décisions du gouvernement. Pas les entraver. Les risques sont énormes dans le cas d’un pourrissement.

Or, on a bien le sentiment d’avoir à faire à des individus incapables de se mettre d’accord sur la ligne de conduite à tenir. Tantôt mous, indécis, tantôt arrogants et prenant des initiatives irréfléchies, ils donnent des indicateurs qui confortent leurs adversaires dans leur tactique d’étouffement. Conjointement au harcèlement des villes sous les roquettes, des prises d’otages, ils exercent des pressions pour un retour aux frontières de 1967, l’abandon du Golan, de la souveraineté sur Jérusalem, le retour des « réfugiés » palestiniens en Israël, un morcellement du territoire national par la création d’enclaves à l’intérieur des terres... Une stratégie en tenaille entre les coups de boutoir de l’extérieur et une guerre des nerfs visant à créer un climat propice à une implosion.

Israël a urgemment besoin d’un leadership clair dans ses idées, en phase avec son Etat-major, et dont le propos et les plans doivent être bien compris à la fois par la population, par l’armée, et par la Communauté internationale.

De la manière dont ils agissent, les dirigeants actuels ne font que retarder leur déchéance. À terme, ils ne pourront pas s’en tirer politiquement, ils le savent et il est donc totalement vain d’entraîner le pays dans leur chute.

Nous nous trouvons hélas face à des personnalités politiques à l’ego démesuré. D’un premier ministre projeté à la tête du gouvernement malgré lui, entouré d’individus partisans voulant chacun défendre ses intérêts, confondant les priorités du pays avec les leurs.

Des circonstances qui auraient dû provoquer une dissolution immédiate du parlement, la tenue d’élections anticipées et la formation d’un gouvernement d’Union nationale, à l’exclusion des petits partis qui tentent d’obtenir des avantages mesquins par un marchandage indigne.

Il ne reste à Olmert qu’à prendre la décision la plus courageuse de sa vie : démissionner et montrer ainsi la voie des « douloureux sacrifices » qu’il préconise aux autres !


  • Le Liban qui réclame à présent la restitution des fermes de Chebbah, préalable sans lequel il n’envisage même pas de parler aux Israéliens.

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