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Antisémitisme : Les limites d’une réflexion tronquée.

Par Stéphane Juffa © Metula News Agency

vendredi 6 février 2004
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Il nous faut revenir sur l’incident Shirel. Non parce qu’il amène de l’eau à notre moulin (il est suffisamment irrigué), comme l’a osé une collègue de Libération, ni pour ajouter des éléments nouveaux à l’enquête en cours, que nous ne possédons d’ailleurs pas. Nous, de préciser, ça ne peut pas faire de mal, que nous ne croyons pas que la France soit un pays antisémite mais qu’il existe beaucoup trop d’antisémitisme dans ce pays.

Mais qu’est-ce que la précision sémantique amène-t-elle dans cette définition ? - Pas grand-chose en la matière ; pour qu’elle ait un sens, il faudrait d’abord établir ce qu’est un « pays antisémite ». L’antisémitisme se jaugerait-il par le pourcentage de citoyens qui n’aiment pas les Juifs ? C’est en tous cas sur ce critère que je déclare que les Français, dans leur grande majorité, ne sont pas atteints par ce phénomène pestilentiel et d’ajouter, une fois de plus, que, dans la situation informationnelle dans laquelle ils baignent, y compris la minorité des musulmans français, ils font preuve d’une remarquable retenue, devant laquelle on ne peut que retirer son chapeau.

Reste qu’à Mâcon, lors d’un concert de bienfaisance, des dizaines de personnes ont cru devoir couvrir la chanteuse Shirel d’insultes à caractère indéniablement raciste. Et c’est la maturation de cette situation, dans laquelle il est devenu quasiment compréhensible, pour ne pas dire ordinaire, de dessiner la croix gammée sous le nez d’une artiste qui chante Jérusalem, qui doit inquiéter ceux qui connaissent la dangerosité de l’épanchement antisémite. Cette accusation du crime d’être un « sale juif », qu’on se permet de tabasser dans les rues de Paris, parce qu’il appartient au mouvement israélite de gauche de la Shomer Ha-Tsahir et de ces joueurs de football israéliens, en Belgique, qu’une partie du public voulait renvoyer dans les camps d’extermination nazis, est effectivement préoccupante.

Préoccupante, elle l’est, parce que si on veut bien se donner la peine de l’analyser objectivement, elle n’est pas le fruit d’un phénomène spontané. Certes, je crois absolument en la sincérité de Jean-Pierre Raffarin et de Jean-Jacques Aillagon qui ont téléphoné à la chanteuse pour l’assurer de leur soutien. Tout comme je suis persuadé de la franchise du préfet de Saône-et-Loire, Didier Lallement, dans l’expression de sa répulsion et de Dominique Perben, qui a reçu Shirel à la Chancellerie pour lui dire qu’il ne tolérerait « aucun dérapage » de ce type. Ces responsables politiques ne sont assurément pas antisémites, c’est un fait.

Force est cependant de constater que l’épidémie de peste s’étend et que le principe de tolérance zéro, que Perben a repris du discours du ministre de l’intérieur et du Président Chirac, n’a pas apporté de solution thérapeutique apte à contenir le fléau. Cela aussi ce sont des faits et si on ne veut pas se trouver très vite devant une situation incontrôlable, il faut avoir le courage de la probité et chercher à éradiquer les véritables germes de la pandémie. Il faut les éradiquer à la source, exactement comme on sacrifie les poulets en Extrême Orient, afin de barrer la route à la peste avaire.

A la Ména, nous considérons que la vague nouvelle d’antijuivisme qui s’étend dans certains pays européens, en France en particulier, est le résultat d’une chaîne événementielle. Cette sorte de cascade conséquentielle, dont on admet l’existence dès lors que l’on admet que des Dijonnais ne se sont pas réveillés un matin antisémites, est à traiter à son jaillissement. En précisant encore, qu’on a à faire, comme dans le cas des poulets, à un phénomène nouveau dans le sens où la nouvelle épidémie antisémite a connu un début dans le temps. Qu’elle n’existait pas il y a quelques années. On en veut pour preuve, que Salvatore Adamo, Rika Zaraï et Enrico Macias ont souvent chanté Jérusalem en Bourgogne et que personne n’avait pris l’initiative de les insulter.

Ici, sur notre rocher soumis aux vents vivifiants de l’hiver, nous sommes certains que les racistes qui ont hué la fille de Jean Manson se situent tout en bas de la cascade, en fait, au moment de sa chute où l’eau a déjà rejoint la rivière. C’est pour cette raison que nous considérons que l’option « tolérance zéro », qui traite avec un succès pour le moins limité les antisémites révélés, ne possède aucune chance sérieuse d’assainir la collectivité française. Et même si on mettait un gendarme et un juge à côté de chaque Français juif, cela n’endiguerait pas la poussée de peste. J’ai presque envie d’écrire « au contraire », dans le sens où les mesures policières voyantes qui sont prises auraient plutôt tendance à particulariser les Israélites et à condenser la haine contre cette communauté. Après tout, les gens sans histoire et sans rien à se reprocher n’ont généralement pas besoin d’un service permanent de protection rapprochée.

Dans ces conditions, si l’on entend assurer efficacement non seulement la sécurité mais aussi la qualité de vie des Français juifs, à laquelle ils ont assurément droit, il faut réhabiliter leur image dans la société tricolore. Et avant de s’attaquer, à coups de mesures massives, à l’assainissement de la source, on peut encore légitimement se demander si on ne va pas s’investir à protéger des coupables. Le simple acte de poser cette question devrait paraître saugrenu, puisqu’il me semble que les Français juifs ont toujours dignement servi la République et qu’ils ne lui ont jamais posé le moindre problème d’intégration ou de double allégeance. Non seulement ont-ils fourni à leur pays des savants en pagaille, des intellectuels, des industriels, des soldats, des sportifs et des ministres par dizaines, ainsi que des Présidents du conseil, encore ont-ils pardonné à leurs concitoyens la fausse accusation de trahison contre l’un de leurs capitaines. Le supplice et le déshonneur indus que la France lui a fait subir, le fait que judiciairement parlant, Dreyfus soit toujours coupable en 2004 - gracié, rétabli mais coupable ! - et l’opprobre de ce malheureux, que la vieille France avait, sans aucune raison professable, étendu sur tous les Juifs du pays. Les Juifs ont aussi pardonné à la France les lois d’exception racistes de Vichy et la collaboration d’un bon nombre de leurs compatriotes au processus de leur éradication physique.

Si j’en appelle à considérer la question d’une éventuelle culpabilité des Français juifs, c’est que les mesures à prendre pour enrayer l’épidémie antisémite n’ont rien de cosmétiques. Elles impliqueraient une remise en cause en profondeur de certains modes de pensées fondamentaux, qui ne sauraient cohabiter avec l’assainissement de la source polluée. Elles impliquent un changement et puisqu’on ne peut pas tout à la fois décider de changer tout en espérant rester les mêmes, il faut à la classe politique de comprendre qu’on ne combat pas la peste antisémite à coups d’aspirine. Il faudrait, d’abord, abandonner l’accusation-prétexte de communautarisme qui fait florilège dans les médias et qui, qu’on le veuille ou non, sert de justification aux nouveaux antisémites. Les Israélites de France ne sont pas plus communautaristes à l’aube du troisième millénaire qu’ils ne l’étaient cent ou deux cents ans plus tôt, sans que cela n’ait jamais fait ombrage à personne et certainement pas aux valeurs républicaines. Les Juifs n’ont jamais caché leur soutien au droit à l’existence de l’Etat hébreu, dont le combat fondamental n’a pas varié d’un pouce. A tout se dire, c’est seulement l’establishment français, qui a changé d’orientation en 1967, lorsque Israël est passée, en quelques mois, et sur un changement d’humeur du général De Gaulle, de « notre amie, notre alliée » à « un Etat sur de lui-même et dominateur ». C’est bien l’orientation politique de l’Elysée qui a seule changé, pas ses Juifs, ni Israël d’ailleurs.


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