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Entretien avec Menahem Milson, spécialiste israélien du monde arabe

Propos recueillis par Nathalie Szerman pour © Israël Magazine

Se remémorant les années où il supervisait les activités de la population palestinienne en Cisjordanie, Menahem raconte : « La première fois que j’ai exercé en tant que conseiller pour les affaires arabes, c’était en 1976. J’avais été nommé par Shimon Peres, alors ministre de la Défense. C’était une période particulièrement turbulente : les manifestations s’enchaînaient, accompagnées de jets de pierres et de cocktails Molotov. »

« Pour empêcher que le l’OLP ne prenne le contrôle de toutes les institutions, je m’efforçais de promouvoir les Palestiniens qui reconnaissaient le droit d’Israël à exister... »

"Durant cette période, mon équipe s’est efforcée dans la mesure du possible d’endiguer la percée de l’OLP (créée en 1964). Yasser Arafat, fondateur du Fatah, est devenu leader de l’OLP en 1968. Mais ce n’est qu’en 1974, à l’issue du sommet arabe de Rabat, que l’OLP a été reconnue comme l’unique organe légitime de représentation des Palestiniens. Arafat en a acquis un grand prestige. Pour empêcher une mainmise de l’OLP sur toutes les institutions civiles, je m’efforçais de mettre en avant les Palestiniens qui reconnaissaient le droit d’Israël à exister et qui se démarquaient du terrorisme de la direction d’Arafat. En quelques mois, je dois dire que la situation s’est apaisée : de novembre 1976 à septembre 1978, date à laquelle j’ai quitté mon poste, il n’y a eu que très peu de turbulences en Cisjordanie.

Toujours dans un effort pour promouvoir les Palestiniens modérés, j’ai aidé à mettre en place, avec d’autres officiers, les ’Ligues des villages’ : les ligues de Hébron, Djénine, Ramallah... Ces ligues palestiniennes rejetaient ouvertement le terrorisme, étaient prêtes à reconnaître l’Etat d’Israël et admettaient le principe de la paix par les négociations. Mais il a fallu se battre contre Moshé Dayan et Shimon Peres, qui défendaient Arafat. Ils ne voyaient pas le danger de sa montée en puissance, pensant qu’il y aurait suffisamment de remous pour contenter les Palestiniens, mais pas d’explosion de violence. Ils allaient jusqu’à espérer un rapprochement. C’était, au mieux, un pari naïf et irresponsable..."

« Le salut de Sadate au drapeau d’Israël fut un moment historique, qui n’a rien perdu de sa signification stratégique et symbolique. »

Le regard bleu de Menahem s’assombrit soudainement et je comprends que cette organisation pacifique n’a pas bénéficié du soutien qu’elle méritait. Mais il sourit de nouveau : "Mon souvenir le plus marquant de cette période, c’est incontestablement la visite de Sadate en Israël. Le rêve de la paix promettait de devenir réalité - avec le plus grand pays arabe de la région. Je fus choisi pour être l’aide de camp de Sadate ; j’en fus heureux en raison de mes efforts pour mieux connaître le monde arabe, et aussi parce qu’en tant qu’ancien officier parachutiste, je me voyais représenter Israël et mes camarades, le béret rouge sur la tête. Le salut de Sadate au drapeau d’Israël fut un moment historique, qui n’a rien perdu de sa signification stratégique et symbolique.

Sadate voulait la paix et était prêt à en payer le prix politique : la reconnaissance de l’Etat d’Israël. Il n’était ni panarabe, ni islamiste ; c’était un patriote égyptien. Les panarabes et les islamistes ne peuvent reconnaître une autre souveraineté que la leur dans la région. Sadate était un homme d’Etat ; il voulait récupérer le Sinaï et développer son pays, l’Egypte. Il a agi selon des considérations de réalisme stratégique, et aussi en musulman : l’islam admet que dans l’impossibilité d’avoir le dessus sur l’ennemi, on accepte la paix - au moins de façon provisoire."

Trois ans plus tard, Menahem Milson fut de nouveau appelé à servir en Judée Samarie. Ariel Sharon était alors ministre de la Défense. « Durant ces années dans les territoires, je gardais en tête la maxime du premier calife omeyyade - un gouverneur d’une sagacité exemplaire : ’Je n’utilise jamais mon épée si je peux utiliser mon bâton, et je n’utilise jamais mon bâton si je peux utiliser ma langue.’ J’ai appris que l’on peut obtenir beaucoup par le dialogue, la persuasion et parfois aussi par de sévères avertissements. »

« L’Etat d’Israël peut survivre au Moyen-Orient, à condition de rester sur ses gardes, fort et alerte. Notre Etat sera encore mis à l’épreuve à l’avenir. »

« En revanche, » reprend Milson, « il est illusoire de croire que la connaissance de la langue et de la culture de l’autre conduisent automatiquement à la paix. Les Israéliens ont tendance à se considérer comme responsables du conflit dans la région, qu’ils mettent sur le dos de leur ignorance de l’arabe. Bien sûr qu’il faut connaître l’arabe, mais ce n’est pas ce qui va apporter la paix. » Je demande à Menahem si la paix est possible. Il sourit : « C’est très juif, ça, comme question... Demandez-moi plutôt si Israël pourra continuer d’exister ! » Et de répondre : "Oui, l’Etat d’Israël peut survivre, à condition de rester sur ses gardes, de demeurer fort et alerte. La récente guerre avec le Hezbollah a mis Israël à l’épreuve, et notre Etat sera encore mis à l’épreuve à l’avenir. Nous ne pouvons prévoir quand exactement. Les crises ne se ressemblent pas. Il faut toujours être fin prêt. L’enjeu de cette crise-là était l’existence d’Israël. Rien de moins.

Israël n’a d’autre choix que d’investir suffisamment dans la défense et la cohésion interne - par une éducation patriotique. Et en parallèle, il convient d’instaurer des relations de confiance et d’intérêts mutuels avec ceux de nos voisins qui sont assez avisés pour comprendre qu’ils ont tout à y gagner.

En outre, nombreux sont ceux, au sein de la minorité arabe en Israël, qui souhaiteraient être mieux intégrés, conscients des avantages qu’ils en tireraient. Les Druzes font bien l’armée. D’autres devraient aussi pouvoir être enrôlés."

« L’effort écologique ne doit pas être négligé. »

Pour clore la rencontre, nous quittons les sentiers de la politique et de la guerre. Menahem, qui est aussi et peut-être surtout un homme de lettres, doté d’un amour profond pour la terre d’Israël, me confie ce qui le touche le plus dans ce pays : « La vue de ma chambre, à Haïfa, quand j’étais petit : le mont Carmel qui descend jusqu’à la mer, exactement comme dans la description du Prophète Jérémie [46:18]. En 70 ans, cette terre a immensément changé, mais certaines choses demeurent identiques. En revanche, le parfum des fleurs d’orangers qui accompagnait les voyageurs sur la route de Haïfa à Tel-Aviv, au printemps, n’est plus. La nature de ce pays est magnifique. Elle l’était plus encore autrefois. Il faut la préserver. L’effort écologique ne doit pas être négligé, afin que nos enfants et petits-enfants héritent d’un pays qu’il puissent aimer - au sens physique du terme. » 



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